SCÈNE VI
ANTOnsE, CLÉOPATRE
Ah, viens près de moi, viens !
ANTOIXE
Oh, non, non ! Je te hais.
Le pouvoir est brisé sous lequel je ployais, Menteuse !
Quel front noir ! Mais je veux que tu ries. Tu me blâmes beaucoup de mes coquetteries ?
ANTOIXE
Après tous mes baisers, tous mes pleurs, tous mes soins, Tu me vendais \ J'allais mourir, ou ces deux poings Allaient être enchaînés aux besognes serviles ! Lèvres qui vous ouvrez pour les paroles viles, Lèvres de la menteuse in lame, que les dieux Vous flétrissent du mal le plus injurieux ! Et toi qui ne vaux pas les filles de la rue, Qui trompes et trahis ton amant...
Tu m'as crue ?
Antoine, écoute-moi. Mon discours sera bref. Je te voyais, toi, le bon soldat, toi, le chef Superbe, triste et las comme un tigre malade.
Tu ne bondissais pas à la folle bravade D'Octave, et, longuement, tu parlais de mourir. J'ai voulu t'éveiller, j'ai voulu te guérir, J'ai voulu te prouver que ta force est vivante. J'ai relevé ton front, Antoine, et je m'en vante. Je voulais te contraindre à les chasser d'ici, Et tu les chasseras demain... J'ai réussi !
ANTOINE Tu dis vrai ? Tu dis vrai ?
Mais tu sais que je t'aime, Antoine, et quand viendra pour toi l'heure suprême, L'heure d'aller, les regards clos à nos ciels bleus, Vers la plaine sans fin et les myrtes frileux, L'heure de retrouver, dans l'éternelle gloire, Les grands morts qu'illustra l'orgueil de la victoire, Tu sais qu'elle viendra pour moi, mon bien-aimé.
ANTOINE
Vois, ô ma reine, je souris, je suis calmé. Merci ! Gomme elles sont loin, les douleurs vulgaires Soldats, ô compagnons de mes anciennes guerres, O vous, les jeunes pleins de courage, accourez ! Vos armures luiront en des combats sacrés !
(De toutes parts entrant des soldats et des serviteurs. Parmi eux, Scaurus.)