‹ Cléopatre; tragédie en cinq actes, en vers (volume 2)Chapitre 25 sur 46 · ACTE III, SCENE VU · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE VU

El l'âpre volupté de l'ausière pudeur;

On ne m'eût point jeté des surnoms dérisoires ;

J'aurais tous les orgueils avec toutes les gloires; .l'aurais sous la couronne un front pur et loyal; Je n'aurais point de tache à mon manteau royal ; J'irais partout joyeuse, et de respect suivie. Je pourrais supporter le regard d'Octavie... l'.li bien ' ue puis-je encor remonter à mon rang, \ force déraison dénaturer mon sang.

Dompter dans ses transports ma fièvre impétueuse, Et, pour séduire Antoine, être aussi vertueuse?... Je saurais me montrer noble et fière à mon tour, J'aurais la dignité d'un légitime amour. Qu'Antoine répudie Octavie, et moi, reine, J'établis chez les rois la vertu souveraine ! J'aimai César, de même il voulut m'épouser ; El de quel autre amour pourrait-on m'accuser?

L'Esclave parait au fond du théâtre.

Le passé... me serait jeté comme une injure? Mes prêtres le nieront, et je deviendrai pure. Et quel juge oserait évoquer contre moi Un souvenir honteux et criminel?...

Avec terreur, apercevant l'Esclave.

Toiï... toiï...

Qui te force à quitter les funèbres abîmes?... Qui donc ouvre la tombe à mes froides victimes?... Et moi qui me disais sans honte et sans remords !

l'esclave.

Reine...

Il me reconnaît !... Qui peut mentir aux morts?..

l'esclave.

La voilà !...

Vil esclave, à mon heure suprêmer Viens-tu donc te venger?

CLEOPATHK.

l'esclave.

Moi, me venger?... Je t'aime !.

M'insulter ! en disant quel crime est entre nous!

l'esclave.

Tinsulter !... toi, la reine !... on te parle à genoux. Fuis... tu sauras plus tard pourquoi l'on t'a trompée ; Qu'importe cette proie à la mort échappée?

Quoi! j'ai voulu ta mort et tu m'aimes toujours?

l'esclave.

La mort! c'était si peu pour de telles amours. Reine!

Mais cette mort était cruelle, affreuse!... l'esclave.

Oui, mais je t'ai trouvée encore généreuse.

Pauvre fou !

l'esclave.

Va, j'ai bu le poison sans effroi, C'est avec volupté que je mourais pour toi. Ma colère est pour ceux qui m'ont rendu la vie; Avec eux jusqu'ici, reine, je t'ai suivie. Je veux te dévoiler leurs coupables projets. L'un est Ventidius; l'autre, un de tes sujets. C'est Diomède. Ils sont tous deux d'intelligence; Us ont compté sur moi pour servir leur vengeance ; T'espionner partout, pour moi, c'était te voir! Oh! je m'acquittais bien de ce lâche devoir. C'est moi qui t'ai donné la fatale nouvelle; Une flèche, un billet...

Oui, je nae le rappelle.

\( il m. SCENE Ml SI

l'EjSI mi.

l'ouï niiiaiiKM V h loin.-, ils l'ont rendu jalon. Ils disaient que mi'i... moi... reine, panis-les tous!

. I.KiU'U'KE.

1 1 je dois mes tourments a cette horrible train.;. Ilv. l'ont jeté jaloux au bras d'une autre femme '

i.'l m. [.AVE.

0 reine, pour celui qui t'a nie an seul jour,

Il n'est plus d'autre femme, il n'est plus d'autre amour. En vain quelque beauté veut le rendre infidèle, Et cherche h l'attirer... il est à toi près d'elle. iux, que ton image habite incessamment, Sont frappés à jamais d'un chaste aveuglement. Son amour t'appartient, fier, dédaigneux, austère; Toi seule à ses regards es belle sur la terre, Et comme un feu divin dans le temple adoré, 11 nourrit dans son cœur ton souvenir sacré.

Mais par un autre amour Antoine m'humilie, Mais il veut m'oublier...

l'esclave.

Est-ce toi qu'on oublie?

Va, tu ne connais pas la force d'un regret, Ni la ténacité d'un dévorant secret.

On peut vivre sans pain dans des murs qu'on assiège, On peut vivre sans feu dans des déserts de neige . On peut vivre sans eau dans le sable africain. On peut vivre sans air dans l'antre de Vulcain, Mais dans cette démence où ma tète est bercée, On ne pourrait pas vivre un jour sans ta pensée!... Un jour sans t'évoquer, sans t'appeler vingt fois, Sans chercher à surprendre un accent de ta voix, Sans aspirer l'air pur que ta bouche respire, Sans se courber joyeux et fier sous ton empire. 0 reine, ne crains rien, il t'aime, et plus encor... L'avare n'a jamais dédaigné son trésor.

Et celui qui t'aima n'a ni repos ni trêve, 11 n'a plus qu'un espoir, il n'a plus qu'un seul rêve, C'est de vivre pour toi, de te donner ses jours, Et s'il souffre, sa joie est de souffrir toujours.

cléopatre, avec une joie triomphante.

Il reviendra!...

l'esclave.

Tremblant redemander sa chaîne.

Il t'aime, il t'aime encor, je le sens à ma haine. Tu peux me croire, moi, son tourment est le mien ; Va, lis dans mon amour les promesses du sien. {Voix confuses dans la coulisse.)

Mais n'est-ce pas sa voix? j'ai cru la reconnaître.

l'esclave.

Esclave, cache-toi, voici venir le maître !

Il sort.

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