‹ Clément XIV et les Jésuites, ou histoire de la destruction des Jésuites, composée sur lesChapitre 13 sur 22 · RI · texte numérisé non relu

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le Lien général de l'Eglise de Jésus-Christ. Mais la mort iilendue de ce Souverain Ponlife arrëia le cours et empêcha ')a conclusion de celte affaire. A peine avons-nous été élevé '|)ai' la miséricorde de Dieu à la Chaire de saint Pierre, qu'on )ious a fait les mêmes prières, les mêmes demandes et les mêmes jasiances, auxquelles un grand nombre d'Evè(|ues et d'aulns [^personnages illustres par leur dignité, leur science et leur relî- ;ion, ont joint leurs sollicitations et leurs avis.

Mais, voulant embrasser le parti le plus sur dans une af- 'liiire si grave et si importante, nous avons cru avoir besoin d'un long espace de temps, non-seulement pour faire les plus exactes recherches, le plus sérieux examen , et pour délibérer ensuite avec toute la prudence nécesisaire, mais aussi afin d'obtenir da Père des lumières son secours et son assistance particulière par nos gémissements et nos prières continuelles, après avoir eu soin de nous faire seconder auprès de Dieu par celles des fidèles, ainsi que par leurs bonnes œuvres, ^ous avons jugé à ,firopos surtout d'examiner sur quel fondement était appuyée 4selte opinion si répandue que l'instilul des clercs de la Société ~àe Jésus eut été approuvé ei confirmé d'une manière solennelle par le Concile de Trente, et nous avons reconnu qu'on n"j avait fait mention de cet Oi-dre que pour l'excepter du décret général par lequel il fut arrêté, relativement aux autres Ordres religieux, qu'après le temps de noviciat, les novices seraient admia, s'ils en étaient jugés dignes, à la profession, ou renvoyés de 11 Société. C'est pourquoi le nnème Concile (Session â5, cbap. XVI, de Megular.) déclara qu'il ne voulait rien innover, ni «npèclier ces Religieux de servir Dieu et l'Eglise selon leur [ÙCUX "Institut approuvé par le Saint-Siège.

Après donc avoir usé de tant de moyens si nécessatreSi aidé, comme nous osons le croire, de la présence et de l'iurpiration du Saint-Esprit ; forcé d'ailleurs par le devoir de notre place, qui nous oblige essentiellement de procurer, de ïaaxat£nir et d'all'erinir de tout notre pouvoir le repos et la mat-quillilé du peuple chrétien, et d'exliiper entièrement ce qaï ^urruit lui causer le moindre dommage ; en outre, ayant re- 6nnuu que la Société de Jésus ne pouvait plus produire CCS fruits abondants et ces avantages considérables pour lesquels

elle a été instituée, approuvée par tant de Papes, nos prédécesseurs, et munie de très-beaux privilèges, et qu'il était presque et tout à fait impossible que TEglise jouit d'une paix véritable et solide tant que cet Ordre subsisterait; engagé par des raisons aussi puissantes, et pressé par d'autres motifs que les lois de la prudence et la sage administration de l'Eglise universelle nous suggèrent, et que nous conservons au fond de notre cœur ; marchant sur les traces de nos prédécesseurs, et particulièrement sur celles que Grégoire X, notre prédécesseur, nous a laissées dans le Concile général de Lyon, puisqu'il s'agit de même actuellement d'une Société comprise dans le nombre des Ordres mendiants, tant par son Institut que par ses privilèges; après un mûr examen, de notre certaine science, et par la plénitude de notre puissance apostolique, nous supprimons et nous abolissons la Société de Jésus; nous anéantissons et nous abrogeons tous et chacun de ses offices, fonctions et administrations, maisons, écoles, collèges, retraites, hospices et tous autres lieux qui lui appartiennent de quelque manière que ce soit, et en quelque province, royaume ou états qu'ils soient situés ; tous ses statuts, coutumes, usages, décrets, constitutions, même confirmés par serment et par l'approbation du Saint-Siège ou autrement; ainsi que tous et chacun des privilèges et induits^ tant généraux que particuliers, dont nous voulons que la teneur soit regardée comme pleinement et suffisamment exprimée par ces présentes lettres, de même que s'ils étaient insérés mot à mot, nonobstant toute formule ou clause qui y serait contraire, et quels que soient les décrets ou autres obligations sur lesquels ils sont appuyés. C'est pourquoi nous déclarons cassée à perpétuité et entièrement éteinte toute espèce d'autorité, soit spirituelle, soit temporelle, du Général, des Provinciaux, des Visiteurs et autres supérieurs de cette Société, et nous transférons absolument et sans aucune restriction cette même autorité et cette même juridiction aux ordinaires des lieux, selon les cas et les personnes^ dans la forme et aux conditions que nous expliquerons ci-après ; défendant, comnte nous le défendons par ces présentes, de recevoir désormais qui que ce soit dans cette Société, d'y admettre personne au noviciat et de faire prendre l'habil, ^o\3k& ^^l^xAwss»

également d'admettre en aucune manière ceux qui ont été cidevant reçus à prononcer des vœux ou simples ou solennels, sous peine de nullité de leur admission ou profession, et sons d'autres peines à notre volonté. De plus, nous voulons, ordonnons et enjoignons que ceux qui sont actuellement novices soient tout de suite, sur-le-champ* immédiatement et réellement renvoyés; et nous défendons que ceux qui n'ont fait que des vœux simples et qui n'ont encore été initiés dans aucun Ordre sacré, puissent y être promus, ou sous le titre et le prétexte de leur profession, ou en vertu des privilèges accordés à la Société contre les décrets du Concile de Trente.

c Mais, comme le but que nous nous proposons et auquel nous brûlons d'atteindre est de veiller au bien général de VEc glise et à la tranquillité des peuples, et en même temps d'apporter des secours et de la consolation à chacun des membres de cette Société, dont nous chérissons tendrement dans le Seigneur tous les individus, afin qu'étant délivrés de toutes les contestations, disputes et chagrins auxquels ils ont été en proie jusqu'à ce jour, ils cultivent avec plus de fruit la vigne du Seigneur, et travaillent avec plus de succès au salut des âmes ; nous statuons et ordonnons que les membres de celte Société qui n'ont fait que des vœux simples et qui ne sont point encore initiés dans les Ordres sacrés, sortiront tous, déliés de ces mêmes vœux, de leurs maisons et collèges pour embrasser l'état que chacun d'eux jugera être le plus conforme à sa vocation , à ses forces et à sa conscience, dans l'espace de temps qui sera fixé par les ordinaires des lieux, et reconnu suffisant pour qu'ils puissent se procurer un emploi ou une charge, ou trouver quelque bienfaiteur qui les reçoive, sans l'étendre cependant au delà d'un an à compter de la date de ces présentes , a'msi qu'en vertu des privilèges de la Société ils pouvaient en èlre exclus sans autre cause que celle que dictaient aux supérieurs la prudence et les circonstances, sans qu'on ait fait auparavant aucune citation, dressé aucun acte, observé aucun ordre judi« ciaire.

« Quanta ceux (|ui sont élevés aux Ordres sacrés, nous leur permettons, ou de quitter leurs maisons et collèges, et d'entrer dans quelque Ordre religieux approuvé par le SaititnSi^jer

dans lequel ils devront remplir le temps d'épreuves prescrit par le Concile de Trente, s'ils ne sont liés à la Société que par des vœux simples, et s'ils ont fait des vœux solennels, le temps de cette épreuve ne sera que de six mois, en vertu de la dispense que nous leur accordons à cet effet ; ou bien de rester dans le siècle comme prêtres et clercs séculiers, entièrement soumis à l'autorité et à la juridiction des ordinaires des lieux où ils fixeront leur domicile ; ordonnons en outre qu'il sera assigné à ceux qui resteront ainsi dans le siècle, jusqu'à ce qu'ils soient pourvus d'ailleurs, une pension convenable sur les revenus de la maison ou du collège où ils demeuraient, eu égard cependant aux revenus de ces maisons et aux charges qui leur sont attachées.

c Hais les Profès déjà admis aux Ordres sacrés^ et qui, dans la crainte de n'avoir pas de quoi vivre honnêtement, soit par le défaut ou la modicité de leur pension , soit par l'embarras de se procurer une retraite , ou qui, à cause de leur grand âge et de leurs infirmités, ou par quelque autre motif juste et raisonnable, ne jugeront point à propos de quitter les maisons ou collèges de la Société, ceux-là auront la liberté d'y demeurer, à condition qu'ils ne conserveront aucune administration dans ces maisons ou collèges; qu'ils ne porteront que l'habit des clercs séculiers, et qu'ils seront entièrement soumis aux ordinaires des lieux. Nous leur défendons expressément de remplacer les sujets qui manqueront, d'acquérir dans la suite aucune maison ou aucun lieu , conformément aux décrets du Concile de Lyon, et d'aliéner les maisons, les biens et les lieux qu'ils possèdent actuellement. Us pourront néanmoins se rassembler dans une seule ou dans plusieurs maisons, eu égard au nombre des sujets restants, de manière que les maisons qui seront évacuées puissent être converties à de pieux usages, suivant ce qui paraîtra plus conforme, en temps et lieux, aux saints Canons et à la volonté des fondateurs, et plus utile à l'accroissement de la Religion, au salut des âmes et à l'utilité publique. Cependant, il sera désigné un personnage du Clergé séculier, recommandable par sa prudence et ses bonnes mœurs , pour présider à l'administration de ces maisons, le nom de la Société étant totalement supprimé et aboli.

c Nous déclarons élre également compris dans cette suppression générale de l'Ordre tous ceux qui se trouvent déjà expulsés de quelque pays que ce soit , et nous voulons en conséquence que ces Jésuites bannis, quand même ils seraient élevés aux Ordres sacrés, s'ils ne sont point encore entrés dans un autre Ordre religieux, n'aient, dès ce moment, d'autre état que celui de Clercs et de Prêtres séculiers , et soient entièrerement soumis aux ordinaires des lieux.

« Si ces mêmes ordinaires reconnaissent dans ceux qui , en vertu du présent Bref, ont passé de l'Institut de la Société de Jésus à l'état de Prêtres séculiers , cette science et cette intégrité de mœurs si nécessaires, ils pourront leur accorder ou refuser, à leur gré, la permission de confesser les fidèles et de prêcher devant le peuple; et, sans cette autorisation obtenue par écrit, aucun d'eux ne pourra exercer ces fonctions. Cependant lesEvêques ouïes Ordinaires des lieux n'accorderont jamais ces pouvoirs, relativement aux étrangers, à ceux qui vivront dans les maisons ou collèges ci-devant appartenant à la Société , et en conséquence nous leur défendons de prêcher et d'administrer aux étrangers le sacrement de pénitence , ainsi que Grégoire X, notre prédécesseur, le défendit dans le Concile général cité ci-dessus. Nous chargeons expressément la conscience des Evoques de veiller à l'exécution de toutes ces choses, leur recommandant de songer sans cesse au compte rigoureux qu'ils rendront un jour à Dieu des brebis contes à leurs soins, et au jugement terrible dont le Souverain Juge des vivants et des morts menace ceux qui gouvernent les^ autres.

« En outre, si parmi ceux qui étaient membres de la Société il s'en trouvait quelques-uns qui fussent chargés de l'instruction de la jeunesse ou qui exerçassent les fonctions de professeurs dans plusieurs collèges ou écoles, nous voulons qu'absolument déchus de toute direction, administration ou autorité, on ne leur permette de continuer ces fonctions qu'autant qu'on aura lieu de bien espérer de leurs travaux, et qu'ils paraîtront éloignés de toutes ces discussions et de ces points de doctrine dont le relâchement et la futilité n'occasionnent et n'engendrent ordinairement que des inconvénients et de Tu-

nestes contestations ; et nous ordonnons que ces fonctions soient à jamais interdites à ceux qui ne s'efforceraient pas de conserver la paix dans les écoles et la tranquillité publique, et qu'ils en soient même privés, s'ils en étaient actuellement chargés.

f Quant aux Missions, que nous voulons être également comprises dans tout ce que nous avons statué touchant la suppression de la Société , nous nous réservons de prendre à cet égard les mesures propres à procurer le plus facilement et le plus sûrement la conversion des infidèles et la cessation de toute dispute.

f Or, après avoir cassé et abrogé entièrement, comme cidessus, tous les privilèges et statuts de cet Ordre , nous déclarons tous ses membres, dès qu'ils seront sortis des maisons et collèges, et qu'ils auront embrassé l'état de clercs séculiers, propres et habiles à obtenir, conformément aux décrets des saints Canons et Constitutions apostoliques , toutes sortes de bénéfices ou simples ou à charge d'âmes, offices, dignités^ personnats et autres dont ils étaient absolument exclus, tandis qu'ils étaient dans la Société, par le Bref de Grégoire XIII du 10 septembre 1584 , qui commence par ces mots : Satis superque. Nous leur permettons encore de recevoir rétribution pour célébrer la messe, ce qui leur était aussi défendu , et de jooir de toutes ces grâces et faveurs, dont ils auraient toujours été privés comme clercs réguliers de la Société de Jésus. Nous abrogeons pareillement toutes les permissions qu'ils avaient obtenues du Général et des autres Supérieurs , en vertu des privilèges accordés par les Souverains Pontifes, comme celle de lire les livres des hérétiques et autres prohibés et condamnes par le Saint-Siège; de ne point observer les jours de jeûne : ou de ne point user des aliments d'abstinence en ces mêmes jours ; d'avancer ou de retarder les heures prescrites pour réciter le bréviaire , et toute autre de cette nature, dont nous leur défendons de faire usage dans la suite, sous les peines les plus sévères, notre intention étant qu'à l'exemple des prêtres séculiers, leur manière de vivre soit conforme aux règles du droit commun.

c Noos défendons qu'après la pubUcaUoii d<^ ^ ^"c^^ ^ ^

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que ce soit ose en suspendre l'exécution, même sous couleur, titre ou prétexte de quelque demande, appel , recours, déclaration ou consultation de doutes qui pourraient s'élever, ou sous quelque autre prétexte prévu ou imprévu; car nous voulons que la suppression et la cassation de toute la Société, ainsi que de tousses officiers, aient dès ce momentet immédiatement leur plein et entier effet, dans la forme et de la manière que nous avons prescrites ci-dessus, sous peine d'excommunication majeure encourue par le seul fait , et réservée à nous et aux Papes , nos successeurs, contre quiconque oserait apporter le moindre obstacle , empêchement ou délai à l'exécution du présent Bref.

« Nous mandons en outre , et nous défendons, en vertu de la sainte obéissance, à tous et à chacui) des ecclésiastiques ré* guliers et séculiers, quels que soient leur grade, dignité, qualité et condition, et notamment à ceux qui ont été jusqu'à présent attachés à la Société et qui en faisaient partie, de s'opposer à cette suppression , de l'attaquer, d'écrire contre elle, et même d'en parler, ainsi que de ses causes et motifs , de l'Institut, des règles, des constitutions, de la discipline de la Société détruite, ou de toute autre chose relative à cette affaire, sans une permission expresse du Souverain Pontife. Nous défendons à tous et à chacun , également sous peine d'excommunication réservée à nous et à nos successeurs , d'oser attaquer et insulter, à l'occasion de cette suppression , soit en secret , soit en public, de vive voix ou par écrit , par des disputes, injures, affronts, et par toute autre espèce de mépris , qui que ce soit et encore moins ceux qui étaient membres dudit Ordre.

c Nous exhortons tous les princes chrétiens, dont nous connaissons l'attachement et le respect pour le Saint-Siège, à employer pour la pleine et entière exécution de ce Bref leur zèle et leurs soins, la force, l'autorité et la puissance qu'ils ont reçues de Dieu , afin de défendre et de protéger la sainte Eglise romaine; à adhérer à tous les articles qu'il contient; à lancer et publier de semblables décrets , par lesquels ils veillent sûrement à ce que l'exécution de notre présente volonté n'excite parmi les fidèles ni querelles , ni contestations , ni divisions.

€ Nous exhortons enfin tous les chrétiens, et nous les conjurons par les entrailles de Jésus-Christ , notre Seigneur, de se souvenir qu'ils ont tous le même Maître, qui est dans les cieux , le même Sauveur, qui les a tous rachetés au prix de son sang, qu'ils ont tous été régénérés par la grâce du Baptême, qu'ils sont tous établis lils de Dieu et cohéritiers de Jésus-Christ et nourris du même pain de la parole divine et de la doctrine catholique; qu'ils ne forment tous qu'un même corps en Jésus-Christ et sont les membres les uns des autres ; que , par conséquent , il est nécessaire qu'étant tous unis par le lien de la charité, ils vivent en paix avec tous les hommes; et que leur unique devoir est de s'aimer réciproquement , car celui qui aime son prochain a accompli la loi, et d'avoir en horreur les offenses, les haines , les disputes, les pièges et les autres maux que le vieil ennemi du genre humain a inventés, imaginés et suscités pour troubler l'Eglise de Dieu, et mettre des obstacles au bonheur éternel des fidèles, sous le faux prétexte des opinions de l'Ecole, souvent même sous l'apparence d'une plus grande perfection chrétienne; que tous enfin s'efforcent d'acquérir la véritable sagesse dont saint Jacques a parlé (cbap. m, Ep. can. v, 13) : « Y a-t-il ici parmi vous quelque homme sage et docte? que par sa sainte conversation il montre ses bonnes œuvres avec une sagesse pleine de douceur. Si vous êtes animés d'un zèle amer, et si 1 esprit de discorde règne en vos cœurs , ne vous enorgueillissez pas par une gloire contraire à la vérité. Car ce n'est point là la sagesse qui descend du Ciel ; mais c'est une sagesse terrestre, sensuelle et diaboli(iue. En effet, où se trouvent l'envie et l'animosité, là sont aussi le trouble et toutes sortes de mauvaises actions. Au lieu que la sagesse qui vient d'en haut est d'abord ebaste , ensuite paisible , modeste , détachée de son propre sens, unie avec les bons, pleine de miséricorde et de bonnes œuvres. Elle n'est ni dissimulée ni envieuse. Or, ceux qui aiment la paix sèment dans la paix les fruits de la justice. >

€ Quand même les Supérieurs et autres Religieux de cet Ordre, ainsi que tous ceux qui auraient intérêt ou qui prétendraient en avoir, de quelque manière que ce fût , daas ee. ojsx ^

été Statué ci-dessus, ne consenliraient point au présent Bref, et n'auraient été appelés ni entendus, nous voulons qu'il ne puisse jamais être attaqué, infirmé et invalidé pour cause de subreption, obreplion, nullité ou invalidité, défaut d'intention de notre part, ou tout autre motif, quelque grand qu'il puisse être, non prévu et essentiel, ni pour avoir omis des formalités et autres choses qui auraient dû être observées dans les dispositions précédentes ou dans quelques-unes d'icelles, ni pour tout autre point capital résultant du droit ou de quelque coutume, même contenu dans le corps de droit, sous le prétexte d'une énorme , très-énorme et entière lésion , ni enfin pour tous autres prétextes , raisons ou causes , quelque justes, raisonnables et privilégiés qu'ils puissent être, même tels qu'ils auraient dû être nécessairement exprimés pour la validité des règlements ci-dessus. Nous défendons qu'il soit jamais rétracté, discuté ou porté en justice , ou qu'on se pourvoie contre lui par voie de restitution en entier, de discussion, de réduction^ par les voies et termes de droit , ou par quelque autre moyen à obtenir de droit , de fait , de grâce ou de justice, de quelque manière qu'il eût été accordé et obtenu pour s'en servir, tant en justice qu'autrement. Mais nous voulons expressément que la présente constitution soit dès ce moment et à perpétuité valide, stable et efficace; qu'elle ait son plein et entier effet, et qu'elle soit inviolablement observée par tous et chacun de ceux à qui il appartient et appartiendra dans la suite , de quelque manière que ce soit. »

Plein de respect pour l'autorité pontificale, nous ne jugeons point un acte émané de la Chaire apostolique. Elle possède évidemnoent le droit de supprimer ce qu elle-même a établi. Nous ne discuterons pas sur le plus ou le moins d'opportunité de la mesure, pas même sur les injustices de parti pris qui n'abondent que trop dans les diverses phases du récit. Cette appréciation doit ressortir des entrailles de l'histoire. Nous ne dirons pas que le successeur des Apôtres, en résumant ce procès, qui a duré deux cent trente-trois ans, entre la Société de Jésus et les passions déchaînées contre elle, essaie, à force d'habiletés de langage, de donner le change aux adversaires des Jésuites, lorsqu'il rapporte leurs accusations sans daigner les

sanctionner. Nous n'examinerons même pas si la suppression prononcée est un châtiment infligé aux Jésuites ou un grand sacrifice fait à l'espoir de la paix. Cette paix était chimérique, Clément XIV ne l'ignorait pas ; mais il se persuadait que tant de concessions mettraient ses derniers jours à l'abri des violences, et il frappa d'ostracisme la Société de Jésus.

Il l'avait condamnée à mort pour être Pape ; il l'avait livrée, il s'était livré lui-même à ceux qui poursuivaient la destruction de l'Institut, afin d'arriver plus vite à l'anéantissement du Catholicisme. La promulgation du bref Dominus ac Redemptor fut accueillie avec des transports d'allégresse par tous les ennemis de l'Eglise. Ils saluèrent cet acte comme l'ère de la régénération prcmiise à de coupables espérances. La gloire de tous les Pontifes passés s'éclipsa devant celle de Ganganelli. Les incrédules crurent en lui; ils le déclarèrent immortel et adoré parce qu'il servait leur vengeance ; ils se prosternèrent en idée à ses pieds, et depuis ce jour Clément XIV fut accepté par eux comme le modèle à proposer à tous les Vicaires de Jésus-Christ. Le cœur et la tête des fanatiques d'impiété ou de philosophisme sont ainsi faits. De toutes les lois, de toutes les bulles rendues par les successeurs des Apôtres, ils ne reconnaissent, ils ne célèbrent que le bref de la destruction. Ce fétichisme si logiquement exclusif n'a pas disparu avec la première génération ; il se transmet aux générations suivantes comme un héritage, et l'abbé Vincent Gioberti, le continuateur des enthousiastes de 1773, l'écrivain dont les révolutionnaires d'Italie proclament le nom avec une béate tendresse, parce qu'il s'est constitué le flatteur en titre de leur vanité, a pu dire en 1845 (i) : « Quiconque vénère le Siège romain et lui porte dans son cœur ce respect que les Jésuites professent seulement en paroles, doit croire que le décret de Ganganelli fut juste et opportun, et que les accusations qui le provoquèrent furent vraies et fondées. »

Cette justice et cette opportunité que Gioberti, après ses maîtres dans l'art de tromper les nations, essaie d'imposer comme un article de foi, viennent enfin d'être mises à nu. Les

(1) Proleg, delprimato, p. 124 (édition de 1846. l.M%\iLW<>>\.

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adversaires de TEglise n'eurent jamais de louanges que pour le mal; leur joie blessa au cœur le Souverain Pontife. Si elle lui fut amère, que la tristesse chrétienne du Sacré Collège et de TEpiscopat dut lui paraître accablante ! Le bref avait été envoyé à Paris; Clément XIV écrivit à Christopffe de Beaumont pour en solliciter Tacceptation. L'Archevêque de Paris, que les menaces n'intimidaient pas, et qui portait toujours la tête plus haut que l'orage, lui répondit le 24 avril 1774 :

t Ce bref n'est autre chose qu'un jugement personnel et particulier. Entre plusieurs choses que notre Clergé de France y remarque, d'abord il est singulièrement frappé de l'expression odieuse et peu mesurée employée à caractériser la bulle PascendimunuSf etc., donnée par le saint Pape Clément XIU, dont la mémoire sera toujours glorieuse, bulle revêtue de toutes les formalités. Il est dit que cette bulle peu exacte a été extorquée plutôt qu'obtenue; laquelle néanmoins a toute la force et toute l'autorité qu'on attribue à un Concile général, n'ayant été portée qu'après que tout le Clergé catholique et tous les Princes séculiers eussent été consultés par le Saint-Père. Le Clergé, d'un commun accord et d'une voix unanime, loua extrêmement le dessein qu'en avait conçu le Saint-Père, et en sollicita avec empressement l'exécution. Elle fut conçue et publiée avec l'approbation aussi générale que solennelle. Et n'est-ce pas en cela que consiste véritablement l'efficace, la réalité et la force d'un Concile général, plutôt, très-saint Père, que dans l'union matérielle de quelques personnes qui, quoique physiquement unies, peuvent néanmoins être trèséloignées l'une de l'autre dans leur manière de penser et dans leurs jugements et dans leurs vues? Quant aux Princes séculiers, s'il en est qui ne se soient pas joints aux autres pour lui donner positivement leur approbation, leur nombre est peu considérable. Aucun ne réclama contre elle, aucun ne s'y opposa, et ceux même qui avaient dessein de bannir les Jésuites souffrirent qu'on lui donnât cours dans leurs Etats.

t Or, venant à considérer que l'esprit de l'Eglise est indivisible, unique, seul et vrai, comme il est en effet , nous avons sujet de croire qu'elle ne peut se tromper d'une manière si solennelle. Et cependant elle nous induirait en erreur, nous

donnant pour saint et pieux un Institut qu'on maltraitait alors si cruellement, sur lequel l'Eglise et par elle l'Esprit saint s'énoncent en ces propres termes : f Nous savons de science certaine qu'il respire très-fort une odeur de sainteté; » en munissant du sceau de son approbation et conCrmant de nouveau non-seulement l'Institut en lui-même, qui était en butte aux traits de ses ennemis, mais encore les membres qui le composaient, les fonctions qui y étaient exercées, la doctrine qui s'y enseignait et les glorieux travaux de ses enfants, qui répandaient sur lui un lustre admirable, en dépit des efforts de la Calomnie et malgré les orages des persécutions. L'Eglise se tromperait donc effectivement et nous tromperait nous-mêmes, voulant nous faire admettre le bref destructif de la Compagnie, ou bien en supposant qu'il va de pair, tant dans sa légitimité que dans son universalité, avec la Constitution dont nous avons parlé. Nous mettons ù part, très-saint Père, les personnes qu'il nous serait aisé de désigner et de nommer, tant ecclésiastiques que séculières, qui se sont égarées, et ont trempé dans cette affaire. Elles sont, à dire vrai, de caractère, de condition, de doctrine et de sentiment, pour ne rien dire de plus, si peu avantageux, que cela seul suffirait pour nous faire porter avec assurance le jugement formel et positif que ce bref, qui détruit la Compagnie de Jésus, n'est autre chose qu'un jugement isolé et particulier, pernicieux, peu honorable à la tiare et préjudiciable à la gloire de l'Eglise, à l'accroissement et à la conservation de la Foi orthodoxe.

f D'un autre côté, Saint-Père, il n'est pas possible que je me charge d'engager le Clergé à accepter ledit bref. Je ne serais pas écouté sur cet article, fussé-je assez malheureux pour vouloir y prêter mon ministère, que je déshonorerais. La mémoire est encore toute récente de celte assemblée générale que j'eus l'honneur de convoquer, par ordre de Sa Majesté. pour y examiner la nécessité etrulililé des Jésuites, la pureté de leurs doctrines, etc. En me chargeant d'une pareille commission, je ferais une injure très-notable à la Religion, au zèle, aux lumières et à la droiture avec laciuelle ces Prélats exposèrent au Roi leur sentiment sur les mêmes points qui se trouvent eu contradiction et anéantis par ce bref de destruction* U

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est vrai que, si l'on veut montrer qu'il a été nécessaire d'en venir là, colorant cette destruction du spécieux prétexte de la paix, laquelle ne pouvait subsister avec la Compagnie subsistante, ce prétexte, très-saint Père, pourra tout au plus suffire pour détruire tous les corps jaloux de cette Compagnie, et la canoniser elle-même sans autre preuve; et c'est ce prétexte-là même qui nous autorise, nous, à former dudit bref un jugement très-juste, mais fort désavantageux.

« Car quelle peut être cette paix qu'on nous donne pour incompatible avec cette Société? Cette réflexion a quelque chose d'effrayant, et nous ne comprendrons jamais comment un tel motif a eu la force d'induire Votre Sainteté à une démarche aussi hasardée, aussi périlleuse, aussi préjudiciable. Certainement la paix qui n'a pu se concilier avec l'existence des Jésuites est celle que Jésus-Christ appelle insidieuse, fausse et trompeuse ; en un mot, celle à qui l'on donne le nom de paix et qui ne l'est pas : Fax, pax^ et non erat pax; cette paix qu'adoptent le vice et le libertinage, la reconnaissant pour leur mère; qui ne s'allia jamais avec la vertu, qui, au contraire, fut toujours ennemie capitale de la piété. C'est exactement à cette paix que les Jésuites, dans les quatre parties du monde, ont constamment déclaré une guerre vive, animée, sanglante et poussée avec la dernière vigueur et le plus grand succès. C'est contre cette paix qu'ils ont dirigé leurs veilles, leur attention, leur vigilance, préférant des travaux pénibles à une molle et stérile oisiveté. C'est pour Texterminer qu'ils ont sacrifié leurs talents, leurs peines, leur zèle, les ressources de l'éloquence, voulant lui fermer toutes les avenues par où elfe tenterait de s'introduire, et de porter le ravage dans le sein du Christianisme, tenant les âmes sur leurs gardes pour les en affranchir; et, lorsque, par malheur, cette fatale paix avait usurpé du terrain, et s'était emparée du cœur de quelques Chrétiens, alors ils l'allaient forcer dans ses derniers retranchements, ils l'en chassaient aux dépens de leurs sueurs, et ne craignaient point (le braver les plus grands dangers, n'espérant d'autres récompenses de leur zèle et de leurs saintes expéditions que la haine <Ies libertins et la persécution des méchants.

< C'est de quoi l'on pourrait alléguer une infinité de preuves

non moins éclatantes, dans une longue suite d'actions mémorables, qui n'a jamais été interrompue depuis le jour qui les vit naître jusqu'au jour fatal à l'Eglise qui les a vu anéantir. Ces preuves ne sont ni obscures ni même ignorées de Votre Sainteté. Si donc, je le redis encore, si cette paix qui ne pouvait subsister avec cette Compagnie, et si le rétablissement d'une telle paix a été réellement le motif de la destruction des Jésuites, les voilà couverts de gloire, ils finissent comme ont fini les Apôtres et les Martyrs ; mais les gens de bien en sont désolés, et c'est aujourd'hui une plaie bien sensible et bien douloureuse faite à la piété et à la vertu.

c La paix qui ne pouvait se concilier avec l'existence de la Société n'est pas aussi cette paix qui unit les cœurs , qui s'y entretient réciproquement, et qui prend chaque jour de nouveaux accroissements en vertu, en piété, en charité chrétienne, qui fait la gloire du Christianisme, et relève infiniment l'éclat de notre sainte Religion. Ceci ne se prouve pas, quoique la preave en soit très-facile, non par un petit nombre d'exemples que cette Société pourrait nous fournir depuis le jour de sa naissance jusqu'au jour fatal et à jamais mémorable de sa suppression, mais par une foule innombrable de faits qui attesteront que les Jésuites furent toujours et en tout temps les colonnes, les promoteurs et les infatigables défenseurs de cette solide paix. On doit se rendre à l'évidence des faits qui portent avec eux la conviction dans tous les esprits.

€ Au reste, comme je ne prétends pas faire dans cette lettre Tapologie des Jésuites, mais seulement mettre sous les yeux de Votre Sainteté quelques-unes des raisons qui, dans le cas présent, nous dispensent de lui obéir, je ne citerai ni les lieux ni les temps, étant chose très-facile à Votre Sainteté de s'en assurer par elle-même et ne pouvant les ignorer.

€ Outre cela, très-saint Père , nous n'avons pu remarquer sans frayeur que le susdit bref destructif faisait hautement Téloge de certaines personnes dont la conduite n'en mérita jamais de Clément XIII, de sainte mémoire ; et, loin de cela, il jugea toujours devoir les écarter et se comporter à leur égard avec la plus scrupuleuse réserve.

€ Cette diversité de jugement mérite bien qu'on y fasse at-

tenlion, vu qu'il ne jugeait pas même dignes de Thonneur de la pourpre ceux à qui Votre Sainteté semble souhaiter celui de la tiare. La fermeté de l'un et la connivence de l'autre ne se manifestent que trop clairement. Mais enfin on pourrait peutêtre excuser la conduite du dernier, si elle ne supposait pas l'entière connaissance d'un fait qu'on ne peut tellement déguiser qu'on n'entrevoie ouvertement qu'il a dirigé la plume dans la confection du bref.

f En un mot, très-saint Père, le Clergé de France étant un corps des plus savants et des plus illustres de la sainte Eglise, lequel n'a d'autre vue ni d'autre prétention que de la voir de jour en jour plus florissante; ayant mûrement réfléchi que la réception du bref de Votre Sainteté ne pouvait qu'obscurcir sa propre splendeur, il n'a voulu ni ne veut consentir à une démarche qui, dans les siècles à venir, ternirait la gloire en possession de laquelle il se maintient ne l'admettant pas ; et il prétend, par sa très-juste résistance actuelle, "transmettre à la postérité un témoignage éclatant de son intégrité et de son zèle pour la Foi catholique, pour la prospérité de l'Eglise romaine et en particulier pour l'honneur de son chef visible.

t Ce sont là, très-saint Père, quelques-unes des raisons qui nous déterminent, moi et tout le Clergé de ce royaume, à ne jamais déclarer sur cela à Votre Sainteté, comme je le fais par laprésentelettre, que telles sont nosdispositions et celles de tout le Clergé, qui d'ailleurs ne cessera jamais de prier avec moi le Seigneur pour la Sacrée personne de Votre Béatitude, adressant nos très-humbles supplications au divin Père des lumières, afm qu'il daigne les répandre abondamment sur Votre Sainteté, et qu'elles lui découvrent la vérité dont on a obscurci l'éclat. »

L'Eglise de France, par l'organe de son plus illustre Pontife, refusait de s'associer à la destruction de la Compagnie de Jésus. Elle donnait ainsi au Pape un témoignage de sa Foi et de sa respectueuse fermeté. Peu d'années après, quand Clément XIV fut descendu dans la tombe , il trouva parmi les membres du Sacré Collège des juges qui , à leur tour, se prononcèrent contre lui. Pie VI avait, en 1775, demandé aux Cardinaux leur flTÎ?! S!u myii de Tïnstitut détruit. Antonelli, Tun des plus sa-

ET LES JÉSUITES. 3g9

vants et des plus pieux (i), osa écrire ces lignes, foudroyante accusation que de douloureux regrets, que l'imminence des périls courus par TEgiise inspirèrent , et dont Thistoire, plus calme, accepte les sévérités. Le Cardinal romain et TArchevêque français furent taxés d'exagération par leurs contemporains. En présence des documents que nous avons évoqués, cette exagération elle-même n'est plus qu'un hommage rendue la vérité.

Antonelli s'exprime ainsi : c On n'examine pas s'il a été permis ou non de souscrire un tel bref. Le monde impartial convient de l'injustice de cet acte. Il faudrait être ou bien aveugle , ou porter une haine mortelle aux Jésuites pour ne pas s'en apercevoir. Dans le jugement qu'on a rendu contre eux, quelle règle y a-t-on observée? Les a-t-on entendus? Leura-t-on permis de produire leur défense? Une telle manière d'agir prouve qu'on a craint d'évoquer des innocents. L'odieux de pareilles condamnations , en couvrant les juges d'infamie , fait honte au Saint-Siège même , si le Saint-Siège , en anéantissant un jugement si inique, ne répare son honneur.

€ Ed vain les ennemis des Jésuites nous prônentils des miracles pour canoniser le bref avec son auteur (2) ; la question

(1) Le cardinal Léonard AntoneUi était neveu du cardinal Nicolas AntOBelIi, secrétaire des brefs sous Clément XUL Léonard, préfet de la Propagande et doyen du Sacré Collège, partagea avec Consalvi la confiance de Pie VIL 11 l'accompagna à Paris en 1804, et il fut emprisonné dans les dernières années du régne de Napoléon. AntoneUi était une des lumières de l'Eglise. On a de lui' une lettre aux évéqucs d'Irlande; son contenu prouve qu'il n'était pas aussi intolérant que cherchent à le représenter les biographes modernes.

(2) Il est trés-vrai que les Jansénistes et les Philosophes annoncèrent que des miracles se faisaient par l'intercession de Ganganelii, et qu'ils parlèrent même de le béatifier. Cette protection, accordée à un Pape par les incrédules et par les sectaires, ne devait pas recommander sa mémoire auprès du Saint-Siège ; mais Clément XIV n'a jamais mérité cet excès d'indignité. Il s'est trouvé dans une position inextricable, entre deux partis également animés ; il a favorisé l'un au détriment de l'autre. A son tribunal, et malgré lui, l'impiété l'a emporté sur le zèle; il a donc dû aussitôt devenir, pour les Encyclopédistes, un grand citoyen. Il flétrissait, il proscrivait les Jésuites, sans examen, sans avoir entendu leur défense : on en fit un Pape modèle de fausse tolérance et d'humanité. Les Catholiques exaltés s'irritèrent de se voir abandonnés. Ganganelii semblait prendre en dédain leurs réclamations; eux, ne tenant pas assez comble dft Va. %^-

est si l'abolition reste valide ou non. Pour moi, je prononce, sans crainte de me tromper, que le bref qui la détruit est nul, non valide et inique, et que, en conséquence, la Compagnie de Jésus n'est pas détruite. Ce que j'avance ici est appuyé sur quantité de preuves dont je me contente d'alléguer une partie.

c Votre Sainteté le sait aussi bien que messeigneurs les Cardinaux, et la chose n'est que trop éclatante, au grand scandale du monde. Clément XIV a offert de lui-même et promis aux ennemis des Jésuites ce bref d'abolition tandis qu'il n'était encore que personne privée , et avant qu'il ait pu avoir toutes les connaissances qui regardent cette grande affaire. Depuis, étant Pape, il ne lui a jamais agréé de donner à ce bref une forme authentique et telle que les canons la requièrent.

c Une faction d'hommes actuellement en dissension avec Rome , et dont tout le but était de troubler et de renverser l'Eglise de Jésus-Christ, a négocié la signature de ce bref, et l'a enûn extorquée d'un homme déjà trop lié par ses promesses pour oser se dédire et se refuser à une telle injustice.

c Dans cet infâme trafic , on a fait au chef de l'Eglise une violence ouverte ; on l'a flatté par de fausses promesses et intimidé par de honteuses menaces. .

t On ne découvre dans ce bref nulle marque d'authenticité; il est destitué de toutes les formalités canoniques indispensablement requises dans toute sentence définitive. Ajoutez qu'il n'est adressé à personne, quoiqu'on le donne pour une

tualion, adressèrent à ce Pontire des reproches pleins d'amertume. On le calomnia dans les deux camps : ici, en lui accordant des vertus cbimériques ; là, en faisant servir son esprit de passeport à des paroles odieuses ou cruelles. Les uns ont vu dans Ganganelli le plus indulgent et le plus aimable des vicaires deJésus-Cbrist; les autres, un criminel que son ambition avait perdu, et que ses moqueuses railleries ont déshonoré. Son caractère, ses mesures administratives, sa Tacilité à détruire rancienne hiérarchie monastique, ont permis au roman de le déifier; les mêmes raisons le firent trop rabaisser par les vrais Catholiques. Clément XIV ne fut ni un saint ni un coupable, mais un homme faible, qui, pour parvenir au pontificat suprême, s'appuya sur des moyens trop humains et qui fut trahi par eux. La faute de Ganganelli est dans son élection; il Texpia sur le trône.

lettre en forme de bref. Il est à croire que ce rusé Pape a oublié à dessein toutes les formalités, pour que son bref, qu'il n'a souscrit que malgré lui, parût nul à chacun.

f Dans le jugement définitif et l'exécution du bref , on n'a observé aucune loi, ni divine, ni ecclésiastique , ni civile ; au contraire , on j viole les lois les plus sacrées que le Souverain Pontife jure d'observer.

f Les fondements sur lesquels le bref s'appuie ne sont autre chose que des accusations faciles à détruire, de honteuses calomnies, de fausses imputations.

f Le bref se contredit : ici il afiirme ce qu'il nie ailleurs; ici il accorde ce qu'il refuse peu après.

ff Quant aux vœux , tant solennels que simples , Clément XIV s'attribue, d'un côté , un pouvoir tel qu'aucun Pape ne s'est jamais attribué; d'un autre côté, par des expressions ambiguës et indécises , il laisse des doutes et des anxiétés sur des points qui devraient être le plus clairement déterminés.

€ Si l'on considère les motifs de destruction que le bref allègue, en en faisant l'application aux autres Ordres religieux, quel Ordre, sous les mêmes prétextes, n'aurait pas à craindre une semblable dissolution? On peut donc le regarder comme un bref tout préparé pour la destruction générale de tous les Ordres religieux.

c il contredit et annule , autant qu'il peut , beaucoup de bulles et de constitutions du Saint-Siège , reçues et reconnues par toute l'Eglise, sans en donner le motif. Une si téméraire condamnation des décisions de tant de Pontifes prédécesseurs de Ganganelli peut-elle être supportée par le Saint-Siège ?

c Ce bref a causé un scandale si grand et si général dans l'Eglise qu'il n'y a guère que les impies, les hérétiques , les mauvais Catholiques et les libertins qui en aient triomphé.

c Ces raisons suffisent pour prouver que ce bref est nul et de nulle valeur, et par conséquent que la prétendue suppression des Jésuites est injuste et n'a produit nul efiet. La Compagnie de Jésus subsistant donc encore, le Siège apostolique, pour la faire paraître de nouveau sur la terre, n'a qu'à le vouloir et parler : aussi je suis dans la persuasion que Votre Sainteté le fera, car je raisonne ainsi :

3lî CLÉMENT XIV

c Une Société dont les membres tendent à une même (in, qui n'est autre que la gloire de Dieu, qui , pour y arriver, se servent des moyens qu'emploient la Compagnie, qui se conforment aux règles prescrites par l'Institut, qui s'entretiennent dans l'esprit de la Compagnie, une telle Société, quels que soient son nom , son habit , est très-nécessaire à l'Eglise dans ce siècle de la plus affreuse dépravation. Une telle Société n'eût-elle jamais existé, il faudrait l'établir aujourd'hui. L'Eglise, attaquée au x.vi® siècle par des ennemis furieux, s'est louée des grands services qu'elle a tirés de la Compagnie fondée par saint Ignace. A la vue de la défection du xviii^ siècle , l'Eglise voudra- t-elle se priver des services que cette même Compagnie est encore en état de lui rendre? Le Saint- Siège eut-il jamais plus besoin de généreux défenseurs que dans ce dernier temps , où l'impiété et l'irréligion font les derniers efforts pour en ébranler les fondements? Ces secours, combinés par une Société entière , sont d'autant plus nécessaires que des particuliers , libres de tout engagement , sans avoir été formés sous des lois telles que celles de la Compagnie, sans avoir pris son esprit, ne sont pas capables d'entreprendre et de soutenir les mêmes travaux. »

L'impression que le bref de Clément XIY produisit dans la Catholicité est exprimée par ces deux manifestes, qui réunissent Paris et Rome dans le même sentiment. Mais il ne faut pas oublier que Ganganelli lui-même, sanctionnant cet acte pontifical, ne se met jamais en désaccord pour le fond avec ses prédécesseurs ou ses successeurs, il ne porte aucune sentence doctrinale et, tout en abolissant la Compagnie de Jésus, il ne frappe pas l'institut comme mauvais ou vicieux; il n'en flétrit pas les Pères sous prétexte de culpabilité , entraînant une juste suppression. Le bien prétendu de la paix, le repos du peuple chrétien à tort ou à raison troublé par l'existence des Jésuites, tels sont les motifs avoués qui déterminent le Pape. Clément va plus loin; il ne maudit pas, il bénit, et s'il tue l'Ordre de Saint-Ignace, c'est aussi, comme il le déclare, t pour apporter des secours et des consolations à chacun des membres de cette Société, dont nous chérissons, proclame- t-il, tendrement dans le Seigneur tous les individus, afin qu'étant délivrés de

toutes les contestations, disputes et chagrins auxquels ils ont été en butte jusqu'à ce jour, ils cultivent avec plus de soin la vigne du Seigneur. »

Sont-ils donc de bien grands coupables les hommes auxquels le Pontife témoigne un si paternel intérêt? Dans cette mansuétude qui n'est que justice , ne trouve-t-on pas peut-être le secret des combats et des remords de Clément XIV?

Le bref, daté du 2i juillet, aurait dû être promulgué le même jour; la cour de Vienne en retarda la publication, parce qu elle craignait que les biens des Jésuites ne tombassent entre les mains du Clergé. Joseph II désirait prendre des mesures pour se les approprier. Ce retard favorisait les incertitudes du Pape : il aurait voulu Téteriiiser ; mais Florida-Blanca ne lui en donna pas le pouvoir. Clément accordait sa confiance au Prélat Macedonio : l'Espagne le mit dans ses intérêts. De cooeert avec l'Ambassadeur et le P. Buoniempi, on résolut de livrer un dernier assaut à la volonté chancelante du Souverain Pootife. Cet assaut fut décisif , et le 16 août 1773 le bref parut. Clément XIV avait nommé une commission pour le faire exécuter. Les Cardinaux André Corsini, Caraffa, Marefoschi, Zeladaet Casali la composèrent. AK'ani, Macedonio et d'autres prélats ou jurisconsultes leur furent adjoints. Les rôles avaient été difitribués d'avance.

A huit heures du soir toutes les maisons des Jésuites sont investies par la garde corse et par les sbires. On notifie au Général de la Compagnie et aux Pères le Bref de suppression. Alfani et Macedonio apposent les scellés sur les papiers ainsi que sur chaque maison (le l'Ordre. Laurent Ricci est transféré au Collège des Anglais; les Assistants et les Profès sont disséminés dans d'autres établissements; puis, sous les yeux des Délégués pontificaux, le pillage des églises, des sacristies et des archives de la Société s'organise. Il dura longtemps , et l'image de cette inertie en tiare accordant l'impunité à tous les scandales qui en jaillirent ne s'est jamais effacée de la mémoire des Romains. Ils racontent encore que les diamants dont la Madoqe du Gesù était a)uverte passèrent le lendemain à la maîtresse d' Alfani , et que cette femme s'en para publiquement. On avait exproprié les Jésuites; on ne sou^^^'^^^^

assurer leur existence. La spoliation , entre les mains d'Alfani et de Macedonio, prit des allures tellement cyniques, l'injustice marcha si audacieusement tête levée, que le cardinal Marefoschi , nommé commissaire à raison de ses inimitiés permanentes envers l'Institut, se révolta contre tant de cruautés. Pour ne pas autoriser par sa présence des turpitudes de plus d'une sorte, il renonça à siéger dans cette commission.

Le 22 septembre Clément XIV fit conduire au château Saint- Ange le Général , ses Assistants , Comelli , secrétaire de rOrdre, les PP. Leforestier, Zaccharia, Gautier et Faure. Ce dernier était Tun des plus brillants écrivains de l'Italie. On redoutait la causticité de son esprit et l'énergie de sa dialectique (1). Ce fut son seul crime; et les Philosophes, qui abusaient de la licence d'écrire, applaudirent à cet asservissement de la pensée. C'est ainsi que les premiers promoteurs de la liberté de la presse organisèrent ce droit qu'ils proclamaient imprescriptible pour tous. En France, ils n'eurent que des fers ou l'échafaud à offrir à leurs antagonistes acceptant la libre discussion ; en Italie on répliqua par le stylet.

Le Souverain Pontife avait à sa disposition les archives de la Compagnie. Les lettres les plus intimes, les correspondances de chaque Père, les papiers de l'Ordre, ses affaires, le bilan de sa fortune , tout était sous les yeux de la commission , qui se montrait implacable. On tortura par des interrogatoires captieux les prisonniers qui, tenus dans le plus complet isolement,

(1) L'interrogatoire du Jésuite se passa en ces termes. Le magistrat Ids-i tracteur lui dit, dans son cachot : « Monsieur l*abbé, il m*est enjoint de vous annoncer que vous n'êtes ici pour aucun crime. — Je le crois bien, puisque je n'en ai pas commis. — Vous n'y êtes même pas pour certains écrits que vous avez publiés. — Je le crois bien encore, puisque, d'abord, il n'y avait pas défense d'écrire, et qu'ensuite je ne l'ai fait que pour répondre aux calomnies que Ton vomissait contre la société dont j'étais membre. — Quoi qu'il en soit, vous n'êtes ici pour rien de tout cela, mais seulement pour vous empêcher d'écrire contre le Bref. — Oh I oh I monsieur, voilà une jurisprudence nouvelle ! C'est donc à dire que, si le Saint- Pére avait craint que je ne volasse, il m'aurait envoyé aux galères, et, s'il avait eu peur que je n'assassinasse , \\ m'aurait fait pendre préventivement. »

pouvaient, obsédés par la crainte ou par le désespoir, se sauver en faisant d'utiles révélations. Ricci et les Jésuites enfermés dans le château Saint-Ânge ne se plaignirent pas de la captivité qu'on leur infligeait. Ils déclarèrent qu'ils étaient enfants d'obéissance, et que, comme membres de la Société de Jésus ou prêtres catholiques, ils n'avaient rien à se reprocher des accusations dont on les chargeait. On leur parla de trésors cachés dans des souterrains, de leur insoumission aux volontés du Pape; ces vieillards, courbés sous le poids des années, secouèrent leurs chaînes en souriant tristement, et ils répondirent : « Vous avez les clefs de toutes nos affaires, de tous nos secrets; s'il y a des trésors, vous devez nécessairement en saisir la trace. » On cherchait partout; l'avidité d'Alfani et de Macedonio ne se lassait jamais ; la conscience troublée de Clément XIY aurait voulu justifier sa partialité en découvrant quelque trame mystérieuse. Tout fut inutile. Et néanmoins le Générai de l'Institut avait fait beau jeu aux magistrats inquisiteuirs.

Quelques amis de la Compagnie, deux ou trois même de ses Pères, avaient conseillé à Ricci de soustraire aux regards les papiers les plus importants de l'Ordre de Jésus. On lui offrait de les cacher en lieu sûr. Ricci déclara qu'il ne consentirait jamais à des actes qui pouvaient faire suspecter la parfaite innocence de ses frères et la sienne propre. Il enjoignit de laisser les archives et les livres de compte à leur place ordinaire; chacun se conforma à la prescription.

Au milieu de tous les procès-verbaux et rapports qui furent adressés soit au Pape, soit aux Cardinaux-Commissaires pour la suppression , il existe un document qui tire une certaine valeur de l'homme qui l'a rédigé et des fonctions que cet homme exerçait. Le Dominicain Thomas-Marie Mamachi, mattre du Sacré Palais, fut chargé de visiter une caisse de papiers et de livres saisis chez l'abbé Stefanucci, ex-Jésuite. Le Dominicain , dont le nom est cher à la littérature chrétienne par son Traité des mœurs des fidèles pendant les premiers siècles de l'Eglise et par d'autres ouvrages religieux, écrivit et signa de sa main un rapport sur cette visite. L'autographe est entre nos mains; il décèle en son auteur une^^vs^^x-

cacité inquisitoriale qui ferait honneur à plus d'un ministre de la police.

Le P. Stefanucci appartenait à une famille romaine riche et honorée; il avait passé par les emplois importants de son Ordre; il était même le théologien du cardinal d'York, et voici les bases de Taccusation que dirige contre lui le maître du Sacré Palais. Les manuscrits du Jésuite contiennent des remarques sur les accusations dont la Compagnie fut l'objet; ils discutent le cas éventuel de la suppression; ils parlent des cours d'Espagne, de Portugal et de France, ainsi que du marquis de Pombal. Ils contiennent des prophéties relatives aux Jésuites et au futur rétablissement de l'Institut. Les livres imprimés traitent en grande partie des événements du Portugal, de la dévotion au Sacré Cœur de Jésus, du probabilisme et de la cause de Palafox.

De cet exposé de Faits si simples le Dominicain a Tart de tirer trois chefs d'accusation contre les Jésuites. 1** Empressement à conserver de vaines prophéties, des écrits injurieux aux princes et à leurs ministres. 2° Attachement opiniâtre au jésuitisme, à des maximes que le Pape a condamnées par cela seul qu'il a supprimé l'Ordre de Jésus. 5° Persévérance dans la conviction de l'innocence de la Compagnie. Mamachi développe ces trois accusations sans songer qu'il était bien permis à un enfant de saint Ignace de défendre son Institut ou de posséder les livres qui le défendaient, lorsque, dans la bibliothèque privée de Laurent Ganganelli , on trouvait tous les ouvrages qui attaquaient la Compagnie. Ces ouvrages, dont nous sommes le possesseur, portent encore à la première page ces mots écrits de la main même du Cordelier qui sera Clément XIV : Ex libris fratris Laurentii Ganganelli Sancli Officit consultons.

Le maître du Sacré Palais ne se borne pas à ce rôle d'agent de police. Le P. Stefanucci est donc coupable; il lui recrute des complices dans un grand nombre de personnages hant placés; il demande qu'on les surveille. Puis, après avoir appuyé son opinion sur une lettre de saint Augustin au prêtre Sixte, blâmant la négligence qui faisait tolérer à Rome les hérétiques de ce temps, Mamachi témoigne le désir de voir

prendre des précautions contre les improbateurs du Bref. € Dieu veuille, ajoute-l-il, qu'il n'y ait pas de semblables critiques à Rome , ou du moins qu'il y en ait peu et de basse ou médiocre condition. Qu'il ne s'y rencontre pas aussi des défenseurs de ces maximes que, par son Bref plein de pmdence. Sa Sainteté veut voir abandonnées et rejetées par ceux même qui professaient le Jésuitisme. En n'en tenant aucun compte , ne peut-il pas naître des discordes qui troublent la tranquillité des Rtats et de l'Eglise? Je n'en sais rien ; mais ce que je comprends très-bien par l'histoire, c'est que souvent les petites étincelles provoquent les grands incendies. >

Mamachi n'avait découvert que des manuscrits ou des livres inoffensifs; on voit les conséquences qu'il déduit de son inquisitioo. Qu'eût-ce donc été si ses recherches l'eussent mis sur la trace d'un de ces mille complots qu'on prête si généreusement aux Jésuites? Qu'eût-il dit si les preuves de la turbulence et des richesses tant reprochées à la Compagnie de Jésus se fussent trouvées dans ses archives, là où elles devaient nécessairement se trouver, leur existence une fois admise.

Le procès contre les Jésuites embarrassait beaucoup plus les Cardinaux instructeurs que les accusés eux-mêmes; on résolut de le faire traîner en longueur. Ce fut alors qu'on exhuma les paroles, presque sacramentelles, mises dans In bouche de Ricci , ce fameux Sint ut sunty aut non sint (1) , qui n'a jamais été prononcé, mais que tous les Pères de Tinstitut ont pensé, c^r il était la conséquence de leurs vœux et de leur vie.

Du 16 août au 15 septembre 1775, on se fatigua à chercher la trace des complots et des intrigues qu'on désirait

(1) C'est Caraccioli» dans son roman sur Clément XIY« qui attribue au P. Ricci ce mot devenu célèbre. Le Général des Jésuites ne l*a jamais pronoDcé devant le Pape Clément XTV, puisqu'il lui fut impossible de l'entretenir depuis son élévalion au siège de Pierre. Ces paroles sont tombées de la bouche de Clément XllI, lorsqu'on 1761 le cardinal de Rochechouart, ambassadeur de France à Rome, lui demandait de modifier essentiellement les Constitutions de TOrdrc. On voulait un supérieur particulier pour les Jésuites français; alors le Pape, résistant à ces innovations proposées, s'écria : « Qu'ils soient ce qu'ils sont ou qu'ils ne soient plus I »

faire surgir. On employa à ce rude service les Prélats et les légistes qui s'étaient le plus vivement prononcés contre les Jésuites; et, le 15 septembre, le cardinal André Corsini, le pensionné de Pombal , le chef de la Commission instituée pour exécuter la sentence rendue, désespère lui-même d'arriver à son but. Ce n'est plus le facteur des mauvais livres de Pagliarini ; le cardinal André se transforme en geôlier ; mais ses occupations ne l'empêchent pas de songer à ses intérêts, et il accuse réception de l'argent qu'il a si tristement gagné. € Bien que je sache, écrit-il à Pagliarini, que MarcBargigli, chargé par moi de toucher ma pension de Portugal , ait répondu pleinement à votre dernière, qui m'en annonça le paiement , je ne veux pas néanmoins négliger de vous assurer moimême de ma continuelle gratitude et de ma reconnaissance toujours présente pour les embarras que je vous cause. Si j'ai tant tardé à vous en donner une preuve sincère, ce retard tient aux nombreux travaux qui me pressent, puisque déjà, depuis un mois et plus , j'ai été choisi par Sa Sainteté comme président de la sacrée Congrégation destinée à procéder à la suppression de la Compagnie de Jésus. Cette suppression est effectuée depuis le soir du 16 août passé, ainsi que votre Seigneurie en aura été déjà informée. Vu le secret inviolable, base de la susdite Congrégation , je n'ai aucune nouvelle intéressante à vous communiquer. Seulement je vous dirai qu'au milieu des devoirs qui m'assiègent , celui de faire surveiller de près par la troupe l'abbé Laurent Ricci et d'autres chefs de la Compagnie n'est pas le moindre. >

Clément XIV, dans des prévisions d'avenir, n'avait pas osé engager l'Eglise d'une manière trop solennelle. 11 avait toujours refusé de rendre une bulle pour la dissolution de la Société de Jésus, et sa sentence parut sous forme de bref (1), comme

(1) Un bref est une lettre que le Papeécritaux rois, princes ou magistrats, et quelquefois à de simples parliculiers : on a coutume de Texpédier en papier, sur des affaires brèves, légères et succinctes. La maUère des bulles est ordinairement plus importante ; leur forme est plus ample ; elles sont toujours écrites sur parchemin. Quand le Pape est mort, on n'expédie plus de bulles pendant la vacance du Siège. Le nouveau Pontife lui-même s'abstient de cette forme plus solennelle avant son couronne-

plus facile à révoquer. Ce bref ne fut pas dénoncé aux Jésuites selon la coutume canonique ; on ne Taflicha ni au Champ de Flore, ni aux portes de la basilique de Saint-Pierre. L'Eglise gallicane refusait de l'accepter. Le Roi d'Espagne le regarda comme insuffisant. La Cour de Naples défendit de le promulguer sous peine de mort. Marie-Thérèse, en se réservant tous ses droits, c'est-à-dire en laissant Joseph II s'emparer des cinquante millions de biens possédés par les Jésuites , concourut purement et simplement aux vues du Pape pour le maintien de la tranquillité de l'Eglise. La Pologne résista pendant quelque temps ; mais les vieux cantons suisses ne consentirent pas aussi facilement à se soumettre. L'exécution du bref leur paraissait dangereuse pour la Religion catholique. Us en écrivirent à Clément XIY. Dans cet intervalle, les disciples de l'Institut s'étaient sécularisés par obéissance; Lucerne , Fribourg et Soleure ne permirent jamais qu'ils abandonnassent leurs collèges. Ainsi le décret pontiBcal ne satisfaisait ni les amitiés ni les haines catholiques ; il ne fut loué que par Pombal et par les Philosophes. Le Pape eut le malheur de devenir un grand homme aux yeux des Calvinistes de Hollande et des Jansénistes d'Utrecht qui firent frapper une médaille en son honneur. Cette flétrissure, dont ses vertus s'indignèrent, fut sensible au cœur de Ganganelli. En apprenant la joie des ennemis de la Religion il comprit toute retendue de son erreur, mais il s'était placé dans l'impossibilité de la réparer.

Il ne lui restait plus qu'à mourir; on tira de sa mort une dernière calomnie contre Tordre de Jésus. Schœll raconte (1) : c Clément XIV, dont la santé, selon la remarque de plusieurs écrivains , commença à dépérir depuis la signature du bref , mourut le 22 septembre 1774, âgé de près de soixante-neuf

ment : il ne donne alors que des brefs ou des demi-bulles {semi-bolle ou mezze-bolle), nom dérivé du cachet en plomb qui les accompagne pendu avec une ficelle, et dont une des faces est alors sans inscription. Dans les bulles proprement dites, ce cachet représente d'un côté les léles de saint Pierre et de saint Paul, et de l'autre il porte le nom duPapercgiiant : mais dans les demi-bulles, il n'y a que l'image des apôtres. Dizionario di erudizione storica ecclesiastica, etc., compilato del cavalière Gactana Moroni, au mot Dolla, g 1 et 8, t. v, p. 277 et 281 ; au mot Brève, I 1, l. VI, p. 117.

(i) Cours d'histoire des Etats européens ^ t. xuv, p. 85.

ans. Après l'ouverture de son corps, qui se fit devant un grand nombre de curieux , les médecins déclarèrent que la maladie à laquelle il avait succombé provenait de dispositions scorbutiques et hémorroïdales, dont il était affecté depuis longues années, et qui étaient devenues mortelles par un travail excessif et par la coutume qu'il avait prise de provoquer artificiellement des sueurs fortes , même dans les grandes chaleurs. Cependant les personnes formant ce qu'on appelait le parti espagnol répandirent un tas de fables pour faire croire qu'il avait été empoisonné avec de l'eau de Tofana , production imaginaire dont beaucoup d'ignorants ont parlé , et que personne n'a jamais vue ni connue. On fit circuler une quantité de pamphlets qui accusaient les Jésuites d'être les auteurs d'un crime dont l'existence ne repose sur aucun fait que l'histoire puisse admettre. »

Quelques Catholiques n'ont pas eu la loyale discrétion de l'historien protestant ; à leurs yeux Clément XIV est bien mort empoisonné. Pour établir cette hypothèse, qui devait tout naturellement se transformer en certitude, puisqu'elle servait à dépopulariser la Compagnie de Jésus, on s'appuya sur toute espèce de conjectures. On donna un rôle important à une villageoise de Valentano, près Vilerbe, nommée Bernardine Renzi, pythonisse chrétienne, qui lisait dans l'avenir et qui annonça jour pour jour la mort du Souverain Pontife.

€ Celte mort, ainsi s'exprime Gavazzi écrivant à Pagliarini, cette mort fut piédite, il y a peu de mois, par une paysanne de Viterbe qui fut rigoureusement examinée sur ce sujet. Entre autres choses on raconte que, dans son examen, elle révéla une anecdote qui , rapportée au Saint-Père, fut par lui reconnue vraie, il ajouta que Dieu et lui pouvaient seuls le savoir. A partir de ce jour sa précieuse santé commença à décliner sensiblement. »

D'un pareil fait, assez peu rare dans les annales de l'Eglise et qui se trouve sanctionné par la correspondance même des plus intimes serviteurs de Clément XIV, on tira d'étranges déductions. Bernardine prophétisait que le Saint-Siège serait bientôt vacant, et qu'elle ne tarderait pas à être arrêtée. « Ganganelli, disait-elle, me tiendra en captivité, Braschi me délivrera. > Deux Jésuites, les PP. Coltraro et Venissa, furent

soupçonnés , avec son confesseur, de répandre les prédictions de cette femme. La force armée les écroua au château Saint- Ange ; Bernardine fut à son tour privée de la liberté. La plupart de ces choses se passaient avant le 21 juillet 1773. L'empoisonnement de Clément XIV eût été alors un crime utile aux Jésuites. On pourrait le comprendre tout en le réprouvant; mais après le bref, que leur importait la vie ou la mort du Pape? Quand des hommes aussi habiles qu'on les suppose se décident à un assassinat, ce n'est pas pour consacrer un fait accompli qu'ils se font coupables, mais pour le prévenir. Les Jésuites n'ont pas tué Ganganelli quand son décès leur était avantageux, lorsqu'ils étaient encore debout; est-il possible, est-il présumable qu'ils l'aient empoisonné quand leurs supé* rieurs languissaient dans les fers, et quand eux-mêmes, dispersés et ruinés, subissaient leur destin avec une simplicité d'enfants?

On avait prétendu que les Philosophes et le duc de Choiseul avaient fait mourir le Dauphin, Gis du roi Louis XV, et le Pape Rezzonico. C'était une calomnie et une invraisemblance. L'histoire les repousse toutes deux avec dédain , car pour croire aux grands crimes il faut de grandes preuves. Les adversaires de la Compagnie de Jésus, à quelque secte qu'ils appartiennent, n'ont pas eu cette réserve. A les entendre, à les lire dans ces documents autographes que nous venons d'évoquer, les Jésuites, vivant au milieu du monde, dans la solitude ou sur les terres vierges des Missions, semblent tenir boutique de poison. Ils eflaceraient par leurs crimes imaginaires toutes les Locustes de l'antiquité, et en face de tant d'imputations, on est tenté de se demander si , dans ce siècle, la mort naturelle avait été supprimée par arrêt de la philanthropie nouvellement découverte. Les Jésuites possédaient le secret de tuer leurs ennemis , inévitablement ils ont dû frapper Ganganelli. On a donc affirmé sur de vagues soupçons, nés d'une haine implacable, que la mort du Pape avait offert différents symptômes d'empoisonnement, et que lui-même, dans son agonie, avait proclamé qu'il mourait victime.

Cette agonie fut , il est vrai, aussi longue que douloureuse : éUé commença le jour où il s'assit sur la Ct^e ai^^\&^^^ >

elle ne se termina qu'avec son dernier soupir. H y eut dans ce Pontife, peu fait pour la lutte, un combat intérieur qui dévora les restes de sa vie ; combat affreux où la faiblesse était aux prises avec la justice. Il résista , il atermoya autant que les ressources de son imagination le permirent. Il espéra toujours que ce calice d'amertume, présenté par les princes de la maison de Bourbon, serait éloigné de ses lèvres; mais à l'arrivée du comie de Florida-Blanca ses angoisses redoublèrent. L'ambassadeur espagnol fut le bourreau de l'homme; le remords acheva le Pontife.

Le souvenir de la Compagnie de Jésus, détruite par lui, Fassiégeait sans cesse. Alors son esprit, parfois lucide, mesurait le mal qu'il avait fait à l'Eglise , la tache qui déshonorait son nom , l'opprobre qui s'attachait à un Pape dont les* ennemis de toute religion célébraient seuls les philosophiques vertus. Le contraste de la douleur des fidèles et de la joie des incrédules était pour lui une désolation. D'amères pensées le tourmentaient jour et nuit; sa raison s'égarait, et souvent, au milieu des ténèbres, il se réveillait en sursaut croyant entendre les cloches du Gesii qui tintaient son agonie.

Dans celte occasion comme toujours, les persécutés ne furent pas les plus à plaindre. En présence de ce désespoir, il ne resta plus aux proscrits qu'à prier pour le proscripteur plus malheureux que ses victimes. Il avait dit en signant le bref: € Questa suppressione mi darà la mortel » Longtemps après l'avoir promulgué , on le voyait errer dans ses appartements, et s'écrier à travers les sanglots : c Grâce! grâce! Comptdsus feci! compulsus feci! » Déplorable aveu qu'un noble repentir arrachait à la démence. Le Pape était menacé de mourir fou; mais ce n'était pas l'acqua di tofana, ce chimérique poison administré par une main invisible qui corrompait son sang, qui brûlait ses entrailles, qui faisait de son sommeil la plus cruelle des agitations. Enfin, le 22 septembre 1774, la raison revînt à Clément, mais la raison avec la mort. A ce suprême moment la plénitude de son intelligence lui fut rendue. Le cardinal Malvezzi , le mauvais ange du Pontife, assistait à sa dernière heure ; Dieu ne permit pas que le successeur des Apôtres expirât sans réconciliation avec le ciel. Pour arracher cette âme

de Pape à Tenfer, qui, selon une de ses paroles, était devenu sa maison , et pour que la tombe ne s'ouvrît pas sans espérance sur celui qui ne cessait de répéter : « 0/ Dio, sono dannaio! » un miracle était nécessaire. Le miracle se fit. Saint Alphonse de Liguori était alors évêque de Santa Agata dei Gotî au royaume de Naples. La Providence, qui veillait encore plus à riionneur du Ponlificat suprême qu'au salut d'un chrétien compromis par une grande faute , désigna Alphonse de Liguori comme son intermédiaire entre le ciel et Ganganelli. Au procès de la canonisalion de ce saint (1) on lit de quelle manière le prodige s'opéra.

t Le vénérable serviteur de Dieu, demeurant à Arienzo, petite ville de son diocèse (c'était le 21 septembre 1774), eut une espèce d'évanouissement. Assis sur son fauteuil, il resta environ deux jours dans un doux et profond sommeiL Un des gens de service voulut l'éveiller. Son Vicaire Général, don Jean-Nicolas de Rubino , ordonna de le laisser reposer , noâis de le garder à vue. S'étant enfin éveillé et ayant aussitôt donné quelques coups de sonnette , ses gens accoururent. Les voyant fort étonnés : c Qu'est-ce qu'il y a? leur dit-il. — Ce qu'il y a, répondirent-ils, voilà deux jours que vous ne parlez pas, que vous ne mangez pas, que vous ne donnez aucun signe. — Vous autres, dit le serviteur de Dieu, vous me croyiez endormi, mais il n'en était rien ; vous ne savez pas que je sais allé assister le Pape, qui est déjà mort. » On no tarda point d'apprendre que Clément XIV était mort le 22 septembre, à treize heures (entre huit et neuf heures du malin), c'est-à-dire au moment précis où le serviteur de Dieu avait agité sa sonnette. >

Tel est ce récit dont Rome, si diflicile en matière de miracles et qui ne les constate qu'après les avoir mûrement examinés , accepte la responsabilité dans les actes de la canonisation d'Alphonse de Liguori. Rome l'a discuté ; Rome a prononcé ; cette bilocotion est un fait historique.

Liguori assistait le Pape Clément XIV à ses derniers mo-

(1) Information animadoersiones et reaponsio mpra rirtutibua V, S. D. Alphonfii Mariœ di Ligorio 'Rome, iHOGV

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ments, et cette intervention dont Ganganelli seul eut connaissance , dont seul il ressentit les mystérieux effets, fit régner le calme et sans doute Tespérance dans son cœur si violemment agité. On Tavait forcé à créer in petto onze Cardinaux imposés par lès ennemis de la Société de Jésus. Malvezzi veut profiter de cette sérénité dont il n'a pas le secret. Il supplie le Pape d'achever son œuvre en confirmant les promotions qui seront nécessaires aux puissances dans le prochain Conclave. La justice était enfin descendue sur la tète du Pontife. Il avait la conscience du prodige que le ciel accomplissait en sa faveur ; il s'en montra digne en refusant d'accéder à la demande du Cardinal, c Je ne le puis ni ne le dois, répondit*il, et le Seigneur jugera mes motifs. » Malvezzi et ses complices insistaient, t Non, non, s'écria le Pape, je vais à l'Eternité, et je sais pourquoi. >

Une lettre de Joseph Gavazzi, créature du cardinal Malvezzi, ne laisse aucune incertitude sur ce fait. Le 29 septembre 1774, Gavazzi mande de Bologne à Nicolas Pagliarini, l'agent de Pombal : « Il m'est revenu en mémoire de vous dire que le pauvre Monsignor Macedonio, qui avait été cru par tout le monde Cardinal in petto, reste, comme on écrit de Rome, sacrifié, et déjà on parle de l'envoyer gouverneur à Urbino. Grande affaire ! il n'a pas été possible d'obtenir du Pape la nomination des Cardinaux in petto , bien que par deux fois l'éminentissime Malvezzi et d'autres se soient jetés à ses pieds en le suppliant de les nommer. Mais si Malvezzi est Pape, Macedonio aura tout de suite la pourpre parce qu'il l'aime et qu'il connaît son mérite. En somme, tout est désordre, et Dieu veuille que les choses soient remises à leur place par le nouveau Pontificat. >

Ce refus si providentiellement constaté et si extraordinaire dans un Souverain Pontife qui avait tant accordé , paraissait inexplicable. Il se fit avec un courage que semblait doubler l'approche des jugements de Dieu, et Ganganelli expira saintement comme il aurait toujours vécu s'il n'eût pas mis une heure d'ambition et un désir d'iniquité entre sa pourpre et la tiare.

k Rome, la mort n'amène jamais le jour des éloges comme

ET LES JÉSUITES. St^ë

dans le reste du monde. Les Egyptiens de la ville éternelle traînent inévitablement au tribunal de leurs sarcasmes le Pape que le trépas vient de soustraire à leur respectueuse familiarité. Ils se vengent de leur adoration en poursuivant sa mémoire. Celle de Clément XIV fut insultée sans pitié (1), et

(i) Le peuple romain n'avait pas vu sans quelque bonté romnipotence que les ministres de la maison de Bourbon eiercérent pendant le régne de Clément XIV. L'orgueil du citoyen souffrait autant que la foi du cathoUque de cet abaissement de la tiare. Ils s'en vengèrent à leur manière. Les GoDclaves étaient de temps immémorial une époque où la liberté de parler et d'écrire se transformait aisément en licence, l'autorité laissait à Topinion publique le droit de médisance et même de calomnie. Le Sacré Collège ne se préoccupait guère des outrages dont ses membres étaient Tobjet, et le nouveau Pape absolvait dans une première bénédiction toutes ces épigrammes, dont la forme incisive et souvent spirituellement comique sert de passeport à la virulence et l'injustice.

Au ^Conclave qui suivit la mort de Ganganelli , les ambassadeurs de France, d'Espagne et de Naples, représentants officieux de l'émancipation intellectuelle et de la liberté philosophique, ne crurent pas de leur dignité de wbir les chansons et les pasquinades des Romains. Les diplomates avaient tué la Société de Jésus ; ces apôtres des théories encyclopédiques se révoltèrent à l'idée qu'ils allaient être jugés comme ils avaient jugé, et le cardinal de Bernis, chef d'ordre, transmit la note suivante au gouvernenr de Rome. Nous la trouvons en minute dans ses papiers.

« i° Lui témoigner la surprise des seigneurs-cardinaux , chefs d'ordre, de ne les avoir pas avertis sur-le-champ de la comédie intitulée : le Conclavet de n'en avoir pas fait sur-le-champ saisir les exemplaires, punir les distributeurs et les copistes, et qu'il ne se soit pas occupé d'arrêter le coors de tant de satires : 1° contre le Pape Clément XIV, de glorieuse némoire, principalement le Sermon de saint Pierre contre plusieurs cardinaux, et notamment toutes celles qui ont été répandues au sujet des faussetés et des inventions au sujet du présent Conclave; 2° contre l'honneur et la réputation des personnes les plus respectables de Rome des deux sexes.

a 2^ Ordonner à Monseigneur le gouverneur la recherche la plus exacte de tons les exemplaires du Sermon de saint Pierre, de la Comédie du Conclave et autres satires contre le défunt Pape et les Cardinaux, dames et seigneurs de Rome. Pour édiûer le public scandalisé de cette licence, ces écrits doivent être brûlés publiquement dans la place la plus fréquentée de Borne et avec le plus grand appareil par la main du bourreau. Ce coup d'éclat est d'autant plus nécessaire que les ministres étrangers sont résolus de demander une satisfaction éclatante des outrages faits dans ces satires à leur honneur et à leur représentation. Il est de la sagesse du gouvernement de prévenir des plaintes qui auraient les suites les plus sérieuses.

« 3** Après ce coup d'éclat, Monseigneur le gouverneur doit ocdoauftt

tandis que le cri de la malédiction romaine se confondait avec les louanges intéressées que la secte philosophique faisait entendre sur ce tombeau enlr'ouvert, un Jésuite, le P. de Cordara, traçait cette page encore inédite de ses Commentaires sur la suppression de la Compagnie, c Ainsi Clément XIV finit sa vie, ainsi il termina son court pontificat. Pape, s*il est permis de s'exprimer de cette sorte, plus malheureux que méchant, Pape qui aurait été admirable s'il eût vécu dans des temps meilleurs. Car il était recommandable par plusieurs qualités insignes de l'esprit, il avait du savoir et des vertus. On trouvait en lui une sagacité profonde, principal mérite d'un Prince, à mon avis. Quoique au faîte des honneurs, il était doué d'une sagesse vraie, d'une rare modération. Doux, affable, bon, d'un caractère toujours égal, jamais précipité dans ses conseils, ne se laissant jamais aller aux excès de zèle. De la dignité dont il élait revêtu, la plus grande sur la terre, il ne paraissait prendre qu'à l'extérieur le luxe qui l'entoure et les soins du gouvernement qui y sont attachés.

« Voyant les Princes imbus des opinions de Fébronius et remplis de préjugés sur l'autorité du Souverain Pontife, il crut arrêter leurs projets en se faisant à lui-même ainsi qu'à l'Eglise deux graves blessures. La première fut la destruction de noire Institut; la seconde, plus profonde encore, plus difficile à guérir, fut la suppression en quelque sorte de cette Constitution à la fois si ancienne et si vénérable que l'on appelait la

de découvrir les auteurs, les distributeurs et les copistes de ces satires, soas peine de perdre sa place. »

Les ministres étrangers dont le cardinal de Bernis fait valoir les colères avaient établi à Home contre toute espèce de droit, dans leurs palais mémo, des presses clandestines d'où sortaient incessamment mille pamphlets contre l'Eglise ou contre les Jésuites, et ils osaient se plaindre d*un usage ancien, qui n'avait jamais provoqué de réclamations. Leurs menaces n'aboutirent à aucun résultat; mais nous avons voulu lire le Sermon de saint Pierre, la Comédie du Conclave, et les autres saUres produites par la circonstance. Après les avoir comparées à d'autres œuvres semblables antérieures ou postérieures à cette époque de 1775, nous devons déclarer qu'il y a beaucoup moins d'amertume et plus de vérité dans le Sermon de saint Pierre et la Comédie, que dans plusieurs autres pièces du même genre.

bulle in coma Domini. A elle seule, elle faisait la force du Saint-Siège, elle le soutenait debout en face de Tunivers cailiolique. Ces deux mesures perpétueront le souvenir du pontificat de Ganganelli, mais ce souvenir sera toujours accompagné de larmes et de douleur. Un autre Pape, quel qu'il fut, et vivant comme Ganganelli dans ces temps mauvais, aurait-il agi autrement? Qui le sait? Sans doute le Pape, comme Pasteur suprême, a un pouvoir souverain et légitime sur tout le troupeau et sur les Rois eux-mêmes qui sont les fils de TEglise ; mais peot-il exercer ce pouvoir alors même que les Princes le combattent et hii déclarent la guerre? En ces temps malheureux , la puissance des Rois l'emportait de beaucoup sur celle du PîTpe. En un mot, si Ganganelli (it mal, du moins faut-il penser qu'une intention mauvaise ne présida point à son œuvre. *

Un autre Jésuite, le P. Louis Mozzi , dans un ouvrage qui , vers cette époque, obtint une grande vogue en Italie, n'est pas moins respectueux envers la mémoire de Ganganelli. c On sait, dit-il (i), que Clément était disposé à renoncer même au pontificat plutôt que d'en venir à celte extrémité ; il le déclara bien souvent, et toutefois il v est venu. Mais chacun en connaîtil bien le moment, la manière, la cause? mes enfants! cliers amis de la Compagnie qui n'est plus, honorez le souvenir d'un Ponlife qui est moins indigne de votre estime qu'il ne mérite toute votre compassion. Ayez encore un peu de patience; tout se voit, mais on ne peut tout dire. Le temps propice n'est pas encore arrivé pour vous ; il viendra , et il passera pour les autres. Ayons confiance en Dieu, et soyons-lui toujours fidèles. Dieu seul doit nous justifier. Réfléchissez aux conséquences de notre suppression, aux événements qui se succèdent chaque jour, et jugez s'il pouvait commencer à le faire d'une manière plus éclatante. >

Voilà le dernier mot des Jésuites sur Clément XIV. Il résume les actes de sa vie, il les apprécie au point de vue de la charité sacerdotale et peut-être à celui de l'estime personnelle. C'est

(1) I projettidegl' increduli a danno délia Relif/lonedisoellati nulle opère dt Frederico il grande, p. 105(As8isi, I79ij.

à la postérité à dire s'il lui est permis de ratifier un pareil jugement. Elle commence aujom'd'hui seulement pour Ganganelli, car les éloges intéressés dont on a souillé sa mémoire, les soupçons qui s'élevèrent contre lui , tout maintenant est expliqué. Et Ton voit que si son nom a été respecté et protégé jusqu'ici, c'est à des Jésuites qu'il doit ces derniers honneurs de l'histoire. Les adversaires de la Compagnie se gardent bien de rendre le même témoignage, c La personne du Souverain Pontife, ainsi s'exprime Gioberti(4), cesse d'être inviolable pour ces humbles moines aussitôt qu'elle leur devient quelque peu hostile, et Luiher parle des Papes de son temps d'une manière moins blâmable que ne le firent certains écrivains de la secte au sujet de Vintemerato Clémente , parce que ce grand Pontife osa préférer le repos des Etats, le bien de la Religion, la tranquillilé, la sûreté^ la gloire de l'Eglise à l'avantage de la Compagnie. >

Nous avons prouvé que ce quintuple but ne fut jamais atteint. On l'avait proposé à Ganganelli comme un mirage trom* peurj; il s'y laissa prendre. Ses souffrances morales sur le trône, les anxiétés de sa vie de Pape, les désespoirs de sa mort, tout révèle que Vintemerato Clémente n'est grand aux yeux des ennemis de TEglise que parce qu'il fut faible devant le Seigneur.

11 n'avait eu qu'un ami , un conventuel comme lui , ce père Buontempi que les Philosophes et les Cardinaux des Couronnes ainsi que les Ambassadeurs avaient tant flatté pour mieux dominer le Pontife. A peine Clément XIV a-t-il fermé les yeux que Buontempi, au dire de ses complices, se dérobe par la fuite aux reproches que sa conduite a mérités, c Cet indigne Buontempi , c'est encore Gavazzi qui raconte le fait i Pagliarini , cet indigne P. Buontempi qui se nommait le confesseur du Pape, a fui et a emporté tous les papiers qui appartenaient au Saint-Père (2). »

(1) Proleg, delprimato, p. 192.

(2) Cette fuite et ce vol, dont le conventuel Buontempi est accusé par Gavazzi, expliqueraient très-bien comment les lettres du cardinal Mal vezzi au pape Clément XIV ont pu être conservées. Le Journal historique et littéraire deFeller (septembre 1775), p. 575, t. c.x., 1. n, déclare que Pie YI, avant de quitter le Yatican, brûla de sa propre main tous les pt-

Six jours après ce trépas, le cardinal de Bernist qui avait à prémunir le jeune roi Louis XVI contre les Jésuites, écrivait au ministre des affaires étrangères : c Le genre de maladie du Pape et surtout les circonstances de la mort font croire communément qu'elle n'a pas été naturelle... Les médecins qui ont assisté à l'ouverture du cadavre s'expriment avec prudence, et les chirurgiens avec moins de circonspection . Il vaut mieux croire à la relation des premiers que de chercher à éclaircir une vérité trop affligeante, et qu'il serait peut-être fâcheux dedécouvrir. *

Le 26 octobre, les soupçons qu'il a laissé entrevoir se confirment dans son esprit , il veut les faire passer dans celui du Roi. Il mande au ministre : c Quand on sera instruit autant que je le suis, d'après les documents certains que le feu Pape m'a communiqués, on trouvera la suppression bien juste et bien nécessaire. Les circonstances qui ont précédé, accompagné et suivi la mort du dernier Pape excitent également l'horreur et la compassion... Je rassemble actuellement les vraies circonstances de la maladie et de la mort de Clément XIV, qui, vicaire de Jésus-Christ, a prié, comme le Rédempteur, pour ses plus implacables ennemis, et qui a poussé la délicatesse de conscience au point de ne laisser échapper qu'à peine les cruels soupçons dont il était dévoré depuis la semaine sainte, époque de sa maladie. On ne peut pas dissimuler au Roi des vérités, quelque tristes qu'elles soient, qui seront consacrées dans l'histoire. >

Les Philosophes connaissaient la correspondance de Bernis, ils savaient les inquiétudes qu'elle recèle; il était de leur avantage de les propager. D'Alembert essaie de faire peur à Frédéric II de la terrible milice qui , après avoir enseigné la doctrine du régicide, ose évoquer des Locustes jusque sous les lambris du Vatican. Le 46 novembre 1774, le roi de Prusse rassure en ces termes le sophiste français (1) : c Je vous prie

piers de son prédécesseur. Mais, au dire de Gavazzi qui, par le cardinal Malvezzi, devait savoir toutes les intrigues les plus secrètes du palais, Baontempi y avait mis bon ordre. Le cardinal Malvezzi se trouvait assez compromis par cette correspondance pour n'en pas perdre la trace. L'épithéte d'indigne jetée au P. Buontempi est donc un signe même de la colère que ressentit l'archevêque de Bologne. (1) ouvres philosophiques de d'Alembert, Conesv^Tv^«»R,^^v. ^n\s3l%

de ne pas ajouter foi légèrement aux calomnies qu'on répand contre nos bons Pères. Rien n'est plus faux que le bruit qui a couru de l'empoisonnement du Pape. Il s'est i'ort chagriné de ce qu'en annonçant aux Cardinaux la restitution d'Avignon, personne ne l'en a félicité , et de ce qu'une nouvelle aussi avantageuse au Saint-Siège a été reçue avec autant de froideur. Une petite fille a prophétisé qu'on Tempoisonnerait tel jour; mais croyez-vous celte petite fille inspirée? Le Pape n'est point mort en conséquence de cette prophétie, mais d'un dessèchement tolal des sucs. Il a été ouvert, et on n*a point trouvé le moindre indice de poison. Mais il s'est souvent reproché la faiblesse qu'il a eue de sacrifier un Ordre tel que celui des Jésuites à la fantaisie de ses enfants rebelles. Il a été d'une humeur chagrine et brusque les derniers temps de sa vie, ce qui a contribué à raccourcir ses jours. »

Bernis invoque la conscience future de l'histoire ; l'histoire (1 ) a parlé comme Frédéric II. Les Protestants eux-mêmes l'ont écrite sous la dictée de leurs préjugés antijésuitiques, et, dans l'intimité de leur correspondance, ceux même qui coopérèrent le plus efficacement à la destruction des Jésuites ne craignent pas de s'avouer la même chose. Dans sa lettre du 29 septembre 1774 à Pagliarini, Gavazzi, une des âmes damnées du cardinal Malvezzi, laisse échapper ces mots, qui sont

(1) Un écrivain italien, Beccatini, rapporte, dans son Histoire de Pie Vit les divers bruits qui coururent à Rome et dans le monde lors du trépas de Clément XIY; puis il ajoute : « Maintenant personne ne soutient cette hypothèse, et le cardinal de Bernis, après avoir pris parti pour rempoisonnement, a avoué souvent qu'il n'en croyait plus rien. » {Storiadi Pio VI, 1. 1, p. 54.)

Cancellieri, l'un des savants les plus distingués de rilalie, et qui mourut en 1826, conflrme, aux pages 409 et 515 de sa Storia di solenni possessi dei summi Pontifici, le récit de la mort naturelle de Clément XIY, et il dit : c( Qu'à cause de l'âcreté et de la corruption des humeurs dans le corps du Pape défunt, il ne put être exposé, selon la coutume, les trois premiers jours, les pieds découverts. »

Le comte Joseph de Gorani, cet écrivain milanais qui embrassa avec tant d'ardeur la cause de la Révolution française et qui fut un adversaire si prononcé de l'Eglise et des Jésuites, nie Tempoisonnement de Clément XIV. Dans ses Mémoires secrets et critiques des cours et des gouvernements de l'Italie^ il rejette avec dédain cette fable.

une révélation : ♦ Notre Saint-Père Clément XIV, de glorieuse mémoire, mort comme tout le monde le dit à force de souffrances et non de poison, ainsi que quelques-uns Font prétendu. > Ce que Frédéric II proclamait tout haut, les ennemis de r Institut se l'écrivent dans le secret de leur haine , secret que nous pénétrons aujourd'hui , en les suivant à la piste de leurs dépêches inédites, et l'histoire rectifie ce mensonge de convention. Elle disculpe les Pères de la Compagnie du crime dont Bernis tente de les charger. Il s'efforçait de s'appuyer sur le témoignage plus ou moins circonspect des hommes de l'art; ce témoignage lui fit défaut. Les docteurs. Noël Salicetti et Âdinolfi, l'un médecin du palais apostolique, l'antre médecin ordinaire du Pape, décrivirent dans un rapport circonstancié les causes et les effets de la maladie de Clément XIV. Ils le remirent entre les mains du prélat Arcbinto, majordome de Ganganelli , et ce Mémoire, daté du i 1 décembre 1774, conclut dans toutes ses parties en faveur d'une mort naturelle. II se termine ainsi : c II n'y aurait rien d'étrange qu'après vingt-huit ou trente heures les chairs se fussent trouvées dans une grande putréfaction. On sait qu'alors la chaleur était excessive et qu'il soufflait un vent brûlant, bien capable de produire et d'augmenter la corruption en peu de temps. Si, parmi le tumulte que causa dans la multitude ce fâcheux événement , on eût fait attention à l'impression que &it le vent du midi sur les cadavres, même embaumés, comme le sont d'ordinaire ceux des Souverains Pontifes, à l'ouverture et à la dissection de toutes les parties examinées à loisir et remises ensuite à leur place naturelle, il ne se fût pas répandu dans le public tant de faux bruits, la populace étant naturellement portée à adopter le merveilleux des opinions extraordinaires.

c Voilà mon sentiment au sujet de cette maladie mortelle , qui a commencé lentement, duré longtemps, dont nous avons reconnu les symptômes non équivoques, mais clairs et palpables^ dans l'ouverture qui s'est faite du corps en présence de presque tout un public ; et ceux qui y ont assisté , pour peu qu'ils soient clairvoyants , exempts de prévention et dégagés de tout esprit de parti, ont dû reconnaître que raltévjiûçv^v.W'^

parties nobles ne doit légilimement s'attribuer qu'à des causes purement naturelles. Je me croirais coupable d'un grand crime si, dans une affaire d'une aussi majeure importance, je ne rendais pas à la vérité toute la justice qu'on est en droit d'attendre d'un homme de probité, tel que je me flatte de l'être. »

L'honneur et la science donnaient un démenti officiel aux suppositions que la calomnie était intéressée à répandre. Battue sui' un point, elle se replia sur un autre. Le P. Ittarsoni, Général des Conventuels de Saint-François , était l'ami, l'ancien confesseur de Clément XiV. Le Souverain Pontife avait appartenu à cet institut , et Marzoni , qui ne s'était pas séparé de lui pendant cette longue agonie, n'avait jamais été suspect de partialité à l'égard des Jésuites. On profita de ces circonstances ; on fit courir le bruit en Europe que le Pape avait confié à Marzoni qu'il croyait mourir empoisonné. Les enfants de saint Ignace étaient épars sur le globe, leurs adversaires de France et d'Espagne jouissaient à Rome d'un crédit sans bornes; le Général des Cordeliers ne recula pas néanmoins devant Taccomplissement d'un devoir. Le tribunal de l'Inquisition l'interrogeait ; il répondit parla déclaration suivante :

€ Moi , soussigné. Ministre général de l'Ordre des Conven* tuels de Saint-François, sachant bien que par le serment on prend à témoin de ce qu'on jure le Dieu souverain et infiniment vrai ; moi, certain de ce que j'assure, sans aucune contrainte, en présence du Dieu qui sait que je ne mens pas, par ces paroles pleines de vérité , écrites et tracées de ma propre main, je jure et attestée tout l'univers que , dans aucune circonstance quelconque. Clément XiY ne m'a jamais dit , ou avoir été empoisonné, ou avoir éprouvé les moindres atteintes du poison. Je jure aussi que jamais je n'ai dit, à qui que ce soit, que le même Clément XIV m'ait fait la confidence , ou qu'il avait été empoisonné, ou qu'il avait éprouvé les moindres atteintes du poison. Dieu m'est témoin.

c Donné dans le couvent des Douze- Apôtres de Ronie, ce 37 juiUetl775.

c Moi , frère Louis-Marie Harzoni , « Ministre général de l'Ordre. »

Clément XIV ne mourut pas de la main des Jésuites ; le fait est attesté par les Protestants, par ses médecins, par ses amis, par les destructeurs de la Compagnie, et surtout par l'évidence ; ouais les Jésuites sont morts sous le bref qu'il a porté. Ganganelli a signé leur ruine sans le vouloir. Un secret désir de monter sur la Chaire apostolique avait flatté son cœur ; pour satisfaire ce désir, le Cardinal conventuel se résigna à l'injustice. Pape, il se laissa entraîner au delà de ses prévisions. On le poussa vers l'abîme en flattant son besoin de popularité; on le tua pour escalader le Saint-Siège et arriver plus vite à la révolution que préparaient mille turbulences dans les esprits. Les Jésuites n'existent plus; mais les Rois catholiques ont pris des engagements contre eux. Les passions de Charles ill, l'avMité tracassière de Joseph II, la jeunesse de Louis XYI rendent impossible la réhabilitation de l'Institut de saint Ignace. En 1769, les Ministres des Cours et les Encyclopédistes sont parvenus à dominer une fraction du Conclave; ils y ont introduit la simonie , la peur et l'obéissance passive. Un scandale inoiu est sorti de cette intrigue; il faut que ce scandale porte ses fruits en se perpétuant (1). Une partie du Sacré Collège a

(1) Un fait qui ne manque pas d'intérêt constate la singulière posiUon dans laquelle le bref Dominus ac Redemptor a placé la cour de Rome. La béatification du P. Pignatelli se poursuit avec activité, et dans la potitio supra introductione causœ (p. 6, n^ 7 et 8. Rom se, 1842) nous lisons que le promoteur de la foi, dans les objections faites au sujet de rintroduclion de la cause du vénérable Joseph-Marie Pignatelli, émet l'objection suivante : a On doit eiaminer si le serviteur de Dieu n*a jamais désapprouvé de vive voix ou par écrit le bref de suppression de la Compagnie de Jésus et s'il ne s'y est jamais opposé. D'autant plus que, lorsqu'il était professeur à Ferrare» on entendit le serviteur de Dieu dire à ses Frères : « Quels motifs avons-nous de nous affliger, puisque nous sommes innocents du malheur qui nous frappe ? Ils sont bien plus malheureux ceux qui ont donné occasion ou qui ont contribué à la destruction de notre Ordre. Les larmes doivent couler de leurs yeux bien plutôt que des nôtres. »

L'avocat des Rites répond aux pages 53, 54, etc., « que le serviteur de Dieu ne dit jamais un seul mot contre le bref; qu'il l'accepta et s'y soumit avec résignation. » A la citation il répond en disant : « que le serviteur de Dieu avait bien pu prononcer ces paroles, comme étant convaincu que les vrais ennemis de l'Eglise avaient été ceux qui employèrent toute sorte de coupable!» intrigues pour obtenir du Pape la suppression...» Et il apporte

été faible une fois, elle a sacrifié la Compagnie de Jésus et Thonneur du Siège apostolique à de coupables manœuvres» à des tendances plus coupables encore; la maison de Bourbon se ligue de nouveau pour éterniser son ascendant sur les Cardinaux.

Les Rois redoutent de voir l'Eglise briser l'œuvre d'iniquité qu'un Pape a été forcé de consommer. Clément XIV, l'instrument de leur colère, est descendu dans la tombe ; ils accusent sa mémoire, et ils prennent des précautions pour que son successeur soit mis dans l'impossibilité d'être équitable. Le 24 octobre 1774, Louis XVI, à peine sur le trône, signe les instructions suivantes, que le comte Gravier de Vergennes, son Ministre des affaires étrangères, a rédigées pour les cardinaux de Luynes et de Bernis , entrés au Conclave. Ces instructions secrètes sont une amère censure du pontificat de Canganelli; elles révèlent les véritables pensées de la Cour romaine à l'égard de la Société de Jésus.

€ L'Eglise, ainsi parle le comte de Vergennes, vient d'être privée d'un chef qui l'a gouvernée avec sagesse et prudence, et qui Ta édifiée par sa piété et par ses vertus. Le choix de son successeur présente d'autant plus de difficultés et d'embarras, qu'indépendamment du petit nombre de sujets doués des qualités éminentes que requiert le suprême sacerdoce, il r^ne parmi les Cardinaux une fermentation sourde qui annonce un Conclave des plus orageux.

€ On trouve la source de celle fermentation dans Tadministration du feu Pape. La méthode qu'il a constamment suivie de ne jamais consulter les Cardinaux sur aucun objet qui intéressât, soit le gouvernement de l'Eglise, soit le gouvernement temporel de ses Etats, et surtout le projet qu'il avait concerté avec les Souverains de la maison de Bourbon pour abolir l'Institut des Jésuites, et qu'il consomma sans le concours et sans

comme preuve les témoignages de Voltaire, de d*Alembert et des autres Philosophes.

Maintenant que l'histoire a déchiré le voile, il est à espérer que le promoteur de la foi croira devoir renoncer à uneobjecUon qui trouve la plus concluante des réponses dans les documents émanés de toutes les chancelleries^ et que nous publions pour la plus grande gloire de la justice.

la participation du Sacré Collège , ont excité tout le ressentiment des Cardinaux italiens, ou au moins de la plupart d'entre eux, et leur ont inspiré une haine indélébile pour sa personne et pour son administration. On doit juger de là que les Cardinaux improuvent au fond de leur cœur toutes les opérations de Clément XIV, et qu'ils ne demandent que les moyens et l'occasion de les renverser. Cette opinion est justifiée par tous les détails qu'on a reçus concernant leurs dispositions et leurs affections, que le plus grand nombre d'entre eux n'a pas même cherché à déguiser, et l'on peut en conclure avec une sorte de certitude, que tous les Cardinaux, ceux surtout qui sont reconnus pour être encore attachés à la Société éteinte, sont peu affectionnés aux princes de la maison de Bourbon , et qu'on doit s'attendre aux plus grands efforts de leur part pour contrecarrer le choix d'un Pape qui réunirait les suffrages des Couronnes.

€ C'est dans cet état de choses que Messeigneurs les Cardinaux de Bernis et de Luynes vont entrer au Conclave et prendre part à l'élection d'un nouveau Pontife.

c La parfaite intelligence qui règne entre le Roi et le Roi d'Espagne a déterminé Sa Majesté à consulter ce Prince sur le parti qu'il convient aux deux Couronnes de prendre, et de concerter avec lui les démarches communes qu'il sera nécessaire de faire dans une conjoncture aussi intéressante et aussi délicate.

c Par la réponse que Sa Majesté catholique a donnée , elle annonce que les instructions qui seront adressées de sa part à son Ministre à Rome porteront en substance t que le Roi catholique ne pense pas que les deux Cours doivent donner à leurs Ministres des instructions précises et positives relativement aux sujets capables ou non ; que ces instructions ne pouvant être rédigées que d'après les informations de ces mêmes Ministres, il sera plus naturel de confier à leur discernement f et à leur conduite la totalité de la négociation , et de leur c laisser le soin de nourrir les bonnes dispositions des Cardic nauxen qui ils reconnaîtront des idées conformes à nos vues, ç d'éloigner ceux en qui ces dispositions ne seront pas aussi f satisfaisantes que nous le désirerions, el à|2i ^' oç^oisfcv ^^^-

' c lument s'il le faut à Texaltation des autres, particulièrement c des partisans des Jésuites, qui fondent sur eux toutes leurs c espérances. >

c Gomme le Roi n*est pas moins animé que le Roi son oncle du zèle. le plus pur pour le bien de la Religion, et du désir le plus vif pour le maintien de la paix dans TEglise, Sa Majesté est résolue de se conformer en tous points aux dispositions de Sa Majesté catholique , et d'agir avec elle dans une parfaite uniformité de principes, de sentiments et de vues pour l'élection dont le Sacré Collège va s'occuper. En conséquence, Tintention de Sa Majesté est que Messeigneurs les cardinaux de Bernis et de Luynes concertent leur conduite et tontes leurs démarches avec le comte de La Floride- Blanche, qu'ils agissent dans tous les cas dans le plus parfait accord avec ce Ministre, et qu'ils réunissent leurs efforts et leurs moyens aux siens pour que le Sacré Collège élève sur la Chaire de saint Pierre un Pape (]ui apporte dans le gouvernement de l'Eglise l'esprit de charité , de concorde et de paix, qui préfère constamment aux moyens violents les voies de la douceur et de la modération, et qui sache concilier les prérogatives et les prétentions du Saint-Siège avec les égards dus aux droits légitimes des Couronnes. Peut-être ne serait-il pas moins important de veiller à ce qu'on n'élève sur la Chaire de saint Pierre un Pape de vues trop bornées et d'un caractère faible et susceptible de se laisser dominer, pour prévenir qu'avec de bonnes et pieuses intentions il ne puisse devenir l'agent des passions des esprits turbulents qui pourraient surprendre sa religion et sa confiance, et par ce moyen renouveler les troubles qu'on a eu tant de peine à apaiser.

c Tel est le vœu commun des deux Monarques. Ils n'ont aucune sorte de prédilection personnelle pour aucun Cardinal en particulier, et ils s'en rapportent entièrement à leurs Ministres respectifs, tant pour le choix à faire d'un Souverain Pontife que pour l'exclusion à donner aux candidats qu'ils jugeront indignes d'être revêtus de ce sublime caractère.

« Cette exclusion a paru au Roi d'Espagne digne de toute son attention, et le Prince, d'après les rapports du comte de Lk JFVoride-Bianche, a indiqué exactement les diffirents siqets

qui méritent les suffrages des Couronnes, et ceux qui ne sauraient leur convenir à cause de leur ténacité dans les principes ultramon tains ou parce qu'ils sont partisans déclarés des Jésuites. Les premiers (indépendamment du cardinal Sersale) sont les cardinaux Negroni, Simone, Casali, Marefoschi, Malvezzi, Zelada, Corsini et Conti; et parmi les seconds Sa Majesté Catholique distingue ceux qu'il ne faut qu'éviter, tels que les cardinaux Boschi, Colonna, Caraccioli, Fantuzzi, et peutêtre Visconti, d'avec ceux à l'élection desquels il faut s'opposer absolument, tels que les cardinaux Castelli, Rossi, Buffalini, Pamûli, Paracciani, Borromeo, Spinola, Calini, Torregiani, Buonacorsi, Giraud et des L^anzes.

c L'intention du Roi est que messeigneurs les cardinaux de Bernis et de Luynes suivent cette distinction en tous ses points, à moins que des circonstances particulières et des connaissances mieux approfondies que celles du comte de La Floride- Blanche ne leur aient donné une opinion différente de la sienne sur l'un des Cardinaux qui viennent d'être nommés : auquel cas ite la communiqueront à ce Ministre, et tâcheront de l'y ramener, afin que son langage à l'égard de ces mêmes sujets soit entièrement conforme au leur. Cependant où il ne céderait pas ils devront lui faire le sacrifice de leur opinion particulière. »

Ainsi la France servait pleinement les vengeances du Roi d'Espagne, vengeances dont elle ignorait le motif. Louis XVI et Vergennes s'associaient aux iniquités passées ; et puisque la Société de Jésus avait été frappée , malgré le Sacré Collège, malgré le vœu de la presque unanimité de l'épiscopat et des Catholiques, on voulait éterniser la proscription en donnant à TEglLse un Pape selon le cœur des puissances et des Encyclopédistes. A quelques noms près, le Conclave était composé des mêmes éléments que celui de 1769. Les dernières années du pontificat de Ganganelli, la lutte intérieure qu'il avait soutenue, les outrages qu'il avait subis, sa démence, sa mort si pleine d'enseignements, tout cela était présent au souvenir des Cardinaux. Au fond de leurs cellules du Vatican, ils entendaient les insultes et les moqueries dont le peuple de Rome chargeait la mémoire de Clément XIV. Ils avaient été témoins des scandales qui précédèrent et suivirent sou éVecv!\o\i\'^«OL\wi^^*

saient. Personne n'osait les recommencer, et le 15 février 1775 le cardinal Ange Braschi fut nommé Pape.

Elève des Jésuites, il avait toujours affectionné l'Institut et ses premiers maîtres; il ne taisait pas ses regrets de disciple et de Pontife ; il n'en fut pas moins élu à l'unanimité. Il vénérait la mémoire de son prédécesseur, et, quoique avec un caractère tout opposé, il avait en lui assez de vertus, de courage, (le grandeur et de majesté pour le faire oublier, ou pour réparer son erreur.

Pie VI, dont le peuple romain saluait avec amour l'avénement, dont il aimait le faste et la charité, comprit^ en montant sur le trône, Tinexlricable position dans laquelle Ganganelli s'était engagé. Clément XIV avait, à son insu, jeté un long ferment de discorde dans l'Eglise : en dissolvant l'Ordre de saint Ignace de Loyola, sans le juger, sans le condamner, il avait mis en doute l'œuvre de tous les Pontifes, depuis Paul III jusqu'à Clément XIII. Par un sentiment de convenance sacerdotale et politique, Pie VI respecta ce que Ganganelli avait fait. Il ne lui était pas possible de ressusciter un Institut que son prédécesseur avait, selon lui, si fatalement tué; il ne pouvait qu'adoucir le sort des Jésuites. Par un ingénieux artifice d'humanité, il décida que leur procès serait continué et mené à sa fin, puis pour flétrir les injustices commises, tout en épargnant l'honneur du Pontificat, il relégua dans l'oubli Alfani et Macedonio. L'oid^li, à Rome, c'est le châtiment le plus grave qui puisse être infligé aux ambitieux.

En face de ce Roi de l'Eglise, beau de sérénité et brillant sous l'auréole populaire, Florida-Blanca sentait que son âprelé et ses menaces seraient inutiles. Il exigeait néanmoins que le Général et les Supérieurs des Jésuites subissent le jugement de la cour de Rome ; c'était une satisfaction qu'il s'accordait à lui-même. Pie VI ne la lui refusa pas. Sûr de l'innocence des Pères, il voulut que la commission formée par Clément XIV sous l'influence de l'Espagne fut condamnée à juger la Société de saint Ignace. Cette commission savait qu'il lui était désormais interdit de tromper la vigilance du Pape : elle agissait sous ses yeux, elle avait entre les mains tous les documents pourfendre sa sentence, et Pie VI la pressait de se prononcer.

Elle différa autant qu'elle put; elle fut enfin contrainte d'être juste, et elle acquitta ces hommes qu'elle avait si cruellement punis d'avance (!)•

(1) Nous avons sous les yeux les pièces et documents qui servirent à édifier cet étrange procès. Les charges de Taccusalion, les interrogatoires des prévenus ont été compulsés par nous avec une curiosité tout historique, car nous espérions faire surgir de ce dossier oublié quelque indice révélateur. Nous devons avouer que les charges se réduisent à des futilités, qui, dans l'état ordinaire des choses, n'auraient pas même besoiu de l'intervention d'un juge de paix. Ces incriminations se résument ainsi : les Jésuites ont fait ou dû faire quelques démarches auprès de l'impératrice Marie -Thérèse pour rengager à user en leur faveur de son crédit auprès de Clément XIY. Ils pouvaient avoir conseillé à l'impératrice de pousser jusqu'à la menace. Ils ont obtenu la protection de Catherine de Russie et de Frédéric II de Prusse. Ils ont dû encore tenter de soulever les évéqucs contre le Saint-Siège.

Cette triple accusation ne prouve pas la culpabilité antérieure des Jésuites. On se coalise pour les détruire sans motifs, iU cherchent les moyens d'empêcher leur suppression ; on les attaque, ils se défendent. C'est le seul crime qui leur soit reproché. Le rapport se termine ainsi : « Ce sont, en abrégé, les principales raisons de continuer la procédure contre les prisonniers, le Général et Assistants, lesquels, dans les premiers jours de leur emprisonnement, et avant que Ton eût uni l'examen des papiers que l'on rassemblait, n'ont été presque interrogés que sur des points généraux.»

A Rome, on n'impute aux Jésuites que d'avoir essayé de conjurer l'orage que les rois de la maison de Bourbon amassaient sur leur télé, et, pour étayer cette accusation, voici les lettres les plus compromettantes que la commission judiciaire évoqua.

Le 50 janvier 1773, Laurent Ricci écrivait au P. Ignace Pintus, à Johannisberg : « Votre lettre m'a grandement surpris et a ajouté une extrême affliction à toutes celles qui m'accablent. Il courait déjà dans Rome une lettre de Sa Majesté le roi de Prusse à M. d'Alembert, dans laquelle il est dit que je lui ai envoyé un ambassadeur pour le prier de se déclarer oavertement protecteur de la Compagnie. Je niais d'avoir donné cette commission, mais peut-être quelqu'un, profitant de l'occasion de faire sa cour à Sa Majesté, lui avait recommandé en mon nom la Compagnie. Si la chose était arrivée ainsi, je l'aurais approuvée ; mais jamais un simple parUculier, sans commission du supérieur, ne devait aller en son nom, à cette fin et avec l'éclat que porte un tel fait. J'excuse celui qui, là-bas, vous a conseillé; le trouble empêche de pouvoir bien réfléchir. Le Père du Collège romain n'a nulle autorité de suggérer de faire des commissions en mon nom, ni les autres de s'en acquitter sans mon consentement. Pour deux personnes que Votre Révérence me cite, je lui en citerai plusieurs qui sont au fait de la cour de Rome, et qui ne se lassent pas d'être surprises d'un fait qui nous expose à la division et qui témoigne ^V.q>\v.^^

aïO CLÉMENT XIV

Ricci, captif, était une proie dévolue à l'Espagne. A peine Clément XiV eut-il fermé les yeux, que Florida-Blanca accourut au palais du cardinal ÂJbani, doyen du Sacré Collège,

monde rindifférence de Sa Majesté, qu*on ne croyait pas auparavant, et qui peut déplaire à d'autres princes, toutes choses qui facilitent notre ruine. Je sais que quelques-uns font des démarches de leur propre mouvement , parce qu'ils disent : « Les supérieurs ne font rien. » Je loue ce zélé, et tant qu'ils ne font que des démarches innocentes et qu'ils n'emploient pas le nom du supérieur, je loue de même leurs opérations. Au reste, ils sont dans Terreur, car les supérieurs écoutent des gens trés-sages du dedans et du dehors, et c'est pourquoi ils ne font pas des démarches imprudentes : ils ont fait tout ce qu'il était possible de faire prudemment, et ils ne doivent pas dire tout ce qu'ils font. »

Le même Général avait, le 51 octobre 1772, adressé au P. Gordtra les conseils suivants : « A mon avis, on ne doit pas s'arrêter aux motifs de crainte que donnent les bruits qui courent sur nos affaires; non que je puisse rien assurer, car on agit dans un si grand secret qu'U dérobe tout dessein à la connaissance des personnes les plus respectables, mais parce que je pense que les bruits et les craintes ne doivent pas nous servir de régie. »

Le P. Xavier de Panigai mandait de Ravenne, le 4 juillet 1775, au P. Gorgo, Assistant de la Compagnie : «Mon trés-révérend Père, les nouvelles qui nous sont parvenues ici, dernièrement de là-bas et de personnes dignes de toute foi, sont que la bulle contre la Compagnie est déjà faite, et, qui plus est, qu'elle est diffamatoire; que Ton a déjà nommé une Congrégation, composée de cinq Cardinaux, qui sont : Corsini, Marefoschi, Zelada, Simoni et CarafTa di Trajelto, et deux Prélats, Alfani et Pallotta, pour disposer premièrement les choses à l'exécution de la balle et pour veiller, après sa publication, à son entier accomplissement. Cette Congrégation , ou s'assemblant ou devant s'assembler dans le lieu où se tient la Rote pendant les vacances, a fait natlre, à plusieurs personnes graves qui nous sont affectionnées, l'idée que chaque Recteur,' pour ses religieux, présente à son évéque respectif une requête contenant les noms de chacun d'eux, par laquelle , après avoir énuméré les circonstances actuelles, l'incertitude de pouvoir aller en avant et la crainte d'être obligés de s'expatrier, on supplie le prélat de vouloir bien accorder à chaeun un certificat en bonne forme qui atteste de leur bonne vie et mœurs et sainte doctrine, afin que, dans le cas supposé, ils puissent, avec ce certificat, se présenter aux évéques de leurs villes et être employés par eux. Votre Révérence comprend de quelle utilité peuvent être un jour, pour tout le corps de la Compagnie, tant ces requêtes que ces attestations, et combien il est essentiel que chaque individu en soit pourvu dans tous les cas. J'écris ce soir, sur le même sujet, à notre révérend Père Provincial. Si Votre Révérence le juge à propos, elle peut communiquer cette idée à notre Général et au Père Provincial de la province romaine, et en faire part à

et qu'il lui dit : c Le Roi, mon maître, entend que vous lui répondiez des Jésuites prisonniers au ch&teau Saint-Ânge; il ne veut pas qu'on les rende à la liberté. > Pie YI connaissait la persévérance des inimitiés de Charles III, il s'ingénia à soulager les victimes que le Bourbon se réservait. Le monarque catholique se montrait sans pitié, le vicaire de Jésus-Christ osa être équitable. Ricci ne pouvait pas être jugé, car il aurait été acquitté. Pie VI entoura sa prison de toutes les faveurs compatibles avec la privation de la liberté; il le plaignit, il accorda à ses vertus des témoignages publics d* estime. Il nourrissait même la pensée de sa délivrance, lorsqu'au mois de novembre 1775 le Général des Jésuites n'eut plus la force de supporter les douleurs qui le consumaient. Le mal fit des progrès rapides. Ricci ne se cacha point que la mort approchait ; il demanda le saint Viatique. Lorsque le malade se trouva en présence de son Dieu, des officiers, des soldats et des prisonniers du château Saint- Ange, ce père de famille, dont la postérité encore jeune était condamnée à une dispersion stérile, ne voulut pas mourir sans dire adieu à ses enfants, sans pardonner à leurs ennemis.

c L'incertitude du temps auquel il plaira à Dieu de m'appeler à lui, dit-il devant ces témoins, et la certitude que ce ten^ps approche, attendu mon âge avancé, et la multitude, la longue durée et la grandeur de mes souffrances trop supérieures à ma faiblesse, m'avertissent de remplir d'avance mes devoirs, pouvant facilement arriver que la nature de ma dernière maladie m'empêche de les remplir à l'article de la mort. Partant, me considérant sur le point de comparaître au tritons les chefs des autres provinces ; mais il ne faut pas perdre de temps , car le coup est fort prés. » %

C*est à obtenir un certificat de bonne vie et mœurs que se réduit tout ce complot, pour lequel on a jeté dans les fers le Général des Jésuites et ses Assistants. Pombal, Bernis, Roda, Grimaldi et Tanucci ont entre les mains les archives de la Compagnie; à Rome , Clément XIY a sous les yeux la correspondance de tous les Généraux , depuis saint Ignace jusqu'à Ricci. Les magistrats instructeurs peuvent, dans ces lettres intimes, dans les papiers de l'Ordre, saisir la trace de quelque fait accusateur. Tout est en leur pouvoir, et ils n'apportent, comme les plus fortes preuves de culpabilité des Jésuites, que ces pièces, dont Tinsigniflance est presque dérisoire, en face des imputations.

bunal (le rinfaillible vérité et justice, qui est le seul tribunal de Dieu, après une longue et mûre délibération, après avoir prié humblement mon très-miséricordieux Rédempteur et terrible Juge qu'il ne permette pas que je me laisse conduire par la passion, spécialement dans une des dernières actions de ma vie, * ni par aucune amertume de cœur, ni par aucune autre affection ou fin vicieuse, mais seulement parce que je juge que c'est mon devoir de rendre témoignage à la vérité et à l'innocence, je fais les deux suivantes déclarations et protestations:

c Premièrement : Je déclare et proteste que la Compagnie de Jésus éteinte n'a donné aucun sujet à sa suppression. Je le déclare et proteste avec cette certitude que peut avoir moralement un Supérieur bien informé de ce qui se passe dans son Ordre.

f Secondement : Je déclare et proteste que je n'ai donné aucun sujet, même le plus léger, à mon emprisonnement. Je le déclare et proteste avec cette souveraine certitude et évidence que chacun a de ses propres actions. Je fais cette seconde protestation seulement parce qu'elle est nécessaire à la réputation de la Compagnie de Jésus éteinte, dont j'étais le Supérieur général.

« Je ne prétends pas, du reste, qu'en conséquence de ces miennes protestations on puisse juger coupable devant Dieu aucun de ceux qui ont porté dommage à la Compagnie de Jésus ou à moi, comme aussi je m'abstiens d'un semblable jugement. Les pensées de l'homme sont connues de Dieu seul : lui seul voit les erreurs de l'entendement humain, et discerne si elles sont telles qu'elles excusent le péché ; lui seul pénètre les motifs qui font agir, l'esprit dans lequel on agit, les affections et les mouvements du cœur qui accompagnent l'action ; et, puisque de tout cela dépend l'iiuiocence ou la malice d'une action extérieure, j'en laisse tout le jugement à celui qui interrogera les œuvres et sondera les pensées.

f Et pour satisfaire au devoir de Chrétien , je proteste qu'avec le secours de Dieu j'ai toujours pardonné et que je pardonne sincèrement à ceux qui m'ont tourmenté et lésé; premièrement, par tous les maux dont.on a accablé la Compagnie de Jésus, et par les rigueurs dont on a usé envers les Religieux qui la composaient; ensuite par l'extinction de la

même Compagnie et par les circonstances qui ont accompagné celte extinction ; enfin par mon empiisonnement et par les duretés qui y' ont été ajoutées, et par le préjudice que cela a porté a ma réputation ; faits qui sont publics et notoires dans tout l'univers. Je prie le Seigneur de pardonner d'abord à moi par sa pure bonté et miséricorde, et par les mérites de Jésus-Christ , mes très-nombreux péchés ; et ensuite de pardonner à tous les auteurs et coopérateurs des susdits maux et torts; et je veux mourir avec ce sentiment et cette prière dans le cœur.

€ Finalement, je prie et conjure quiconque verra ces miennes déclarations et protestations de les rendre publiques dans tout Tanivers autant qu'il le pourra ; je Ten prie et conjure par tons les titres d'humanité , de justice , de charité chrétienne qui peuvent persuader à chacun l'accomplissement de ce mien désir et volonté.

€ Laurent Ricci, de ma propre main. »

C'était le 19 novembre 1775 que le Général de l'Institut lisait au fond de son cachot ce testament de douleur, d'innocence et de charité; cinq jours après il expira sans songer, sans espérer peut-être que la vérité parviendrait à avoir son heure. En mourant, il pouvait s'écrier comme rEcclésiasle(l): f J'ai vu sous le soleil l'impiété à la place du jugement et l'iniquité à la place de la justice, et j'ai dit dans mon cœur : Dieu jugera le juste et l'impie , et alors arrivera le temps de toute chose. >

Ce temps est arrivé. Le successeur de Clément XIV sur la diaire apostolique le devança néanmoins. Il n'avait pu encore manifester son respect pour ce vieillard en lui ouvrant les portes du château Saint- Ange; il voulut du moins que de magnifiques obsèques témoignassent de ses regrets et de son éqoité. Dans la pensée de Pie VI , ce fut une preuve de ses sentiments à l'égard des Jésuites, et une solennelle quoique imparfaite réparation (2). Le corps de Ricci fut porté à l'é-

(1) Ecclesiastes, cap. 3, v. 16 et 17.

(2) Le cardinal Calini , vieillard âgé de quatre-vingt-quatre ans et qui avait vécu à Rome dans les emplois les plus élevés, a laissé un docu-

' glise (lu Oesii par ordre du Souverain PoDlîlé. Op l'inliiuiia à côté des chefs qui l'uvaieat précédé dans la Compagnie.

lueDL [tIelD d'importance sur ce sujei. Le 31 mare 1TS0, il fiul ponr la dernière lois son audicDce du aouveralD Pontife. Aviint de prepilrt vongé du Pape pour aller finir ses Jours k BrMCla, ta palri«, il ciprine ainsi ses suptïmeuta; u'esl dans un acte, pour uinsi dire tesUmtiDtiln, écril de sa maiti Disigné de son nom que le 1"'' avril 17ttO le l'ordinili consigné ses parole» el celles de Pie VI.

H Dans celte audience, après avoir demandé au Pape quelques ttvetn concernanl sa personne et son âuie , il s'eiprima ainsi : <i Ce ntalio , d«- Tanl le Siint SacriQce , je me suis reconimaudé i Dieu d'une m*ni^ loule particulière, et il m'a suggéré de dire a Votre Sainteté une duM que, comme Cardinal et vieui Cardinal . Je me croîs obligé de lui dire, h ne veux pas comparaître derant son tribunal coupable de celte uidImImi' ayant quatre-vingt-quatre ans sur les épauiei, ce moment ue peoi pH être éloigné. »

« A ces mois, le Pape, avec son alTabililé ordinaire, lui dit de ^^^taàn courage ri de parler librement. Alors le Cardinal: u Très-galnlPtre.ff VUU9 recommande la Compagnie de Jésus, Injustenicnl déirulle par uut cabale de quatre uu cinq Ministres, qui n'ayant point de reliKlon onlhJI tous les elTorls possibles pour détruire ceiii qui la propageaient d« toalH leurs forces ; ennemis jurés du Saint-Siège, ils ont résolu de s'en prMHln H ceui qui, toujours sur le champ de bataille, et par leuri «uvtm «IfU l'etfusion de leur sang, ont défendu le Suint-Siége. Ce n'est pas mal, 4il le Cardinal, qui parle ainsi, mais c'esl Clément XIU votre rréakurgnl parle par ma bauche; oui, plusieurs fols ce s^int Funlire m'a dll qac quatre ou cinq minisires, qui avaient circonvenu leurs Princes pM I»formés de leur cabale, el qui élaient les des]ialei des Cabioel* qiib avaient formés , maintenus vivement, et unis contre la Compagnie db Saint-Siège, faisaient une guerre arharnée à la Compagnle-

« J'ai une longue eipèrience du monde; j'ai élè Evéque de résJd(M l'espace de vingt ans; j'ai dll traiter avec les Jésuites; je pnis dira qw Hénèralemenl j'ol observé que leur doctrine commune étaii ulMiMW lie eiemplaire; qu'ils étaient des bummes inbligabies, au cuufMilonA dans la cliaire, dans les missions, dans les classes, auprès des mofilMadik el en toutes les œuvres du saint Minlslérâ, tel que le prescrivait leur a' ' Institul. Ce bien universel dans la niasse des Jésuites, je l'ai vu et IM de mes mains. Au contraire, le mat universel dont un accose tMl la Corps, comme morale relâchée , scandale dans leur vie, mailmea p denses pour la Fol, pour les Elals, pour les peuples, |>our les SDUvetalM, je t'ai entendu dire et lu dans les livres ; mais je serais liien sot, ~ saint Père, si Je voulais croire A ccut qui écrivent ou parieut ma. Jésuites, au lieu de croire à ce que j'ai vu ou entendu moi- même. Coa^ bien de fois n'«i-je pas demandé k des personnes qui me parlaieol ni . M Cttrps, si eux-mêmes avaient élé lémoins oculaires de ce qu'ib tf

Le Général de l'Institut, au lit de la mort, proclamait son innocence et celle de ses frères. L'Eglise tout entière ajoutait

çaient? La réponse que Ton me donnait était toujours celle-ci : de Favoir lu et entendu dire. Mais» leur disais-je, le bien général que faisaient les Jésuites, on le voyait, on en entendait parler? Alors on me répondait que c'étaient des faits qu'ils ne pouvaient nier, puisqu'ils avaient été les témoins de tout ce qu'ils faisaient par le moyen du saint Ministère. Alors je concluais en disant : J'ai pour maxime de croire à mes yeui, et non aui paroles d'autrui, surtout quand on me dit le contraire de ce que j'ai vu.

« Je*ne puis cependant pas nier d'avoir observé quelques défauts dans des membres particuliers , mais c'étaient des défauts inséparables de rhumanité; et assurément ils ne se commettaient pas impunément, puisque je sais d'une manière positive qu'en ayant moi-même averti les SupérieurSy ils y portaient aussitôt remède; puis ces manquements étaient loin d*étre de nature à renverser TOrdre entier, le Corps de la religion restant toiiJours intact. Plusieurs fois j'ai entendu les Jésuites eux-mêmes se plaindre de Timprudence de quelques-uns de leurs confrères.

«i La Compagnie détruite, Votre Sainteté peut être témoin si l'on goûte présentement le bien que Clément XIY s'en promettait. J'ai concouru à réiection de ce Pape en lui donnant mon vole ; mais sa conduite et le fcandale qu'il a donnés à l'Eglise, je ne les ai jamais approuvés. La mort qa*il fit me frappe encore d'horreur! et ce qui arriva à son cadavre redouble cette horreur. Votre Sainteté, qui était déjà cardinal, en a été témoin comme je l'ai été moi même. L'unique excuse que l'on peut apporter, c'est qu'il était pourri (impuzzito). Ses camériers m'ont racontédes choses qui montrent indubitablement qu'il était devenu fou, tellement qu'il voulait se jeter par la fenêtre, sauter de son lit, craignant d'être tué par les Jésuites déjà détruits, voyant pendant la nuit les Jésuites qui n'existaient plus, et tremblant de peur ; et autres choses semblables que me racontait le fils de mon decano qui lui servait de garde pendant la nuit. Ces choses posées, je supplie Votre Sainteté de faire en sorte que ce Corps religieux ressuscite. Votre Sainteté peut m'en croire , cet acte ferait bonneur à son pontificat, et l'Eglise universelle lui en serait obligée.

« Je sais que la difiiculté vient de la part des Souverains, mais le nombre de ceux-ci se réduit à peu. Non, ce n'est pas eux qui font ces diOicultés, et ce n'est pas ainsi qu'ils en jugent; mais, circonvenus par des minisires, ils croient que les circonstances veulent qu'ils pensent de la sorte.

« La seule personne de Votre Sainteté a la force de rompre ce nœud, et défaire pénétrer la vérité immédiatement aux Souverains. A un Vicaire de Jésus-Christ et en même temps Prince d'un grand Etat, la manière de le faire ne manque pas. Ainsi l'ont fait beaucoup de Papes vos prédécesseurs; les ténèbres écartées et la vérité reconnue, l'effet en a été, que tel et tel ministre tomba de son emploi et dans la disgrâce.

« J'apprends que pour le présent quelques-uns du corps diplomatique de Rome font des instances auprès de Votre Sainteté, afin (\ji!vi^*it.>âs^

foi âcetcDioîgDnge suprême, et elle refusait de croire au repentir que, par cupidité, les ennemis des Jésuites venaient déposer

nouvelle bulle elle t^onlirme la deetrueiiun de la Compagnie et dédue »i^hî!iiiialiqu«5 \es Jésuites de la fiu£sie~Blaaclie parce qu'ils conlÏDueat 1 i^lre KV qa'ils éluicnt . vu que dans ce pays le bref d'abuUtion n'a pas ttè promulgua. Trés-Saiiit Père, ces Lram|)eur5, tout en faillit la guerre U plus vive BUi bulles dugmaliques et à celle l'n Cœna Domini, que I'ob jiroiiiulguaLi seutcmmit » Romn, préleodeDl lïire les zélés pour ce bref da destrucLIon ; à celui-là seul ils défèrent. C'est même celui-là UDiqQemMI qu'ils croient d'infaitllbleaulorilé; celui-là est pour eui comme un cla^aiène Evangile. Mais Votre Saiolelé est trop ëclairfe pour so laisser surprendra eux bref» de pure et simple discipline ecclésiastique ; en toutes l«i u- Ires Cours catholiques l'on ne donne promulgation qu'après avoir obtenu le royal ptacUo. Ce système pratique a Été adopté dans loat \m rojautnes, et jamais te Snint-SIége n'a désapprouvé cette conduite ita Souverains catholiques ; puis, un liref de pure discipline qui peut tm ulile à un royaume peut être nuisible à un autre, selon les circonslaiiett dans lesquelles se trouvent les sujets dont les raisons sont bien couaue* du Souyeroin qui est suc les lieux.

u Aussi les auteurs catholiques de premier rang admettent le Jm precum ou auiremcni dit le Jus reprœsentandi au Pape, le désordre ifti en résulterait si on donnnil cours à son brer. Ko vertu de cette remontrance, et pendant la suspension du recourt adpritnam SetJeni, l'etbtda bref reste suspendu tandis que l'on réclame ; parce que le Pape doit goo* verner l'Eglise avec prudence, el u'ext lui-même qu'en vue de telle pritn du Souverain, ou remonirance, ou représentation, c'est lui-même, i«tj6, qui suspend l'obligation que porte avec soi sou bref ou précepte eécIMit* tique. Ceci est ce qu'on appelle une doctrine vraie et solide. Il est vnt qw les régulistes l'amplifient, en abusant énormément, faisant que la siis|iw* sion de l'effet du précepte ecclésiastique naisse de la non- accepta lion ita'n fout les Princes ; selon moi ceci est erroné : comme serait aus»l erronti l'idée qu'en vertu de la non -acceptât! on cbex les peuples de quelque M civile naisse la nullité de la loi. La non-acceptation cbez les peuples Mtoi motif prudent pour le Prince, sDn qu'il suspende sa loi ou l'elTel, et {KW cela II n'oblige pas. Autrement le peuple, et non le roi, serait législat«iu.

'I Je parle ainsi h Votre Sainteté pour lue faire voir combien quelques-uns .sont loin de lui dire la vérité quand il s'agit des Jésuites. PaW les attaquer el les inculper, l'on foule aux pieds loules les lois. U eil cerlain que cet Ordre a été détruit sans être cité devant aucun tribunal, at par conséquent sans être défendu, et les l^its du Cardinal Malveut i B0« logne, et ceux d'autres Cardinaux ici et à Rome et a Frascali pour priludv h son abolition, comme ceux qui l'accompagnèrent et qui la Buivirnti font le déshonneur du Salnt-Siége, et même. Je le dirai llbrcmeDi, tait le désbonncur de l'humanité, — Votre Sainteté connaît l'innocene* ■(■ uhcf, du corps et des membres. Vous ove^ eu sous les yeux les procès Mti

au pied du trône apostolique. Macedonio, Alfani, tous ces jugesdont la prévarication était notoire, tous ces persécuteurs, qui se firent une arme de la caloninie, subissaient Texil ou l'obscurité; Nicolas Pagliarini, ce libraire diplomate, Tagent le plus actif de la corruption , ose à son tour élever sa voix jusqu'au Souverain Pontife. Cet homme, qui a eu contre les Jésuites toute l'audace de Pombal , toute la haine de Roda et du cardinal Malvezzi, qui, dans sa correspondance autographe avec le cardinal Conti, en 1775, 1776 et années suivantes, prétend être accepté à Rome en qualité de secrétaire de la légation portugaise, fait au mois de juin 1782 une spéculation de remords. Les temps ont changé. Il a été condamné aux galères par Ange Braschi ; Braschi est devenu le pape Pie VI. A cette date, Pagliarini lui adresse le placet suivant, chefd'œuvre de bassesse et d'hypocrisie.

dans les temps de rigueur. Le P. Ricci était un homme vénérable bien connu de Votre Sainteté. Toutes ces choses réunies doivent être un dur éperon pour stimuler Votre Sainteté et rengager à faire toutes les tentatives possibles pour arracher du Siège apostolique ce masque d'infamies, en restituant à Tinnocence Thonneur qu'on lui a dérobé, en rendant à l'Eglise et à l'éducation un Ordre tant estimé de l'une et de l'autre.

« Voilà en substance ce que le Cardinal Calini dit au Pape dans cette audience. En cette circonstance, le Pape montra son grand amour pour la vérité et pour la justice. Il dit que la destruction des Jésuites avait été un vrai mystère d'iniquité; que tout ce qui s'était fait avait été fait injustement et en dehors des règles voulues ; qu'il connaissait le mal causé à l'Eglise en abolissant l'ordre des Jésuites ; que pour ce qui le regarde il était prêt à le rétablir ; que la chose n'était pas impossible ; qu'il serait même le premier à entrer dans cette voie, et qu'il le ferait de grand cœur si le moindre passage pour y pénétrer se présentait; que Clément XIV était devenu fou non-seulement après cette suppression, mais encore avant. A nous, il convient, ajouta-t-il, d'agir avec ménagement. Les ambassadeurs nous font passer auprès de leurs cours pour un des partisans de la Compagnie. Il convient que nous concédions certaines choses peu favorables aui Jésuites pour ne pas atUrer de plus grands maux. Prions Dieu qu'il nous fasse connaître le chemin pour arriver à ce que nous désirons. Ce rétablissement n'est pas impossible, parce que la destruction a été faite injustement et sans règles.

« Moi, soussigné, atteste que tout ce que contient celte feuille est la substance de la longue conversation que j'ai eue avec Sa Sainteté Pie VI dans la matinée du samedi in albis l'780 quand je fus admis à l'audience du Saint- Père, afin de prendre congé de lui avant mon départ v>owxBt^%ç\«i,\i\^^^x\fc»^

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