ACTE IV
CLEO PATRE
0 matin Glorieux !
ANTOINE
Heure pâle où fléchit mon destin !
La galère était d'or et la pourpre des voiles
Palpitait d'un souffle indulgent.
Les ondes, où les fleurs paraissaient des étoiles,
Chantaient sous les rames d'arg-ent.
Un grand pavillon d'or, sur la nef radieuse.
Protégeait du jeune soleil Une déesse à la fois noble et gracieuse ;
C'était Vénus à son réveil.
La douce volupté des flûtes et des Ivres
Montait lentement vers l'éther, Et de petits amours mêlaient de leurs sourires
Le murmure d'un hymne clair.
ANTOINE
La foule criait vers la galère dorée :
Vénus arrive parmi nous !
Descends ! Viens à nous ! Viens, ô déesse adorée ;
Nous voulons baiser tes genoux !
Et le héros, qui tenait audience, Restait tout seul sur le haut tribunal. Qu'importaient sa justice et sa science ?
ANTOINE
Mais comme le marin vers un heureux fanal.
Le héros s'en alla vers la nef enchantée
Qui vog-uait maintenant dans le jour triomphal.
Et la déesse adorée et vantée Descendit lentement vers le héros :
Elle craignait d'être un peu maltraitée.
ANTOINE
Ah, je les vis, ces jeux qui furent mes bourreaux, Ces yeux dont le reg-ard me possède et me brûle. Ces yeux, royales fleurs des jardins sidéraux!
Vénus dormit sous les baisers d'Hercule. 0 souvenirs anciens, qui me grisez, Vous me tenez de l'aube au crépuscuile 1
ANTOINE
Je veux vivre, je veux mourir de tes baisers !
(Antoine étreint longuement Cléopâtre. Les suivantes et les soldats, qui setaient retirés peu à peu, rentrent àla suite d'AIexas.)