CHAPITRE IV
LA LUMIÈRE
Caractères de la lumière solaire. — La lumière est intimement liée à la chaleur; on a cherché à les isoler pour déterminer l'influence de la lumière seule sur l'organisme animal, mais ces recherches n'ont pas abouti à de grands résultats. En physique et en chimie on décompose les rayons du soleil en rayons lumineux, rayons caloriques et rayons chimiques; on sait que la lumière émane des rayons jaunes, yerts et orange, la chaleur des rayons rouges, et l'action chimique des rayons bleus et yiolets; on sait aussi qu'au delà des derniers rayons violets visibles, on distingue encore des rayons chimiques invisibles que l'on nomme souvent actiniques (antitupiques de Marchand). On comprend que l'action des rayons lumineux dépend de leur intensité et de leur couleur; mais le moyen de mesurer l'intensité de la lumière n'est pas encore suffisamment connu. L'action chimique de la lumière directe du soleil atteint, d'après Schell, son maximum quotidien à midi; elle est le plus faible pendant les mois de décembre et de janvier, et pendant les mois de juillet et d'août elle atteint son plus haut degré ; elle diminue des tropiques vers les pôles.
La lumière du soleil est plus vive dans l'air dilaté et pur, sur les hauteurs, que dans l'air chargé de vapeurs. Outre la lumière du soleil, la surface de la terre jouit encore de la lumière que réfléchissent les nuages et dont les effets ne sont certainement pas identiques à ceux de la lumière du soleil.
LA LUMIÈRE
On connaît encore moins l'effet de la lumière de la lune et des étoiles que celui de la lumière du soleil.
Influence <1^ la lumière sur les plantes. — (Juant a I eliet de
la lumière sur les plantes, on a reconnu que les grains de chlorophylle se forment sous l'influence de la lumière, que les feuilles dégagent de l'oxygène, principalement pendant le jour, ce qui tient à la formation de substances organiques qui contiennent moins d'oxygène et plus d'acide carbonique , d'azote et d'hydrogène. Jusqu'à une ertain point on peut même dire que la formation des fleurs et des fruits est d'autant plus luxuriante que la lumière naturelle est plus intense; cependant la lumière ne doit pas être trop intense pour la plupart des plantes ; plusieurs même ne supportent pas la lumière directe du soleil et ne se développent qu'à l'ombre, tandis que d'autres subissent de grands changements suivant le degré et la nature de la lumière, à laquelle elles sont exposées. Dans certains points la lumière semble pouvoir être remplacée par la chaleur; dans d'autres, la chaleur sans la lumière ne suffit pas. Une expérience journalière nous le prouve. Toutes les feuilles se tournent du côté d'où vient la lumière, si elle ne vient que d'une certaine direction.
Effets de la lumière sur l'homme. — NoUS Ue Connaissons
presque rien de l'effet de la lumière et de ses différentes parties sur les animaux supérieurs et principalement sur l'homme ; les recherches à ce sujet sont même fort difficiles, parce que les effets de la lumière sont presque inséparables des effets de la chaleur, de l'humidité et de la composition atmosphérique ; aussi serait-il peut-être intéressant de rechercher quels sont les effets produits par le manque de lumière. Les médecins qui habitent des contrées où le soleil est obscurci pendant plusieurs mois par d'épais brouillards, et où il ne luit jamais qu'à travers un voile, ont souvent occasion de constater chez les nouveaux venus une espèce de mal du pays accompagné de tristesse, de manque d'énergie et d'ap-
petit, de troubles digestifs. Suivant le temps et les occupations du malade, ces troubles deviennent quelquefois intermittents et durent des années; certaines personnes ne peuvent même jamais s'acclimater. On songe involontairement au petit bohémien de Geibel, qui perd sa santé et sa gaîté dans le climat brumeux du Nord.
« Dieser Nebel driickt mich niedcr, Der die Sonne mir entfernt, Und die alten lust'gen Liedei' HaL'ich aile fast verlernt. »
(( Ce brouillard qui me sépare du soleil m'accable, et j'ai presque oublié tous mes gais refrains. »
A Londres, ces phénomènes , plutôt physiques que psychiques, sont aussi fréquents parmi les petits Savoyards, les ou- Yriers de la Forêt-Noire et les musiciens allemands, que parmi les Suisses. Le médecin observateur peut se convaincre que le manque de soleil est pour beaucoup dans ces souffrances ; souvent il constate que quelques semaines de beau temps les font disparaître, ou les atténuent, qu'cllesreparaissentavecle temps sombre et souvent augmentent ou diminuent avec la pureté du ciel; il n'est cependant pas possible d'en déduire aucune preuve concluante.
Plusieurs cas de fièvre intermittente se sont présentés chez des domestiques de grande maison , habitant des sous- sols avec de petites fenêtres, et où le soleil n'arrivait jamais et la lumière que très péniblement. Ces accès de lièvre, nullement dus à la malaria ordinaire, cédèrent à de fortes doses de quinine, mais plus lentement que dans un cas de fièvre intermittente ordinaire, et se renouvelèrent <à trois reprises chez l'un des domestiques, toujours quelques semaines après son retour de la campagne h la ville. Après que l'on eut agrandi sa fenêtre de manière à donner à la chambre un peu de soleil et beaucoup de clarté, la fièvre ne reparut plus. Dans un autre cas, un gonflement de la rate
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s'était formé et développé pendant les accès de fièvre. Un fait analogue fut constaté dans un des hôpitaux de Londres, sur deux malades qu'un traitement chirurgical retint au lit pendant des mois et que Ton avait logés dans une chambre sombre; les accès cessèrent après l'emploi de la quinine et ne reparurent plus après que l'on eut élargi les fenêtres.
Effet de la lumière sur les Bactéries. — Les recherches intéressantes de Downes et de Blunt sur l'effet de la lumière sur les Bactéries et d'autres organismes imparfaitement développés, ainsi que sur le Protoplasma, ont jeté un jour nouveau sur cette qaeiiioa {Proceedi?igs Royal Soc. Vol. 26 et 38. 1877 et 1878). Les expériences que ces savants ont faites en exposant la solution de Pasteur, de l'urine et des infusions de foin à l'influence de la lumière, puis en les privant de lumière, les ont amenés à conclure que la lumière est néfaste au développement des bactéries et des spores microscopiques qui se produisent au moment de la putréfaction ; ils ont trouvé que la lumière directe du soleil est plus puissante que la lumière ordinaire du jour ; que des germes déjà formés peuvent être détruits par la lumière du soleil et que ce sont les rayons acliniques du spectre qui semblent avoir l'influence la plus puissante. Downes et Blunt pensent que l'oxydation progressive du protoplasma de ces organismes se produit sous l'influence de la lumière et de l'oxygène et que, sous ce rapport, le protoplasma vivant de ces organismes inférieurs ne se distingue pas du protoplasma libre. '
Après ces observations on nepeut s'empêcher de penser que lorsque la lumière manque, tant en plein air que dans des appartements sombres, l'oxydation ne doit pas être aussi complète que sous l'influence de rayons lumineux puissants ; de même les spores et les organismes inférieurs doivent se développer plus facilement dans des lieux privés de lumière; peut-être aussi les oxydations ne se font-elles pas avec la même énergie dans l'organisme des animaux supérieurs; la
Weber. — Climatolliérapie. 4
nutrition et les échanges nutritifs se trouvent ainsi entravés, tandis qu'une lumière plus vive provoque sans doute une augmentation des échanges nutritifs (1). De plus anciennes recherches de Moleschott sur des batraciens prouvent que, dans les mêmes conditions de température, ces animaux dégagent infiniment plus d'acide carbonique lorsqu'ils sont exposés à la lumière, que dans l'obscurité, et que la quantité d'acide carbonique augmente en raison de l'intensité de la lumière. De plus anciennes expériences encore, faites par de W. F. -Edwards sur des grenouilles, l'amenèrent à conclure que l'influence de la lumière est nécessaire au développement des portions du corps qui caractérisent le type de l'espèce. Jubini a montré récemment que, même après l'extirpation des poumons, les batraciens dégagent encore plus d'acide carbonique sous l'influence de la lumière, qu'en dehors de son influence.
Burée de l'inauence solaire. — En examinant l'effet de la lumière sur diverses localités, il est important aussi d'observer pendant combien de temps ces régions jouissent du soleil pendant les différentes saisons.
Il est évident que dans les degrés de latitude élevés, on jouit plus longtemps en été de la clarté du soleil que dans les régions plus rapprochées de l'équateur,, et qu'en hiver le contraire a lieu. En hiver, par exemple, le malade jouit, durant quelques heures de plus, du jour et du soleil, dans le centre et le sud de l'Italie, que sous le 54"" ou le SS*" degré de latitude. Ce point est également à considérer dans les vallées où le soleil se trouve intercepté par les montagnes pendant une partie de la journée.
(1) D'après une communication de Tyndall {Proc. Roy. Soc, voL 38. 1878), il semble que les résultats publiés par Downes et Blunt n'ont pas toujours été obtenus par l'effet seul de la lumière.