‹ Cléopatre; tragédie en cinq actes, en vers (volume 2)Chapitre 5 sur 46 · IRAS, CHARMION, L'ESCLAVE · texte numérisé non relu

IRAS, CHARMION, L'ESCLAVE

Oh ! Charmion, voici déjà l'aurore !... Je la verrai briller si lu tardes encore. Hâte-toi donc... Hier, j'ai juré que mes yeux Ne reverraient jamais Hélios, roi des cieux ; J'ai juré par le Styx... Me rendrais-tu parjure? Douterait-on de moi?... Me l'ait-on cette injure'!*.

Non, j'avais ta parole, et le poison est prêt.

l'esclave, prenant la coupe.

Donne. Tu lui diras que je meurs sans regret !

CHARMION

Quoi ! tant d'insouciance à ton heure dernière ! On te laisse le temps d'exhaler ta prière. A la vie, au bonheur tais au moins les adieux; Tu ne veux pas mourir sans invoquer tes dieux

Mil! I. SCENE III 17

Q fille delà nuit !ô déesse implacable, roi < i ii î n'as punit de temple, el qu'on craint d'adorer Toi que le malheureux, quand le destin l'accable, Si-nl en tremblant ose implorer...

0 Mon '.... ;i tes fureurs un fol amour me livre! Prends ta faulx redoutable et parais à ma voix : A la voix d'un heureux que son bonheur enivre, Viens donc pour la première fois !

Une femme régnait sur des peuples sans nombre; De sa beauté les rois, les dieux étaient épris; Moi, j'étais son esclave et je l'aimais dans l'ombre, Heureux même de ses mépris.

Je ne pouvais jamais l'approcher ni l'entendre ; Mais, pour apercevoir ou son voile ou sa main, Je la suivais partout, je vivais pour l'attendre Et me jeter dans son chemin.

Un jour, elle vint voir les travaux des fontaines... Je tombai prosterné de crainte à son aspect... 0 Vénus ! tout l'amour qui dévore mes veines Parla dans ce brûlant respect.

Pour lui plaire il faut être un héros fier et brave, Et moi, par quels hauts ai-je su l'attendrir? Je n'ai dit qu'un seul mot: Reine, je suis esclave, Mais j'aime et je voudrais mourir.

Et la nouvelle Isis que l'Egypte idolâtre

A souri par caprice à l'esclave du port...

J'ai vu pâlir d'amour la reine Cléopâtre...

Et joyeux je t'appelle... ô Mort !

Viens donc!... tous les orgueils des gloires insensées, Toutes les voluptés, tous les feux de l'amour, Tous les enivrements des royales pensées Je les ai connus en un jour !

Je suis prêt à partir pour les rivages sombres; Prends mon sang et ma vie et mon jeune avenir. . Mais permets qu'avec moi j'emporte chez les ombres Le souvenir, le souvenir !

Sauve-moi de l'oubli, Cléopâtre est si belle !... Choisis pour me punir le plus dur châtiment, Mais que dans les enfers je souffre encor pour elle. Que mon amour soit mon tourment!...

Nourris tes noirs vautours de ma chair déchirée, Sous des rocs éternels roule mon corps meurtri, Mais laisse à mes regards son image adorée, A mes lèvres son nom chéri !

Je subis tes arrêts, ô Mort, sans une plainte, Respecte mon bonheur... il m'est venu de toi... Et sur mon front glacé laisse vivre l'empreinte De ses baisers qui m'ont fait roi.

Il prend la coupe, boit le poison et tombé-. Ah!...

iras, regardant V esclave.

L'implacable mort a reçu son offrande, Vois!

diomède, entrant précipitamment.

Iras ! Charmion ! la reine vous demande.

Iras et Charmion sortent.

Mil I. SCENE l\ lit

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