ACTE V
IRAS
Ah, j'y suis. L'homme nous fit bien rire.
CHARMION C'était, tu t'en souviens ? en allant vers le Nil.
IRAS
Entre deux piliers très rustiques un gros fii Soutenait la richesse aimable d'une vigne.
CHARMION
Et le fig-uier ! Son fruit merveilleux était dig-ne D'être savouré dans rOlvmpe, par les dieux.
IRAS Du jardin s'exhalaient des parfums radieux.
CHARMION
Et l'humble jardinier dédaignait sa richesse. C'était d'un air railleur qu'il en faisait largesse. Son jardin, disait-il, l'intéressait fort peu.
IRAS
Mais il se proclamait habile à certain jeu... Tu te souviens ?...
Quelle mémoire, mes chéries !
IRAS Par des mots d'amitié, par des cajoleries,
Par des chansons, cet homme attirait des serpents.
CHARMION
Des herbes, des cailloux, des arbustes grimpants Elles venaient à lui, les bêtes venimeuses.
IRAS
Et lui touchait sans frissonner les peaux squameuses.
CHARMION
Et se faisait serrer dans un vivant réseau.
Je me souviens. Au son agreste d'un roseau, Les reptiles formaient autour de lui des danses. Mais j'écoutais fort mal les grossières cadences; J'avais pour les serpents les yeux4es plus distraits, Et, comme une g-ourmande enfant, je m'enivrais De raisin enchanté, de fig'ues, de g-renades. Vraiment, nous avons fait d'étrang^es promenades. Une heureuse g-aieté les animait souvent. Les jours passés sont doux à revoir, en rêvant.
(Entre Scaurus.)