ACTE II, SCÈNE II
Et ne prends de conseils que de l'adversité.
Je le donne la Thrace, et la Grèce, et l'Épire; Des Parthes à tes lois je soumettrai Tempire. Veux-tu subir un joug qu'ont subi les Romains? Veux-tu rester sous moifte second des humains ?
ANTOINE
Le second des humains!... Mais celui qui m'outrage, A't-il donc oublié qu'il n'est que mon ouvrage ? Quand Octave paisible, à l'abri du danger, Héritait de Gésar au lieu de le venger , C'est moi qui , m'adressant à la foule agitée , Déployai du héros la robe ensanglantée.
J'exaltai ses bienfaits , j'expliquai ses desseins. Je fis parler son sang contre ses assassins : Et bientôt leurs palais, brûlans dans les ténèbres, Servirent de flambeaux à ses honneurs funèbres. J'ai relevé deux fois tes destins abattus , Brutus t'avait détruit, j'ai renversé Brutus ; G'est appuyé sur moi que tu montes au faî!e , Et toujours mes lauriers ont couronné ta tête.
OCTAVE
L'empire où Ton verrait régner deux empereurs , Ne serait qu'une arène ouverte à leurs fureurs. Je ne veux point d'égal.
Je ne veux point de maître.
OCTAVE
César le fut*
32 CLÉOPAÏRE.
ANTOINE
César ét^it digoe de rétre.
Si tu veux que pour toi je prodigue mon sang y Il £ïut, comme César, justifier ton rang.
L'espères-tu ? ^
OCTAVE
Je suis le fils de ce grand homme.
ANTOINE
Oui, César t'adopta pour se venger de Rome.
De la paix cependant si ton cœur est épris , Je puis y consentir; mais apprends à quel prix.
OCTAVE
Parle.
ANTOINE
J'ai quelques droits à ta reconnaissance ; Mes crimes sont bien grands , ils ont fait ta puissance. Souviens-toi de ces jours où nos divisions Assuraient le repos de trente nations ; Où l'on vit trois tyrans , Octave , moi , Lépide , Conclure dans le sang une paix homicide ; Renvoyer leurs soldats pour garder des bourreaux , S'abandonner entre eux les têtes des héros , Aux mânes de César immoler Rome entière , Et de leur apanage assignant la frontière, S'assurer l'un à l'autre un empire inhumain , Sur les trois grands débris de l'univers romain : J'allumai, j'excitai cette fureur impie; Qu'en imitant Sylla notre remords l'expie.