‹ Cléopatre tragedie en cinq actes, en versChapitre 1 sur 30 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

DIOMEDE, IRAS, endormit. Fentidius traverse arec précaution et va ouvrir la porte de Diomède. DIOMÈDE, sortant.

tl'Antoino 1...

VBKTIDICS.

Aujourd'hui non... domain.

Celle nuit je ne suis qu’un vieux soldai romain.

J’ai voulu le parler avant do voir la reine,

Diomède; je sais lu motif qui IVnlraine A nous servir. Tu peux l'expliquer franchement...

Que fait-elle ? quel est l'inlérdi du momcul ?

DIOMÈDE

File pleure César.

VBMT1DIUS.

Elle!....

DIOMÈDE

Connue elle pleure..

Fn riant, en changeant de plaisir n toute heure.

Mais je crois que, malgré tel air calme ot serein,

Flic lutte en secret contre un amer chagrin.

Son orgueil rougirait d’un désespoir vulgaire.

VEKTIDIL'S.

Un l'accusc pourtant de nous faire la guerre.

Fl d'avoir priMligué son or et set soldats Aux Itou rr eaux doTV-sar.

DIOMÈDE

Jamais.,, cela n'est pas.

vextioils.

Tous total été vaincus, et leur mort fui fatale. Philippe? tirttir Autninc est une autre Phnrsale;

Mais avitril leur défaite, et par d*adroits détours,

A HhtlliS Cléopâtre envoya des secours.

Antoine te soutient, et pour mieux la confondu)

Il Vtrtit juthiiqiiçmctit la forcer do répondre.

DIOMÈDE

ÀiUoitië Veut ta voir f

TEXTIDIL3.

Oui, je viens la chercher.

DtOMCDE.

Sérledscritcht, contre elle il prétend se fâcher ?

vrvriinus.

Sorts tiotiiei jl hiut tju'elle aille expliquer sa conduite.

DIOMÈDE

A së jüsiiftéb Cléopâtre est réduite.;.

tPiivUltCe je fhëVois le jiigomettt rettdrt;

Lit trtl»iirtbie est sauvëè... et le juge est perdu...

Vf v Tl di us.

Irt jibHÊë comme toi, c’ésl ih Unité tua crainie, t'est Wdrquoi J’ai Vttllllt sorts lërtMn, sans contrainte, AvHHl de voit là relrtéj Avait t de HVengagei- Me*iih+ tttr-h Irti lit grnHdeut- «ht dangeh..

Ciletéhet |irtP quel htoyert... |f*àr quelle adroite hise On pourrait... déjouer...

DIOMEDE.

Le triumvir aecuso

La reine injustement... peut-être un mot de flous Suffira pour calmer ce superbe Coutroùi.

VBMTIDlf».

Jo puis calmer Antoine avec un peu d'adresse}

Mais co hardi projet séduira ta maîtresse.

Elle redoute Antoine et l'empire romain ;

Quel bonheur do pouvoir terminer dés demain}

En obligeant Antoine a combattre pour elle,

Par un nouvel amour une vieille querelle!

Elle voudra dompter Homo et le triumvir...

Sa seule ambition est de nous asservir.

Elle dit pour donner du poids h sa parole :

«Vrai confine un jour je dois régner au Capitole. »

J'ai déjà vu César, servant tous ses projets.

Obéir h sa voix comme un de ses sujets.

Epris d'on fol amour, malgré sa vio infâme,

Il voulait l'épouser... Épouser celte femme,

Cetto sœur sans pitié, cette épouse sans foi,

Qui pour régner toujours et pour régner en loi,

Fit périr sous nos yeux son mari Ptolcméo.

C'est elle que César vainqueur n tant aimée...

Rome cnl pitié do lui, Konje se révolta,

Proscrivit Cléopâtre, et César la quitta ;

Mais longtemps malgré tout il lui resta fidèle.

Antoine aura lo sort de César son modèle...

A ces piége« charmants peut-il sc dérober y...

Oit chancela César, Antoine doit tomber.

DIOMÈDE

Je In sais, ce n’est pas une crainte illusoire.

S’il la voit, tout est dit, c’en est fait de sa gloire.

Pour dompter ce héros, ce fameux conquérant,

Elle fera briller son prestige enivrant.

Quand vile aima César, elle était jeune encore,

Elit* avait la bi'auté d’une entant qui s'ignore.

Qui sourit pour sourire et séduit au hasard.

Maintenant, tout s'unit, et la nature et l'art,

Et la grâce et l'esprit, et la science nu' me,

Pour lui donner l'orgueil do la beauté suprême...

Cet attrait mct vcilleux est un pouvoir divin Contre lequel on veut combattre, mais en vain.

On passe db longs jour lo cœur gonflé do rage,

A maudire son hom, h lui jeter l'outrage,

A raconter tout bas ses crimes ténébreux,

A plaindre ses sujets, h conspirer pour eux...

Et puis, quand on la voit si chnnnanto cl si belle, Onoublie h l’instant le mal qu’on pense d’elle.

Les places du mépris fondent sous son regard ;

Des mains du factieux s'échappe le poignard,

Tl cherche vainement les causes de sa haine.

Ce pouvoir invincible h ses pieds volts enchaîne t C est un étrange elTbl qu’on ne pont définir •

Où la crainte à l'amour vient vaguement s’ilnlr,

JJ® P ,a,s,r Pki* d'angoisse, un effroi pleine de rhartno, I n danger menaçant qui pourtant Vol» désarmé;

Sa colère vous plalf, on t'aime, et quelquefois On s’eh laisse accabler pour entendre sa voix.

Elle est reine toujours... mais aussi (toujours femme. Dans cet être si ftêle oti sent une grande Ame*

A travers sa faiblesse on sont la royauté.

On tremble, on est vaincu, mais avec volupté.

Sa pensée est un monde, M son cœur un nhîrtté;

C est ainsi quelle va, forte, do crime en crintC}

Bravant impunément cl le peuple et la cour,

Ne méritant que haine et h 'inspirant qüamoüh

VEXTIDIC9.

Antoine !... quel'portrait!

DIOMÈDE

Le qui doit 1 ertivrer en fidttant sa folio.

C’est ce luxe royal et sur tout répandu,

Et cet or précieux si sottement perdu.

Le bruit, co mouvement d'une éternelle fêle, Tourbillon de plaisir qui jamais ne s’arrête.

On mine l'état, on lui prend tous ses fonds

Pour payer des chanteurs, des nains et des bouffons. .

J'eu gémis, c’est pitié !

VEKTIDU'S.

Ce rapport m'épouvante.

De ces mêmes défauts Marc-Antoine se vante.

Il a pour les plaisirs la môme folle ardeur.

C'est la même faiblesse et la même grandeur.

Ce sontles mêmes goûts, enfin les mêmes vices... Rien ne peut modérer l’élan do ses caprices...

De même, sans raison il prodigue son or,

Et des peuples conquis épuiso lo trésor.

Pour nourir ses bon trous il impose trois villes.

A table, il distribuo h scs flatteurs serviles Sa vaissello d'argent... quand le souper est bon.

Au cuisinier, il fait présent d'une maison.

S’affublant d’un manteau superbe et ridicule.

Et prenant les saints noms de Bacchus et d’Hcrcule, Il parcourt lo pays sur un char radieux Traîné par des lion? comme le char des dieux;

Dans les flots de l'orgie il so plonge, il se natal...

Et nous voulons livrer une si belle proie A Cieopatro !... Non, il faut dès aujourd'hui,

Nous unir pour sauver Antoine malgré lui.

Car le salut d’Antoine est le salut de Rome;

Nos destins balancés dépendent d'un soûl homme; Antoine est notro espoir, lui seul relient encor L’ambition d’Oetové cil son aident essor, lapide est un jouet qu’ils briseront sans peine,

Il ne pento avec eux que le poids de la haine... Lépido n’est plus rien, et son nom sans crédit

vextidius.

Cependant chaque roi porto au cœur sa blessure.

N’as-tu jamais sondé ce mystère profond ?

Quel mot, quoi souvenir l'agite et la confond?

Toi qui sais !o secret de sa vie insensée,

N’as-tu pas découvert sa plus laide pensée?

DIOMÈDE

Sur son esprit troublé seul tu prétends agir?...

Et Ut veux un secret qui la fasse rougir?...

VESTIDICS.

Tu cherches?... "

d mutai, souriant.

Je choisis. C’est venir & merveille;

Lo plus triste est toujours le secret de la veille...

Eh bien, donc, tu sauras... Je rougis h mon tour D'avoir à te conter ce misérable amour...

Ébloui par l’éclat d'un brillant diadème,

En jeune esclave, un fon, sur la reine elle-même Osa lever los yeux. Il l’aimait... sans espoir...

Mais elle, un jour d’ennui, daigna s’apercevoir Des soins mystérieux de cet esclavo indigne.

D'abord il fut troublé d'une faveur insigne ;

Puis tombant à genoux, il lui dit bravement :

La mort, si tu le veui, pour l’amour d'un moment!

La reine, pardonnant cet insolent délire,

Sourit, et lui promit la mort par ce sourire.

L’esclave doit subir aujourd’hui son arrêt :

On lui fait essayer quelque poison discret Venu do Thessalie ou rapporté de Thrace,

Et sans tirait, c’est ainsi que l'on sc débarrasse De ce honteux amour trop bien récompensé,

Et dont l'orgueil royal pourrait êlro offensé.

Le poison elle Nil finiront l'aventure ;

C’est un genre nouveau do brouillo et do rupture ;

Mais on no rougit point du souvenir des morts,

C’est la honte qui fait tout lo poids du remords,

Et la femmo de cœur qui sait rendre impuissanto La preuvo de son crimo en est presque innocente.

VEXTIDIUS.

Un esclave!...

DIOMÈDE

Quelqu’un 1

VEXT1D1CS.

Marc-Antoine est jaloux...

Si, sauvant cet esclave...

DIOMÈDE

On vient, retirons-nous.

Ils entrent dans la chambre de Diomède, Charm ion paraît dans la galerie.

Serait presque oublié s’il n'était pas maudit.

Leur vain triumvirat n’est qu’un adroit mensonge,

Dans l’intérêt de tous tâchons qu’il se prolonge.

Et ne permettons pasqu’Antoine désarmé.

Par un perfide amour fatalement charmé,

A son rival cédant sa iimitic de l'empire,

Lclèvc jusqu’au trône où son orgueil aspire.

Dès qu'Antoine s’éclipse Octave est dangereux ;

Home peut respirer quand la lutte esteutr’eux; l-curs pouvoirs divisés maintiennent l'équilibre.

Et Rome est libre encor, si Rome se croit libre.

Oui, méconnaître un joug qu’on n'a point accepté.

C'est sc montrer encor digne de liberté.

Nos vieux républicains veillent toujours dans l'ombre. Chaque instant, il est vrai, voit s'affaiblir leur nombre; Mais dans tous ses rameaux l’arbre n'est pas flétri,

Les plus forts sont tombés, mais tous n’ont point péri ; Plusieurs vivent cachés dans des retraites sures.

Et le corps do César portait vingt-trois blessures...

Noble ami 1... l’auraient-ils vainement immolé?

Est-ce donc sans profit qu'un tel sang a coulé?

Oh 1 quo sa mort du moins ne soit pas inutile.

Que son sang généreux arrose un sol fertile.

Et que son souvenir nous préservo aujourd’hui De quelque autre tyran moins glorieux que lui !

Tu lo vois, ce n’est pas sans raison que je tremble,

Deux danger différents nous menacent ensemble :

Ou la reine soumet h son fier ascendant Antoine, et l'Orient commando à l’Occident,

Ou le faible guerrier, dans les plaisirs esclavo.

S’endort, et le sénat tombe au pouvoir d'Oclavo.

Ainsi dos deux côtés même triste hasard,

Rome est b Cléopâtre, ou Rome est h César.

Ainsi sur cet omour notre avenir se fonde,

De cel amour dépend le partage du monde.

Sauvons donc, s'il se peut, dans cette extrémité,

Antoine et son honneur, Rome et sa liberté !...

J’ai mon expérience, aido-moi de la tienne.

Est-il quelque intérêt... violent... qui retienno Cléopâtre en Égypte ?... En ce cas l’on pourrait... Compromettre un moment ce puissant intérêt.

Eh 1 no m’as-lu pas dit que le peuple conspire,

Qu’il l’accuse tout bas, qu’il maudit son empire?

S'il s’armait tout & coup... il lui faudrait rester...

DIOMÈDE

Non, quelques mécontents veulent se révolter;

Mais les Égyptiens sont un troupeau docile,

Ils l'aiment malgré tout, et son règne est facile.

Les crimes les plus grands ne les révoltent point ;

Ils ne sent ombrageux jamais que sur un point :

Qu’on respecte leurs dieux, c’est tout ce qu'ils demandf ni; Ils adorent le mal quand leurs dieux lo commandent ;

On peut les décimer, les accabler d’impôts Sans crainte de les voir sortir de leur repos...

Mais qu’on vienne k tuer dans la forêt sacrée Une autruche, un ibis... la guerre est déclarée!

Gallus faillit périr pour un chat qu’un Romain A tué par mégardo un jour sur son chemin.

La révolte éclata... ce peuple si tranquille Voulut dans sa fureur incendier la ville;

Il fallut que Gallus au port se retranchât.

Et deux mille Romains périrent... pour un chai...

Non, la reine respecte et les dieux et les prêtres Qui gouvernent ici le peuple et sont ses maîtres... Crois-nioi, nous no saurions l'atteindre en son pouvoir; Comme reine, du moins, elle fait son devoir.

Et son sceptre est tonu d’une main ferme et sûre.

8 cène it.

IRAS, CHARMION, portant une coupe et une fiole de poison. iras, s'éveillant.

Qui marche 13»?

crarmiox.

C’est moi, c’est Charmion la noire.

Oh ! que tu dormais bien sur ton beau bras d'ivoire, Rello Iras! J’admirais ce tendre dévouement :

En le voyant dormir, dormir profondément,

Jo mo disais tout bas .. pardonne cetto idée..

Far les rôves d’Iraü la reine est bien gardée 1

• IRAS

Ne mo dénonce pas, j’ai veillé l'autre nuit,

Et d'ailleurs, tu le vois, j’accours au moindre bruit.

CIURMIOR.

On sait ce que lu vaux... aussi, jeune imprudente,

-TJET

C'est loi la favorite, et moi la confidente;

Elle amuse, je sers ; chacune a sot» devoir.

IRAS

Oh! Charmion, la reine était sombre hier soir... •Ta» chanté, j’ai dansé, mais rien n’a pu lui plairo, Elle semblait cacher ünc sourde colère...

Elle cherchait à rire, et riait tristement... Toi-mème... quel est donc ce breuvage écumant Que tu viens do verser, dont ta coupe est remplie T

CHARMION

C’est un poisou nouveau venu de Thessalie.

On va l’essayer ?

Oui.

IRAS

CHARMION

Sur quelque condamné?

CHARMION

Dont le crime est si grand... qu’on l’avait pardonné.

IRAS

Et quel était ce crime?

CHARMION

Une folie étrange.

Te souvient-il qu’un jour, assises dans la cange Qui conduisait la reine aux fêtes de Memphis,

—Tu berçais dans tes bras Césarion son fils —

Nous avons remarqué de loin, sur le rivage,

Un jeune homme au front pâle, h l’air noble et sauvage? Il restait la, rêveur, caché dans les roseaux,

Ft tu dis en liant : C’est le Nil, dieu des eaux...

IRAS

Oh ! je ne riais pas... dans ma chère patrie...

CHARMION, l'interrompant.

Un soir, nous revenions d’une panégyrfe.

Il nageait dans lo fleuve en nous jetant des fleurs.

IRAS

Des lotus roses, bleus, de toutes les couleurs,

Des lis... je m’en souviens...

CHARMION

Eh bien, aujourd’hui même

Il va mourir.

IRAS

Pourquoi?

CRARMION.

Pourquoi?... la reine l’airao, II paiera do sa vie un moment de bonheur ;

Cet homme no peut vivre après un tel honneur. C’est un esclave...

IRAS

lui?...

CHARMION

Sa mort secrète et prompte

Cachera cet amour.

IRAS

La reine... quelle honte!...

Aimerait un esclave, un être abject et vil!...

Non, je l'avais bien dit, c’est... c’est... le dieu du Ntt ! Par le dieu du Scamaridre, aux rives parfumées, Souvent dans mon pays les femmes sont aimées. Malheur h h beauté qui l’admire longtemps !

Perfide, il la relient par ses cheveux flottants.

Fl Comporte avec lui dans les grottes profondes Où s' épanché son urne et se perdent ses ondes.

On la cherche, on la pleure, on poursuit dans son cours Le fleuve... Il l’aime tant, qu’il la garde toujours. charrion, riant.

Enfant, lu me dis là des contes do nourrices:

Va, le vieux Nil n’a point de si charmants caprices.

Je ris do la folie, et je ne sais pourquoi Je l’écoute... Le Nil !...

IRAS

El si c’était un roi...

Qui, pour mieux réussir, s’aiilantd’un stratagème.. CHARMION.

On ne fait pas mourir un roi parce qu'on l’aime.

IRAS

Maison connaît cet homme cl l’on saura sa mort, CHARMION.

C'est un esclave grec, un ouvrier du port. .

On l’oubliera bientôt, on le connaît à peine...

IRAS

Oh ! la reine est cruelle... Oh ! je ne suis pas reine !. . Pauvre esclave ! il est Croc, il est de mon pays!

CHARMION

Moi, je ne juge pas la reine... j’obéis...

Jo no demande pas le nom de la victime.

Cet hommo est condamné, que m’importe son crime? Que m'importe qu'il vive ou tombe avant le temps! J’ai versé le poison dans la coupe... et j’attends.

IRAS

Il vient!...

SCENZJ m.

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