ACTE IV, SCÈNE IV
MARGEliLUS, 'aux pieds d'Anfoine.
Mon père !.••
antoIne.
Mon cher fils!.-
OCTAYIË, à Antoine.
Que sa voix gémissante Porte jusqu'à ton cœur sa prière innocente ; T'aurait-il retrouvé pour te pleurer toujours ? Un père à ses enfans doit compte de ses jours.
ANTOINE
Moi vivre!... Rejeté du char de la fortune.
Moi, lasser l'Occident de ma plainte importune,
Ousoufirir qu'un rival, plaignant mon abandon,
Laisse tomber sur moi son insolent pardon !
Ne suis-je point assez rassasié d'injures?
Couvert de sang romain , souillé de noirs parjures ,
Ne suis-je pas, aux yeux du monde épouvanté.
Un exemple de crime et d'infidélité ?
Mon exécrable amour , mes afironts , ma furie ,
Ne m'ont- ils pas rendu l'horreur de ma patrie ?
Je dois mourir... ma mort est utile à mes fils.
Rome m'a poursuivi jusqu'aux murs de Memphis ;
Mais à peine mes mains auront tranché ma vie^
Rome se souviendra des enfans d'Octavie ;
Pour relever leurs fronts un moment abattus ,
Elle leur parlera de toi , de tes vertus.
Élevés sous tes yeux pour un sort plus prospère.
Tu les consoleras du crime de leur père.
Leur père en expirant les recommande aux Dieux.
OCTAVÏE.
Non, nous n'acceptons pas de si cruels adieux. Tombe à ses pieds , mon fils, qu'il se rende à tes larmes ; D'être père en tes bras qu'il goûte encor les charmes, Qu'il entende ta voix.
MÀRCELLUiâ.
Mon père!
ANTOINE
Marcellus !
, MARCELLUS, à Antoine.
Regarde sa douleur.
ANTOINE
Je ne me connais plus;
Mon courage
MARCELLUS
Il vivra, mon amour m'en assure. Ton cœur va se rouvrir au cri de la nature.
La mort d'entre nos bras ne pourra t'arracher; Dieux , donnez-moi des pleurs qui puissent le toucher.
OCTAVIE
Au nom de ma douleur si long-temps solitaire , Par mes genoux tremblant attachés à la terre, Rends- toi, daigne abjurer ton horrible dessein.