ANTOINE, SCAURUS, CAIUS, PUBLIUS, SOLDATS
SCAURUS Voyez, il pleure.
CAIUS
Il souffre.
PUBLIUS
Il a de longs remords.
CAIUS
De ses poing-s douloureux il se meurtrit le corps. Là-bas, il n'a pas su pousser au bout sa tâche. La reine, tout à coup, en femme vaine et lâche, Fuit ; le pauvre héros, que domptait son reg-ard, La suit, et d'un vainqueur l'amour fait un fuyard.
SCAURUS 11 fait pitié.
68 CLÉOFATRE
ANTOIMË
C'est toi, Scaurus ? Ton attitude Me prouve que je dois chercher la solitude. Tu viens avec ceux-là me crier ton mépris.
SCAURUS
Non pas, Antoine. Un dieu malveillant t'a surpris, Mais, nous tous, nous croyons à ton courag-e encore.
ANTOINE
Un aigle atroce me déchire et me dévore : Il plane durement sur mes espoirs détruits. Je ne puis le chasser, il revient ; je ne puis Le tuer : sur-le-champ je le verrais renaître. Là, dans ma chair, je sens la serre qui pénètre. Ah, j'ai mal.
SCAURUS Ne vois-tu pas rire la saison ?
ANTOINE
Pardon de ma faiblesse et de ma trahison.
Je ne vous dirai plus de paroles superbes,
Mes amis. J'ai fauché jadis de belles gerbes,
Mais les champs où je vais aujourd'hui sont déserts
Laissez mon désespoir épouvanter les airs.
SCAURUS Tu verras revenir près de toi la Fortune.
ANTOINE N'allez pas croire que votre voix m'importune.