ACTE II, SCÈNE II. a
Osons renouveler cet acte solennel ,
Qui fit un citoyen d'un si grand criminel.
Que de la liberté le règne recommence.
^ OCTAVE
Abdiquer le pouvoir ! quelle est donc ta démence?
La liberté parfois produit les grands états ,
Mais lorsqu'ils sont créés ne les gouverne pas.
Tous ces peuples , ces rois frémissant dans leur chaîne <,
Tous ces grands élémens de la grandeur romaine ,
Toujours changeant , toujours prêts à se révolter ,
De leur centre commun tendent à s'écarter.,
Il faut qu'un seul pouvoir, les confondant ensemble ,
Dans ses vastes liens les presse et les rassemble ;
Telle est la politique et ses effets constans ;
Je recueille aujourd'hui l'héritage du temps.
Pour un peuple déchu de son patriotisme ,
La liberté n'est plus qu'un adroit despotisme,;
Qu'un piège insidieux , qu'un combat inhumain
Entre les rois du jour et ceux du lendemain «
Dans l'armée, au Forum, dans nos champs, dans nos villes^
Ses feux n'allumeraient que des guerres civiles ;
Son prestige est détruit, ses beaux jours sont passés;
Le poignard de Caton nous en instruit assez ;
Avant de se frapper j sois bien sûr qu'un tel homme
Sonda profondément la blessure de Rome.
Quels étaient ses destins ? Que vit-il dans ses rangs ?
Jamais la république, et toujours des tyrans;
Et quand Cësar régna par le droit de l'épée ,
Il n'asservit point Rome, il détrôna Pompée.
2i CLÉOPATRE.
Qu*ont produit, de Brutus les complots odieux ? Us n'ont.fait que>plac^ mon. père âu rang des Dieux. Un trône est élevé, tous osent y prétendre ; César peut en tomber, Sylla peut en descendre. Moi-même, tôt ou tard, je puis l'ensanglanter, Mais il existe enfin, je prétends y rester; Et Rome doit souffrir le joug du rang suprême , Depuis que ses eiifans sont plus forts qu'elle-même*
ANTOINE
Rome doit le souffrir! mais Straton, Publius» L'intrépide Marcel, l'ardent Icilius, Dans leur cœur indigné là liberté respire i Us peuvent,...
Conspirer, s'armer, troubler l'empire; Je plains la liberté , si dans ses oppresseurs £lle croit aujourd'hui trouver des défenseurs. De quel droit des Romains avides d'opulence.
Dont on a tant de fois acheté le silence, Citoyens sans amour pour leur propre cité^ Proconsuls sans vertus, ou tribuns sans fierté^ Sénateurs sans courage , et depuis quatre lustres Portant de chef en chef leurs trahisons illustres. Voudraient-ils imiter les vainqueurs des Tarquins ? Je vois des mécontens, non des républicains.
J'oppose leur nom seul à leur ligue impuissante; Tous ces Brutus, meurtris de leur chaîne récente ,. Naguère sous un maître esclaves absolus ,