‹ Clinique chirurgicale (volume 3)Chapitre 41 sur 46 · FR · texte numérisé non relu

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paux vaisseaux de cette région n’aient pas été lésés ; | , |

2°. À nous expliquer pourquoi ces blessures, lorsqu'elles n’entrainent pas la mort du sujet, sont aussi souvent accompagnées de fistules aériennes, et par conséquent de la perte de la VOIX ;

5°. À établir les préceptes qu’on doit suivre dans le traitement de ces plaies pour prévenir ces inconvéniens graves et assurer le succès du premier pansement.

La direction de ces plaies, chez les suicides, est toujours ou presque toujours dans une ligne transversale, et on le conçoit facilement si on considère la manière d'agir de la puissance qui conduit l'instrument vulnérant. Elles peuvent offrir une ou plusieurs divisions ou coupures, et chacune d’elles aura une étendue relative, et sera suivie d’accidens plus ou moins graves, selon la nature des parties lésées.

Il est rare que les sujets chez qui l’une des artères carotides primitives a été coupée survivent à leur blessure, à moins que, par des circonstances imprévues , l'ouverture de ces vaisseaux ne se ferme ou ne soit oblitérée. Nous. supposerons néanmoins que le sujeta survécu le laps de temps nécessaire pour mettre le chirurgien appelé à son secours a même de lui donner

ses soins. Dans ce cas, il faut d’abord se rendre maitre du cours du sang, en faisant exercer une compression au dessous et au dessus de l'ouverture de l'artère qu'on met à découvert par une incision parallèle à son axe, et avec la précaution d'éviter, autant que possible, la lésion des anses nerveuses qui recouvrent ce vaisseau. Or doit pratiquer deux ligatures, l’une au dessous de l’ouverture, et l’autre au dessus, parce que, sans cela, l'hémorrhagie se reproduirait:

Le chirurgien doit porter son attention à rechercher l'orifice de la veine jugulaire, presque toujours coupée dans toutes les plaies, pour en faire la ligature : celle-ci peut être pratiquée sur l'extrémité du vaisseau même: mais cette ligaturé'ést nécessairé, autant pour prévenir l’introduction de l'air dans la veine que pour arré ter l’effusion du sang. | |

Lorsqu'avec la trachée, ou le larynx: l'oœso: phage à été coupé dans une partie de son cali bre; il faut réunir les bords de la division’avec déux où plusiéurs points de sutii re du pelletier, c'est à dire/àx point'par dessus. Pour la pratiz qüer,on se sert d'une aiguille courbe; très fine, et'dé à forme de ‘celles à coudre, armée d’un cordonnét plat;"à deux brins dé fil dé couleur différente, * démanière à pouvoir Iles extraire commodément lorsque l’idhésion dés deux bords

PLAIES DE LA GORGE. 207 de cette division sera faite; on tire les deux fils en sens différent. On désaltère le blessé en lui faisant avaler les liquides rafraichissans mucila= gineux g soutte à goutte. |

Quelles que soient les parties lésées , en supposant toujours néanmoins qu 11 ya pénétration dans les voies aériennes, la première indication à remplir est de couper perpendiculairement les bords de Ia plaie, et dans les points les plus favorables, pour prévenir la rétroversion de ces bords en-dedans, cause principale du non-succès de la réunion de ces plaies et de la formation des fistules aériennes. Ce précepte rempli, et tous les vaisseaux coupés étant liés, on procède à cette réunion au moyen de la suture entrecoupée qu'on pratique avec la plus grande facilité; des bandelettes agglutinatives, qui complètent celte: réunion, protègént la suture. Un linge fenêtré posé sur toute la coupure, des gàtéeaux de charpie et un bandage propre à maintenir la tête fléchie sur la poitrine, terminent le pansement. Pendant que l'air s'échappe au dehors dela cavité du larynx, le sujet'est totaleniérnit privé de la voix et même de Ja parole; mais à peine ‘ès ouvértüres de communication avec ce canal sont-elles fermées, que cette faculté'est rétablie, | y

‘On lit avec une grande satisfaction dans les

ouvrages du docteur Bennati des réflexions fort curieuses sur le mécanisme de cette double fonction.

Cette indication remplie, le médecin doit porter son attention sur l'état du cerveau du blessé, quand, surtout, sa plaie est l'effet de sa propre volonté; car, pour arriver à ce résultat, cet organe, ou plutôt le cervelet doit être, avant l'accident, dans un état d’irritation érectile ou d’inflammation portée à des degrés relatifs à l'intensité des causes prédisposantes. Quelques faits que nous avons étudiés nous portent à croire que c'est principalement l’inflammation du cervelet et de la moelle allongée qui porte les sujets au suicide. Cet état pathologique, en émoussant, d'une part, la sensibilité animale à laquelle ces organes président, d’après l'opinion du célèbre Magendie, détermine, par l’irritation sympathique, une sorte d’exaltation dans les fonctions cérébrales, et cette exaltation est portée quelquefois jusqu’au délire. Dans cet état d’aberration, les puissances motrices, obéissent d'autant plus facilement à l'empire de la volonté, que la sensibilité, qui parait appartenir plus exclusivement au cervelet et au prolongement rachidien, est émoussée par l'effet de cette inflammation latente. L’une des observations que nous avons recueillies à l'Hôtel des Inva-

lides, et de laquelle nous allons rendre compte, semble faire vérifier nos assertions. S'il n’en était pas ainsi, il serait difficile d'expliquer comment ces individus pourraient se faire successivement un grand nombre de plaies plus ou moins profondes, avec la même force et la même persévérance.

Dans ce cas, il faut se hâter de poser de la glace sur la tête, et de saisir le premier instant où les moindres signes de pléthore sanguine se manifestent pour ouvrir la veine du bras ou du … pied, appliquer des ventouses scarifiées sur les côtés du rachis et aux régions dorsales, et faire succéder à ces saignées révulsives des cataplasmes sinapisés aux jambes.

On fera prendre au malade des boissons mucilagineuses acidulées à la glace, goutte par goutte, c'est à dire en trés petite quantité, et de manière à ce qu’elles s’absorbent dans la bouche, On plonge souvent le malade dans un demi-bain émollient à une température de 25 à 26 degrés, et.on lui fera prendre des lavemens de la même nature. À l’aide d’une telle médication , on peut faire dissiper l'affection cérébrale et assurer le succès du pansement,

Nous avons indiqué les moyens propres à prévenir la fistule aérienne; c’est le débridement perpendiculaire de la coupure avant d’en opérer

la réunion. Lorsqu'on n’a point pris cette précaution, les bords de cette plaie se renversent par l'effet retractile du derme et la contractilité des fibres motrices du peaucier coupées transversalement ; et quelque multipliés que soient les points de suture, ils se rompent, les bords de ces plaies s’écartent et contractent des adhérences avec les parties éloignées. Les ouvertures du larynx et de la trachée-artère restent béantes, et les fistules s’établissent. Ces insuccèés ont fait dire à la plupart des auteurs que la suture était inutile dans ce cas, et même nuisible; ils ne conseillent que les bandelettes agglutinatives et le bandage propre à fixer la tête fléchie sur la poitrine.

Mais dans le cas ou les fistules aériennes sont établies , quelle est la meilleure manière d’y re: médier ? C'est de rétablir la plaie dans son état primitif, lorsqu'elle a subi le débridement dont nous avons parlé, c'est à dire qu'il faut commencer par faire, avec le ménagement convenable, une double incision‘perpendiculaire qui part du trou fistuleux, et, par une dissection délicate, on détache à une ‘distance plus ou! moins éloignée les bords de cette incision de leurs adhérences’celluleuses et vasculaires ; on les rafraichit vers les points dé la cicatrice ,'on les ramène ensuite én devant pour les méttre dans un con-

FA

PLAIES, DE LA GORGE, 3oû tact immédiat, et on les y maintient au moyen de la suture entrecoupée ou enchevillée, selon le besoin. Il est facile de seconder ses effets par des bandelettes agglutinatives,quiont uneaction innmédiate et puissante sur les plaies longitudinales du cou. Un simple bandage contentifsuffit alorsipour assurer le succès de cette opération. Certes, il n y a pointde plaies fistuleuses qui ré: sistent à l'application de cette méthode.:.,:

. Nous, avons rendu compte à l’Académie des sciences d’un procédé plastique que M. Velpeau a MS, eu agé] avec succés dans un cas de cette nature; L'expérience doit noùs. apprendre st, dans'tous les! cas de fistules aériennes, ce pro cédé serait applicable, et s’il.offre: plus d'avantages que celui que nous venons de décrire.

Le sujet dela preniière observation, M: 1%", lieutenant invalide ;'âgé de soixante-quatre ans, était l’un des anciens sous-officiers des grenitdiers de la Garde impériale; il était de l'expédition d'Égypte et ilavait fait la plupart, des campagnes,d' Europe, Cet officier, d'un caractere gai, avait, contracté Ja mauvaise habitude de faire un usage abusif des liqueurs alcooliques. Après l’un de ses accès d'ivresse, 1l fut atteint de maux de tête violens avec des symptômes fébriles, et envoyé à l’infirmerie dans le département du médecin en chef. Apres y avoir passé

la nuit du 19 au 18 juin 1832, sans doute dans une grande agitation, il ferma les rideaux de son lit, et quelques instans avant la visite du baron Desgenettes, il se coupa la gorge à l’aide d’un petit couteau dont la lame n’avait pas plus de deux pouces de longueur. |

Le médecin le trouva lui-même étendu! au bord du lit, la tête renversée, et présentant une grande plaie au devant du cou, par où s’échappait du sang vermeil écumeux, avec un sifflement et tous les signes d’une suffocation prochaine. On l’enlève, et on le fait transporter dans la petite salle de la Valeur affectée aux blessés graves. Les matelas du lit de ce malheureux étaient traversés par le sang, ét sa chemise en était totalement imbibée. Je suis bientôt informé de.cet accident, et je m'empresse de’terminer ma visite pour lui administrer promptement les secours que son état demandait.

Mon premier soin fut de faire fermér ‘Ja plaie, qui ne fournissait plus du sang, mais laissait échapper l'air du canal aérien avec! une grande force et'un sifflement pénible à entendre. Cette manœuvre, que nous fimes faire avec toutes les précautions nécéssaires, parut suspendre le cours de la mort, qui aurait eu lieu sans doute peu de momens après, et mit le blessé dans Le cas de pouvoir proférer quelques

paroles. Pendant ce temps, je fis réchauffer toute Phabitude de son corps, et nous parvinmes à lui faire avaler quelques petites cuillerées de bon vin. L'appareil nécessaire au pansement fut également préparé, et après quelques quarts d'heure d'attente nous y procédâmes. La plaie située transversalement à la partie moyenne et supérieure du cou, un peu inclinée à droite, ayant environ trois pouces d’étendue, avait divisé les tégumens qui recouvrent le larynx, coupé toute la moitié gauche du cartilage thyroïde, la veine jugulaire droite, plusieurs branches artérielles, une partie du muscle sternomastoïdien droit, et l'artère carotide primitive avait été mise à découvert.

Cette plaie était entrecoupée par deux ou trois autres incisions parallèles, ce qui suppose l'action de plusieurs coups du même coutean.

Nous pratiquàämes d’abord une légère incision perpendiculaire aux deux bords de I plaié, etitandis qu’un aide bouchait l’ouverture du larynx avec là partie voisine des tégumens du cou que j'avais ramenés de très loin, nous pratiquâmés sur toute cette plaie six points de suture entrecoupée, et nous réunimes les deux divisions perpendiculaires au moyen de bandelettes aggelutinatives, à l’aide desquellés nous protégeñmes aussi les points de la suture.” Un

linge fenêtré trempé dans le baume du Pérou, des gâteaux de charpie, des compresses longuettes.et un bandage approprié terminèrent!le pansement. On. fixa la tête fléchie, sur.la poitrine, et l’on.mit lé blessé dans un nouveau lit. A,notre grande surprise, le pouls,''qui avait presqu’entièrement disparu, se. développa, , la chaleur se rétablit. aux. extrémités, les levres se couyrirent d’unétcouleur vérmerlle,-et enfin notre. vieillard, était complétement revenü à la vieique nous, avions, crue être sur le peint de s'éteindre. Il pouvait parler, mais à voix basse, et il avalait.tres bien:les. liquides.

. Nous prescrivimes. de l’eau de chiendent EL corée avec le sirop deguimauve et coupée avec du lait, des cataplasmes de moutarde aux jam bes et de la glace.sur la tête. Le calme-s’établit; et cetinfortuné.puit dormir d'un bon sommeil l'espace d’une heure. Nous. le trouvâmes ; à la visite, du soir, dans le meilleur, état possible: parlant très: facilement avec son ton :primitif; il n’y avait pas eu la moindre hémorrhagie, et l'appareil était: imtact. |

Mais... vers le milieu de la nuit, il jette des cris plaintfs, entre dans le délire, et s’agite péniblement. Le chirurgien de garde, appelé, lui fait. une large saignée du bras, et fait renouveler les sinapismes des pieds et la glace sur la tête.

U La fièvre et le délire n’en continuent pas moins, et à notre visite du matin nous trouvames cet invahde avec tous les signes d’une cérébrite profonde qui avait déjà produit le coma. Deux heures après, il avait expiré.

Nous.procédämes à l'ouverture de son cadavre, vingt-deux heures après sa mort. Elle nous donna pour résultat un engorgement considérable de tous les vaisseaux des méninges; l'arachnoïde était convertie, sur les lobes postérieurs du, cerveau, en une couenne blanchätre puriforme; les vaisseaux du cerveau étaient tres gorgés, et les ventricules remplis de sérosité rougeûtre; le cervelet et la moelle allongée étaient profondément enflammés , et: une assez grande quantité de fluide sanguinolent était épanchée à la base du crâne. Y'A TE Les organes des autres, cavités n'offraient rien d pathologique. ef | Nous ayons trouvé léntreil de la plaie Dis l’état où nous! l’avions laissé la veille ,tet ses bords avaient contracté une adhésion parfaite. Ii,est bren évident, d’après.cette. nécropsie, que l’iuflammation du cervelet et de la moelle allongée, dont les symptômes n'étaient pas équivoques,.et.qui était préparée par l'abus des. liqueurs alcooliques, a été la cause prédisposante de ce suicide. On peut attribuer avec la même IV. 20

confiance la perte de la sensibilité animale au peu d’innervation qui se faisait chez cet officier dans l'organe cutané : ét en effet si on en juge par le nombre de coupures qui s’observaient sur les bords de la même plaie, cet invalide s'était donné cinq ou six coups de couteau avec une grande indifférence ; aussi a-t-il supporté lopération longue et difficile que nous avons faite, sans donner le moindre signe de douleur. Ainsi les puissances motrices ont obéi à la volonté de l'individu pour lexécution de son projet, en même temps que là sensibilité de la vié de relation était en quelque sorte suspendue.

Peu de jours après, on conduisitdans les mêmes salles de fiévreux le nommé François C*“*, soldat invalide, âgé de cinquante-cinq ans, présentant tous les signes d’une fiévre cérébrale peu intense. Malgré l'emploi de divers moyens antiphlogistiques, le malade était toujours inquiet et mau- : rose. Après avoir donné aux infirmiers de la salle®les signes d’uné sorte d’aliénation, il s'échappa, le matin du 28 du même mois de juin, se réfugia dans le cabinet d’aisance de la cour voisine, et armé d’un petit couteau en tout semblable à celui dont l'officier s'était servi pour se suicider, il chercha à se couper les deux veines saphènes, par deux fortes incisions transversales qu’il se fit au dessus des malléoles in-

ternes. Ces plaies n'ayant pas produit l'effet désiré, il se plongea au milieu de la ligne blanche, et à un pouce au dessus de l’ombilie, le mêmecouteau. Enfin il-se porta plusieurs coups du même instrument à la gorge, et tomba baigné dans son sang. Un autre invalide, étant entré tout aussitôt dans le même lieu, avertit sur-le-champ de cet événement les infirmiers de la salle, qui transportèrent ce malheureux, presque mort, dans notre salle de la Valeur, au moment où je.-vevais de finir ma visite. Le déshabiller, le- coucher dans l’un des lits de la petite salle fut l’affaire de quelques minutes. Nous le vimes en effet décoloré, frappé d’un froid glacial, et presque sans pouls. La plaie, qui ne donnait plus de sang, occupait toute la région antérieure du cou; des mucosités sanguinolentes sortaient avec sifflement d’une ou plusieurs ouvertures que nous reconnümes exister au cartilage thyroïde. La veine jugulaire, et probablement plusieurs branches artérielles avaient été coupées, ainsi que la totalité du muscle sterno -mastoidien droit; l’artère carotide avait été également dénudée, comme chez le premier blessé.

‘état de faiblesse extrême ou de lipothymie où se trouvait cet infortuné nous fit suspendre toute opération, et je m'occupai d'abord de rétablir la chaleur et la cireulation générales. Tan-

dis que l'un de nos aides pansait les plaies des jambes et du bas-ventre, je fis boucher la plaie ou les plaies du larynx par un deuxième aide, qui ramenait la peau des parties éloignées du cou pour produire cette obturation, et l’on s'occupa eu même temps de la préparation de l'appareil nécessaire au pansement.

Nous fümes assez heureux pour rappeler cet homme à la vie, et le mettre en état de parler. Il témoigna le désir d'être pansé.

Nous commençämes par l'application du précepte indiqué plus haut, c ‘est à dire le débridement PÉÉRAEUNENr e de cette plaie transversale, que nous réunimes ensuite facilement au moyen de sept ou huit points de suture entrecoupée, dont on seconda les ‘effets à l’aide de bandelettes agglutinatives, avec lesquelles on réunit aussi les petites incisions perpendiculaires : un ap pareil conforme à celui du premier blessé compléta le pansement.

Une médication appropriée fut prescrite, et le blessé fut confié à la surveillance de Puu de nos chirurgiens de garde. Ce malade passa plusieurs heures dans un calme satisfaisant et sans nulle hémorrhagie : il est vrai qu'il avait perdu une très grande quantité de sang. Tout annonçait, à notre visite du soir, un mieux marqué, et nous avions conçu l’espérance de le sauver, car l'ap-

PLALES DE LÆ GORGE. 309:

pareil était intact, et 1l avalait facilement de l’eau de guimauve édulcorée à la glace; mais au milieu de la nuit, il est tout à coup, saisi par le délire avec exacerbation fébrile, qu'une saignée du bras, la glace sur la tête et Les dérivatifs. ne purent apaiser, et il mourut le lendemain dans un état de convulsion.

À l’autopsie du cadavre, faite vingt-quatre heu: res après, la mort, voici ce.qu’on découvrit : 1°. les méninges étaient inJectées et les substances du cerveau plus fermes que dans l’état normal; une rougeur très prononcée s'observait à la surface des lobes postérieurs du cerveau. et.des. ventricules étaient pleins de sérosité;. 20. le cervelet et Ja. pie-mère qui. le recouvre étaient fortement enflammés , et le centre de ses deux lobes vers la base du crâne .était déprimé, à deux, ou trois lignes. de profondeur, par deux tubercules osseux de forme conique, et.un peu. arrondis à leur sommet, qui naissaient des deux côtés antérieurs du trou, occipital; il y avait aussi un épanchement du fluide cérébro-spinal sous cet organe et dansle..canal rachidien; 3°. le cœur était tres volumineux et ses cavités presque vides desang; les poumons étaient sains, mais réduits de leur volume naturel; 4°. l’estomac.était crispé.surluimême et ne, contenait que:très peu des boissons que le blessé avait prises avant de mourir;unpeu

de sang congulé était épanché entre ce viscère et le mésocolon, provenant sans doute de la plaie de la ligne blanche; les intestins et les autres viscères n’offraient rien de particulier : mais les organes générateurs étaient atrophiés ou réduits à un très petit volume; à peine si les testicules avaient la grosseur d’une fève de marais; 5°. le larynx, que nous avons conservé, ainsi que la tête du sujet, nous à offert quatre ouvertures, l'une de trois lignes de diamètre entre le cartilage thyroïde et le cricoïde, une deuxième avec fracture d’une portion de ce dernier à son côté gauche; une troisième entre ce cartilage et le premier cerceau de la trachée-artère, et la quatrième dans l'épaisseur même du deuxième cerceau de ce canal. Un pareil nombre de petites coupures irrégulières avait été remarqué sur les bords de la plaie énorme du cou, ce qui prouve que cet invalide ne s'était pas donné, indépendamment des autres blessures, moins de six ou sept coups de couteau à peu près dans la même ligne. Comment expliquer cette persévérance ou cette faculté de répéter un si grand nombre de fois ces coups déchirans, si la sensibilité animale n'avait pas été considérablement émoussée chez le sujet? 11 n’est pas douteux, d’après ce fait, que le cervelet ne préside essentiellément à cette propriété; car nous voyons ici que non seule-

PLAÏIES DE LA CORGEF. Svf

ment cet organe était comprimé dans toute sa masse par l'engorgement inflimmatoire de ses membranes et deses vaisseaux, inflammation très sensible à sa périphérie, mais qu’il éprouvait encore une bien plus forte pression à sa surface inférieure, par la saillie que faisaient les deux éminences osseuses que nous avons indiquées et que nous ferons graver plus tard. Ces mêmes faits prouvent aussi presqu’a l'évidence que la volition du sujet réside principalement dans les lobes antérieurs du cerveau; et, en effet, ces parties /étaient les seules qui ne présentaient point de traces d’inflammation. A l’article Plaies da cœur, du même ouvrage, on trouvera des remarques analogues. |

Certes, sans cette affection pathologique de l'encéphale, il est bien certain que les plaies de ces deux invalides auraient été amenées promptement à une cicatrisation parfaite et sans fistule aérienne, car l'adhésion des bords de ces plaies, chez chacun d'eux, était déjà opérée peu d'heures apres le pansement.

Un troisième invalide, n’ayant pu se‘procurer un tel instrument, est allé se jeter dans la Seine du haut du pont d'Arcole ; mais il jatété pêché immédiatéement et transporté à l'Hôtel, où il a été saisi par le choléra algide et cyanosique;aux effets duquel il a eu cependant Le bonheur d'échapper.

Un fait intéressant qui vient de nous être.

communiqué par l’un de nos anciens et célèbres disciples, M. le professeur Bégin, confirme les avantages du précepte que nous avons étabii pour le, pansement de ces plaies. Il est vrai de dire aussi que le sujet de l'observation que mon fils Hippolyte a recueillie.au, Val-de- Grace s’est trouvé dans les conditions les plus favorables à la guérison de sa blessure : elle n'avait point été précédée de ces cérébrites :qui préparent ordinairement les suicides. Le militaire dont.on.va parler chercha à se couper la gorge, par suite d’une discussion violente qu'il avait eue pour opinions politiques avec quelques uns de ses camarades.

Plaie transversale du cou par tentative de.

suicide.

MES" (Édouard), àgé de trente-trois ans, Mu sicien au 1°. régiment de ligne, humilié par.de mauvais traitemens.et abandonné au désespoir, se décide -tout à coup au suicide, dans la matinée du 15 juin, s’arme d'un rasoir,et se coupe la gorge. Il va-pour redoubler le coup ; on arrive à temps pour l'arrêter, et on le.transporte à l'hôpital du Val-de-Grace, après que l’un des chirurgiens du régiment eut appliqué un appa-

reil provisoire à la plaie, qui saignait assez abondamment. M. Poyer, chirurgien de garde, prévenu de la gravité de cette blessure, fait appeler M. Gama. Arrivé aussitôt, le chirurgien en chef enlève l'appareil d’attente, et examine la plaie dont l’hémorrhagie a cessé presqu'entièrement. Une large et profonde ouverture entré los: hyoïde et le cartilage thyroide, s'étend de l’un à l’autre muscle sternomastoidien, dont l’un à même été un peu entamé; mais tous les deux ont garanti de latteinte du rasoir les vaisseaux profonds du cou. La tète,' portée en arrière, met à nu toute la cavité de la plaie, qui laisse voir la partie inférieure du pharynx, la paroi antérieure de l’œsophage resté ‘intact, ét l'entrée du larynx. Dans cette position la gêne est extrême, la respiration pénible, et l'émission de la voix impossible. Sans prolonger cet'examen, M. Gama nettoie la plaie, en absterge le sang, abaisse la tête sur la poitrine, rapproche exactèment les lèvres de la solution de continuité, les maintient airisi à l'aide de plusieurs bandelettes agglutinatives, superpose quelques plamasseaux de charpie , des compresses, une bande, et applique enfinle bandage de la position. Diète et res pos absolu. Le blessé, plein de confiance dans

les soins et les‘encourigemens qu'on lui dénne,

se soumet rigoureusement au régime qui lui est prescrit. On ne reconnaît aucune nécessité d’administrer les boissons par la sonde œsophagienne; mais les mouvemens de dégluütition déterminent un peu de toux, causée sans doute aussi par quelques gouttes de sang ou de sérosité purulente tombées dans les voies aériennes. … Quatre jours après, c'est à dire le 19, Pappareil est levé par M. Bégin, en présence du chirurgien eu chef et de plusieurs d'entre nous. La plaie encore béante présente un froncement de ses bords en dedans; il n’y a plus d’ailleurs aucun signe hémorrhagique. M. Bégin, après avoir pratiqué un petit débridement perpendiculaire à la ligne médiane de la plaie, nous démontre la nécessité d’en réunir les bords par des points de suture ; et il en pratique quatre, deux de chaque côté. Il supprime les bandelettes agglutinatives, leur substitue un pansement simple (linge fenêtré enduit de cérat, charpie,compresses) et réapplique le bandage de la position.

Le premier pansement n'est fait que le,23. La cicatrice est commencante,:lés bords de la plaie sont. parfaitement en rapport dans toute son étendue. Aucun accident fébrile ou autre ne s’est manifesté. Les pansemens consécutifs sont renouvelés seulement.tous les deux ou trois jours ; et au bout d’une quinzaine, les fils -en-

PLAIES DE LA GORGE. 315 core adhérens sont détachés avec précaution.

De temps en temps on cautérise avec le nitrate d'argent les bourgeons charnus qui font trop de saillie.

Enfin, un mois environ s’est écoulé; la cicatrisation est complète et tout à fait linéaire. Elle n'a été entravée, redisons-le, par aucune espèce d'accident. La voix un peu rauque pendant les premiers jours, a recouyré son timbre naturel; la déglutition est devenue aussi facile qu'avant l’accident, et le cou n'a conservé aücune raideur dans ses mouvemens.

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