SCÈNE V
ANTOINE, OGTAVIE
OGTAVIE Eh bien, je t'ai sauvé d'Octave et de toi-même.
ANTOINE Femme, tu m'aimes donc ?
OGTAVIE
Je ne sais pas si j'aime.
Je sais que j'ai pitié d'un homme qui fut grand ; Je veux le voir revivre et reprendre son rang. Mais il est des baisers qui me feraient injure. Vois la flamme qui brille en mes yeux, elle est pure-
ANTOINE
En voyant ton regard, en écoutant ta voix, Je sens que je revis les heures d'autrefois.
Auprès de toi, je me souviens de mon enfance. Merci, femme, merci d'avoir pris ma défense. Merci de ta douceur, merci de ta bonté.
OGTAVIE
Ah ! je devine, Antoine, où ton rêve est resté. Ne song-e plus, la voix de Rome t'en supplie, Aux heures d'amour vil et de vaine folie. Song-e aux heures de g-loire et de splendeur, revis Les jours où Rome se rang-eait à tes avis. Le soleil n'est pas mort, l'aurore qui se lève Va mirer ses rayons dans le fer de ton glaive.
ANTOINE
Pour servir dignement Rome et son nom sacré, J'oublierai ma folie et je t'obéirai.
OGTAVIE
C'est ton épouse qui te doit obéissance.
ANTOINE
Non, ne méconnais pas ton auguste puissance, 0 Romaine ! Ta voix est pieuse, et ta main Me désigne le but où doit tendre un Romain.
OGTAVIE
Je sais, ami, qui je dois prendre pour modèle. La femme romaine est une épouse fidèle Et c'est au devoir seul qu'elle peut se ployer. Paisible, elle demeure à son chaste foyer, Dirigeant les travaux habiles des servantes.
Va l'illustrer parmi les batailles ferventes, Et moi, calme, fuyant les rêves sans raison, Je garderai l'aûtique honneur de la maison.
ANTOINE Jeté devrai d'avoir repris la vie ancienne.
OGTAVIE
Antoine, que l'amour de Rome te soutienne ! Quand tu nous quitteras, épargne-nous les pleurs, Fuis les jardins lascifs, pleins de mauvaises fleurs, Et songe à celle-ci qui, dans le soir bleuâtre, Filera la quenouille agile.
ANTOINE