SCÈNE III
CLÉOPATRE, PROCULÉIUS, conduit par Phorbas.
Vous le voyez, seigneur , cette superbe reine , De tant de nations autrefois souveraine , Avant sa dernière heure, est réduite à chercher L'asile, d'un tombeau , qui la puisse cacher.
Borne soumet les rois à son obéissance ;
Mais dans ce lieu, du moins, j'ëcbappe à sa puissance,
Et j'habite , bravant les terreurs du trépas ,
Un séjour où la main des tyrans n atteint pas.
PROCULélUS.
Au vainqueur d'Actium lorsqu'un traité vous lie, Quelle crainte. . .
Et pourquoi , désertant lltalîe , Sur le Nil aujourd'hui, chargé de combattans. Octave montre-t-'il ses étendards flottans?*^ Pourquoi menace-t-il et l'Afrique et l'Asie , Et ces propres remparts du sort de Pélusiç ?
Est-ce par le ravage et les embrasemens Que Rome et votre maître acquittent leurs sermens ?
PROCULÉIUS
Loin qu'à votre ruine Octave ici conspire, De rOrient soumis il vous offre ^empire.
A moi !
■^ PROCULÉIUS
Mais sa prudence, en changeant vos destins, De votre dévouement veut des gages certains.
Par ira traité de paix je me suis engagée; Qu'exige-t-il de plus d'une reine outragée?
A.GTEI, SdÈWE III. 7
PROGÙLÉIUS.
Antoine, seul auteur de nos dissensions, Disparaît et se cache aux yeux des nations.
GLÉOFATRE.
Eh bien?
PROGULÉli;!
C'est à tous seule à aoifs livrer l'asile , Où loin de nos regards le coupable s'exile; A nous livrer ses jours , par le ^énat prosc^ts ; L'empire d'Orient , madame , est à ce prix.
Souveraine des Rois , Rome a-t-elle pu croire , Comme de leurs états disposer de leur gloire ; Et que livrant Antoine aux rigueurs du sénat , J'achèterais la paix par un assassinat ?
Non, seigneur, le trépas qùè vos haines demandent. Mes mains....
PROCULÉIUS
Nos dieux^ nos lois, nos vertus le commandent.
Vos vertusw.. Les forfaits suivront jusqu'au toipbeau Rome, dont un forfait consacra J^ berceau.
Un roi, pour la fonder, assassina son frère; Le second des Bru tus a poignardé son père; Vos destins, que César pouvait seul soutenir,
Comme iU ont commencé , méritaient de finir f
Et Rome si fidèle à ses vertus rigides
Se montre à Tunivers entre deux parricides^
PROCULÉIUS
Étrangers à l'orgueil, vaincus dans les combats, Les Rois tremblent sous Rome, et ne la jugent pas^ Et, quoi quelle commande, ils n'ont pas l'habitude D^abandonneir leur âme à tant d'incertitude.
Prévenez son courroux.... Surtout n'attendez pas^ Qu Octavie en ces lieux, arrivant sur me» pas...*
Quoi ! l'épouse d'Antoine. . *
PROCULÉIUS
Oui , madame , Octavie A rejoint nos vaisseaux, de ses enfans suivie. Vous savez quels desseins l'y peuvent appeler ?
Oiii , tna haine suffit pour me les révéler.
Son fier ressentiment n'est que trop légitime; Mais tout mon cœur firémit au nom de la victime ; De quel droit , poursuivant un héros malheureux , D'implacables Romains. - *
PROCULÉIUS
Il s'est armé contre eux.