SCÈNE III
ANTOINE, ËROS; Guerbiers, Pbup].e.
ANTOINE
Oui , peuple, la fortune a suivi nos guerriers , Elle nous a rendu l'empire et nos lauriers ; Mes affronts ne sont plus , et j'ai vu la victoire Effacer Actium des fastes de l'histoire.
Déjà l'aigle de Rome, envolé vers les eaux , Regagne, en frémissant, labri de ses vaisseaux. Mon rival a pâli devant ma renommée , Les débris de ma fuite ont vaincu son armée.
Allez et sur l'autel faites fumer l'encens ; Offrez à tous vos Dieux mes vœux reconnaissans ; Bientôt nous reprendrons nos armes glorieuses , Et bientôt loin du Nil nos mains victorieuses Iront reconquérir les dépouilles des Rois , Qu'aux murs du Capitole attachaient mes exploits.
ÉROS
Quel jour choisissez-vous pour ordonner des fêles ?
4o CLÉOPATRE.
L'étendard des combats flotte encor sur nos têtes, Seigneur, et les Romains près du Nil ralliés
ANTOINE
S'ils osaient relever leurs fronts humiliés ,
Les Rois mes lieutenans veilleraient jsur ma gloire ;
Je laisse à leur courage achever ma victoire ;
Et sous mes étendards avant de revoler
Je dois sécher, des pleurs que j'ai trop feit couler.
ÉROS
Il est donc vrai , seigneur , la fortune jalouse ,
Après tant de revers sourit à votre épouse ?
Loin du Nil , pour jamais vous laissant entraîner....
ANTOINE
C'est Cléopâtre , ami, que je viens couronner.
ÉROS
ANTOINE
Pardc^ne à ma coupable flamme , Aux transports , aux tourmens , aux fureurs de mon âme. Quel est donc cet amour que je traîne après moi? Oui , je viens en subir l'impérieuse loi.
De la sœur de César séparant ma fortune , Lassé d'une contrainte à tous deux importune , Je viens rompre ma chaîne en présence des Dieux. Ces fêtes , cet encens , ces flambeaux radieux , Brillent pour mon amante ; et ma main fortunée S'apprête à la conduire aux autels d'Hyménée ,