‹ Clinique chirurgicale (volume 3)Chapitre 23 sur 46 · IV. Ô · texte numérisé non relu

IV. Ô

contrées peu connues, afin de conserver la santé des personnes non encore acclimatées.

À notre passage à Wilna, en allant en Russie, la plupart des conscrits de la Jeune-Garde ayant fait usage, même sans excès, de l’eau-de-vie du pays (schraps ), périrent en quelques heures, et avec des phénomènes parfaitement semblables à ceux que nous avons observés chez nos soldats de l’armée d'Espagne à Madrid. Nous apprimes plus tard que cette eau-de-vie était extraite d'une espèce de froment, à laquelle ou ajoutait ensuite diverses plantes de la classe des solanées , surtout des pimens de différentes sortes. La mort de ces sujets, que J'ai vus périr sous mes yeux en pleine campagne et sans pouvoir leur porter dès secours efficaces, était annoncée par la perte des mouvemens musculai-

. . , . e res, des. vertiges, de l’assoupissement, l’injec-

tion des conjonctives et la dilatation des pupilles. Ces individus s'accroupissaient et tombaient sur le ventre ou sur le visage dans les fossés, même sur les chemins, où ils périssaient presqu’im— médiatement. Plusieurs.ont présenté des taches gangreneuses aux pieds et aux jambes.

En réfléchissant aux accidens funestes qui avaient été produits par l'usage que nos militaires dvaient fait de ces boissons sophistiquées, äccidens qui ne pouvaient dépendre que des

INTRODUITES DANS L'FSTOMAC. 115 principes délétères des plantes narcotiques qu’on y avait introduites, nous nous étions promis de nous livrer, lorsque l’occasion s'en présenterait, à des recherches et à quelques expériences sur ce sujet. En 1324, ayant pu nous procurer une certaine dose de curare, poison extrêmement actif employé par les sauvages, et dont les principes vénéneux ne peuvent être également dus qu’à une combinaison intime et particulière de ces mêmes plantes, ou de substances ayant des qualités analogues, nous fimes chez M. Pelletier, avec ce poison que ce chimiste à analysé, les expériences suivantes :

Première expérience.

Une incision d’un centimètre d’étendue environ fut pratiquée à la peau du côté interne de la cuisse gauche d’un jeune chien de la race des mâtins. Dans cette incision, qui fut faite sur le trajet des vaisseaux fémoraux , mais avec l’attention de ne point les blesser, les tégumens et le tissu cellulaire furent en effet seuls intéréssés; il n’y eut point de sang répandu, l'animal ne ‘poussa pas le moindre cri. Quelques secondes après , on introduisit dans cette plaie environ un quart de grain de curare délayé dans quantité suffisante d’eau distillée; 6n en rapprocha les bords ét on les maintint dans cet étatau moyen

116 SUBSTANCES VÉNÉNEUSES VÉGETALES

d’un emplâtre agglutinatif. Immédiatement après cette opération, nous mimes l'animal en liberté. À peine fut-il déposé sur la terre, qu'il jeta des cris plaintifs, lesquels s’apaisèrent graduellement. et furent suivis de mouvemens convul- sifs dans la patte antérieure du côté de la blessure. À ces mouvemens, qui durerent quelques secondes, en succédèrent d’autres dans tout le train postérieur. L'animal essaya de se relever en se cramponnant sur ses pattes antérieures, eten appuyant son museau sur la terre, où il cherchait à l'enfoncer. Dans cet état, les yeux exécutaient des mouvemens désordonnés, la respiration devint laborieuse, le ventre se ballonna, et l'animal tomba peu d’instans après sur le côté de la blessure. De légers mouvemens convulsifs irréguliers eurent encore lieu aux quatre membres, et il survint une émission de salive écumeuse et l’expulsion involontaire des excrémens. Le pouls s'affablit, devint intermittent; la respiration ne se fitsentir qu'avec peine ; il y eut quelques mouvemens de trismus à la mâchoire, et l’animal expira les lèvres rétractées, les paupières écartées , les pupilles dilatées et sans convulsion, à la treizième minute de l’ex- | périence. ; Après une heure d'attente, nous procédämes à l’autopsie : le corps était presque froid, les

INTRODUITES DANS L'ESTOMAC. 117 membres souples et le bas-ventre légèrement ballonné. SAIT ET EDS

Le crâne ayant été coupé circulairement et séparé de sa base, nous avons trouvé les vaisseaux de la dure-mère et de la pie-mére injectés d'un sang noir et liquide, et le cerveau affaissé sur lui-même; Ja blancheur de la substance médullaire nous à paru plus terne que dans létat naturel; ces substances avaient aussi acquis une densité anormale. Nous avons trouvé de la sérosité dans les ventricules latéraux ; il y en avait environ une once et demie sous le cervelet et dans le canal rachidien. Rien de particulier n'existait dans les autres parties de la tête.

Les poumons étaient affaissés, réduits à un très petit volume, et d'un rose pâle. Les fibres charnues du cœur étaientégalement pâleset d’une consistance molle ; un sang noir, presque: coagulé et d'un aspect oléagineux, remplissait les oreïllettes et Les ventricules de cet organe. |

L'estomac et les intestins étaient considérablement distendus , autant par des gaz que par les matières alimentaires lactées que l'animal avait prises dès le même jour. Les vaisseaux du mésentère étaient injectés de sang noirâtre; le foie, la rate et les autres viscères de l’abdomen n'offraient rien de particulier. pe

Nous n'avons rien observé non plus de pa-

thologique dans la région iliaque du côté de la blessure ; le tronc du nerf crural nous a paru seulement un peu plus terne que celui du côté

opposé.

Deuxième expérience.

* Le r9gaoût 1825, un grain de curare, apporté de lAmérique méridionale par M. Molhen , ayant été délayé dans une petite quantité d’eau distillée, fut introduit dans la cuisse gauche d’un jeune lapin de moyenne grosseur, de la même manière et avec les mêmes précautions que chez animal de la première expérience. Encore l’emplâtre agglutinatif au moyen duquel on avait réuni la petite plaie, s'étant détaché immédiatement après avoir mis le lapin en liberté, sans doute une grande partie du liquide vénéneux se sera perdue. Aussi l'influence de la portion qui

1 était restée ne s'est-elle manifestée que quatre

minutes après l'opération, par les phénomènes suivans : l'animal abaisse la tête et les-oreilles , et appuie son menton sur la terre ; les paupières s’écartent, les pupilles se dilatent; quelques mouvemens convulsifs surviennent, et à la cimquième minute l'animal tombe sur le côté.de la blessure. Les mouvemens convulsifs s'étendent alors de la région cervicale à celle coccygienne; ceux qui ont lieu à la région dorsale augmen-

tent, mais laissent des intermissions de plusieurs secondés. La respiration est haletante; les yeux paraissent sortir de leur orbite; l’écartement des paupieres et des pupilles se trouve porté au plus haut degré à la dixième minute. Enfin, après une contraction très forte des muscles dorsaux ’ accompagnée d’extension aux trois pattes non blessées (celle de la blessure nous a paru être paralysée des le premier moment), tous les signes de la vie de relation avaient cessé, tandis que le cœur donnait des pulsations qui furent graduellementen diminitant jusqu’à la treizième minute.

Le corps de ce lapin a été ouvert environ.

une heure après sa mort. Il était froid, et les trois. pattes non blessées un peu raides; la quatrième était lache, flétrie et noire. L’ouver+ ture du ventre laissa voir les intestins légèrement boursouflés, noirs et gangreneux; lesto+ mac, d’une teinte noirâtre ; était rempli de matières herbacées ; sa surface muqueuse n’offrait rien de particulier. Le foie et la rate étaient dans leur! état normal; le cœur était rétréei ;'et le peu de sang qu’il contenait était coagulé ‘et de couleur brune ; les poumons, d’un rose pâle, étaient affaissés ei réduits à un très petit volume. Le cerveau , le cervelet et la moelle épiniere nous ont paru être dans l'état sain; seulement

120 SUBSTANCES VENÉNEUSES VÉGÉTALES

leurs substances étaient légèrement endurcies, La plaie de la cuisse était sèche, et n’a rien offert de remarquable.

Troisième expérience.

Un grain du même curare, délayé dans environ un gros d’eau distillée, fut introduit également dans une incision faite aux tégumens de la cuisse gauche d’un deuxième lapin ‘du même âge, et maintenu, pendant une minute, dans l'intérieur de cette petite plaie ,au moyen des deux doigts qui en fixèrent les bords en contact. À la soixantième seconde, l'animal jette deux ou trois cris, entre dans les convulsions et tombe sur le côté blessé. Les yeux deviennent exubérans ; les pupilles se dilatent considérablement. Quelques contractions se manifestent encore aux muscles dorsaux et aux trois pattes non blessées ; et à la deuxième minute, tous les signes de la vie de relation cessent tout à coup. L'animal n’était cependant pas. tout à fait mort, car le cœur donna encore de légers battemens pendant vingt - ni à trente secondes. |

Le corps de cet animal, qui a été ouvert une demi-heure après sa mort, nous a présenté les pattes dans un état de raideur, à l'exception de celle blessée. Les intestins avaient une teinte

INTRODUITES DANS L'ESTOMAC. 121 moinsinoirätre que ceux du premier lapin; les autres viscéres abdominaux n'offrirent rien de pathologique. Les poumons, d’un rose pâle, étaient affaissés et réduits à un très petit volume, Du reste, nous avons trouvé chez presque tous les animaux soumis à nos expériences, | ainsi que dans les cadavres des individus morts des effets d’un poison naréotique, les poumons parsemiés , comme les intestins ; de taches gangreneuses. Le ventricule droit du cœur était distendu par du sang noir et coagule, et le tissu de cet organe nous a paru ramohi. Le cerveau, le cervelet et la moelle épiniere étaient un: peu plus : denses que dans l’état normal, et tous les vaisseaux étaient injectés de sang noïirâtre.

‘7 Quatrième expérience.

Un: troisième lapin de la même portée: a été soumis à la même expérience ; mais on n’a point maintenu le poison dans la plaie , comme chez lé précédent. On s’est contenté de l’enveléppér d’un emplâtre de sparadrap de diachylum, qui a laissé écouler une partie de liquide vénéneux, ayant cette fois pour base un grain de curaré, apporté des Indes orientales par Bonpland.

Aussi les accidens ne se sont déclarés que trois ou quaire minutes après l'opération; ils ont

122 SUPSTANCES VÉNÉNEUSES VÉGÉTALES

suivi là même marche, et ont offert les mêmes phénomènes que chez les autres lapins. Ce dernier est mort à la huitiéeme minute; Are n'en a pas été faite.

Pour terminer nos A sur les effets, dans l'économie vivante, des substances narcotiques vénéneuses mises en usage, par cerlains peuples sauvages du nouveau et de l’ancien continent, comme un moyen destructeur , nous al- Jons rendre compte des dernières expériences que. nous avons encore faites, de concert avec MM. Pelletier et Petroz, sur quelques-animaux, avec la substance qui recouvre les flèches empoisonnées de l'Amérique du Sud, la FN nine et l’acétate de morphine.

Les naturalistes savent que le curare, dont nous nous sommes. déjà servis, est fourni par le suc d’un arbre qui paraît avoir beaucoup de rapport avec le mancenillier ; mais l’on verra,, par les expériences suivantes , qué la substance qui recouvre les flèches à sarbacane desquelles nous l'avons. extraite diffère du.curare, et qu’elle appartient sans doute au suc d'un autre arbre; c'est probablement ce miel brülant dont les insulaires de l'ile Macassar se servent pour tremper ces flèches.

Cinquième expérience.

Nous avons introduit, dans le tissu cellulaire d'un jeune chien de la race des barbets, au moyen d’une incision ménagée , faite à la peau de la partie interne de la cuisse de cet animal, un ‘grain épuré de la substance prise sur ces flèches. Deux minutes après, sans manifester de douleur locale , l'animal montre de l'inquiétude et recherche les lieux obscurs : lorsqu'on l'en détournait pour le présenter à la lumière vive, il baissait la tête et se précipitait de nouveau dans l'obscurité. Nous nous aperçüines en effet que ses pupilles s'étaient considérablement di- Jatées. Bientôt après, il est pris de vomissemens et de déjections alvines ; la démarche est chancelante; les yeux deviennent saillans ét éprouvent des mouvemens fréquens de rotation ; les efforts des vomissemens se rapprochent; les matières: rendues par la gueule sont blanchâtres, visqueuses; celles alvines, de couleur foncée; des contractions forcées font tomber l’animal sur lui-même; il est frappé d’horripilations, et 1l meurt à Ja huitième minute dans ün état de choléra-morbus (1).

: { (1) D’après ce que nous avons appris-et vu par nousmême chez les individus frappés du choléra indien; nous

Le corps de cet animal fut ouvert en ma présence, vingt heures après sa mort, par M. Miquel jeune, médecin de la Charité. La plaie de linoculation né nous offrit aucune trace de la substance que nous y avions déposée, ni aucun signe .d'inflammation. Après avoir ouvert le ventre, nous trouvames l'estomac vide de matières., réduit à un très petit volume et crispé sur lui-même. La tunique muqueuse était ridée dans toute son étendue et de couleur grisâtre ; celle qui entourait l'orifice cardiaque, très resserré, était parsemée de quelques plaques rouges; mais une chose remarquable, c'était une saillie d'un demi-pouce environ que formait, dans la cavité de l'estomac, le rebord pylorique ou la tunique muqueuse de l’orifice du duodénum; plusieurs autres invaginations s’observaient dans l'intestin grêle, sans aucune trace: d’inflammation; elle paraissait :s’ètre. concentrée dans là membrane muqueuse de l'intestin rectum; la vessie était vide et rétractée sur ellemême. t #é . OVEUT

Les ventricules du cœur: étaient remplis-par des caillots de sang assez fermes:et de couleur

pensons que celui que nous avons déterminé chez les animaux avec le poison des flèches des Garaïbes.présente la.

plus grande identité avec ce premier.

INTRODUITES DANS L'ESTOMAC. 125 noirâtre; ces -concrétions se prolongeaient du côté droit dans le tronc de l'artère pulmonaire; les troncs ,et les principales branches du système veineux étaient également remplis de sang noir et coagulé. Les poumons n’ont rien offert de remarquable. Les substances de l’encéphale paraissaient avoir acquis de la consistance; la médullaire était de couleur terne et les ventricules du cerveau dépourvus de sérosité.

Sixième expérience.

| Un deuxième animal, du même âge et de la même espèce, ayant été soumis à la même expérience, nous a présenté, pendant l'effet du poison, les mêmes symptômes, et il est mort à la quatorzième minute. Sôn autopsie nous a offert les mêmes phénomènes ; seulement l’invagi-

nation ou la saillie du pylore dans l'estomac était plus considérable que chez le premier.

.. Septième expérience.

Pour connaître les effets de la strychnine, nous en avons déposé environ un grain dans le tissu cellulaire dé la cuisse d’un troisième jeune chien, de la race des premiers. Au bout de quelques minutes, il a éprouvé des secousses à la patte blessée, auxquelles ont bientôt succédé des mouvemens convulsifs dans tous les mem-

126 SUBSTANCGES VÉNÉNEUSES VÉGÉTALES w bres, de légers cris plaintifs avec flexion forcée de la tête et du tronc; des mouvemens désordonnés et de tournoiement de lanimal qui tombe du côté blessé ; les contractions augmentent, et il meurt à la onzième minute dans un état d'emprosthotonos.

À l’autopsie de l'animal, faite quelques heures après sa mort, on n’a point trouvé de lésion aux organes de la vie intérieure; maïs les vaisseaux des membranes cérébrales étaient injectés d’un sang noir et liquide; les substapces du cerveau étaient plus fermes que dans l’état normal, et ses ventricules étaient pleins de sérosité rougeätre : la moelle épinière était enflammée.

Enfin, pour compléter nos expériences, nous avons voulu faire avaler, à des animaux de la même classe et du même âge ou:à peu près, une quantité donnée du même poison des flèches.

Huitième expérience.

Quatre grains de cette substance, dissoute dans l’eau distillée, que nous avons fait entrer dans lPestomac d’un chien barbet, de trois à quatre mois, n'ont eu d'effet sensible qu'à la soixante - cinquième minute. À cette époque, l'animal à paru entrer dans un état d’anxiété, et il a fait quelques efforts pour vomir: des vomissemens de matières blanchâtres ont lieu en

effet peu de momens après; mais les pupilles ne . sont point dilatées, comme aux animaux chez qui cette même substance avait été déposée dans le tissu celluläiré sous-cutané, et il n'y a pas eu non plus de déjections alvines. Les vomissemens se calmeñt promptement: l’animal reprend son allure naturelle; et apres quelques minutes, il nous a paru être rentré dans son état de santé primitive.

INeuvième expérience.

N'ayant obtenu, avec les quatre grains de ce poison, aucun résultat funeste, nous en avons fait avaler huit grains à un autre animal qui, comme le précédent, avait été soumis à une diète de vingt-quatre heures. Au bout. de dix minutes, des vomissemens de la même nature se déclarent; l’animal s’agite et marche en sens divers; mais, après cinq à six minutes, tous ces symptômes se calment, et cet animal rentre en peu de temps dans son premier état de santé.

Dixièeme expérience.

Pour connaître les effets de l’acétate de morphine absorbé par les voies celluleuses et préconisé dans ces derniers temps, en l'introduisant dans des solutions de continuité, telles que plaies, ulcères ou cautères, nous avons fait l’es-

« . . En, ÿe sai Suivant sur un homme de cinquante® cinq

ans, atteint d'engorgement squirrheux au pylore. :

Dans l'intention de lui procurer du sommeil qu’on ne pouvait déterminer par les opiacés introduits dans les voies digestives, le malade ne pouvant les supporter à:la plus petite dose, nous introduisimes un quart de grain de ce sel narcotique dans un cautère que nous avions établi au bras gauche de ce malade. Après avoir produit quelques quarts d'heure d’un sommeil pénible pendant la nuit de cette inoculation,, il survint, vers les six heures du matin, des angoisses, des douleurs dans les membres avec

+ È a ; 5 : à pandiculations, des frissons irréguliers, de

l'anxiété et une douleur sourde à la tête avec pésanteur. Ces symptômes ne furent dissipés qu’après l'usage de boissons ‘douces et mucilagineuses, tandis que quatre grains de la même substance que nous avons fait avaler à un jéune chien, étant à jeun, n’ont produit d’autres symptômes que du malaise, de légers vomisse:

mens et quelques iremblemens dans les mèm-

bres. Peu de minutes aprés, l'animal était rentré

dans son état normal, et il a mangé avec avidité un morceau de pain/qu’on lui a offert.

On peut conclure de toutes ces expériences, 1°. que les substances vénéneuses végétales, combinées avec celles alcooliques, prises

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intérieurement, portent de préférence leurs principaux effets délétères sur le système. nerveux, et sont transportées avec rapidité jusqu’au cerveau et à la moelle épinière ; ou bien, si elles sont absorbées par les vaisseaux sanguins, qu’elles en altérent le fluide qui les parcourt et qu’elles sont transmises avec lui dans toutes les parties du corps, dont elles affaiblissent ou neutralisent la vitalité, et de manière à agir avec une plus ou moins grande intensité, selon le calibre de ces mêmes vaisseaux; 2°. que ces mêmes substances vénéneuses, déposées dans le tissu cellulaire de l’animal, produisent des effets bien plus graves, et dans une quantité bien moindre que lorsqu'elles sont avalées dans une plus grande quantité; ce qui doit tenir les médecins, pour l'emploi de ces substances par la voie de l'absorption sous-cutanée, dans une grande ,circonspection. Nous pensons que les substances minérales sont absorbées dans les mêmes proportions que celles dont nous venons de parler, et qu’elles portent principalement leurs effets sur les organes avec lesquels chacune de ces substances minérales a plus ou moins d'affinité: ainsi l’émétique, déposé dans le tissu cellulaire ou absorbé par les pores de la peau, concentre sa propriété sumulante sur la tunique musculeuse de l'estomac. La potasse caustique dépo-

IV, à 9

sée et le nitrate de mercure, absorbés en plus où moins grande quantité dans le tissu dermique, portent leurs effets sur les tissus séreux et muqueux, de manière à y faire développer une phlegmasie latente, qui est accompagnée promptement de dissolution dans les tissus, etc.; 30. qu'il serait bien difficile, pour ne pas dire impossible, quelque promptitude que lon mit dans le pansement d’une plaie faite par une flèche emipoisonnée, d'empêcher ou de détruire ses ‘effets vénéneux. Néanmoins, après avoir extrait la flèche, comme nous l'avons indiqué dans les généralités des plaies (voyez le tome I”. de cette Clinique), et avoir débridé la-;solution de continuité, l’on doit y appliquer une ventouse pour absorber, avec le sang extravasé dans les parties, les principes vénéneux qui n'auraient pas encore pénétré dans l'organisme intérieur. Après avoir appliqué ces. ventouses, l’on doït laver et panser les solutions de continuité avec des compresses trempées .dans, de l’eau sursaturée de muriate de soude. On prescrit à l'individu blessé des lavemens avec la même dissolution, mais plus faible, et l’on peut faire prendre, selon nous, avec le même avantage, au malade des boissons aromatiques animées de très petites doses d’alcali volatil.

On pourrait Joindre, à cette médication que

| INTRODUITES DANS L'ESTOMAC. 131 nous avons mise en usage contre la rage, des embrocations d'huile de camomille camphrée sur toute lhabitude du corps, embrocations

qü'on ferait précéder de bains tièdes alcalins. La nécroscopie des sujets qui sont morts dans une ivresse causée par des liqueurs alcooliques (Feau-de-vie des cabarets, par exemple) nous a fait voir des résultats analogues à ceux que nous avons observés dans ies animaux empoisoñnés par les substances végétales dont nous avons parlé. Cela nous porte à croire qu’on fait entrer das ces liqueurs alcooliques des plantes narcotiques dont les principes ont sans doute beaucoup d’analogie avec ceux qui composeiit les plantes à l’aide desquelles les sauvages pré: pärent leurs poisons. Déjà, nous avons. signalé ces substances comme faisant partie de Peau:

de-vie d'Égypte, qui avait déterminé, chez un grand nombre de nos soldats, l'atrophie dés organes générateurs et une asthénie trés prononcée dans tout lé système nerveux de ces mêmes sujets.-Lors de notre ‘première campagne d'Espagne, l'usage immodéré que beaucoup de nos militaires avaient fait du vin des cabarets, dans la capitale de cette contrée, a produit, ainsi que nous l'avons rapporté au commencement de ce mémoire, des résultats analogues. Pendant notre campagne de Russie, les soldats de la

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192 SUBSTANCES VÉNÉNEUSES VÉGÉTALES Jeune-Garde impériale, qui avaient fait usage du schnaps, eau-de-vie du pays, périrent pour la plupart avec une, promptitude ‘extrême, comme s'ils avaient été empoisonnés par des substances narcotiques, présentant caprès leur mort le factes et les extrémités: bleuâtres. Or, dans toutes ces circonstances, et bien que nous ayons parlé d'objets différens, comme’s’il ne se füt agi que d’une substance ou d’un principe unique, on à pu voir cependant que les effets qui se manifestèrent se portérent tous successivement sur les nerfs encéphaliques. Mais pour donner encore une nouvelle force aux assertions que nous avons émises, nous allons ajouter aux observations que nous avons recueillies en Égypte, en Espagne et en Russie, deux faits qui se sont, passés sous nos yeux à Paris.

Deux soldats du 7°. régiment de la Garde royale (1°. régiment suisse), de l’âge de vingtcinq à vingt-six ans et d’une constitution robuste, burent ensemble, le 25 décembre 1825, dans un: cabaret voisin de la caserne de Cour: bevoie environ quatrelitres d’eau-de:vie (deux litres chacun), et dans l’espace de ‘deux heures: Ils sortent en chancelant du cabaret et'arrivent avec peine, s'appuyant l’un sur l'autre, à leur caserné, où l’un deux, le plus jeune (Gharrière), tombe dans un état complet de stupeur et meurt

INTRODUITES | DANS L'ESTOMAC. 153 quelques quarts d'heure après, avec tous les signes d’une profonde ivresse.

Le deuxième, plus robuste, résiste aux premiers effets de cette ivresse ,:et après avoir recu quelques. secours à la caserne, est envoyé dans notre hôpital, où il entra le 27 du même mois 1325. Ce militaire se soutenait à peine; sa voix était faible et entrecoupée; il n'y avait point d’aberration mentale, et il répondait assez exactement, à toutes les questions qu'on lui faisait. Il nous a parlé de son camarade qu'il avait vu mourir avec indifférence. La vue était atffaiblie et les pupilles trés dilatées et sans mouvement, comme si l’on eût appliqué sur les yeux du suc de belladone. Le malade était presqu’insensible aux odeurs les plus fortes, telles que l’ammoniaque liquide. L'ouie nous a paru intacte. La sensibilité de la peau était presqu'entièrement éteinte, surtout de la peau qui recouvre les extrémités, quon pinçait et sur laquelle on appliquait impunément le feu. Les battemens du cœur étaient très petits, mais précipités, et le pouls donnait environ quatre-vingt-dix pulsations par minute. Les extrémités étaient froides comme la glace, et le membre supérieur du‘côté droit déjà frappé de sphacèle dans les deux tiers de son étendue. La langue n'offrait rien de particulier ; le ventre était un peu ballonné et dou-

loureux vers l'épigastre. L’urine, qui coulait sans obstacle, était rare et de couleur brune.

On s’empressa de réchauffer Les membres et le bas-ventre du malade avec de huile de camomille camphréeet des flanelles très chaudes. On appliqua sur les côtés du rachis et à l'épigastre plusieurs ventouses mouchetées, auxquelles on fit succéder immédiatement l'application du cautere actuel à la base du crâne et sur les côtés de la colonne cervicale. Un moxa fut également posé à l’épigastre. Da lait alterné avec du bouillon de poulet et des lavemens légèrement salés furent prescrits.

Pendant les premières heures aui suivirent cette médication, on crut apercevoir une amélioration sensible, En effet, le pouls s'était un peu développé, la chaleur du corps et les bat: temens du cœur étaient plus sensibles’et le malade se disait mieux; mais , dès le lendemaini, la prostratiôn devint extrême, et tous les signes de l’action vitale s’éteignirent rapidement et simultanément. Enfin la mort términa ce reste d’exis: tence le,29 du même mois, à quatre heures de l'après-midi. Avant l'extinction totale du sujet, le sphacèle du membre droit s’étendait jusqu’à l'épaule; et une teinte noirâtre s'était déjà manifestée aux deux pieds et à la main gauche.

L'ouverture du cadavre fut faite vingt-quatre

beures après. Nous tronuvämes les vaisseaux de la dure-mère injectés et l’arachnoïde dans l'état normal. Une légère couche de coagulum gélatineux de couleur jaunâtre s'observait seulement sur les bords saillans des hémisphères du. cerveau, près du.sinus longitudinal supérieur. La périphérie antérieure des lobes cérébraux n'offrait rien de pathologique. Les substances! corticale et médullaire avaient acquis une telle densité qu’elles cédaient difficilement à la pression du doigt, et tous les vaisseaux qui pénetrent dans ces substances étaient fortement injectés. Le cervelet, la moelle allongée et la moelle épinière participaient de cet endurcissement, et leurs vaisseaux étaient gorgés d'un sang noir et diffluent. Il y avait peu de sérosité dans les veutricules cérébraux; mais une certaine quantité de sérum sanguin était épanchée sous le cervelet et dans le canal rachidien.

Dans la poitrine, nous trouvâames les pou:

mons crépitans,; pales et contenant trés peu de mucus brouchique de couleur brune. Le poumon droit était d’un petit volume, ‘par: l'effet d’uneisaillie que la voûte du diaphragme faisait de son côté. Le péricarde contenait un peu dé sérosité roussâtre. Le cœurétait d’un tiers environ plus volumineux que dans l'état normal. Son tissu était ramolli et ses cavités rempiies'iie

sang noir coagulé. Une concrétion albumineuse jaunâtre s’observait dans le ventricule gauche, en fournissant un pédicule qui s'étendait jusqu’à la fin de la courbure de l'aorte.

Dans l'abdomen, nous trouvâmes les épiploons d’un rouge livide et parsemés de taches gangreneuses. Le foie était d’un volume considérable, de manière à dépasser le bord des fausses-côtes d'environ deux pouces et à faire uve saillie proportionnée sous le diaphragme dans la cavité droite de la poitrine, ou il avait refoulé le poumon. Son tissu friable était ramolli, et sa coupe profonde a laissé écouler un sang noir et teint des principes bilieux. La vésicule était pleine d’une bile très verte; la rate, dans l’état ordinaire ; les veines du bas-ventre étaient gorgées de sang noirâtre et liquide. L’estomac, vide d’alimens et dans un état de contraction ou de rétrécissement anormal, présentait tout au plus la grosseur de l'intestin duodénum. Sa tunique muqueuse était parsemée, vers le pylore, d’injections vasculaires en forme d’une arborisation. Le tube intestinal n’a offert aucune trace d’ulcérations d’inflammation réelle. Le jéjunum était distendu par des gaz d’une odeur fétide. La vessie contenait peu d'urine de couleur brune. Les reins n’ont rien offert de particulier.

Le plexus brachial et Les vaisseaux axillaires du membre sphacélé ayant été mis à nu par une dissection soignée , nous avons trouvé les nerfs plus ternes et de consistance plus molle que ceux du bras gauche. L’artère axillaire et humérale contenait une concrétion albumineuse dans toute leur étendue. Le sang des veines était également coagulé et carbonisé. D'ailleurs toutes les parties du membre étaient totalement gangrenées.

Sans doute il est difficile de donner l’explication de tous ces phénomènes et de déterminer au juste [a véritable cause de la mort de ces su- Jets. La solution de ce problème semblerait appartenir exclusivement à la physiologie : cependant nous essaierons de nous livrer à quelques raisonnemens, dont l'étude approfondie que nous avons faite plusieurs fois de la marche de ces maladies soporeuses nous à mis à même d’apprécier la justesse. Nous présenterons d’ailleurs nos explications comme autant de conjectures, afin que chacun puisse les donner à sa maniere.

Tout semble nous faire croire que les veines sanguines, qui forment le réseau le plus superficiel de la membrane muqueuse de l'estomac et des intestins, ont absorbé toute la partie la plus fluide et la plus alcoolique de Peau - de - vie introduite dans ces viscères, et avec elle les prin-

cipes volatils des substances étrangères qui avaient pu être dissoutes dans cette liqueur. Ces veines ont déposé presqu'au même instant ces principes alcooliques dans le ventricule droit du cœur , d’où ils ont passé rapidement dans: le poumon ; et sans être suffisamment neutralisées par l’air inspiré, ces mêmes molécules: ont été rapportées dans le ventricule gauche, et de là dans le cerveau et dans tous les organes de la vie générale; dés lors ces principes , très propres à absorber l’oxigène du sang, ont dü nécessairement altérer ses propriétés vitales et priver ainsi l’encéphale et les nerfs qui en émanent du stimulus galvanique indispensable à l’éxereice de nos fonctions et à l'entretien de la vie. |

D'après celte idée générale, il me semble donc qu'il est facile d'expliquer les phénomènes qui annoncent successivement ou simultanément l’altération et la cessation des fonctions de la vie nutritive et de celle de relation. Ainsi, nous avons, vu chez le dernier malade, dont nous avons rapporté l'observation , la respiration considérablement génée, la circulation très concentrée, la sensibilité animale presqu'éteinte, la vue, l’odorat et la parole tres affaiblis, tandis que cè sujet conservait encore l'intégrité de ses facultés mentales, qui ne se sont éteintes que lorsque la vie a totalément cessé.

Du reste, le premier effet de la liqueur excitante que ce militaire avait avalée en si grande quantité a été sans doute de crisper l'estomac, de le faire rétracter et de le réduire au très petit volume où nous l'avons trouvé; et certes , ici, tous les secours les mieux indiqués devaient être impuissans. |

Enfin, on peut encore déduire de ces expériences : 1°. qu’il faut employer, avec prudence et une précision exacte, toutes les substances qui contiennent des principes volatils plus où moins vénéneux, dont l’absorption se fait avec une grande activité, quand surtout on les dépose dans le derme ou dans le tissu cellulaire sous-cutané. Ainsi, nous avons vu résulter-les accidens les plus graves de lapplication sur la peau de doses immodérées de potasse caustique, soit pour établir des exutoires, soit pour attaquer des tumeurs ou pour l'ouverture des abcès symptomatiques: Les molécules de cette substance portent leur effet sur l’estomac qui s'irrite à des degrés: différens , selon la quantité qui en est absorbée et le rapprochement de cet organe des ‘points de la peau cautérisée , de sorte qu'il survient presqu'immédiatement -une gastrodyÿnie plus ou moins intense. Cette derniere affection est même devenue mortelle chez une personne de notre connaissance sur lhypocondre

gauche de laquelle on avait posé plusieurs trainées de potasse caustique pour établir des exutoires que semblait commander un commencement. d’hydropéricardie et d’hydrothorax (on ne put connaitre ni apprécier ces lésions organiques, l'ouverture du corps n'ayant pu être faite ); mais il est bien certain que du moment où ces applications furent pratiquées, les douleurs d'estomac se déclarèrent et furent en aug: mentant progressivement jusqu’au terme de Ja vie, malgré tous les moyens mis en usage pour ies calmer.

Dans les congestions séreuses des cavités, comme dans les engorgemens chroniques des viscères, nous employons de préférence et avec les plus grands avantages, le séton ou les moxas. Nous bornons exclusivement l'usage de la po:

tasse caustique à l'ouverture des abcès symptomatiques et nous prenons toutes les précautions nécessaires pour en circonscrire les effets à1 la paroi extérieure de l’abces et dans un: espace limité.. Par la même raison, nous ne faisons jamais usage. de l’emplâtre émétisé, car l'absorption du tartrite antimonié de potasse s'opère si promptement, chez les enfans surtout, que nous en avons vu plusieurs être atteints, presqu'immédiatement, après l'application de.ces emplâtres, de nausées et de vomissemens : de

légers vésicatoires , préparés avec les mouches cantharides passées à la vapeur de l’eau bouillante et avec parties égales de camphre pulvérise, qu’on pose sur une gaze trempée dans l'huile d'amandes douces, produisent des effets plus avantageux que ces emplätres, sans en avoir les inconvéniens. Ils ne déterminent aucune irritation sur les organes génito - urinaires.

2°, La méthode endermique qu’on préconise maintenant. nous paraît inutile et dangereuse. Elle est inutile en ce que l’on peut produire par de légers révulsifs, tels que les ventouses ou de trés petits moxas sans avoir besoin d'enlever lépiderme, la résolution d'une phlegmasie ou d'une névrose locale; car, selon nous, on fait assurément dissiper l'affection rhumatismale, pour laquelle on conseille cette méthode, autant par l'effet vésicant du moyen mis en usage pour entamer la peau, que par l'application, dans la plaie suppurante de ce vésicatoire, des substances rarcotiques propres à calmer les douleurs. Si ces substances y sont déposées en trop petite quantité, elles pourront en outre être totalement neutralisées par la matière purulente ou séreuse avec laquelle elles se combinent , et dans ce cas ce moyen sera évidemment inutile.

Mais il peut, au contraire, devenir dangereux lorsqu'on en a déposé une quantité suffisante pour passer dans le système général de l’individu, par l'absorption. Nous avons vu, par exemple, que deux ou trois grains de morphine déposés dans le tissu cellulaire sous-cutané tuaient l'animal en quelques minutes; et certes, ilen faudrait bien moins à l’homme sensible etirritable pour le faire périr. En résumé, nous pensons que cette méthode doit être proscrite de la pratique chirurgicale , aussi bien que l’iujection de toute espèce de substances ou de liquides particuliers dans lés vaisseaux, quoi qu’en aient dit plusieurs médecins célèbres de l'Allemagne ; car, dans tout état de choses , ilnous paraît inhumain de tenter de telles éxpériences sur l’homme vivant.

Les grands inconvéniens qui sont résultés, pour l'humanité et la société tout entière, de l'usage de la méthode dite antiphlogistique contre la syphilis nous ont engagé à faire de nouvelles recherches sur la nature de cette maladie, sur son mode de propagation et sur ses résultats chéz l'homme (1). Ces recherches et une expérience d'une quarantaine d'années nous ont mis à même de pouvoir faire; avec quelque certitude , le parallèle de. cette méthode avec celle que nous avons adoptéé au commence:

ment de ce siècle, à notre.retour d'Égypte, la-

(1) Nous avons la preuve, contre l’assertion de quelques auteurs, qu’elle peut exister et qu’elle existe chez les animaux ; nous en avons vu, en Égypteet en Europe, plusieurs espèces attaquées de cette maladie. Nous nous dispenserons d'entrer dans aucun détail-sur la manière d’agir des causes qüi l’ont produite, et sur les symptômes qui.la

? + caracterisent.

quelle a pour base le mercure, que nous administrons avec des modifications particulières. Unaperçu de ce traitement est inséré dans notre Clinique chirurgicale (tome IIL, p. 213); mais, avant de nous occuper de la thérapeutique de la syphilis, nous allons tracer ici succinctement les idées que nous nous sommes faites sur l'origine de cette maladie, sur son vrai caractère, autant qu'on peut l’apprécier ou l’analyser; sur ses divers symptômes, sa contagion, ses effets dans les différentes parties de léconomie, et sa terminaison.

°. Sans vouloirrapporterlesopinions diverses d’un grand nombre d'auteurs sur l’origine de la syphilis, nous sommes porté à croire que cette maladie, comme la variole, la lèpre’ et la peste, est originaire de l’ancien continent; car la tradition a fait dire aux Égyptiens que ce mal existait dans leur contrée long-temps avant la découverte du Nouveau-Monde; et il est probable que les habitans de l'Amérique ont reçu le germe de cette affection, si elle n’est même endémique dans ces climats chauds, par le passage. de quelques Africains d’un continent à Pautre. Si. le: Nouveau -Monde est resté inconnu à l’Europe jusqu’à la fin du XIVe: srècle, assurément il ne l'était pas des contrées

| DE LA SYPHILIS. 145 moins ‘éloignées. Quoi qu'il en soit, il est évident que la syphilis, comme la variole, a été importée en Europe; sans pouvoir assigner une époque fixe, il est probable, cependant, qu'avec la lèpre ce mal nous est veriu par les croisés, et cette communication s’est faite par le contact des individus qui en étaient primitivement affectés avec d’autres individus parfaitement sains. | |

Cette Notice n'ayant pour objet spécial que de fixèr l'attention des chirurgiens de l’armée sur le meilleur mode de traitement qu’ils'ont à mettre en usage, afin de guérir promptement et surement les militaires affectés du mal vénérien, nous nous dispenserons d'y insérer les opinions qu'un grand nombre d'auteurs ont émises sur l’origine de ce mal. Tous s'accordent néanmoins à dire que, depuis Moïse, qui en à donné une description presqu'exacte dans son Léritique , jusqu'à l’époque de la découverte de PAmérique par Christophe Colomb, la syphilis a'existé dans les deux anciens continens (1}. En effet, on trouve les traces de l'existence de cétté maladie, telle que nous la connaissons, dans les

(x) C’est à dire en Asie et en Afrique. |

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