‹ CléopâtreChapitre 45 sur 58 · SCÈNE m · texte numérisé non relu

SCÈNE m

CLÉOPATRE Il est parti. . . Comment finira la journée ?

CHARMION Par la joie et l'amour, ô reine fortunée.

(Iras entre. Elle porte une gerbe de

roses.)

IRAS

Voici des roses !

Tendre Iras ! Les belles fleurs ! J'aime la volupté de leurs jeunes couleurs. Sortons ! Comme il va prendre une illustre revanche I Tiens ! Dans mes cheveux noirs mets cette rose blanche : Elle sig-nifiera que mon amour est pur ! Mais là-bas.. . J'observais... Le souvenir est dur... Ce fut la peur hideuse et la fuite rapide. Si j'allais de nouveau troubler l'homme intrépide... Non... laisse mes cheveux... Je n'irai pas le voir. Je vais rester ici, rêveuse, jusqu'au soir. Rêveuse ! Bien souvent, par les nuits tutélaires, Nos rêves s'éj^araient sous les étoiles claires. 0 lien merveilleux que le temps a tissé ! Iras, rappelle-moi les rires du passé.

IRAS

Le soir, dans Rhacotis, vous alliez par les rues, Tous deux. Que de fois vous les avez parcourues ! Vous étiez habillés comme des artisans Ou des esclaves...

Ces jeux étaient amusants.

On nous criait parfois une injure grossière. On me prenait pour une pauvre chambrière. Ou, certains soirs, pour une fille à matelots. Et mon rire, souvent, a calmé des sang-lots. Je sentais que le monde enviait notre joie.

IRAS Douce reine...

Entends-tu ? La vieille Louve aboie.

Elle est rude. Nul ne viendra nous secourir. La mort, la mort approche. Ah, je voudrais mourir, Sans pleurs, en souriant, d'une mort douce et prompte. Que dis-je là ? Parlons du cher passé. Raconte Des aventures qui soient pleines de g'aieté.

GHARMION

Iras, rappelle-loi le jardin visité...

IRAS

Un jardin ? Je ne sais quel jardin tu veux dire.

CHARMION Les serpents...

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