SCENE VII LES MÊMES, SCAURUS, SOLDATS, SERVITEURS
ANTOINE
Amis, j'ai retrouvé ma vig-ueur et ma joie,
Et, dès demain, pour nous la bataille rougeoie :
C'est un jeu familier et que nous réclamons.
Quand le vent orasreux secoue au loin les monts,
Les aigles sont indifférents à sa fanfare.
Un bruit, fût-il mortel, n'a rien qui les effare.
SCAURUS
Ainsi, demain, au point du jour, nous combattons ? Oh, je voudrais les harponner comme des thons, Et, pour chasser le souvenir des heures dures, Voir Octave captif périr dans les tortures.
ANTOINE
Demain, nous combattons, Scaurus. Soyez debout A l'aurore. Tombons sur l'ennemi d'un coup. Amis, il est un dieu que j'aime et que j'honore; Jadis de sa massue indomptable et sonore Il frappait, où qu'il fût, l'injuste meurtrier. Souvent il m'est propice, et je vais le prier.
Dieu magnanime et fort, et qu'on dit mon ancêtre, Hercule, qui fus grand par les Douze Travaux, Demain sois avec moi, donne-moi de connaître Le triomphe certain sur d'illustres rivaux.
Toi qui domptas Cerbère et Cacus dans son antre, Qui, sur ton larg-e dos, portas le poids du ciel, Toi qui, d'un trait jaloux, frappas Nessus au ventre, Et qui fis périr l'Hydre en son marais cruel,
Toi qui tuas la bête horrible de Némée, Prête-moi la vig-ueur superbe de ton bras. Dirige notre glaive, et contre l'autre armée Guide, d'un g-este sûr, les flèches du trépas.
Et quand tous auront fui^ vaincus par ta justice, Vers les rouges déserts et les flots bleuissants, Dieu protecteur, nous t'offrirons en sacrifice La chair des lourds béliers et des taureaux puissants.
CLÉOPATRE Chassons le noir souci qui rend faible et qui tue. Qu'on dresse le festin. La tempête s'est tue.
(Tous sortent, sauf deux soldats que l'on met en sentinelles au fond du théâtre.)