‹ CléopâtreChapitre 13 sur 58 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

OCTAVE Moi, je le haïrais ! Non ! J'ig-nore la haine. J'ai vu trop souvent où sa force nous entraîne, A quoi sa volonté peut nous faire obéir. Pour être grand, il faut savoir ne pas haïr. Je ne hais point. Je ne vais pas à l'aventure : La route que mes pas font résonner est sûre, Je discerne le but où je tends, et je puis Dire de quel verg-erje cueillerai les fruits. Nul ne m'arrêtera dans ma haute entreprise. Un Antoine ? On reg'arde, on rit, et l'on méprise.

OCTAVIE Pourtant, tu veux le voir et t'entendre avec lui.

OCTAVE

Certains de ses soldats peuvent m'être un appui. Quelques braves suivent encore sa fortune, Gela lui laisse un peu d'éclat. Il m'importune Qu'une bande prenne figure de parti :

Je veux que par moi-même il en soit averti.

OCTAVIE Ainsi, prenant le ton d'un chef, tu vas lui dire...

OCTAVE Je veux qu'en tout il reconnaisse mon empire. Moi seul pourrai donner des ordres absolus, Et dans Rome Marc-Antoine ne sera plus 1 Qu'un soldat, le premier de mes soldats, peut-être, S'il comprend ma puissance et sait la reconnaître.

OGTAVIE

Donc, tu veux le contraindre à te céder ses droits ? Tu semblés oublier ce qu'il fut autrefois.

OCTAVE

Autrefois !

OCTAVIE

Souviens-toi de la mâle endurance Qu'il mit à supporter la g-uerre et sa souffrance. Rome le jug-eait grand, toi-même l'admirais. Il dormait sur le froid des rocs, dans les forêts, Dans les champs ; il mangeait des racines bizarres, Et sa boisson était l'or saumâtre des mares.

OCTAVE Au temps lointain que tu rappelles il fut grand. Je lui rendis justice alors en l'admirant ; Mais aujourd'hui... Le malheureux ! Il fuit la guerre Et toute sa vie est d'un débauché vulgaire.

OCTAVIE

Vulg-aire ? Non pas. La femme qui le retient Est puissante. Sait-on d'où son pouvoir lui vient ? Dès qu'on la voit, on est séduit, on la convoite. Gléopâtre est une magicienne adroite.

César même. . .

OCTAVE

César n'eut qu'un moment d'erreur.

Ne confonds pas Antoine et le grand empereur Qui soumit les Gaulois au joug pesant de Rome Et qui, dieu par sa mort, fut, vivant, plus qu'un homme.

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