SCÈNE I
ANTOINE, VENTID1ÜS.
ANTOINE
Je le veux ; dès ce soir je quft terni Tarante.
Vous m’avez tous trompé, Cléopâtre est mourante* Elle m’aime, m’appelle, et je veux la revoir.
VENflMrS.
Et moi, jo te relions, et je fais -mon devoir...
ANTOINE
Tu nous as séparés par un cruel mensonge., .
Ah ! je me sens rougir de rage quand j’y songe!... Cet esclave maudit, qu’a-t-il donc révélé?
Il vous a confondu; sitôt qn’il a parlé...
Du fourbe Diomède il connaissait la haine...
Diomède voulait empoisonner la ruine;
L’esclave a pressenti VinfAme trahison,
Et pour la déjouer, il a bu le poison...
Quelqu'un l’a secouru... VoHh toute l'histoire...
VENTIPIIS.
C’est cellc-lè du moins qu’il 1e convient de croire.. Eh bien ! soit, jo reprend; mes avis superflus.
A quoi bon t’cc laircr ?... les yeux ne voycnl pin?. Je ne lutterais pas contre un amour vulgaire ;
Mais ce honteux amour, c’est la guerre, la guerre... S’il s’agissait de toi, de tes seuls intérêts,
Do ton bonheur enfin, jo me résignerais A voir Ion nom éteint, ta valeur endormie;
Mais c’est l’amour fatal d’une reine ennemie,
C’est lVmpiro détruit, perdu, déshérité,
Au prolit «le sa haine et de sa royauté.
Eh ! que me font ses pleurs et t A $ tendres alarmes! Je vois ta perle, mot, dans tes menteuses larmes. . Je vois ton déshonneur dans ta folio phié,
Et jo te crie, au nom de ma vieillo amitié,
Au nom de ton pays, de Rome qui to juge :
Tu te crois un amant, et tn n’es qu’un transfuge! ANTOINE.
Et moi, jejuge aussi d’après cet entretien, Qu’Oetavea des amis ol qu’ils le servent bien... VF.M1M1S.
Octave, pensc-tu?... fout-il donc te lodiroî...
Ce voyage honteux. Octave h désire.
Pompée est mort... Ce nom te remplissait d’elîroi : n est mort, et César n'a plus besoin do loi.
II l’a ilonné «a sœur, cette soeur bien-aimée,
Pour avoir ton argent, ta flotte et ton arraco : Maintenant que le calme est rentré parmi nous Qu'il n’est plus inquiet, il redevient jaloux. Aujourd'hui cet aiui, c<4 allié, ce frèro,
Ce n'est plus qu'un rival à tous ses plans contraire Octave est trop prudent pour aimer les héros.
II n’a point les vertus des vaillants généraux ;
Il est froid, patient, dans l’âge où l’on est brave; * C’est pourquoi nous devons nous délier d’Ucla vo. aktoine.
Octave est un enfant qui ne peut rien sans moi.
VBKTIDH' 8 .
11 rêve la couronne, il. nous fera la loi...
Moins il a do valeur, plus il veut, plus il ose...
Il lui faut le pouvoir pour être quelque chose.
Son gépie est douteux, il doit le compléter;
Et le nom do César est bien lourd h porter.
Je te le dis, ami, ta gloire rimportuDe,
Toi seul tu peax encore arrêter sa fortune, Balancer ses efforts et défendre nos droits.
Préserver notre front du joug honteux des rois. Nous détourner du but où ton rival nous mène. Seul tu peux soutenir la dignité romaine.
Un semblant de vertu nous est ou moins resté; Nous avons deux tyrans, c’est notre liberté, Romain, respccte-la dans son dernier vestigo; Laisse -nous notre erreur, lais*o-lui son prestige. Tout sera dit pour elle, et l’on prendra son deuil Le jour où nous aurons Punilô dans l’orgueil.
Voilà ce que prévoit tua longue expérience.
Crois-cn ton vieil ami...
J’aime ta confiance.
Mais je dis à mon tour que tu me juges mal,
En nommant trahison. ..
VRÎCTlMÜS.
Quoi ! ton amour Calait Je le répète encor, ta gloire en est souillée.
ANTOINE
Mais l'Égypte est à nous, elle est notre alliée;
J’ai ses blés, ses soldats, ses immenses trésors;
J'ai plus de cent vaisseaux à l’âncrc dans ses ports.
Tu veux nio voir dompter la puissance d'Octavo, Laisse-moi donc partir, ici jo suis esclave ;
Il m'éteint par la honte, il m'éteint par l'ennui.
C’est Cléopâtre enfin qui m’arme contre lui.
L'Egyplo est mon pays, c’est là que je suis maître,
Là du moins je respire et je me sens renaître.
J’y poux mener grand train et vivre à ma façon,
Et personne n’y vient me faire la leçon ;
J’y suis ce que jo veux, j’y suis dieu, j’y suis homme - . C’est beau d'être Remoin partout, mais pas dans Rome. Ici l’on joue un rAlo, et toujours un frondeur Vient juger volro vie au nom do la pudeur.
La brillante gaîté comme un crime est pr<r-«'rito,
Et pour être honorable on se fait hypocrite.
Si vous êtes prodigue, et si vous jetez l'or,
On crie, on lü ramasse, et puis on crie encor***
Mes goûts capricieux sont des mesures sages;
Pour dompter l'Orient j’adopte ses usages,
Et je perdrais bientôt ma générosité,
Mes fiers instincts de roi dans votre pauvreté.
Mon nouveau ni aria go à la froido réserve Mc contraint... Octarie est craintivo et m’observe,
Enfin dans ce forum j’ai peine à retenir La colère où me jette un sombre souvenir;
C'ost là que je subis cette publique offense,
C’est là quo Cicéron m'attaquait sans défense ;
Home pour moi, c’est lui; là, l mjours je le vois.
Et dans tous ses échos j'enieiiiis toujours sa vo:x. YEKTlMOf*
Sa mort... et quelle mort!... aussi, te vengea- t- elle l
ANTOINE
Se venge-t-on jamais d’uno offense immortelle t Tiens, no réveillons pas ce souvenir sanglant.
VBSTiDiUS.
Oh! tu me fais pitié, je t’écoute en tremblant, Honteux des vains motifs où lu te réfugies.
Ce qui te manque ici, ce sont tes nuits d’orgies.
Ce sont les voluptés do ton coupable amour.
Pars donc. Mais César vient, n’attends pas son retour.
ANTOINE
Eh bien, oui, Cléopâtre a toutes mes pensée*,
Je sens à son nom seul des fureurs insensées.
Ne me retenez plus, jo veux partir domain...
Je no suis plus soldat, je no suis plus Romain!...
Je suis un malheureux qu’un fol amour tourmente,
Un amant séparé sans pilic d’une amante.
J’entends ses cris, j’entends d’ici son désespoir...
Jo veux la consoler, jo veux... jo veux la voir...
Et jo hais, je maudis ceux qui me l'ont ravie I VKNTIDIIIS.
Es-tu donc insensiblo à l’amour d’Octavie?
Pour sa noble douleur n’as-lu pas un rogardt Elle est jeune, ollo est belle...
ANTOINE
Elle est... sœur de César t vummus.
Mais elle vient, Antoine...
ANTOINE
Eilo aussi?
VBNT1DIC5.
Je vous laisse
ANTOINE
Reste... je no pourrais lui cachor ma tristesse.
s CETTE n.
ANTOINE, VENTimiJS, OCT/ VIE, ÉllOS, Soit. d’Octath.
OOT^IB.
Mon frèr est arrivé, je v apprends à l’instant,
A lion* l m rencontre, il ne peut...
ANTOINE
On m'attend.
revfeiKfcücesoir.
octavie.
Mais il nous donne une heure
/ peine, et...
Te faut-il une raison meilleure ?
H ne me convient pas do le voir maintenant.
octavie.
Nous partirons demain... et César... apprenant...
Jo - partirai seul.
OCTAVIE
Seul I... Les enfants de Fulvie, Tes fils resteront donc ?
ANTOINE
Oui, je le les confie...
PH» do toi je las mets sous la garde des dieux :
Us te nomment leur mère.. A ce soir mes adieux ' Jl tort.
OCTAVIE
Antoino ! d'un tel coup j’ai peine h mu ronteilro.
OcUivo avait raison, il le dit dans sa Ictlre...
Mais courons vers César, je craius de l’irriter ;
Ce peu d’empressement pourrait l’inquiéter.
Elit sort avec ï'entidius.