‹ Cléopatre; tragédie en cinq actes, en vers (volume 2)Chapitre 40 sur 46 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

CLÉOPATRE, CHARMION, IRAS, OCTAVIE, sa Suite.

octavie, au fond du théâtre, même geste. Antoine !

Moment de stupeur.

cléopatre, s'approchait t d'Antoine.

Elle arrive trop tard !

J'ai son dernier soupir et son dernier regard.

octavie, regardant Antoine.

0 malheureux!... il a voulu mourir près d'elle... Ainsi jusqu'à la mort infidèle... infidèle!... Et je n'étais pas là pour lui fermer les yeux; 11 ne m'a point nommée au moment des adieux! Il s'est frappé lui-même... oui, voilà sa blessure... Pour elle ! ... et cette mort est encore une injure !

charmion, à Octavie, qu'elle veut emmener. Nous sommes chez la reine, et l'on n'y doit entrer...

cléopatre, l'interrompant.

Elle l'aimait aussi, laissons-la le pleurer. Ma douleur suit sa plainte arrière et déchirante.

OCTAVIE

Mais... je te reconnais, je t'ai vue à Tarente...

Une Grecque, une esclave... une esclave... mais... toi...

Eh ! qui donc d'entre vous est Cléopatre ?...

Moi!

Ah ! tu te déguisais !... vivant, tu vins le prendre

Chez moi !... mais il est mort, et tu vas me le rendre.

Ici, moi je n'ai pas besoin de me cacher...

Il est mort, et je viens h mon tour le chercher !...

Au nom de son pays, de ses fils, je te somme

De rendre ta victime au dieux vengeurs de Rome.

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, 1 1 opatrb, $' approchant if dntoim .

Me séparer de toi!.., jamais! lu m'appartiens. / Octavie.

les droits ?

oci WIK.

Oserais-tu faire valoir les liens?

CLBOPATRB.

Oui...

OCTAVIE

I u ne sais donc plus que moi, j'étais sa femme?

CLBOPATRB.

Je sais qu'il m'a donné sa vie avec son âme,

Qu'il a voulu mourir sur mon cœur, dans mes bras,

Qu'il m'aimait, qu'il m'aimait et qu'il ne t'aimait pas.

Tremble, car maintenant je n'ai plus rien à craindre. Tout est fini pour moi, rien ne m'oblige à feindre, Rien ne vient m'imposer des égards superflus : .l'ose enfin te haïr.

Moi, je ne te hais plus.

A tes cris outrageants je reste indifférente, Et comme toi je dis : Je t'ai vue à Tarente. Ce souvenir me calme, et tu peux m'insulter, J'ai compris ta grandeur, et je veux l'imiter.

OCTAVIE

N'est-ce pas que je fus clémente eu ma tendresse ? J'ai respecté l'époux jusque dans sa maîtresse. Ils m'outrageaient tous deux... j'ai supporté l'affront. J'ai caché saintement la rougeur de mon front. J'ai dévoré mes pleurs, et j'ai nié son crime, Et je n'ai pas voulu qu'on m'appelât victime !... C'est qu'un dernier espoir me soutenait toujours; Je le laissais à toi sa gloire et ses beaux jours, Mais je me réservais, pardonnant sa faiblesse, L'honneur de consoler son auguste vieillesse. A toi ses pas vainqueurs, à moi ses pas tremblants : A toi tous ses lauriers, à moi ses cheveux blancs.

Jeune, ardent, orgueilleux, il m'avait dédaignée ; Vieillard, il m'aimerait, pieuse et résignée; On devient généreux à l'heure de mourir, On cherche avec amour ceux qu'on a fait souffrir, Et j'attendais le prix de ma longue souffrance ; Je supportais... ta joie !... avec cette espérance...

Elle pleure.

Et tu m'as tout ravi, sans pudeur, sans remords, Sa gloire, son amour, sa vieillesse et sa mort!... Eh ! pourquoi malgré nous partout t'a-t-il suivie !

Je l'aimais ! cet amour était toute ma vie.

OCTAVIE

Quelle preuve, dis-moi, de cet amour si beau ?

Je lui donnai mon trône et je prends son tombeau.

OCTAVIE

Je suis sa veuve, et moi seule je dois le suivre.

Va, ne te flatte pas ; toi, tu pourras survivre, Et tu pleures trop haut pour mourir de ton deuil. Une douleur qui tue est moins folle d'orgueil, Tu vivras!...

OCTAVIE

Je vivrai pour (e voir notre esclave, Pour te voir attachée au char vainqueur d'Octave.

cléopatre, saisissant son poignard.

Jamais!... [Les Officiers la désarment.) Oh!

OCTAVIE

Tu ne peux échapper h César.

César est maître ici...

Mon poignard!... mon poignard !...

OCTAVIE

Gardes, malheur à vous si la mort nous l'enlève Par le feu du poison, ou par le fer du glaive !.. o us, hors de ce tombeau, de ce pays fatnr.

m il \ SCÈNE III

Soldais, portes le corps de voire général ; Qu'il soit purifié, lavé de tous leurs crimes Par des libations de larmes légitimes ! Rendes a ce Humain ses drapeaui triomphants. Rendez... ronde/, ce père aux pleins de ses enfants!... Le$ Soldat* foui un dois de leur* drapeaux dont ik contrent le corps d'Antoine, qu'il* emportent ensuite hors du tombeau, Oc~ tavie suit le cortège en pleurant.

cléopathe, s'élatiçant vers Antoine.

Antoine! Antoine !... adieu!...

chahmion, la retenant.

La résistance est vaine...

cléopatke.

On vient me l'arracher!... Et je ne suis plus reine!...

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