‹ Clinique chirurgicale (volume 4)Chapitre 21 sur 70 · F ET · texte numérisé non relu

F ET

1 La position des sujets sur ces lits mécaniques FAT être telle” que la région dorsale soit à Ja portée du chirurgien,

l’un d'eux, soldat dans l'ex-garde, la dns tèbre dorsale avait été enfoncée et luxée complétement en ayant sur la douzième par k le choc d d'un boulet de canon étant àla fi n de sa course ; que ce militaire avait reçu à Ja bataille de Wagram, tandis qui il s'était courbé pour éviter la rencontre d un

obus qu'il avait aperçu dans espace. Cette contu-

sion violente, qui produisit cette luxation, fut suivie d’ clone inflammatoires très-intenses, même de symptômes d'opisthotonos et de paralysie dans les membres inférieurs. On eut quelque peine à à dissiper ces orages; cependant ce soldat, apres deux mois de soins assidus qu’il reçut aux hôpitaux de Vienne, fut successivement évacué sur l'hôpital de la garde à Paris, où j: ’achevai le traitement que cette maladie commandait. Il existait encore chez ce malade des signes d'inflammation et d’ une compression, nerveuse très-forte, que l'application répétée des ventouses scarifiées et du moxa, posés sur les côtés de la vertèbre luxéé et des vertèbres voisines, firent promptement dissi per, Ce blessé alla ensuite de mieux en mieux, et, à la gibbosité pres, ce militaire se trouva bientôt en état d'être envoyé à l'Hôtel des Invalides.

Le deuxième sujet, appartenant aux fusilier s de

lex-jeune garde, ayant reçu une COHHU ON de

boulet d’un gros calibre sur la région dorsale, dans un moment où il dormait ba sur le ventre, se trouvant dans la dir ection d’une batterie ennemie, eut la première vertébre lombaire luxée,

CS

nn nd … LUXATIONS. |

et l’on peut dire complétement, car la dépression qu’elle avait laissée. à la place de son apophyse épineuse était extrémement profonde. Une série d'accidens analogues à ceux du sujet de Ja première observation s étaient également déclarés; ils furent combattus par les méines moyens, qui eurent I

même résultat, et ce fusilier fut envoyé plus 4 aml Hôtel des téyals les. Rte |

Un troisième, jeune Suisse, Stobler, dontl’observation estrapportée à l’article / Vostulgiefinséré dans je premier volume de ce travail, s'était , par l'effet d’une chute faite d’un troisième étage, He complétement la première vertèbre lombaire. Cette luxa: tion fut accompagnée des accidens les plus graves qui mirent ce militaire dans le plus grand danger; : cependant on fut assez heureux pour le conserver et Je renvoy jer dans son pays natal, mais étant privé d’une jambe. L'amputation dé ce membre avait été nécessitée par le frac4s énorme qu’elle avait éprouvé lors de la chute du sujet. Avant son départ, je fis mesurer sa taille, que nous reconnümes avoir perdu quinze lignes de sa hauteur. Nous trouvâmes dans celle âée deux premiers sujets dix à onze lignes de raccourcissement. Tous les trois furent présentés, dans leur temps, à la Société de la Faculté de Médecine.

Le quatrième, l'un des plus remarquables, est le nommé Samson{Claude- Jean ), fusilier au 2”régiment de la garde, chez qui la première vertébre lombaire s'était complétement luxée en dedans,

LUXATIONS. + A 273 en quittant ses rapports avec la deuxième de la même classe et la dernière dorsale, dontF apophyse épineuse faisait une saillie contre nature d'environ un pouce. La dépression qui se remarquait immédiatement au-dessous était proportionnée à cette saillie. À ces signes se joignaient l'inflexion de l'épine et tous les symptômes qui caractérisent . ces luxations. Ce sujet fut présenté dans cet état à la Section de chirurgie de l’Académie royale de Médecine, le 19 juillet 1827. Cette luxationétait le résultat d’une chute qu’il avait faite à l'entrée d’une nuit brumeuse, du parapet qui borde la Seine, au-déssus du pont d’Iéna, dans le bassin de cette rivière, à une élévation de plus de quatre toises. Etant tombé sur ses pieds, dans une ligne perpendiculaire, il rencontra un terrain argileux, humide et incliné, d’où il retomba violemment sur les fesses au fond d’un autre terrain calcaire, au bord de l'eau, oùil manqua se noyer. Il jeta aussitôt un. cri perçant, déclarant qu'il avait les reins rompus; en effet le tronc fut à l'instant fléchi ou fortement courbé en avant, et cet infortuné resta immobile, la tête sursesgenoux, sans pouvoir serelever. Il était sur le point de périr, lorsque des marins qui avaient, entendu ses cris aborderent précipitamment le rivage, vinrent l'enlever, et le transportèrent à FhOpi ES du Gros- Gaillou , où je le vis le lendemain matin à ma visite. se

Ce militaire, courbé en demi-cercle, tres-souffrant, était dans un état de fièvre traumatique Jt, 13 ës

déjà trés-prononcé, avec oppression et un trém- -blement universel; les membres inférieurs étaient frappés de paralysie complète; la sensibilité surtout y était totalement éteinte. Il y avait eu des déjections involontaires de l'urine et des matières alvi= nes ; et t6ut annonçait, chez ce malheureux, une! mort prochaine. Une large ecchymose s’observait au bas de la région sacrée sur laquelle il était tombé; l’'apophyse épineuse de ladernière vertébre dorsale, examinée avec soin, faisait une saillie d'environ un pouce et demi, et l’on sentait inmeédiatement au-dessous une dépressiôn édit le moindre contact ou la moindre pression qu'on y exerçait faisait jeter des cris perçans au malade. Nous le fimes d'abord isoler dans une chambre particulière et coucher sur le ventre, sur un lit à matelas percé, ses jambes allongées, et ayant un oreiller sous la poitrine. Dans cette attitude, nous fimes appliquer sur les régions ecchymosées,etsur les côtés de la vertèbre luxée, plusieurs séries de ventouses scarifiées, à l’aide desquelles nous obtinmes une déplétion sanguine considérable. À ces” ventouses on faisait succéder des onctions faites avec un mélange d'huile de pavot et d'amandes ‘douces. Des boissons rafraichissantes et mucilagineuses furent prescrites, ainsi que des embrocations d'huile de camomille camphrée chaude , qu'on faisait fréquemment sur les membres inférieurs qu'on avait Le soin d’envelopper de flanelles également chaudes,

/;. LUXATIONS: | 275 : À ces moyens déplétifs et antiphlogistiqties ; quii calmèrentlesaccidens inflimmatoires etaménérent une détente assez prononcée, nous fimes succéder l'application d'un bandage compressif, et nous mimes le malade dans une sorte d'extension per: manente et graduée quenous exerçâmes au moyen de lacs sur les membres inférieurs, ayanteu le soin de le fixer au chevet de son lit par des liens passés sous les aisselles. Si j'avais eu à ma disposition un lit mécanique ; je n’en serais servi sans doute avec de grands avantages. J'ai beaucoup regreité aussi de n'avoir pu envelopper ce blessé dans la peau d’un animal écorché vivant. A l'extension mécanique dont nous avons parlé , nous ajoutâmes plus tard le moxa que nous posämes, deux à deux ; sur les côtés des vertèbres affectées.

Après les deux ou trois premiers jours de ces premiers soins plus ou moins variés, le malade se trouva soulagé ; les propriétés vitales se rétablirent graduellement dans les membres inférieurs; l'épirie se redressa peu à peu, de manière à faire cesser la compression de la vertèbre luxée, et enfin nousle conduisimes à l’état de guérison où nous l'avons d'abord annoncé, lorsqu'il a été présenté à In Section de chirurgie de l’Académie royale de Médecine. Ce militaire a été depuis admis à l’Hôteldes-Invalides.

La taille de ce sujet était de cinq"pieds cinq

pouces, lors de son entrée au régiment; maintes

nant elle ne donne que cinq pieds quatre ponces

on

270 LUXATIONS. | moins deux lignes, en sorte qu'il a perdu, depuis son accident , quatorze lignes dans sa hauteur.

Dans tous les cas, je pense que ces faits suffisent pour prouver que les luxations des vertèbres ne. sont pas toujours mortelles.

Contre l'opinion généralement admise, les os du bassin, maloré leur contiguité et les’ Tant tres-forts . qui ie unissent, peuvent se luxer dans leurs articulations sacro-iliaques : nousen avons vu plusieurs exemples. Cependant la luxation n’aura lieu, sans fracture, que chez les jeunes sujets, et pardes causes qui agissent lentement en écartant les os les uns des autres. Nous avons rapporté l’un de ces exem-

ples remarquables à l’article Moxa du Recueil de nos Mémoires. Le sujet était un jeune homme de 19 à 20 ans, chez qui l'os coxal droit s'était luxé par suite d’une affection rhumatismale et d’une chute qu'il avait faite sur le bassin. Cet os éprouvait des mouvemens d’élévation et d’abaissement selon l'attitude del’individu. Le sujet de ladeuxième observation était une femme de 15 ‘ans, d’une constitution molle et lymphatique, qui, pendant son premier accouchement, devenu laborieux par la grosseur de la tête.de l'etat , éprouva un écartement PONS des os du bassin, analogue à celui qui s opère chez la femelle du conti d'Inde (cabiai ), et eut la hanche gauche luxée ,: s'étant livréé à une marche un peu forcée trop tôt et sans ceinture.

Le diagnostic de cette espèce de luxation n’est

LUXATIONS. D it point difficile à établir , mais pour la réduire et la faire cesser pour toujours, il faut joindre aux topiques révulsifs et à un bandage compressif ( les pièces déplacées ayant été préalablement remises en rapport ) un repos absolu et prolongé. Ces moyens ont été employés par nous, chez la jeune femme citée plus haut ; avec un succès complet.

La luxation de la mâchoire est très-commune chez les personnes d’une idiosyncrasie scrophuleuse , parce que chez elles le cräne étanttrès-évasé, les angles de la mâchoire doivent être plus écartés et les fossés articulaires des temporaux plus superficielles. Aussi un bäillement un peu considérable, ou la moindre cause mécanique qui tend à abaisser un peu fortement l'os maxillaire inférieur, fait perdre à ses condyles leur contact de rapport avec leurs fosses articulaires. Le diagnostic en est facile à saisir; cependant nous avons eu l’occasion de voir , dans l'une des principales villes de la Pologne,une Jeune comtesse en proie aux plus cruelles angoisses, par une luxation de la mâchoire , que les médecins les plus habilés dudieu avaient prise pour un spasmenerveux, qu'en conséquénce on essayait vainement de calmer avec les antispasmo:! diques qu'elle ne pouvait avaler. La luxation fut presque aussitôt réduite que reconnue: Nous.

avons eu également l'occasion de réduire: deux fois, sur le même sujet , cette même luxation , et la réduction s'est faite chaque fois avec la plus’ grande promptitude. Il suffit de ramenér ‘avéc

force, et à l'aide des deux mains garnies de gants la mächoire en ayant et en bas , et de lui faire faire tout à coup un mouvement d’élévation. Pour sé garantir de son action brusque et constrictive, il est prudent de placer deux coins de bois entre les arcades dentaires. L’os réduit, on fixe l’immobilité de la mächoire au moyen d'une fronde. Cetté luxation peut n'avoir lieu que d’un seul côté : il est facile dé concevoir qu’à l’aide d’un petit levier l’on peut ramener le condyle déplacé vers son articulation. | Les clavicules peuvent se luxer à leurs deux extrémités, plus facilement à l’antérieure ou sternale , par une cause mécanique qui agit sur l'extrémité opposée du levier, de manière à lui faire éprouver un mouvement forcé de bascule de dedans en dehors. Les signes de la luxation sont sensibles ) Mais il est trés-difficile de la maintenir réduite. On ÿ parvient cependant au moyen d'une grande écharpe qui fixe l'épaule en arrière, le bras dirigé un peu en avant contre la poitrine, et l’avantbras fléchi. Le-‘bord de cette écharpe comprime en même:temps une compresse graduée que l’on pose sur l'extrémité luxée de l'os. Il faut laisser long-temps le membre dans cette position, et la guérison-a lieu ; surtont chez les jeunes sujets. "14 Les côtes ne sont: susceptibles de luxation sans: fracture qu'à leurs extrémités antérieures: TE n'en’ eSE pas (le même à leurs extrémités postérieurés ; quisont en général fixées aux vertèbres par tüne

LUXATIONS. . 279 double articulation, par de nombreuses et trèsfortes attaches ligamentenses, et par conséquent moins accessibles à l’action des causes extérieures: ces articulations sont d’ailleurs protégées par des masses charnuestrès-épaisses , tandisque la plus lé-

gérepercussion, imprimée à l'extrémité antérieure

de ces arcsosseux,les sépare de leurs cartilages qui n y sontunis que par une sorte de gomphose. Cette désunion est incurable. La réduction est impossible, etil ne peut y avoir desoudure parles raisons que nous avons indiquées à l’article FRACTURES.

Les luxations des membres qui sont les principaux instrumens de la volonté de l’homme sont très-communes. Elles s’établissent le plus ordinairement dans les articulations orbiculaires, comme étant celles qui sont les plus mobiles, surtout lorsque les pièces qui les composent sont disproportionnées; tels sont les humérus avec les sCcapulums, etc.

Celle-ci peut se faire dans tous les sens , excepté en haut, à moins de fracture à l’'apophyse acromion, qui forme un auvent à l'articulation et empêche lhumérus de sortir de sa cavité vers ce point. Les signes de la luxation de cet os sont faciles à reconnaitre. Le plus certain est une dépression plus ou moins profonde dans le point de Particulation où la tête de l'humérus fait une saillie plus ou moins prononcée selon la conformation variée du sujet : le membre est dévié dans une direction opposée à la luxation, et on ne peut lui

faire exécuter le moindre mouvement vers cette première direction sans causer de vives douleurs au malade, etc. Dans presque tous les cas, la luxation se fait en dedanset en avant ,» Sous le tendon du grand pectoral; elle peut avoir une étendue plus ou moins grande, de manière même que la tête de l'os déplace ou distend au-devant d'elle les nerfs et les vaisseaux axillaires » Complication grave qui commande une prompte réduction, où le malade est condamné, en outre de l’immobilité du membre, à un travail douloureux, permanent, qui peut nécessiter l’amputation : on en a vu des exemples. Nous rapporterons ici le précis d’un fait très-remarquable par l’aberration que la tête de l'os luxé a éprouvée chez un jeune homme qui avait survécu long-temps à son accident. Dans une chute violente que ce sujet avait faite sur la paume de sa main, le membre fortement étendu et écarté du corps, la tête de l’humérus non-seulement sortit de sa cavité par son côté antérieur, mais elle s’enfonça entre les deuxième et troisième vraies côtes dans la cavité de la poitrine, où elle fut retenue et étranglée par le resserrement de ces deux côtes, qui n'avaient d’abord cédé au passage de cette éminence osseuse que par la violence de sa pression Ou de son introduction. Le. professeur Prochaska nous a montré, dans notre première cam pagne d'Autriche, le thorax disséqué de ce sujet,

dans l'intérieur duquel on voyait toute la tête de

l'humérus enveloppée par la plévre , et:le reste de

LUXATIONS. 28 j

cet VA formant au-dehors une EM avec le tronc ‘ |

Les Lis avaient imaginé plusieurs machines à levier pour réduire les luxations du bras à l’épaule. L’anatomie et l'expérience en ont fait reconnaitre l'inutilité e: les inconvéniens. Pour opérer facilement cette réduction , il faut suivre À à frsmple des praticiens qui veulent qu ‘auplevier ‘propre à à faire les extensions nécessaires sur l'extrémité luxée, en supposant que le corps du sujet est fixé immobile sur son séant, on en ajoute un se- -cond qui porte sur l’extrémité supérieure du bras et passe sur le cou du chirurgien. A instant où ce dernier pense que la tête de l'os est ramenée au niveau de la cavité articulaire, il saisit de ses deux mains le sommet du membre luxé, et relevant tout à coup sa tête sur le lieu que nous avons désigné, al fait exécuter à la tête de l'os un mouvement de bascule et le replace dans sa cavité. Il est des cas, sans doute, où les secours de l’art sont insuffisans; tel est celui que nous venons de citer.

La luxation des os qui forment l’articulation du coude est plus rare. Elle peut être complète ou incomplète , et les pièces articulaires se déplacent en différens sens. Après en avoir bien reconnu le caractère, on procède le plus promptement pos-

.sible à la réduction; ensuite on fixe les pièces en 2 rapport en mettant l'avant- bras dans une demi

| Voyez le tome Il de nos Campagnes , pag. 405.

NS Ebae.

flexion et la main en supination, au moyen d'un appareil légèrement compressif imbibé de vin ou de vinaigre camphrés.

Les luxations du poignet et des phalanges des doigts présententles mêmes indications, et lon doit Sractdée à leur réduction d’ apr ès les mêmes principes. | Les luxations des membres inférieurs sont relatives à chaque espèce d’articulation. Celle de la cuisse avec la hanche est plus rare que celle du bras, parce que la cavité cotyloïde est proportionnée au volume de la tête du fémur, et que les puissances motrices et ligamenteuses de l'articulation . sont plus fortes qu’à celle de l'épaule. Cependant cette luxation a lieu et peut avoir lieu en différens sens. Le diagnostic n’en est pas difficile, mais la réduction te e des obstacles plus ou moins grands à surmonter. Après avoir fait faire les extensions convenables sur le membre luxé, en portant les points d'insertion des leviers le lé loin possible de la partie luxée, ayant eu la précaution de fixer sur un plan horizontal et solide le tronc du sujet dans une immobilité absolue, il faut avoir l'adresse et le courage de forcer le passage de la tête dans sa cavité articulaire par un mouvement brusque de renversement vers cette cavité. La quatrième de ces luxations étant la plus grave et la plus difficile, nous allons en donner une courte description et en rapporter un exemple frappant.

Malgré toutes les précautions prises par la na-

LUXATIONS: 263 ture pour consolider l'articulation de Ja cuisse avec la hanche, non-seulement la tête du fémur se déplaceenentier de la cavité cotyloïde, en bas etendedans, en baset en dehors, et successivement en haut et en arrière, les points de sortie les plus faciles , mais elle franchit aussi quelquefois le point supérieur et antérieur du rebord saillant osseux et fibreux de cette cavité, de manière à produire la quatrième espèce de luxation trés-rare, en haut et en avant. 11 faut en effet que les puissances qui produisent cette luxation agissent avec une grande force pour opérer un tel déplacement, et, malgré l’assertion d'Hippocrate et celle de Desault et d’autres auteurs modernes qui l'avaient signa lée , ilne m'a rien moins fallu que l'exemple qui s’est offert à mes yeux, pour être convaincu de la possibilité de ce genre de luxation.

Un grenadier à cheval du 2" régiment de la garde, nommé Ris (André), d'une constitution athlétique , taille de cinq pieds six pouces , équipé de toutes pièces, fut obligé de mettre pied à terre dans une manœuvre de cnsuletis qui se faisait au : Champ-de-Mars, le 8 septerhbre 1818, Son cheval, cffrayé du feu d'artillerie qu'on faisait en même temps ; se cabra , tandis que le grenadier cherchait à franchir de sa jambe don le manteau et le porte-manteau attachés sur le derrière de la selle du cheval; la jambe futacerochée par l'éperon trèslong de sa botte, à l’une dés extrémités de Ja valise, et aû méme instant le cheval se renversa avec son

cavalier. C’est dans cette chute terrible que la cuisse s’est luxée en haut et en avant.

Si ce grenadier n’avait recu de prompts secours de ses camarades, il aurait infailliblement péri sous le poids énorme de son cheval et de son armure; mais il fut relevé et transporté tout de suite à l'hôpital du Gros-Caillou, où je le vis six ou sept heures après.

Au premier aspect ct sans toucher le malade, il me fut facile de reconnaître la luxation et son vrai caractère : le membre était tellement écarté et renversé sur le bassin, qu'il formait une équerre avec celui du côté opposé; le pied et le genou étaient déviés en dehors ; la fesse etl'éminence trochantérienne étaientremplacéesparune dépression profonde; la tête du fémurfaisaitune saillie prononcée au pli de laine sous les vaisseaux cruraux, qui en étaient fortement distendus. Le membre était déjà tuméfié, de couleur marbrée, et complètement immobile. Le cavalier éprouvait des douleurs vives et déchirantes à laine et au bas-ventre, tandis que la jambe était engourdie et le pied froid. L'officier de santé de garde avait déjà: RO qué des émolliens et pratiqué une saignée ; il n'y avait donc qu à dr à Ja réduction du membre.

Le patient étant biabés sur une table basse garnie! d'un matelas, un lac très-fort passé sous le ph de la cuisse, croisé sur l'épaule droite et assujetti aux pieds de la table ; un deuxième passé autour de la

LUXATIONS. 285 poitrine, et plusieurs autres posés sur l'extrémité luxée , plusieurs de mes plus forts élèves et quatre . pvésiiithels furent chargés de soutenir le malade, de le fixer sur son lit, et de faire l'extension du. membre; je me ee moi-même de maniere à pouvoir déprimer et ramener avec mes mains, vers la cavité articulaire, la tête du fémur, tandis : qu'avec mon épaule droite, placée sous la cuisse luxée , je rétablirais promptement le parallélisme entre l'extrémité inférieure de l'os et l'extrémité supérieure. |

Nous avions vainement fait plusieurs extensions. et l’on désespérait du succes de nos manœuvres, lorsque, vivement touché du danger qui menaçait le militaire si on le laissait dans cet état, je redoublai d'efforts, et je réduisis, seul , la luxation, en élevant tout à coup, avec mon épaule, l'extrémité inférieure de la cuisse, tandis que j'abaissai, avec. mes deux mains, la tête du fémur portée au-devant de la branche horizontale du pubis. Par ce double mouvement simultané et exécuté avec force et promptitude, la luxation fut réduite à la grande surprise des assistans et à la mienne; le choc de la tête de l'os dans sa cavité articulaire se fit entendre, et du même instant le malade éprouva un soulagement inexprimable. | | Û

Nous fixâmes le membre dans ses rapports naturels et respectifs au moyen d’un bandage approprié. Une embrocation d' eau-de-vie HE fut faite sur la région articulaire ; le malade fut saigné

ét mis à lusâge des boissons rafraïchissantes et antispasmodiques. Malgré ees précantions et l’emploi de ces moyens, des symptômes inflamma:

foires se déclarèrent, avec rétention d'urine. Je remédiai d'abord à cette dernière complication par l'usage d’une sonde de gomme élastique laissée dans Ja vessie, et je dissipai l’inflammation par l'application réitérée des ventouses scarifiées et des cataplasmes émolliens sédatifs ; par des lavemens anodins et des boissons mucilagineusés à la glace. Tous les accidens se dissipèrent graduellement, le malade alla de mieux en mieux, et après quarante joursde repos, il sortit de l'hôpital pour reprendre incessamment <on service au régiment.

Le membre affecté, placé à côté du membre sain, présentait une élongation contre nature d'environ quatre lignes, longueur qui paraissait cesser lorsque le sujet était debout. Ce phénomène dépendait de la rupture du ligament interarticulaire. Le membre, abandonné à son poids, tend à reprendre sa ligne droite; le point d'insertion de la tête du fémur dans la cavité cotyloïde se trouvant détruit, il se laisse abaisser lorsque le sujet est couché, et de là une élongation contre nature dans le membre, laquelle doit disparaître quand le sujet est debout, parce que la tête s'enfonce, par le poids du corps, dans la cavité articulaire. Ce grenadier a été obligé, pendant quelque temps, dé s'appuyer sur une canne et demarcher avec précaution pour conserver l'équilibre,

La luxation de là rotule, facile à reconnaître, n’est güère plus difficile à réduire. Il suffit de mettre la jambe dans une parfaite extension et de ramener avec force, à l’aide de ses mains, los déplacé en dehors de l’un des deux condyles du fémur, La luxation la plus commune est celle qui se fait sur le condyle externe. Rarement elle éprouve une rétroversion totale.

Celle du genou est rarement complète : lorsqu'elle a lieu, les ligamens croisés de l'articulation sont nécessairement rompus; et si la réduction en est opérée, ce qui est très-difficile, le sujet peut avec peine conserver l'équilibre dans la sustentation, parce que les liens qui fixent en rapport les condyles du fémur sur ceux du tibia manquent entièrement; mais on l’observe assez fréquemment | incomplète, de manière que lun des condyles du tibia se met en contact avec celui opposé du fémur ; ei vice versä. H ne suffit point d'opérer la coaptation de la jambe , il faut la maintenir dans une exacte rectitude et un rapport parfait avec la cuisse , au moyen de notre appareil à fracture inamovible, que le malade doit conserver long-temps; autrement la luxation se reproduirait sans effort et spontanément. (

. La luxation complète du pied ne peut avoir lieu sans fracture à l’une des malléoles ; mais elle peut se faire incomplétement, et c’est ce qu’on observe assez fréquemment. L'astragale peut former cette luxation et sortir presque entierement de larticu-

lation du pied : on en a vu des exemples. Il est

méme nécessaire dans ce cas d’en achever l’extraction : cette opération s'est faite plusieurs fois avec: succès. Il faut ensuite.se hâter d'appliquer um bandage compressif et inamovible sur le pourtour de l'articulation du pied pour prévenir le contact: de l'air et les accidens consécutifs. Ainsi il faut laisser cet appareil le plus long-temps possible.

Les luxations des doïgts des pieds ne diffèrent pas essentiellement de celles qui surviennent aux} doigts des mains; par conséquent les se Laye dyA remédier sont les mêmes.

Il arrive souvent qu’au lieu d’une luxation à telle ou telle articulation des membres, il n’y a qu'une distension plus ou moins forte dans les appareils fibreux et tendineux de ces articulations, sans déplacement des pièces osseuses. Cette disten-: sion porte Île nom d'entorse ou foulure.

La connaissance de la cause mécanique qui l’a: produite, la douleur, la difficulté des mouvemens dur membre et le gonflement subit qui survient dans! l'articulation foulée, sont autantde signes qui la ca-: ractérisent. Cet accident est plus ou moins graye 5) selonla violence avec laquelle la cause qui l’a produit a été imprimée sur articulation, selon la nature de : cette articulation et l’époque de l'invasion dela maladie. En général l’entorse d'une articulation : ginolymoide est plus fâcheuse que celle des artist

DES ENTORSES. 289 culations simples. Celle du pied, par exemple, peut être considérée comme la plus grave.

La distension dont nous nous occupons est constamment suivie d’une rupture où dilacération plus où moins prononcée de quelques portions de l'appareil fibreux ou des vaisseaux qui composent les parois de l'articulation; de l'infiltration des fluides sanguins et séreux à travers des tissus, d’où

résulte l’ecchymose qui s'étend jusqu’à la peau; et,

il se forme quelquefois un épanchement de ces mêmes fluides dans la cavité ‘articulaire, ce que l’on reconnaît par le gonflement et la fluctuation. Ces accidens primitifs sont bientôt suivis de stu= peur, d’une inflammation aiguë ou latente, dun travail de suppuration , d’abcès ou de fusées purulentes, ou d’une gangrène qui met le malade dans le cas de perdre É nemibices Il est rare que la résolution s'opère spontanément et par les séules r'essources de la nature; il faut donc s’empresser de venir à SON SECOUrS.

La premiere indication à remplir est de dégorser le plus promptement possible les parties ec-

chymosées ou tuméfiées, au moyen des ventouses

mouchetées, préférables aux sangsues. La deuxième est de rétablir l’action et le ressort affaibli des tissus fibro-tendineux et synovial, à l’aide d’un appareil compressif dontles pièces sérontimbibées

d’une liqueur tonique et légèrement sédative, telle

que le vin ou le vinaigre camphrés, mélé à une quantité égale d’eau végéto-minérale ‘ét à da blanc IL, 19

| 74 # Pi k

FN

d'œuf, Cet appareil, méthodiquement appliqué, ne doit être levé que le plus tard possible, au bout {le dix, fine. GU vingt Jours... | :1%1/0008 L'expérience m'a fait vérifier les avantages 4 cette méthode, qui est d’ailleurs basée sur les principes d'après lesquels nous avons traité les | luxations, et ces mêmes moyens sont également indiqués pour les cas où les accidens consécutifs se seraient déclarés. On peut les employer avec les mêmes avantages; seulement il faut que la compression soit graduée. Cependant si le travail de la suppuration était évidemment commencé, il faudrait alors en. favoriser le développement par les topiques émolliens, s’empresser d'ouvrir les abcès qui en sont le résultat, avec les précautions requises et vers les points les plus déclives de leurs foyers. Telle est la méthode la plusrationnelle et celle qui nous a généralement réussi. | La plupart des moyens préconisés par les auteurs ont de grands inconvéniens. Celui que lon conseille de mettre immédiatement en. usage, l'immersion de la partie foulée dans l’eau froide ou . la glace, expose le membre à être frappé de gan- ï grene ou de sphacèle, surtout si l'accident date de | quelques heures, si la chaleur et.J'engorgement se sont développés dans larticulation, et si l’on se trouve dans une saison froide. Le Re serait le même que dans la gangrè ne de congélation. (Forez cette maladie à son He Cette immersion : dans l'eau. froide n'est donc indiquée que

dans le cas. où la température est égale, et qu elle peut être employée immédiatement après l'invasion de la maladie et avant que la chaleur fébrile ne se soit établie dans le membre: encore ne faut-il pas pérdre de temps pour ne point laisser gonfler les vaisseaux des parties . distendues, qu ‘il importe au contraire de comprimer promptement avec l'appareil que nous avons indiqué, et qui se

compose de compresses longuettes tr empées dans

la liqueur désignée plus Tor On les applique uniformément en les croisant sur l'articulation et en les faisant embriquer les unes sur les autres : elles doivent être maintenues par une autre com-

presse à quatre chefs et par une bande qu'on a

soin, de ne pas porter au-dessus du niveau des malléoles pour le pied, ou de la rotule pour le genou, afin de ne pas exercer de compression audessus du bord saillant de ces éminences osseuses. On conseille encore, lorsque les symptômes inflammatoires se déclarent, l'usage des sangsues.en plus.ou moins grand nombre, ainsi que celui des émolliens: Ces moyens sont pernicieux, et j'en ai vu résulter constamment laugmentation, de la fluxion articulaire, la tuméfaction, et souvent la tumeur blanche. Loin d’avoir un effet révulsif, les sangsues déterminent la stase des fluides. infiltrés ou larrêtés dans leurs, propres vaisseaux, et les émolliens en aggravent les effets; ces, topiques sont enfin rarement indiqués sur. les, parties blanches ; nous croyons en avoir. démontré

902 fYDROPISIÉ les inconvéniens à l’article Femoro - TinraL our.

Si les premiers moyens que nous avons recommandés, la compression etles toniques, nesuffisent pas, on aurarecoursaux linimens camphrés alcalins, à dés emplâtres de styrax liquide, avec lesquels on enveloppe l'articulation et on la comprime uniformément et d’une mañière graduée, enfin au moxa. Nous avons un grand nombre d observations qui ont fait vérilier toutes nos assertions, et ce traitement ne cesse d'être employé dans notre hôpital avec le succès le plus complet. |

Page 1