‹ CléopâtreChapitre 31 sur 58 · ACTE IV 6g · texte numérisé non relu

ACTE IV 6g

Si je pouvais g-uérir, elle me g-uérirait. Par la terre, j'irai cherchant une forêt Où, loup vaincu, je meure au fond d'une caverne. Vous, amis, vous irez vers celui qui g-ouverne, Vers Octave, et, guidés par sa puissante main, Vous rendrez immortel l'honneur du nom romain ; Et, tandis qu'on rira d'Antoine dans l'histoire, Les poètes fameux chanteront votre g"loire .

SCAURUS Nous, fuir î Jamais !

ANTOINE

Antoine a bien montré son dos !

Fuyez ! N'excitez pas la g-aieté des badauds ! Fuyez! Imitez-moi ! Mon exemple est illustre. Fuyez ! Je compte moins que le bâtard d'un rustre . Vous êtes pauvres ! Bien ! Je vous donne de l'or ; Dans ma galère vous trouverez un trésor. Prenez-le, pillez-le, mes amis : qu'en ferais-je ? Fuyez ! Et que le grand Jupiter vous protèg^e !

(Entre Cléopàtre soutenue par Gharmion et Iras. Scaurus va à elle. Antoine se détourne.)

SCAURUS ïleg-arde ton amant et va le consoler.

IRAS Bonne maîtresse, il est triste, va lui parler.

SGAURUS Reg-arde.

ANTOINE

Pas cela, pas cela.

SGAURUS

Vois, écoute...

ANTOINE Non, pas cela.

SGAURUS

Les Dieux savent ce qu'il m'en coûte,

Cléopâtre, de te parler comme je fais.

Mais il faut le sauver, il porte un rude faix.

GLÉOPATRE

Seigneur...

ANTOINE

Oh, pas

cela 1 Va -t'en !

GLÉOPATRE

Maître.

ANTOINE

Ta vue

Me ferait mal.

GLÉOPATRE

Les dieux m'ont-

ils tant dépourvue...

ANTOINE

Va-t'en ! Va-t'en !

GLÉOPATRE T'aurais-je offensé, mon seig-neur î

ANTOINE

Si Ui m'as offensé ! Tu m'as pris mon honneur ! J'ai fui lâchement ! C'est vers la honte éternelle Que mon vaisseau tremblant a déployé son aile ! J'ai fui ! Le pôle a frissonné sur son appui En entendant ces mots hideux : Antoine a fui ! J'ai fui ! Mauvais jouteur qui déserte la joute, J'ai fait sonner le sombre appel vers la déroute, Et l'on en roug"issait, et les mâles buccins Etaient mornes de leurs gémissements malsains, Eux qui n'avaient jamais clamé que ma victoire ! J'ai fui ! j'ai fui ! La mer était houleuse et noire Sous le vent qui sifflait en poussant mon vaisseau. J'ai fui comme un enfant, comme un fou, comme un sot ! Ma gloire me criait : Reste ! Je l'ai tuée 1 Il fallait fuir, et suivre une prostituée i

Une prostituée aime d'un amour fort,

De l'indomptable amour que ne vainc pas la mort,

Quand elle aime, et je t'aime, Antoine, toi, si brave !

ANTOINE

Ah, ne me raille pas ! Brave comme un esclave ! Je suis le plus ridicule des histrions; Mon bon Antoine, fais-nous peur, que nous riions. Disent les marmousets qui me grimpent aux cuisses. Quelle honte pour moi, quel déclin, que tu puisses Me provoquer et me railler comme tu fais ! Où sont les jours brillants auxquels je triomphais, Les jours divins où les heures étaient heureuses ?

CLEOPATr.E

CLEOPATRE MoQ bon seigneur, pardonne à mes voiles peureuses. Pouvais-je deviner que ta nef me suivrait ?

ANTOINE

Eg-yptienne, que comptait mon intérêt ?

Oh, tu savais ma vie attachée à la tienne

Par une laisse indestructible, Egyptienne !

Tu savais le pouvoir absolu de tes yeux,

Et qu'à ton signe j'eusse enfreint l'ordre des dieux t

Pardon, pardon !

Il va falloir queje supplie Octave ! De quel vin il faut boire la lie ! Et je faisais agir les rois à mon souhait, Et j'avais la moitié du monde pour jouet ! Je faisais travailler et prospérer la ruche ! Dans quelle boue affreuse il faut que je trébuche ! Tu savais que j'étais ta conquête.

Oh, pardon !

0 souvenirs I J'avais longé Tyr, et Sidon, Et Béryte, et Byblos Je n'étais guère prompte, On allait méjuger. J'avais passé l'Oronte. J'approchais. Le Gydnus...

ANTOINE

Le Gydnus...

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