SCENE PREMIERE
ANTOINE, mourant, étendu sur un lit de repos, CLEOPATRE, pâle, les cheveux épars, CHAHM10N, IRAS.
ci.EorATKE, pleurant.
Lâche et fatal mensonge !...
ANTOINE
Injustice cruelle!
Grands dieux, qui permettez que j'expire auprès d'elle. Soyez bénis ! et vous, sombres divinités, Prolongez les instants que vous m'avez comptés. Oh ! Cléopâlre !
// l'embrasse.
A toi ma dernière pensée !
J'avais peur de mourir sans l'avoir embrassée.
CLÉOFATRE.
Sanglant... pâle, est-ce ainsi qu'Antoine m'est rendu 1 Ah ! malheureux! paur toi lout n'était pas perdu. Ton armée... elle était encor puissante et forte, Tu pouvais triompher.
ANTOINK.
Mais je te croyais morte.
Toi-même m'as trompé par un faux bruit... pourquoi?
Pour t'apaiser... savoir si tu vivrais sans moi...
ANTOINE
Tu le sais maintenant... cruelle ? est-tu contente? Est-ce que ma douleur a trompé ton attente ? T'ai-je comprise au moins?... A ces fausses rumeurs Je n'ai dit qu'un seul mot : Elle est morte, je meurs. Mais... viens plus près de moi... soutiens-moi... je frisson n< Hors h Proculéius, ne te fie h personne...
Oh ! comme le destin s'est acharné sur nous !
Va, nous nous aimions trop, les dieux étaient jaloux.
ANTOINE
Moi, je n'accuse pas les dieux, la destinée... Je choisirais encor la part qu'ils m'ont donnée : J'ai suivi sur la terre un glorieux chemin ; Romain, je n'eus jamais pour vainqueur qu'un Romain. J'ai vécu nohle et fier, aimé de toi que j'aime... J'ai de beaux souvenirs... enfin dans la mort même, Je suis heureux encore... Heureux, ne me plains pas... C'est pour toi que je meurs, et je meurs dans tes bras... Il meurt. Clèopàtre reste immobile et. contemple, Antoine mort.
Mort ! mort !
iras, à Charminn.
Regarde-la... qu'elle est calme ! je tremble. cléopatre, à Charmion.
Dans le môme tombeau tu nous mettras ensemble. Charmion ferme les yeux d'Antoine.
Quoi , ses yeux sont fermés... sont formés pour jamais ! Jamais !... 0 mon Antoine ! oh ! comme je l'aimais I Je v;i> le retrouver... dans sa sombre demeure, Avec lui je descends... et pourtant je le pleure; C'est qu'en de tels moments le cœur <'st déchiré... Voir, voir l'horrible mort sur un corps adoré, C'est affreux! c'est affreux... Je ne "-uis qu'une femme... Se <"ntir arracher la moitié de sou àmc.
\i. il V, SCÈNE 1 • '
Umerqui ne fit plus, aimei avec ardeui
lu ftire éteint, glacé, dont on cherche le cœurl...
Tenir froide une main qui vous brûlait vivante!...
Ah! c'est trop, ma raison se trouble, s'épouvante.
Cette horrible douleur brise ma foire... Iras!...
Oh!... commenl se peut-il que je n'eu meure pas?...
Elle l'imbe dans les bras de ses femmes. Revenant à elle.
Isis, reine des cieux, écoute ma prière :
Conduis-moi vers Antoine a mon heure dernière...
Autrefois comme moi tu pleuras ton époux,
Isis, veille sur lui.
A ses femmes.
Vous, pleurez à genoux.
Et toi, qui me l'as pris, sois Gère dans ta joie,
0 Mort î tu n'eus jamais une plus belle proie !
Jamais guerrier plus grand, plus illustre, plus beau,
Ne para de son nom les marbres d'un tombeau.
Puissant dans le sénat, dans l'armée et dans Rome,
Dans Rome où tout est grand, il sut être un grand homme
Les peuples attendris se levaient à sa voix,
11 marchait entouré d'un cortège de rois ;
Car l'univers entier vivait de sa pensée.
Eh bien ! cette grandeur que nul n'a dépassée,
Cet éclat, ce pouvoir n'étaient rien à ses yeux...
Il cherchait dans la vie un bien plus précieux ;
Et voilà ce qui rend si belle son histoire:
Dès qu'il comprit l'amour, il méprisa la gloire ;
Vainqueur, il se laissa noblement désarmer,
Fier que l'on dît un jour : Antoine sut aimer !
Et s'il voulut, régnant sur la terre et sur l'onde,
Posséder et tenir entre ses mains le monde,
César, ce n'était pas pour l'asservir un jour...
Non ! c'était pour en faire une offrande à l'amour!
r Elle pleure.
CHARMION
La pâleur de la mort s'étend sur son visage... Appelons-le trois fois, à Rome c'est l'usage.
Rapprochant du corps d'Antoine et étendant la main.
Antoine!
cléopatre, étendant la main.
Antoine!