SCÈNE V GLÉOPATRE, CHARMION, IRAS, puis ALEXAS
CLEO PAT RE
Gharmion! Sois fidèle à ta maîtresse. Prouve Ton amitié.
CHARMIOxN
Je suis à toi, toute !
GLÉO PATRE
Retrouve Dans la maison fleurie où de la vig-ne pend Le jardinier dont l'art fait danser le serpent. Tu lui diras que, tout au fond d'une corbeille, Sous la fig-ue joyeuse et la g'rappe vermeille. Il cache le reptile acéré, le long^ ver Dont le venin peut endormir le mal amer. Tu lui diras qu'aussitôt la corbeille prête. Il m'apporte les fruits savoureux et la bête, Et que, s'il obéit sans criinte à mon désir, Nul serviteur ne m'aura fait pareil plaisir.
CHARMION
Que vas-tu faire ?
Gharmion, la servitude Me serait un fardeau trop morose et trop rude. Si tu m'aimes encore...
CHAHMION
Ah, si je t'aime !
Va!
(Gharmion sort.)
Jamais, Iras, jamais mon âme n'éprouva Moins de douleur. Elle est lég-ère, comme ailée. C'est vers un doux repos que je suis appelée. Une piqûre, et puis un eng-ourdissement Paisible, et puis l'accueil divin de mon amant.
(Entre Alexas.)
ALEXAS Reine, Agrippa...
C'est bien, Alexas. Va lui dire Qu'en ce triste palais qui fait tout son empire Cléopâtre aujourd'hui daig-ne le recevoir.
(Alexas sort.)
Iras, pourquoi pleurer ? L'avenir n'est plus noir.
(Elle la congédie d un geste gracieux. Entre Agrippa.)