CLÉOPÂTRE, IRAS, CHARMION, DIOMÈDE
CLÉOFATnB, à Diomède.
C’est toi... viens, tu connais César!
DIOMÈDE
Oui, roine.
Tu connais sa sœur !
diohèdr, d part.
Est-ce une épreuve ?
Dis, connais-tu sa sœur?
DIOMÈDB.
Octavio... une veuve?
Jo l’ai vue une fois aux fêtes de Junon.
Elle est belle ?
DIOMÈDE
Très-belle.
Elle est jeune ?
Iras et Charmion font des signes à Diomède .
DIOMÈDE
Non, non ;
Une beauté sans grâce et qui ne saurait plaire. cléopatre, d pari.
Il cherche b me tromper, il pressent ma colère.
Folle reine qui veut en croire ses sujets !
[Haut.) Co que tu me dis là change tous mes projets.
Ou veut la marier au jeune roi de Tliraco...
Mais puisqu’elle est ainsi sans jeunesse et sans grâce,
Je vais rompre en son nom...
RIOMÈDE.
Reino, n’en faites riau,
Elle est belle et charmante...
Ah ! jo le savais bien!
Sois calme... j’oublierai ce rapport infidèle ;
Mais obéis sur l’heure et conduis-moi près d’elle. Tiens-toi prêt à partir, et va savoir au port Quel vaisseau lève l’ancre ot pont nous prendre à bord Ce soir. Ne nomme point la reino, ta maîtresse...
Tu diras... que je suis... uno esclave do Grèce... Montrant Iras.
Comme elle... et tous les trois nous partirons sans bruit. Protégés par les dieux, le silence et la nuit.
Diomède sort.
CHARMION
Eh quoi! tu veux partir, ô reino bien-aimée,
Sans garde, sans amis, sans vaisseaux, sans armée, Seule, le confiera des dieux étrangers?
Songe quo do malheurs,* do craintes, do dangers!...
clIopatrf.
J’ai couru des dangers bien plus graves encore,
Ne tVn souvient-il pas T le jour qu’ApolIodoro Me menant chez César, seule, dans un baleau,
Me chargea sur son col comme un léger fardeau :
Dans ce colTre maudit je respirais h peine.
— Que m’apportez- vous l'a ? — Général, c’est la reine.
On ne te fit jamais do plus riches présents.
César sc prit h rire, et moi... j’avais seize ans.
Va, le plus grand danger pour moi, c’est cet outrage Qui me frappe aujourd'hui, qui détruit mon ouvrage.
Il tno faut retrouver Marc-Anloine b tout prix.
J^a grande Égypte et moi, mourront do son méprit.
Mon plan est arrêté, donne, je veux prescrire Des ordres h mes chefs...
Charnu*?, présente à la reine des tablette t et un Stylet ; elle écrit.
Ce que je vais écrire Leur sera chaque jour remis fidèlement Comme un décret subit émané du moment.
Nos voisins sont en paix et le peuple est tranquille,
Je puis saps imprudence abandonner la ville.
Mais il faut qu’on me croie ici, dans ce pala Les prêtres vont venir, loi-même reçois- les;
Dis-leur... que je me meurs... que la fièvre me tue...
Quo do tous mes sujets je déteste la vue,
Quo ma faible raison commence & s'égarer...
Frappe, meurtris ton soin, fais semblant de pleurer.
CHARMION
Jo suis sincère, hélas ! tu me quittes, je pleure.
Va, viens, et fais grand bruit, qu’on to voie h toute heure. Tu règnes au palais, et Charmion, c’est moi,
On ne croira jamais que je parte sans toi,
C’est to meilleur moyen de cacher mon absence,
Tu resteras...
Charmion insiste.
Faut-il parler d’obéissance?
CHARMION
Reine, de tes dangers jo dois avoir ma part.
Non, reste, jo le veux.
A Iras.
Pressons notre départ.
CIIARIIIOV.
A l’amour d’un Romain immoler ton royaume !
F.h ! l’Égypte sans lui n’est plus qu’un vain fantôme. Antoine seul lui rend l’éclat des anciens jours!
L’Égypte.*, a le secret de meaffolles amours.
CHARMION
Mois on peut l’entraîner dans quelque horrible trame! Songe à ta vio onfin...
Je veux voir celte femme!
Un seul regard, un seul, jeté sur sa beauté Me dira le pouvoir do son nom redouté.
Tant de vertus, dit-on, lui donne tant de charmes...
Pour la combattre, il fout connaître au moins ses armes. Eh bien! nous lutterons ensemble devant lui.
Suis-je donc un objet de dégoût cl d’ennui,
Une triste Ariane, une pôle matrone,
Une laide Sapho, pour que l’on m’abandonne ?
Mes flatteurs auraient-ils trop loué ma beauté?
Je suis reine, Ii quoi donc me sert la royauté,
Le prestige, l'ai liait, l’éclat du diadème,
Si jo no peux pas plaire à cet homme que j’aime?
Mais ri ta beauté plaît, si son ordre fait loi,
La moindre lavandière est plus reine que moi!
Je suis reine, je suis fille de Ptoléméc,
J’aime... jo daigne aimer... et no suis point aimée 1 Kt l'on s’en va chercher un bonheur innocent, Après m’avoir donné quelques jours en passant ! C'est l’amour sérieux, je suis l’amour folâtre.
On no peut pas rester fidèle h Cléopâtre ;
Du nom de son amant on peut être jaloux,
Mais auprès d’Octavie on veut le nom d’époux 1 Où règne la vertu mon influence expire I,..
Aiitoine, ce jcu-lè te coûtera l’Empire...
Partons, j'arriverai trop tard pour rien changer, J’arriverai toujours h temps pour me venger!