‹ Cléopatre; tragédie en cinq actes, en vers (volume 2)Chapitre 24 sur 46 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

CLEOPATRE, seule d'abord, puis L'ESCLAVE.

11 est donc vrai! c'est moi, moi, la fille des rois!

.Lai rougi, j'ai rougi pour la première fois ;

Et d'un mot, d'un seul mot elle a su me confondre.

Elle m'interrogeait, je n'osais lui répondre,

Ni jeter sur son front un regard curieux;

J'avais peur de ma voix, j'avais peur de mes yeux ;

Je craignais cet accent que je ne puis contraindre,

Je craignais ce regard que je ne puis éteindre ;

Car tout en moi, cet air, et ces traits contractés,

Cette ardente pâleur, trace des voluptés,

Tout devait, racontant les heures de ma vie,

Dénoncer Cléopâtre à la chaste Octavie...

Pour la première fois j'ai compris ce grand mot,

Ce grand mot de vertu qu'on fait sonner si haut ;

Oui, cette noble femme, oubliant sa vengeance.

82 CLEOFAiTRE.

Apparaissait sublime à mon intelligence ;

Mon esprit généreux comprenait sa grandeur;

J'aimais de son maintien l'orgueilleuse pudeur,

J'enviais son front calme et son regard austère.

Enfin... caprice étrange! incroyable mystère!

Moi, qui n'étais venue ici sans consulter

L'intérêt de mon rang, que pour mieux l'insulter.

Moi, qui la haïssais autant que dans son àme

Une rivale en pleurs peut haïr une femme,

Je l'admirais!... son droit valait plus que le mien ;

Devant tant de fierté ma gloire n'était rien...

Je reconnaissais là cette vertu romaine,

Ce superbe ennemi de la faiblesse humaine.

0 Brutus! la vertu, ce n'est pas un vain nom,

Ce n'est pas un mensonge, un faux prestige... Non !

C'est une autorité, c'est une force immense !

A ce premier degré la royauté commence ;

C'est un don précieux, c'est un divin trésor,

Une richesse au cœur qui fait mépriser l'or ;

C'est un droit personnel qui fait parler en maître ;

C'est un orgueil enfin... que je voudrais connaître!...

0 soleil africain ! dieu du jour ! dieu du feu!

Des plus chastes efforts, toi, qui te fais un jeu,

Et sans pitié, riant de nos promesses vaines,

Fais courir tes ardeurs dans le sang de nos veines,

Sois maudit ! pour m'avoir attiré cet affront ;

Tu m'as souillé le cœur, tu m'as noirci le front !

Tes bienfaits sont menteurs, tes rayons sont des armes,

Tu fécondes la terre en dévorantses larmes!

Sois maudit !... Puisse un jour ta fatale clarté

Uisparaîlre... et manquer au monde épouvanté!...

Je voudrais assister à ta dernière aurore,

Voir sombrer dans les flots ton sanglant météore,

F.t seule, au bord des mers, loin du monde et du bruit,

Hespirer la fraîcheur de l'éternelle nuit!...

A mes yeux cache donc ta splendeur qui les blesse;

Je tiens tout de tes feux, ma honte et ma faiblesse ;

Sans toi, j'aurais connu l'amour clans sa candeur.

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