CLÉOPATRE, THÉONE
THÉONE
Aux fureurs des combats Antoine abandonné, Justifie en ce jour le dieu dont il est né ; Il brisera les fers de FÉgypte opprimée :
Canidius , le chef de son ancienne armée , A rejoint nos drapeaux, et, dans ses flots plus lents. Le Nil des fiers Romains roule les corps sanglans. Bannissez la terreur dans vos regards empreinte. Pourquoi ne voir partout que des sujets de crainte ? Lorsque tout vous annonce un triomphe certain , Pourquoi douter encor des faveurs du Destin ?
Peut-être ce triomphe, objet de ton envie.
Sera le plus affreux des malheurs de ma vie, Théone; et Cléopâtre, en ce fatal moment.
N'ose faire des vœux même pour son amant.
THÉONE
De ce nouveau revers quel est donc le mystère, Madame ?
GLÉOPATRE.
Vainement je voudrais te le taire.
Les pleurs de ma rivale ont triomphé de moi ; Elle a justifié ma haine et mon effroi , Théone; et son époux, li long-temps infidèle, Par ses lâches remords est ramené près d'elle.
THÉONE
L'amour doit l'emporter, Madame , et yos attraits...
Il n'est plus temps, Théone, il sait tous mes secrets. L'odieuse Octavie , à ma perte animée , Instruite par Octave , et de haine enflammée , A revu son époux et remis en ses mains Cet indigne traité qui me lie aux Romains; J'ai voulu vainement excuser cet outrage , Antoine a fiii ces lieux avec des cris de rage. Contre moi, contre Rome à la fois irrité.
Au milieu des combats il s'est précipité.
Non ! pour le ramener je fus trop criminelle..... Mais Phorbas du combat nous porte la nouvelle ; J'ai peine à surmonter le trouble de mon cœur.