RÉTRÉCISSEMENT DE L'INTESTIN
aussitôt un écoulement de matières fécales par la plaie : un anus contre nature s'était produit.
Je vis tout de suite qu'il ne s'agissait pas d'un anus contre nature ordinaire. En effet, vous savez que la plupart du temps les anus contre nature, que nous observons, sont consécutifs à l'étranglement d'une hernie intestinale. Ordinairement il se fait un sphacèle des parois de l'intestin, et les matières s'épanchent au dehors. Tantôt encore c'est le chirurgien qui, redoutant de plonger dans l'abdomen une anse herniaire prête à se rompre et à demi gangrenée, la fixe à la peau et ouvre largement l'intestin pour permettre lïssue des matières. Mais ici le canal inguinal était parfaitement libre ; et la lésion siégeait plus haut dans la fosse iliaque gauche. En second lieu, je ne trouvais pas cette sorte d'exubérance de la muqueuse intestinale à travers les lèvres de la plaie, comme on voit dans presque tous les cas d'anus contre nature, comme nous le constatons en ce moment même chez cette jeune fille de la salle Saint- Charles, à qui j'ai pratiqué cette opération il y a un mois. Chez elle, il y aune sorte de prolapsus de lamuqueuse, laquelle se décolle quelquefois sur une assez longue étendue.
On n'arrive dans l'intestin qu'après un trajet assez long et très tortueux. Il y avait même deux trajets qui semblaient à peu près parallèles. Je vous avouerai, Messieurs, que l'existence de ces deux perforations a failli m'induire en erreur. Je croyais que nous avions affaire à deux orifices intestinaux, répondant, l'un au bout supérieur, l'autre au bout inférieur, et j'essayai de guérir ce malade en faisant appliquer, au-devant de son orifice pseudo-anal, une sorte d'opercule en gutta-percha pour faire refluer les matières du bout supérieur dans le bout inférieur. Mais il éprouva de telles douleurs que je dus renoncer à cet essai de traitement.