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” dans une vessie. Dans tous les cas, il faut porter
| son attention sur les premiers effets de la ligature, surtout lorsqu'on la fait tout à coup. L'un des accidens les plus fâcheux sans doute, et à l'existence duquel je n’aurais pas cru si je ne l'eusse vu moi-même, c’est le refoulement ou regorgement du sang artériel et veineux du membre où les principaux vaisseaux sont liés. Ce resgorgement s'opère vers le cœur et le cerveau; il se manifeste par la rougeur du visage et des yeux, par des douleurs vives et profondes de la tête, le battement surnaturel des artères carotides et temporales, par des palpitations fréquentes , de la gène, de l’oppression ;, et une grande anxiété. UE
Dans les premiers momens, il faut se hâter d'ouvrir l’une des veines jugulaires ou lune des artères temporales, ou la veine saphène ; il faut mettre en usage les dérivatifs et la glace appliquée sur la tête, tenir le malade à une diète rigoureuse, et lui faire prendre desboïissons rafraichissantesacidulées à la glace, et quelques légers antispasmodiques. 1°, Observation. — François Fériol , âgé de 39 ans, lancier de l’ex-garde, d’un tempérament robuste et sanguin, était atteint depuis environ [4 six mois d’un anévrisme faux, consécutif ou Cn- A kysté à l'artère poplitée, lorsqu’après un séjour infructueux à l'hôpital d'Orléans, le désir de rez Fe cevoir mes soins le fit rendre à Paris et entrer à ) l'hôpital du, Gros-Caillou, le 1% mai 1819. La L tumeur était alors grosse comme Je poing. Ce nr, 12
militaire ne se rappelait pas avoir fait d'efforts. où de chutes, ni avoir reçu aucune percussion cas pable de produire cette maladie : elle parait avoir ! été causée par la disparition d'uné éruption dartreuse qui couvrait les deux jambes, surtout la droite. Cette disparition avait été suivie, presque immédiatement, d’une douleur au jarret droit, avec gêne et tuméfaction à toute l'articulation du genou, accidens qui s'étaient accrus après une marche un peu forcée que ce lancier avait faite dans les premiers jours de décembre 1814.
La compression graduée et le régime rafraichissant, employés pendant une dizaine de jours, n'empéchérent point les progrès de la tumeur: Cependant des cicatrices larges et croüteuses, que l'on remarquait à la jambe malade, m'ayant appris que là maladie qui avait précédé l’anévrisme était une dartre syphilitique, je prescrivis un traitement relatif qui réduisiten effet la tumeur d’un quart de son volume; mais comme alors elle paraissait réster dans le même état, et que le malade impatient témoignait le désir formel d’être opéré, je me décidai à pratiquer l'opération d’après la méthode de Hunter. Avant de la faire , je voulus consulter M. le professeur Dubois, qui m’engagea à serrer la ligature graduellement, età l’ôteravant l’époque à laquelle l'artère pouvait être coupée, ét lorsqu'il n'y aurait plus de pulsations sur la tunieur , m'a$- Surant que ce procédé lui avait parfaitement réussi dans un cas semblable. :
DES ARTÈRES. 179 Je résolus de suivre cette méthode, et je priai M. le docteur Ribes d'assister à mon opération, que je pratiquai le 2 juin , de la manière suivante: Après avoir placé le malade sur le bord de son lit 3 je fis une incision d'environ trois pouces aux tésumens de la partie moyenne de la cuisse, sur le trajet dut bord interne du muscle couturier, qui fut bientôt mis à découvert et détaché de son bord postérieur? tandis que je le faisais écarter par un aide, j'isolai l'artère, etje passai, dans le point le plus favorable, une aiguille faiteexprès, armée dune forte lisature en cordonnet de fil ciré; je plaçai entre ellé’et le vaisséau un cylindre aplati de sparadrap de diapalme, PME empêcher que le serré-nœüd/, ‘dans lequel j'avais engagé les déux bouts de l'ansé de fil, ne blessat P'értéréh je serrai graduellement été ligature jusqu’ à la baba ition des pulsations, ét je la fixai sur le serre- nœud. Le malade Stip= porta courageusement l'opération, qui ne fut ni longue ni douloureuse : un appareil approprié termina le pansement. Le repos le plus absolu, la diète, des boissons rafraichissantes et quelques" antispasmodiques furent prescrits. É | De vives douleurs se firent d’abord sentir vers’ le point de la ligature; le membre se refroidit ün peu et fut poste d’un léger engourdissemént* 1à A | jambe et le pied furent enveloppés dans des [COR nelles chaudes. Les douleurs s’'apaisérent graduel- | lement, et peu d heures après l'opération | la chäleur s'était rétablie dans toute l'extrémité; mais à
180 DE L'ANÉVAISME
l'entrée de la nuit il se manifesta des symptômes de turgescence et de céphalalgie ; , dont les effets. furent ps pe par une saignée copieuse du bras, que. je fis faire sous, mes yeux , et par l’usage d’une émulsion nitrée anodine. La nuit fut calme, etil y eut. quelques quarts d'heure de sommeil.
,:Le,3; à ma visite du matin, de légères pulsations bien sentir sur la tumeur anévrismale 5 je resserrai la ligature jusqu’à leur totale disparition. Peu d'heures après , de violens maux de tête se déclarèrent encore, ayec rougeur à la face, injection des vaisseaux de la conjonctive, et battement extrême des artères carotides et temporales : cependant les douleurs de la ligature étaient supportables; la jambe et le pied conservaient la chaleur, nétroile et toutes leurs propriétés. Je fis faire une deuxième , saignée du bras , plus copieuse que la, première, et Je la is Rent télé pendant la nuit. du 3 au 4; les mêmes remèdes furent continués.
Le cinquième jour, tous les symptômes que:
nous avons indiqués avaient disparu. ( C'est a, seule fois, que j aie pu reconnaitre, d une manière, aussi évidente, leseffets du reflux du sang dans Les vaisseaux aMtéridé a |
à Ja levée du premier appareil, qui eut lieu le huitième jour, de nouvelles pulsations s'étaient manifestées sur la tumeur anévrismäle : je resser-! rai encore la lisature ; les pulsations disparurent entièrement. ta suppuration s'était établie dans la plaie, et le malade était dans le meille eùr état pos-.
DES ARTÈBES. | 187
sible, lorsque le dixième jour de l'opération je fus obligé de mabsenter. M. Ribes voulut bien, sur la
prière que je lui en fis, se charger de resserrer de nouveau la ligature, s'il le croyait nécessaire, et
d'assister de ses conseils M. le docteur Pigou , chirurgien de première classe à l'hôpital, auquel j'avais confié le malade.
Le vingt-deuxième jour, la tumeur étant réduite des trois quarts de son volume, et les pulsations ne se manifestant plus, ces médecins jugérent à propos de lever le serre-nœud ; mais ils laissèrent en place les ligatures et le cylindre de sparadrap jusqu'au 27 juin, époque à laquelle ces corps étrangers furent extraits. On substitua au régime rafraichissantdes toniques et desalimensnourrissans; la plaie se cicatrisa, et le malade reprit par degrés l'usage de ses forces.
A mon retour de la campagne, la tumeur anévrismale, réduite au volume d’une noïix,ne donnait plus de pulsations, et peu de jours après ce lancier sortit de l'hôpital parfaitement guéri. Le membre était plus maigre que l’autre,:et les mouvemens musculaires y étaient beaucoup. plus faibles. Lu a ste
L'une des choses qui nous parait avoir le plus contribué à cette guérison, est la conservation du tube artériel converti en ligament. Dans le cas au contraire où on laisse couper l'artère par l’effet.des ligatures, le malade est exposé à des hémorragies consécutives, que la section de cette artère, faite
avec le bistouri entre les deux anses de fil , ains que Je conseille M. Maunoir de Genève, ne pré: vient pas toujours : au reste , ce dernier procédé, connu des anciens, avait été mis en usage, vers le fin du dernier siècle, par des chirurgiens français. et notamment par M.Tenon; mais il est inutile pour le cas que nous supposons, puisqu'on a pou but principal de conserver le tronc artériel qui : été lié.
II* Observation. —- Léonard B*°*, âgé de 2oans dragon de l'ex-garde , reçut en duel, vers la fin de septembre 1811, au côté cubital du bras droit un coup de sabre dont la pointe lésa profondémen: l'artéreicubitale. T’hémorragie fut arrêtée par une compression très-forte qu'on exerca, avec ui mouchoir, au-dessus de la plaie, qui fut réuni presque immédiatement par un chirurgien , san qu'il touchât à cette espèce de ligature, qu’on n leva que quelques heures aprés. Le blessé fu guéri au bout d'une vingtaine de jours. Cependan il éprouvait quelque gêne dans le pli du bras, € ‘une douleur sourde dans le fond de cette région Enfin il se développa bientôt, au-dessous du poin de la saignée, une petite tumeur de forme ovoïd ‘qui , ‘en quelques mois, avait acquis déjà le volum du poing. C’est à cette époque que ce dragon entr à notre hôpital. La tumeur faisait saillie dans l'es ‘pace triangulaire formé par le long supinateur, 1 rond pronateur et le pli du bras; elle donnait de battemens isochrones au pouls du même côté, le
DES ARTÈRES., 163 quel était beaucoup plus petit que celui du bras gauche. Tous les autres signes de lanévyrisme étaient parfaitement caractérisés.
Cettemaladie, parvenue à sa troisième période, ne pouvait être traitée fructueusement que par l’opération. Je la pratiquai en présence des médecins de l'hôpital, du docteur Ribes et de plusieurs chirurgiens-majors des corps de la garde. Je découvris d'abord l'artère brachiale par une incision parallèle à ce vaisseau; je l'isolai du nerf médian et de son tissu cellulaire; j'en fis, avec monaiguille flexible, la ligature, dans laquelle je plaçai un petit cylindre de sparadrap. J'ouvris ensuite la poche anévrismale, après l'avoir mise à découvert : elle était pleine de caillots fibreux, que j'eus quelque peine à détacher. J'abstergeai tout le kyste, et je cherchai en vain les deux bouts de l'artère que j'ayais d’abord crue coupée par le sabre.Mais un examen plus approfondi nous convainquit qu’elle s’était d’abord dilatée, puisque les parois de l’extrémité supérieure se continuaient en entonnoir dans le reste de la poche, et que dans sa partie postérieure nous aperçümes l’orifice de l'artère interosseuse commune, qui nous fournit une hémorragie assez considérable. Il fallut passer une ligature en dessous pour embrasser cette artère. Cette poche se terminait ensuite dans la cubitale, que nous trouvâmes oblitérée au-dessus du point où elle nous parut avoir été lésée : c'était à un pouce environ de la poche anévrismale. Cette oblitéra-
184 DE L'ANÉVRISME tion nous a dispensé d'une troisième ligature. L'opération futterminée heureusementen moins de quinze minutes. J’appliquai sur la plaie, dont je rapprochai les bords, un linge fin fenétré, des plumasseaux de charpie fine et un bandage peu serré. Le blessé fut mis à la diète et à l'usage des rafraichissans et des antispasmodiques. De légers orages se manifestèrent pendant les premières vingt-quatre heures; un mouvement fébrile qui survint le troisième jour, accompagné d’une sueur abondante et d’un suintement purulent dans la plaie, dissipa tous les accidens. Le pouls reparut à cette époque, mais il resta faible et petit pendant plusieurs jours. À la levée du premier appareil, qui était déjà imbibé de sérosité purulente, les bords de la plaie étaient un peu boursoufflés, et de légères escarres celluleuses s’étaient formées dans son intérieur. Des substances balsamiques furent appliquées; le pansement fut fait avec méthode et le plus de simplicité possible. Les mêmes soins furent continués jusqu'au neuvième jour, où la principale ligature de l'artère brachiale tomba avec le cylindre de sparadrap. La deuxième ligature ne tomba que le onzième jour. Enfin la plaie s’est promptement détergée, les bords se sont rapprochés graduellement, et en moins de six semaines la cicatrice a été complète. Tous les mouvemens du bras se sont conservés, parce que
javais ménagé les muscles, chose essentielle pour l'individu. ê
Ici se présentent naturellement deux questions : 1° Pourquoi le pouls a-t-il reparu aussitôt, quoique l'artère principale ait été liée? 2° pourquoi, comme le dit M. Maunoir de Genéve, l'artère ne s'est-elle pas coupée au-dessous de la ligature?
Pour répondre à la première question, je dirai "que j'ai lieu de croire que les anastomoses des arteres collatérales de l'humérale, et les récurrentes radiale et cubitale étaient déjà fort dilatées avant l'opération , puisque le cours du sang était interrompu dans la portion inférieure de la poche anévrismale par l’oblitération du tronc de la cubitale, où l’anévrisme s'était établi. Ces anastomoses ont ‘suppléé à la circulation dans l'artère brachiale, liée au-dessus de sa bifurcation.
Ma réponse à la seconde question est que toute la portion de l'artère comprise entre les deux ligatures s’est frappée de mort et s’est exfoliée dans toute son étendue le neuvième jour, et que les deux bouts de lartere, restés sains, se sont trouvés oblitérés. Ce résultat prouve qu’à moins d'une cause mécanique violente, l'artère ne peut se rompre, ainsi que l'ont prétendu quelques praticiens célèbres. Il faut que la nature établisse un point de travail inflammatoire pour opérer cette division. Mais il est plus avantageux, comme nous l'avons déjà dit, de prévenir la section de l'artère, tant par linterposition d’un corps placé entre elle et la ligature, pour protéger ce vaisseau, que par l’aplatissement qu’on obtient de son tube
pe
186. DE L'ANÉVRISME à au moyen d’une compression graduée, faite exactement et avec une seule anse de fil.
III" Observation. — Nous allons rapporter une dernière observation d’anévrisme traumatique de l'artère humérale opéré par la ligature à la méthode d’Anel ou de Hunter. L'opération n’a rien présenté de remarquable par elle-même, mais les phénomènes qui se sont offerts ensuite méritent quelque attention et font vérifier la vérité de lopinion que j'ai émise sur le changement ou la métamorphose qui s'opère dans la circulation artérielle du membre lorsqu'on alié le tronc de la principale artère.
Un jeune soldat au 4”° régiment de la garde, nommé Michel Gérard Lauterbourg, entra dans nos salles le 27 août 1825, pour y être traité d'un anévrisme enkysté au bras droit, lequel s'était développé chez ce militaire par suite d’un coup d'épée (carrelet) qu’il avait reçu dans l'épaisseur de ce membre le 31 juillet de la même année. La pointe de cette arme était entrée au côté interne du tendon du muscle biceps, à un pouce environ au-dessus du pli du coude, où s’observait encore une petite cicatrice; ensuite cette arme s'était di- : rigée obliquement en haut et en dedans pour sortir à la partie moyenne et interne du même membre. Cette blessure fut suivie d’une ‘hémorragie trèsforte, qui se manifesta par les deux ouvertures, et que les assistans du combat arrêtèrent néanmoins avec les mouchoirs dont ilsenveloppèrent le
bras. Il parait que le tube de l'artère humérale fut traversé obliquement de bas en haut et en dedans, circonstance singulière. Lorsque ce militaire fut rendu à sa caserne, l’un des chirurgiens du régiment remplaça ce premier appareii par un bandage compressif et appliqué méthodiquement sur les deux plaies, qui se cicatrisérent en peu de jours, et notre Jeune soldat se crut guéri. Le médecin luimême n'ayant rien aperçu de contre nature dans le bras de ce militaire, le congédia de linfirmerie et lui permit de reprendre ses fonctions. Mais environ un mois après, par suite de quelques mouvemens brusques, Lauterbourg éprouva une vive douleur au bras malade, dans le point correspondant à la cicatrice inférieure, où il se manifesta presque tou: à coup une tumeur oblongue, grosse comme un œuf de poule. Effrayé de cet accident, il se rendit à l'hôpital, ou il entra le jour indiqué plus haut. Nous le vimes à notre visite du 28 au matin. La tumeur, qui donnait des battemens isochrones au pouls, de la grosseur du poing et d’une forme ovalaire, sans changement de couleur à la peau, occupait le tiers inférieur et interne du bras sur le trajet de l'artère humérale, dont on sentait tres-distinctement les pulsations au-dessus de la tumeur. Les artères radiale et cubitale donnaient aussi des pulsations à peu près aussi fortes qu'à l’avant-bras gauche : d’ailleurs la constitution du sujet était bonne, ‘robuste, mais très-irritable. Avant de nous décider à faire la ligature de l'ar-
186 DÉ L'ANÉVRISME \ ; tère lésée, nous essayâmes la glace pendant trois ou quatre semaines : la tumeur parut d'abord diminuer de volume, mais elle acquit ensuite plus de sensibilité, et à un tel point qu'il fallut cesser l'usage de ce topique sédatif. Le malade étant persuadé d’ailleurs que l'opération dont on lui avait parlé le débarrasserait promptement de ‘cet anévrisme , la demandait avec instance, et nous primes enfin la résolution de l’opérer par une seule ligature passée autour de l'artère humérale immédistéthant au-dessus de la tumeur, que nous respectâmes. La deuxième, placée sur le: tronc de l'artère au-dessous de la tumeur, contre l'avis des anciens, est inutile, attendu que la circulation rétrograde est presque nulle, surtout dans les branches artérielles secondaires, et qu’elle disparait entièrement après la ligature de leur tronc: d’ailleurs le sang qui séjourne dans le kyste après l'opération se coagule et s'opposerait à l'entrée de celui qui pourrait y être ramené par les anastomoses. Une seule ligature, pratiquée RP de la tumeur, est donc suffisante.
Après avoir mis à découvert l’artère au bord interne du biceps, et en avoir écarté la veine basilique et le nerf médian qui la recouvraient, je passai entre ce nerf et l'artère une aiguille courbe et aplatie dans toute sa longueur, armée d’un cordonnet de fil ciré, à l’aide duquel j'embrassai ce vaisseau et en fis la ligature, après y avoir placé un petit rouleau de sparadrap, procédé que j'avais
DES ARTÈRES: 1 89 adopté à mes premières opérations d’anévrismes, long-temps avant la publication de l'ouvrage de Scarpa. Nous reviendrons tout à l'heure à l'usage de ce moyen auxiliaire. La ligature très- dans reuse de l'artère fut suivie d’un spasme si violent que notre jeune malade fut menacé de suffocation. L'avant-bras et la main furent frappés de stupeur et d’un froid glacial qui annonçaient une suspension totale de la circulation; en effet les pulsations des artères radiale et cubitale avaient entièrement disparu. Je crus pouvoir attribuer ces accidens, qui avaient été beaucoup plus graves queje ne les avais vus dans les autres opérations d’anévrismes, à l’état inflammatoire de l'artère que l'usage temporaire de la glace avait produit. Cependant ces accidens se calmèrent graduellement au moyen de légers anodins antispasmodiques que nous mimes snusage et de flanelles chaudes que nous appliquâmes sur le membre. Douze heures après l’opération, la chaleur et la sensibilité s’y rétablirent, et il se.manifesta des signes de turgescence générale, avec chaleur et céphalalgie, que nous fimes disparaitre au moyen de saignées, de boissons mucilagineuses très-fraiches, et de Rabna de la glace sur la; tête. 5!
Au troisième jour,.il y eut un mouvement de fièvre :traumatique; l'artère radiale. nous parut dilatée et pleine de sang comme une veine ,,et au quatrième jour on y sentit des pulsations plus lentes que dans celle de l’avant-bras gauche. La
10 DE L’ANÉVRISME tumeur anévrismale avait déjà diminué de volume: les pulsations de la radiale furent sensibles, maïs avec la modification dont nous avons parlé, jusqu’au dixième jour, époque où elles s’affaiblirent et disparurent entièrement. L’engourdissement de la main et des doigts s’est dissipé, et les mouvemens s'y sont rétablis graduellement. L'appareil de la plaie ne fut levé que le neuvième jour de lopération, et il fut remplacé par un autre trèssimple et peu serré. Au dix-neuvième jour, la ligature se détacha, mais elle éprouva quelque difficulté à parvenir aux bords de la plaie; il fallut la dégager et l’extraire au moyen de la pince à pansement. Cette résistance avait été produite par le petit rouleau de sparadrap, qui s'était enclavé sous le bord interne du biceps, ous’est formé, par la suite, un petit abcès qui a retardé la guérison du malade. Ce motif m'engagera à faire ma ligature sans l'intermédiaire du rouleau de sparadrap, et à la méthode anglaise, que j'ai vue pratiquer avec un succès complet dans les hôpitaux de Dublin, d'Edimbourg et de Londres, malgré les objections que j'avais faites contre cette méthode. Les phénomènes que nous a offerts la cireulation artérielle, dans le membre opéré de notre jeune Lauterbourg, nous prouvent, ainsi que nous lavons dit à la suite de l'observation de Cadrieux, que la nature ne se sert des branches primitives de l'artère liée que temporairement et jusqu'à ce qu'elle ait produit de nouvelles artères déstinées à
DES ARTÈRES. FA 191 nourrir la totalité du membre, et de la manière dont nous l'avons expliqué à l’article précité : car si l'artère tibiale postérieure, dans la pièce angéiologique du docteur Ribes, est apparente comme les artères de nouvelle formation, c'est parce qu'il avaitinjecté ce vaisseau séparément et avec beaucoup de difficulté; ce sont ses propres expressions: Cela justifie entièrement notre opinion sur la nouvelle circulation et sur son mode de développement. |
En revenant au sujet de notre observation, nous dirons que ce jeune militaire s’est trouvé parfaitement guéri le r* décembre de la même année. La tumeur kysteuse ayant entièrement disparu, les mouvèmens et la sensibilité des doigts et de la main se sont complètement rétablis. Il n’existe plus de pulsations aux artères radiale et cubitale. Les artères de nouvelle formation qui les remplacent sont sans doute plus profondes, et ne sont point en rapport avec les prémières.
S'il estaffligeant d’être atteint d’une maladie réputée’ mortelle, n'est-il pas bien pénible aussi pour le médecin d'être obligé de rester spectateur’ tranquille de la marche plus ou moins lente ou ra pide de cette maladie, qui doit avoir, selon l’opinion générale, une terminaison funeste? Tel est cependant l'effet du préjugé fatal qui laisse à
la personne frappée de ce genre d'afféction la perspective déchirante de se voir descendre par degrés dans l'abime de la mort, et qui donne au médecin sensible et philanthropede profonds et sincères regrets *, Ces sentences ne seraient pourtant point irrévocables si le médecin voulait s'écarter des routes de l’empirisme et porter toute son attention, éclairée toutefois par l'anatomie physiologique, sur l’état de l'organe lésé et sur le mode d'agir de la nature dans la marche de la maladie, du moins autant qu’on peut apprécier a priori le vrai caractère des causes spontanées et des causesextérieures. qui la produisent, et si, enfin, après avoir bien reconnu le mal, son siége et la nature de ses causes , il avait le courage nécessaire pour. employer les. moyens efficaces que lart possède réellement contre ces aflections , mais que le préjugé du vulgaire repousse, et dont le médecin qui n’a pas une grande expérience est souvent ceffrayé lui-même, bien que ces mêmes moyens, en apparence cruels, aient un effet très-prompt et soient exempts de tout accident notable. Le plus important et celui duquel je veux parler est le m0xa.
Le succès inattendu que nous avions obtenu de son emploi dans la maladie de Pott avec carie des vertèbres et abcès par congestion, dans celle dela | hanche accompagnée desmêmes symptômes, dans:
* L'ilustre général Foy à fourni un triste exemple de cette” vérité.
DU CŒUR. :: 195 la phthisie pulmonaire, même très-avancée, dans les paralysies des membres, dans l’hydropisie ascite et les engorgemens chroniques des viscères abdominaux, nous avait porté, vers le commen: cement de ce siècle, à essayer le même topique pour l’anévrisme du cœur, maladie si commune et contre laquelle les auteurs et les praticiens ne conseiilent que des moyens palliatifs, la considérant, ainsi que celles que nous venons d'indiquer, comme étant au-dessus des ressources de l'art: De plus, en réfléchissant sur la nature de la cause essentielle et primitive decette terrible affection, laquelle estidentique aveccelle qui produit les autres maladies organiques, l’on voit que c'est un travail morbide d'irritation, signalé par les anciens, et présenté dans un plus grand jour par le génie de Corvisart, lequel principe se fixe dans le tissu propre du cœur et en altere les fonctions. Il nous est:bien | démontré, contre l'opinion de ce médecin célèbreet de ses successeurs, qu'on ne peut détruire cetteirritation, surtout lorsqu'elle est devenue chronis que, par les seules émissions sanguines; mais.on:: concevra facilement qu’elle sera attaquée avee de: grands avantages par les topiques révulsifs,: dont: le plus efficace sans doute est le moxa. Nous tâchezrons de donner une idée de sa manière d'agir dans! : la maladie. qui nous occupe, après avoir tracé-le. développement de cette affection, sa marcheret les phénomènes qui la caractérisent; enfin: nous rapporterons le précis de quelques obsenva-s- LL, 13
194 DE ÉANÉVRISME | tions qui démontreront l'efficacité du moxa contre l'anévrisme du cœur, et quiferont vérifier, je pense, la justesse de notre pronostic, très- consolant d ailleurs pour l'humanité.
Dans mon travail sur les anévrismésinternés, jai fait observer que la cause première et prédisposante de cette affection devait être rapportée à la présence, dans tout le système de l'individu, d’un principe morbifique particulier, soit syphilitique, soit scrophuleux, soit herpétique, etc., lequel se fixe plus particulièrement dans le tissu dense êt friable des tuniquies propres des artères, et que les causes MÉCANIQUES , internes ou externes , ne peuventétre considérées quécomme accessoires ou dé: terminantes, lorsqu'elles ont: lieu. Tels sont les travaux du cabinet chez les hommes qui Cultivent les sciences ; la compression presque permanente exercée au bas de la poitrine par le corset chez les persénnes du sexe, par la flexion habituelle de cette partie sur le bassin chez:certains ottvriêrs, és
tailleurs, les couturières let les blanchisseuses; l'exercice-fréquent et fait avec force, de la voix où d’autres fonctions qui peuvent gêner l’action du cœur; les peines morales profondes et’ long-temps consérvécs. L’onanisme surtout est, chez l'un et l'autre sexe, lune des causes détérminantes ‘la plusicommune du développement de la maladie, principalement de länévrisme passif. En suivant atténtivement la marche dé ‘cette affection, depuis son invasion jusqu'à $ôn térme, on
DU COŒUR. 195 peut ‘réconnaître, la naturé dé chacune de ces causés et se rendre, jusqu à un certain point, rai= sonde leur mécanisme ; mäais nous nous dispenserons d'entrer dans tous ces détails } EXPOSÉS d’ ailleurs avec soin dans les auteurs qui ont traité cette maladie (voyez Lancisi, Morgagni, Corvisart je; Dans notre premier Mémoire sur les anévrismes des artères , nous croyons avoir démontré la réalité dé l'existence de ces principes rmorbifiques spontanés comme causes principales de ces affections; de même, l’'anévrisme du cœur nous parait pHéidre naissance dans des causes tout- à-fait analogues, et la nature ne nous semble point ‘faire dé- . veloppér cette dernière maladie par un mécanisme différent. Nous pensons auûssi, contre l’'assertion des médécinis qui ont écrit sur l'anévrisme du cœur, qué ce n’est point par l'impulsion du sang imprimée sur les paroïs des ventricüles ou des oreillettes dé cet organe, lorsqu'il trouve uné résistance difficile sürmonter, que ces cavitèss ’altérent, se diläténit ét forment aïnsilamaladie, qui peut se déve: Ioppér ensuite par unéinfinité de causes éhimiques ou mécaniques; nous croyons au contraire que e ‘est par! effet du principe morbide particulier que nous avons signalé, et qui altère d'autant plus facilement léttissu du cœur que les propriétés des fibres qui le composent ont beaucoup d'analogie avec celles de la tunique propre des artères. L action latente de cette cause spontanée produira des effets différens, selon/qu’elle agira isolément où exclusive-
ment sur l'organe lui-même, ou qu'elle sera précédée et accompagnée d’une diathèse générale ou de consomption , ce qui caractérise deux espèces d'anévrismes. Le premier, en outre d’une dilatation anormale qui s'empare de l’une ou de plusieurs des cavités du cœur, le plus ordinairement de la cavité gauche ou aortique, aura pour résultat l'épaississement des parois de ces cavités et mettra le cœur lui-même dans un état d’hypertrophie. Dans le deuxième cas , au contraire, les parois de l’une ou de plusieurs des cavités, principalement les oreillettes et le ventricule droit ou pulmonaire, perdent leur épaisseur en s’amincissant et se dilatant outre mesure d'une manière graduée ou progressive. On distingue assez facilement ces deux ‘espèces d’anévrismes. Le premier, ou l’anévrisme actif, beaucoup plus rare que le deuxième, se développe de préférence chez les sujets d’une constitution nervoso-sanguine. Il se caractérise par une sorte de gène dans les fonctions de la respiration et de la voix, accompagnée, surtout quand la maladie est avancée, d’une toux bruyante et d’expectoration de matières muqueuses blanchâtres mélées de bulles d'air, souventaussi d'hémoptysie; par une douleursourde et tensivedanslaréscion précordiale, etune difficulté presque insurmontable pour lema: lade de rester couché sur le côté gauche : sil veut insister, il tombe en syncope etest menacé de suffocation. Les dernières fausses côtes du: même côté perdent leurs mouvemens,. et font à l'extérieur une
DU COEUR, 197 telle saillie, lorsque l'anévrisme’est parvenu à un très-haut degré , qu’elles dépassent ordinairement le niveau de celles du côté sain. Le malade éprouve des palpitations brusques, douloureuses et profondes, qui augmentent et deviennent tumultueuses pendant les mouvemens violens du sujet. En posant l'oreille sur la poitrine, vers la surface du cœur , par l'intermédiaire d'une feuille de papier, on apprécie exactement la nature de ces palpitations. Ce genre d'investigation acoustique, dont je me sers depuis ma campagne d'Égypte, est plus exact, plus commode, et préférable à celui du tube cylindrique si usité. En supposant qu'avec la dilatation anormale de l'un des ventricules ou des deux en même temps, il y ait hypertrophie dans toute la masse du cœur, on sentira ses battemens dans un cercle plus ou moins étendu et comme à travers une couche épaisse de masse charnue. Le poumon du côté malade, se trouvant déplacé et refoulé vers le sommet de la cavité thorachique, ne donne de son que dans la partie la plus élevée de cette cavité. Le pouls est vibrant, accéléré, souvent plus comprimé d’un côté que de l’autre, selon la situation respective de l'obstacle pour la circulation artérielle, ce qui résulte de la dilatation du ventricule affecté. Les pommettes, les oreilles et les lèvres sont fortement colorées et de couleur bleuâtre , surtout les lèvres. Les veines souscutanées sont ordinairementinjectées et decouleur noirâtre. Le sujet est presque toujours inquiet,
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irascible ets’emportant pour la moindre causesson Érnbil est interrompu par des rêves pénibles et il n'ose sy livrer que dans certaines positions; enfin, il sent lui-même que le sang s'arrête et s’'accumule dans le cœur, vers la région duquel il porte machinalement la main pour se soulager et borner enquelque sortel’expansion oula dilatation de cet organe, et, lorsque l'oppression est forte et les 29 he hatem violentes, Île malade cherche instinctivement l'air frais, et s'applique des réfrigerans sur la poitrine, 3 que des compresses trempées dans du vinaigre froid et même à la glace.
Ces symptômes font des progrès relatifs à l'idiosyncrasie plus ou moins irritable du sujet et selon l'action des causes concomitantes propres à faire développer la maladie. Lorsqu'elle est portée à un très-haut degré, les circulations générale.et capillaire s'enrayent, se suspendent, finissent par s'arrêter complètement, et les sujets tombent dans un état d'hydropisie générale ou périssent jou un état apoplectique.
‘Æn produisant un travail AMG AE sur. le tissu, propre du cœur, la présence, du principe
morbifique dont nous ayons parlé y détermine, par une sorte de fluxus, : une. surabondance des. matériaux de la nutrition et une altération particulière, qui attaque promptement les diver- -ses parties de cetorgane. Ces altérations présentent quelquefois le caractère de la substance : stéo-
DU COEUR. : 199 tomateuse qu’on rencontre dans les os, dans les appareils glandulaires ou dans les organes parenchymateux des sujets affectés de scrophules. Les parois de la cavité malade s’épaississent en se dilatant et donnent ainsi un volume excessif au cœur. Les plus légers obstacles dans les orifices des ventricules ou dans les gros vaisseaux quinaissent de cetorgane ou s’y abouchent, favorisent alors le développement de la maladie; aussi les ossifications, surtout celles du cercle fibreux de ces orifices ventriculaires, en s’opposant à leur dilatation, sont-elles l’une des causes concomitantes les plus communes de cette affection morbide spontanée, principalement chez les personnes avancées en âge.
À l'ouverture des cadavres des sujets qui ont succombé aux suites de cet anévrisme actif, on trouve le cœur augmenté du double ou du triple de son volume naturel, avec dilatation anévrismale de l’un ou de ses deux ventricules et épaississement plus ou moins considérable de leurs parois. L'intérieur de ces cavités est quelquefois parsemé de petits abcès tuberculeux qui s’ulcèrent et perforent leurs parois. Souvent aussi ces mêmes cavités sont surmontéesintérieurement d’excroissances verruiqueuses, de la nature des excroissances.qu’on remarque sur les parties génitales des individus de l'un ou l'autre sexe, quand ils sont affectés de syphilis. Ces altérations particulières sontrelatives à la naturede
la cause morbifique spontanée dont nous ayons
parlé. Le poumon du même côté est réduit à un trèspetit volume, et il contracte ordinairement des adhérences avec le péricarde, qui participe nécessairement de la maladie du cœur. Des concrétions albumineuses jaunâtres occupent presque toujours les cavités de ce dernier organe, et s'étendent même jusque dans les gros vaisseaux. Nous avons eu loccasion de faire l’autopsie de cinq sujets avancés en àge, morts de cette affection anévrismale, et chez qui nous avons remarqué, à
quelques variations près, tous les phénomènes que nous venons d'exposer.
/Anévrisme passif.
La même cause spontanée quia donné naïssance à l’anévrisme actif, produira l’anévrisme passif s’il existe déjà une faiblesse naturelle ou acquise chez tout l'individu, et s’il se présente à l'orifice de l'une ou des deux artères, aorte et pulmonaire, une Cause qui oppose le moindre obstacle au passage du sang poussé dans ces vaisseaux par les ventricules. Très-souvent cet obstacle consiste dans un engorgement stéatomateux des valvules syemoides , qui les fait renverser vers les ventricules; ou, si la dilatation s'établit spécialement dans les oreillettes, des causes analogues de rétrécissement peuvent exister dans les orifices auricu- Jaires ou dans les valvules qui les bordent. Dans tous les cas enfin, lorsque le principe morbifique
DU CŒUR. 201 a d'abord altéré, affaibli ou paralysé le tissu musculaire des parois des oreillettes ou des ventricules, le sang s'arrêtera d'autant plus facilement dans ces cavités, qu’il éprouvera plus ou moins d’obstacle à suivre sa marche accoutumée. Au reste, ce mêmé principe, qui paralyse et fait dilater d'une part les cavités du cœur, engorge et rétrécit d’un autre côté les orifices des artères qui prennent naissance des ventricules, et ces deux effets peuvent se développer en même temps, ce qui donne à la maladie un caractère plus intense. Les phénomènes ou les signes qui caractérisent cette espèce d’anévrisme , seront plus ou moins sensibles, selon le degré où il est parvenu. Dans cette affection, il ne faut pas perdre de vue que les parois des cavités du cœur, loin de s’épaissir comme dans l’anévrisme actif, s'amincissent et perdent, à mesure que leur dilatation augmente, leurs propriétés contractiles et élastiques, en sorte que la totalité de l'organe occupe successivement un espace proportionné à l'augmentation de son volume, et envahit par degrés toute la cavité gauche de la poitrine, en refoulant le poumon et en déprimant par la suite le médiastin, du côté opposé, et le diaphragme vers l'enceinte du bas-ventre. Parvenu à un très-haut degré de dilatation, lorgane malade détermine même l'élévation et l'écartement des premières fausses-côtes et des dernières ‘des vraies, ce qui se fera d'autant plus facilement que les sujets affectés de cet anévrisme seront plus
202 DE L'ANÉVRISME jeunes. Enfin après avoir envahi toute la cavité thorachique correspondante, en avoir dilaté les parois extensibles et déprimé les parties moiles avec lesquelles le cœur est en rapport, cet organe exerce, ainsi que nous venons de le dire, une pression excentrique sur les os qui concourent à former les parois de cette cavité, d’où résultent l’atrophie des tissus, l'usure et non pas la carie des os ou des cartilages, quelquefois même leur perforation, vers les points les plus saillans de la tumeur anévrismale, qui ne tarde pas à se manifester au-dehors. Nous avons vu ce phénomène plusieurs fois, soit dans l’anévrisme du cœur, soit dans celui des artères du thorax ou ‘du bassin. Les battemens du cœur, avons-nous dit ,:se font sentir dans un cercle proportionné à l'étendue de la dilatation anévrismale ; or, comme les parois des cavités anévrismées sont amincies, et que le plus communément ce sont celles du ventricule droit, ces battemens se manifestent de manière à être sensibles à l'œil, à travers l'intervalle des dernières côtes sternales et de, leurs cartilages du côté gauche. On les sent très-bien aussi à la région scapulaire du même côté. Si le cœur, affecté de cette maladie, est à droite, c’est de ce côté qu'il faut faire ces recherches : nous avons ‘rencontré ce phénomène dans la personne d’une femme, de chambre, âgée d'environ 30 ans, attachée au:service de madame la duchesse de V****, chez laquelle nous soupçopnions un renversement total des
wiscères, dont nous avons d'ailleurs un assez grand nombre d'exemples. En posant l'oreille sur 1 région précordiale, par F intermédiaire d’une feuille de papier, comme nous l'avons déjà indiqué, ces battemens sanalysent parfaitement, et l’on peut très-bien en. apprécier toutes les nuances ; au milieu derces battemens, on peut aussi se rendre compte avec. facilité d’un bruissement plus ou moins vif, qui a lieu et qui est l'effet du passage du sang d'un grand espace dans un plus petit, à travers un'isthme resserré. Une chaleur anormale se manifeste dans toute la région du cœur, et de manière à faire monter le thermomètre de 25 à 30 et 32 degrés (Réaumur), par: la raison fort simple que le foyer du calorique sera toujours proportionné à la quantité du fluide sanguin accumulé dans les cavités du cœur, et selon qu'il sera plus ou moins vital ou oxigénifié, d’après le bon état des poumons et l’âge du sujet.
Nous avons fait ret un thermomètre à boule aplatie et tres-mince pour mesurer cette chaleur.
À ces symptômes particuliers se joignent la précipitation du,pouls, son irrégularité et sa petitesse; de l'oppression et de la gène dans les fonctions de larespiration; des douleurs locales tensives et plus ou moins aigués, selon les divers états d’irritation ou d’excitation où se trouve le malade. Cette maladie est aussi ACCOMPAGNÉE, Y vers le soir de paroxismes intermittens, qui prennent -un caractère plus ou moins régulier. Enfin si lon
n’oppose promptement àsa marche lesmoyÿens qui sont indiqués, cette affection fait des progrès continuels, lents ourapides,selon l’idiosyncrasie du sujet. Parvenue à son terme, les parois des cavités dilatées perdent entièrement leurs propriétés contractiles, la circulation est suspendue , et une syncope mortelle termine l’existence de l'individu, ou bien il se fait une crevasse dans le point le plus faible de la poche anévrismale , et une effusion sanguine entraine ordinairement, avec elle, la vie du malade. Cette effusion peut se faire dans la cavité thorachique, dans les bronches ou danslœsophage, selon les rapports ou les adhérences de la poche avec ces conduits. Lorsqu'elle est parvenue à un tres-haut degré, le troisième par exemple, cette maladie détermine la stase des fluides dans les vaisseaux lymphatiques, dans le tissu cellulaire et dans les cavités séreuses, d’où résultent l’œdématie des membres et l’hydropisie des ventricules du cerveau, des cavités thoraciques, c’est-à-dire de celle qui n’est pas occupée par le cœur, et du basventre. Rarement trouve-t-on de la sérosité épanchée ou accumulée dans le péricarde, parce qu'il contracte presque toujours des adhérences avec la périphérie du cœur, résultat de la phlegmasie qui s'établit primitivement dans ces organes.
On pourraitdistinguer trois états dans l’anévrisme du cœur; mais cette distinction nous a paru d’autant plus inutile, que le diagnostic de cette ma- Jadié est connu de tous les médecins, qu'il est
assez facile à saisir lorsqu'elle est développée, et que plusieurs auteurs célèbres, et surtout Corvisart, ne laissent rien à désirer sur cet article. Le point le plus important sans doute est le traitement de la maladie, objet principal de nos recherches.
Le pronostic en sera plus ou moins ficheux, selon son espèce, le degré où elle est parvenue, la nature des causes qui l'ont produite, l’âge, le sexe, l’idiosyncrasie du sujet, etc. En général l’anévrisme actif est moins difficile à guérir que l'anévrisme passif, parce que la marche du premier est plus lente, plus graduée, et que la maladie est plus concentrée à l'organe lui-même. L’anévrisme passif étant au contraire presque toujours le résultat d’une diathèse scrophuleuse, scorbutique , ou d’une consomption dorsale ou générale, se développe plus promptement et laisse moins de ressources pour sa guérison.
Traitement. — On a préconisé contre cette maladie un grand nombre de moyens, tels que les déplétifs et la diète, d'après la méthode de Valsalva, les dérivatifs d’après Morgagni, les diurétiques et les purgatifs d’après d’autres auteurs. En général ils ont conseillé ces divers moyens, parce qu'ils ont tous envisagé l’anévrisme du cœur dans ses deux espèces, comme étant le résultat d'un excès de ton et de ressort dans les parois contractiles du cœur, avec hypertrophie de cet organe (caractère de l'anévrisme actif), ou comme le résultat d'une faiblesse organique quile prive de cesmêmes
facultés contractiles , et amène la dilatation et la: trophie (caractère de l’anévrisme passif). Ainsi dans le premier cas, la méthode de Valsalva est indiquée selon ces mêmes auteurs, tandis que dans l’anévrisme passif ils ont conseillé les dérivatifs, méthode de Morgagni, et les diurétiques chauds, d'après quelques auteurs modernes, sur: tout la digitale pourprée, que nous avons! constamment employée avec désavantage. Elle ‘fait développer la cause morbide particulière qui a pro: duit l’anévrisme et elle aggrave le mal. Il est pourtant un grand nombre d’autres moyens proposés par les mêmes auteurs, qui peuvent concourir à la guérison de la maladie, lorsqu'ils sont admis nistrés convenablement et lorsque l'affection ané: vrismale est suscéptible de cette heureuse terminaison, car il est des circonstances! où elle est au-dessus des ressources de la médecine.
- D'après ce que nous avons dit, il.y a deux indications à remplir dans le traitement de l'anévrismé du cœur, quel que soit son caractère: La première consiste à détruire-la cause spontanée quiataltéré primitivement le tissu de cet organe} et l'a disposé à lafdilatation maladive dé ses cavités! avec: hypertrophie ou atrophie de leurs paroïs. Pour rem: plir la Seconde, en même 'tempsiqu'on atténue-la cause prédisposante par :les remèdes spécifiques; il faut chercher à la déplacer par des topiqués révulsifs, qui ont de même!la propriété de rétablit Paction: et lé ressort des parties affaiblies, et de les
DU CŒUR. ! 207 ramener par degrés à leur état normal. Néanmoins afin d’administrer ces moyens thérapeutiques avec tout. le succès qu’on peut en attendre, il faut bien, étudier le-caractère de l’anévrisme et l'âge du sujet qui en est atteint: Bien que les bases du traitement soient, ainsi que nous venons de le dire, les mêmes pour les deux espèces, ces bases doivent être cependant appliquées avec des modifications, qui seront relatives à chaque genre d’anévrisme et à leurs.complications.
: Que la cause morbifiquespontanée quia produit la maladie soit héréditaire ou acquise, il est facile d'en découvrir la nature, D'ailleurs qué cette cause ait pour origine, un principe syphilitique, rachitique, scrophuleux, rhumatismal où herpétique, ce principe est toujours attaqué avantägeusement avec les préparations de mercure, associées à d'autres substances dépuratives, et administrées. avec des modifications relatives aux variations de cette cause première et à l'état du malade. On fera. en même temps cesser les. effets de cette cause au. moyen des topiques révulsifs dont nous avons parlé, précédés, lorsqu'il y a lieu, d'émissions sanguines, faites principalementayecles ventouses; scaxifiées : elles .ont. l'inappréciable avantage de diminuer l'aspiration exercée par le cœur’ sur.le. sang veineux , Cause principale de lafflux et de la; stase, de ce liquide dans les cavités de. cet: organe ; qui se dilatent outre, mesure ct: progressive-, ment. En réduisant cette propriété aspirante:
208 DE L'ANÉVRISME elles enrayent la circulation centripète, accélèrent et font développer avec plus ou moins de force la circulation centrifuge vers les capillaires du cutis. Ces ventouses doivent être accompagnées de l’application de la glace sur la tumeur anévrismale elle-même. Le moxa, qui est le plus efficace de tous les révulsifs usités, en transmettant une masse de calorique sur le système nerveux qui se rend au cœur et sur les organes ambians, porte une telle excitation sur toutes ces parties pro-! fondes, que le mode d'action morbifique en est changé, et qu'il s’opere sur ces parties engorgées une sorte de résolution qui déplace par degrés cette cause morbide et donne à la nature la facilité de rétablir, dans les organes malades, leurs propriétés vitales et leurs fonctions naturelles ou normales. Enfin l'expérience nous a fait vérifier les avantages inappréciables que l’on retire du moxa, appliqué convenablement et dans une quantité suffisante. Maintenant nous allons tracer quelques règles de conduite pour le traitement que nous croyons indiqué à chaque espèce d’anévrisme.
Nous commencerons par l'anévrisme actif que nous supposerons exister au premier ou au deuxième degré. Il est évident que cette maladie} portée à cette dernière période, offrira pour résultat une dilatation proportionnée de l’un ou des deux ventricules, rarement des oreillettes, mais qu’il est difficile d'apprécier; cependant lorsque la dilatation anévrismale a $on siége dans le ventri-
DU CŒÛR: | 209 cule droit, les battemens du cœûr sont plus su- “perficiels, (ss sensibles à l'œil, et existent dans un cercle plus étendu que ra l'anévrisme siége dans le gauche, dont les parois sont ordinairement, et dans les mêmes proportions, beaucoup plus épaissies. Cette hypertrophie n'est pas non plus très-facile à connaître :'on ne peut la juger que par l'état du pouls, qui est alors dur ét vibrant, par la constitution sanguine et robuste du sujet, sa coloration, ét par les battemens du cœur, qui sont plus profonds et plus forts. La température s'élève moins à la région précordiale, toutes choses égales d’ailleurs, chez les sujets atteints de cet anévrisme, que chez ceux frappés de J'anévrisme passif. |
Dans l’état que nous venons de décrire, la premère indication qui se présente est celle de dimimuer la turgescence sanguine et de faire cesser le travail d'irritation qui entretient la maladie, On appliquera dans cette intention, et selon le besoin, aux régions dorsales et lombaires, une ou plusieurs séries de ventouses mouchetées, avec lesquelles on Ôte toute la quantité de sang que l'on juge nécessaire. Elles ont en outre linappréciable avantage de diminuer aussi la pléthore sanguine locale, et de détourner, au moins temporairement, l'aspiration veineuse qui se fait de la circonférence au centre, mode d'action qui entretient et favorise a-dilatation anévrismale du cœur et une aceuimulation proportionnée de sang rouge ét noir 1H. 14
à 10 DE L'ANÉVRISNE
dans les cavités de cet organe, Les sangsües!.au contraire ‘entretiennent la congestion voisine de leurs Pr , sans déterminer la moindre révulsion. |
Après avoir opéré les émissions sanguines au degré convenable , on cherchera à remplir la deuxième indication, qui doit avoir pour objet de rétablir, dans les parois des cavités dilatées du cœur et dans tout le système nerveux qui en dépend, l'action et le ressort affaiblis ou paralysés -de ces organes. Le moxa remplit avec un succès remarquable cette indication. Il a la propriété de porter à plusieurs pouces de profondeur une co- Jonne de rayons calorifères et électriques proportionnée au volume de la poupée japonaise (cylindre de coton), et c’est. dans cette propriété: excitante ignée que consiste essentiellement l’efficacité de ce remède. La suppuration qui accompagne les brülures de ce caustique n’est presque jamais nécessaire ; elle est même quelquefois nuisible : on a d’ailleurs [a facilité de pouvoir répéter l'application du moxa aussi souvent qu’on le juge convenable. |
Un autre topique , également très-avantageux, est la glace, posée Hé te sur la région du:
cœur. On commenceensuite l'application des moxas sur le trajet des nerfs intercostaux derrière l'hypocondre gauche, et on les rapproche graduellement de la région du cœur, sur laquelle on peut les poser avec sécurité, Ce sont ces derniers qui
DU COEUR. À o11
produisent le plus d'effet. L'action de la glace est analogue à celle du moxa, Cette substance sédative crispe les tissus avec lesquels.elle est. en contact, condense les fluides qui circulent dans les vaisseaux de ces mêmes tissus, et de proche en proche ces effets se propagent profondément jusqu'au cœur lui-même, qui en reçoit l'impression, Alors la raréfaction et la chaleur du sang, qui circule en très-erande quantité dans ses cavités anévrismées , diminuent ; les paro: s de ces cavités éprouvent une restriction ou une titillation, analogues, à celles que portent, sur.ces mêmes parties, les effluves calorifères. Enfin ces organes, affaiblis par l'effet stupéfiant du fluide sanguin, qui s'arrête plus ou moins long-temps dans les cavités anévrismales ) peuvent reprendre , Sous cette double excitation, leur action et leurs formes primitives : Mais pour obtenir cet heureux résultat, la glace doit être surtout employée pendant la première période du traitement; on peut y suppléer par de l’eau de puits, sursaturée de muriate d’am: moniaque ou de, muriate de chaux, également, reniermé dans une vessie. Cet agent sédatif n'avait pas peu contribué , pendant notre retraite. de Moscou, à rétrécir nos organes et a à Les disposer ? à, l'atrophie. Déjà nous avions signalé, avec beaucoup d’autres praticiens, l'efficacité de la glace pour les, tumeurs anévrismalesdes artères: il M persévérer! sur son usage jusqu au PAIE degré de la réduction du cœur. Lorsque l'anévrismese complique de.
phthisie pulmonaire ( c’est ce qui arrive Communément dans les anévrismes passifs, chez les jeunes personnes du sexe), on ne doit insis ter que lè moins possible sur l'emploi de la glace, parce qu’elle fait développer chez l’individa une affection fébrile intermittente, dont les effets aggravent la phthisie pulmonaire et accélérent sa terminaison funeste.
Nous en avons eu un exemple chez une demoiselle de ï7 ans, atteinte à la fois de ces deux maladies. Celle du cœur avait été guérie sous l'influence . du traitement tracé, tandis qu'elle a succombé plus tard à celle de la phthisie pulmonaire, et avant la fin de cette dernière maladie le cœur était rentré dans son état primitif ou normal.
Nous regrettons beaucoup de r’avoir pu faire J'autopsie du cadavre de cette jeune personne; elle aurait concouru sans doute, avec d’autres faits qui seront rapportés, à faire vérifier nos assertions.
A ces remèdes essentiels, modifiés selon le genre de Ja maladie, la nature des causes qui l’ont produite , et les divers états du sujet, on doit joindre l'usage des substances propres à combattre la. cause morbide spontanée , et si l’on a raison de’ croire quelle soit le résultat d’un vice vénérien , scrophuleux ou herpétique, on emploiera avec avantage, contre ces virus, la liqueur de la formule suivante, prise une ou deux fois par jour dans un liquide mucilagineux , tel que du lait d’ànesse, de vache ou de chèvre, à dés doses relatives
à l'âge et à la constitution du malade; mais en Enéuel il vaut mieux employer cette liqueur. à petite doses. |
R. Muriate suroxigéné de mercure. , , « . .
Muriate d’ammoniaque . . . . . . +. . \aa gs". v. Opium gommeux ..... ..... as
Faites dissoudre lopium dans s. q- d’eau distillée, ajoutez ensuite à cette ne dissolution les deux autres substances, qu'on dissout ensemble avec s. q. de liqueur minérale d'Hoffmann, et étendez la totalité de cette dissolution dans
Bauieaiéen. JL OM IRENE, 160, LUNA
à prendre depuis une cuillerée à café Jusqu'à une cuillerée à bouche dans un véhicule mucilagineux. Si à la maladie qui nous occupe :il,se joignait quelque symptôme distinct de syphilis, on ferait faire au malade une friction, à la plante des pieds, d'une petite dose d'onguent napolitain double (un gros) , et à cinq ou six jours d'intervalle.
Quelques boissons douces mucilagineuses, fraiches ou à la glace, pourront être données dans le jour, mais en petite quantité. Pour. la nuit, l’on peut faire usage de petites doses de lait d'amandes douces et de quelques amandes amères , aromatisé avec l’eau de fleurs d'oranger et édulcoré avec le sirop de violettes. Il faut entretenir le ventre libre par quelques bouillons rafraichissans et des, lavemens émolliens Jaxatifs. Le malade doit manger
14 DE L'ANÉVRISNTE peu, se nourrir d’alimens doux, mucilagineux et très-légers, et s'abstenir entièrement des viandes faites, trop succulentes , des viandes salées où da porc, des légumes farineux , des crudités, du café, des liqueurs et même du vin. Si sa constitution le permet, il doit emprunter principalement sa nourriture du laïtage. 11 faut qu’il observe le repos moral et physique, et autant que possible, une position inclinée; qu'il tienne fraichement la région centrale de la poitrine, et les pieds constamment chauds, et qu'il soutienne les parois du bas-ventre au moyen d'une ceinture élastique pour empêcher le tiraillement ou labaissement du diaphragme par le poids des viscères de cette cavité, lorsque ses parois sont relâchées, ce qui arrive surtout chez'les femmes qui ont eu des enfans. #1 11140 Tel est le traitement qui nous à paru le plus convenable aux dilatations anévrismales du cœur et que nous avons mis en usage, avec plus où moins de succès, dans tous les cas d’anévrismë que nous:avons traités, ainsi que nous espérons, en donner la preuve dans les observations suivantes. Mais pour obtenir des résuliats heureux de’ ce mode dé traitement, il faut insister long= témps sur l'emploi des principanix moyens qui le composent, en les modifiant encore selon les circonstänces. Les observations que nous allons rap: 1 porter, ét qui séront relatives:aux deux espèces d'änévrismes , feront connaître les modifications qui sont indiquées par chacune de ces affections.
DU COEUR. 315 1° ‘Obsérration. — Le premier SAIES sur qui j'essayai le Moxa était une femme âgée d'environ 26 ans , Marie B°**, blanchisseuse au Gros-Caillou. Cette fsfithe se plaignait de douleurs vives dans! le dos’ et à la région du cœur, dont les battémens étaient sensibles à l'œil ét se manifestaient dans tir cercle ‘très-étendu. En posant l’oreïllé derrière Yhypocondre gauche, au-dessous de l'omoplaté; après avoir recouvert cette partie d’une feuille de papier, on sentait très-bien ces mêines battémens, et cette région du corps donnait aussi un foyer de chaleur surnaturellé. La plus légère pression, éxercée sur les apophyses épineuses des dixième et onzième vertèbres dorsales, causait de'très-vives douleurs et augmentait instantanément les palpitations.Le pouls était fébrile et plus concentré du côté gauché; les veines jugülaires étaient constamment gonflées; és lèvrés, d’un rouge violet; les pommettes , injectées ; la respiration était laborieuse , et la malade dans un état d’ aphonie presque complète, et de maigreur excessive.
Interrogée sur l’origine de ce mal et sur les causes qui avaient pu le produire ; cette femme nous annonça qu'à 23 ans, six mois après un ace couchement laborieux, péndant lequel ellé ävait perdu son enfant, il lui était survenu, par leg voies utérines, ün flux abondant d'un babes jaunâtre ; avec des ardeurs d'urine et de légères ExCOriations aux parties sexuelles; qu'ayant fait usage de l’eau blanche (régéroininer All) én lotions et en
injections , ce flux s'était arrèté tout à coup; qme
dès ce moment elle avait ressenti, dans les régions,
de l’estomac et du cœur, les douleurs dont elle se.
plaignait, et qu'enfin depuis cette époque ses
menstrues avaient été très-irrégulieres et peuabon-. dantes, Tous ces symptômes nous indiquèrent un anévrisme passif du cœur, porté au deuxième de-
gré, car il est bien évident d’abord que la sup-
pression subite de ce flux , que nous avions lieu de soupçonner être blennorrhagiqné avait été chez cette jeune femme la cause première et essentielle de la maladie, et qu'ensuite. lattitnde :presque toujours courbée des blanchisseuses et les transitions brusques de température auxquelles ce: métier les expose, avaient CONCOUTriuL au développe: ment de l’anévrisme, que l’un des. médecins du quartier avait reconnu des les .premiers temps; aussi avait-il déjà mis.en, usage les: saignées; les sangsues 4 ppliquées, à plusieurs reprises , sur la région précordiale, et plusieurs espèces de. médicamens, surtout la digitale pourprée..
La rachialgie,.qui hi cette malade me parut.
compliquer l anévrisme, Car cette; derniere: affection n’était point assez avancée pour-avoirpu déterminer l'usure du corps des vertebres désignées plus haut, m'engagea à me'servir des moyens que javais | tant de fois employés, et avec un si grand succès, contre la maladie des vertèbres, me peraude d’ailleurs queices moyens ne RON êlre contraires à T anévrisme.
‘DU COËUR. 217 Aprèsavoir tracé à cette femme un régime mucilagineux et rafraïchissant, et lui avoirprescrit la liqueurspécifique dontnous avons parlé, à prendre le matin à jeun par petites cuillerées dans du lait, liqueur très-propre à combattre la cause morbide spontanée , nous fimes appliquer, sur les régions dorsales et lombaires, successivement et à des intervalles convenables, plusieurs séries de ventouses mouchetées, qui procurérent beaucoup de soulagement et nous parurent faire réduire le volume de l'anévrisme, en ce que les battemens étaient moins violens et ne se manifestaient plus dans un cercle aussi étendu. À ces topiques déplétifs et révulsifs; nous fimes succéder l'emploi du moxa, que je posai deux par deux sous l'os scapulum gauche et sur les points les plus reculés. de l'intervalle des sixième, septième, hitième, neuvième et dixième côtes du méine:côté.et en arrière. Les deux premiers ayant fait disparaitre presque tout à coup les douleurs de l’épine et calmé sensiblement, les bat: temens de l'anévrisme, je confiai cette malade à l'un de mes élèves pour suivre .ce traitement, et surtout pour continuer l'application des moxas,, en observant les préceptes quenousavonsindiqués, pour que cette application se fit avectout le succès qu'onpouvaiten attendre. Jerecommandai aussi à la malade d'observer rigoureusement le régime adoucissant quiluiavait été tracé; de poser fréquemment de la glace sur le côté, et de continuer long-temps, mais à petites doses, l'usage de la liqueur prescrite.
à18 DE V'ANÉVRISME
Peu de temps après je me mis en route pour la campagne de Russie. Malgré l’état d’améliora: tion où cette femme se trouvait à mon départ, je n'avais pas osé compter sur sa guérison; cépéndant à mon retour de Moscou, ou plutôt apres les campagnes de Russie; de Saxé ét dé France, en 1815, cette blanchisseuse vint me voir à Phôpital de la garde pour me remercier des soins que je lui avais donnés. À ma grande et agréable surprise, non - seulement je la trouvai güérie de son anévrisme et'ayant acquis de’ lembon:
point'etide la fraicheur, mais le cœur nous parut réduit au-dessous du volume de son état normal. Le chirurgien à qui javais confié cétté jeune femme lui avait posé douze moxas, ce qui faisait quatorze en tout.
Ce succès remarquable m’encouragea, ‘et je me promis de suivre cette méthode dans tous les cas d’anévrisme au cœur : comme cette maladie est très-commune, les occasions ne tardèrent point à s'offrir. |
I Observation. — Une deuxième femme, nom:
mée Magny (Marie), âgée d'environ 27 ans, se plaignaït dépuis près d’un an de douleurs avec des palpitations violentes à la région dû cœur, symptômes qu’elle attribuait à de profonds cha: grins qu’elle avait éprouvés, ét à là suppression subite des fleurs blanches auxquelles ele avait été D depuis son enfance. "7 |
: Nous reconnûmes en effét tous les signes d’un
DU COEUR. 519 anévrisme passif porté au deuxième degré. Des battemens précipités, et occupant un grand espace, se faisaient sentir sous les fausses côtes du côté droit, à l’épigastre , comme à tout le côté gauche de la poitrine. Ces palpitations étaient accompagnées dé douleurs dans le côté et le milieu du dos, de céphalalgie presque ‘habituelle, de toux sèche et fréquente , de difficulté de respirer, et d’une expectoration muqueuse de couleur verdätre; le pouls était fébrile; la peau décolorée , légèrement bouffe; les lèvres, de couleur bleuâtre, et les veines jugulaires fortement injectées. En posant la main sur le côté malade, elle était presque soulevée par les battemens du cœur, et l’on reconnaissait la chaleur excessive dont nous avons parlé. La malade était privée de sommeil, et se trouvait danstun état de mélancolie profonde.
Les maux de tête violens et presque habituels que cette pauvre femme éprouvait nous engagerent à commencer le traitement par une forte saignée à la veine jugulaire , et nous appliquämes ensuite aux régions dorsales et lombaires plusieurs ventouses mouchetées, auxquelles nous fimes succéder le. moxa, que nous posämes deux par deux, et derrière l'hypocondre gauche. L'amélioration sensible que là malade éprouva de ces premières ‘opérations l’encouragea et lui fit supporterravec résignation le reste du traitement, qu’elle x suivi pendant quinzé à dix-huit mois, et qui a consisté principalement dans l'application
220 DE L'ANÉVRISME de dix-neuf moxas, l'emploi de la glace sur la région précordiale pendant les premiers mois, l'usage intérieur de la liqueur spécifique , à prendre par petites doses dans du lait, et un régime rafraichissant. | Sous l'influence de cette médication, tous les symptômes de l'affection anévrismale se sont dissipés graduellement, et le cœur est rentré dans son état primitif ou naturel. Il nous a paru aussi, comme chez la première malade, que le côté gauche s'est affaissé, et. que.le diamètre de cette partie de la poitrine s'est réduit dans lesmêmes proportions de la dilatation que cette cavité avait d’abord éprouvée. Enfin cette femme est arrivée à une guérison qu'on peut appeler complète : elle avait été vue et traitée avant nous par deux médecins. III" Observation. — Une troisième observation a été faite sur la personne d’un lieutenant du 5° régiment de la garde, nommé R°*(Jean-Baptiste), Âgé de 39 ans, d’une taille avantageuse et d’une constitution sanguine robuste. | Cet officier, après avoir fait un grand nombre de campagnes dans les climats divers de l'Europe, et avoir successivement, rempli ,.dans l'ex-garde comme dans la garde royale, les fonctions de sousofficier et d’officier instructeur, fut pris tout à coup, vers la fin de l'année 1824, de douleurs vives dans la région du cœur, accompagnées de: palpitations bruyantes et incommodes, de: cépha- -lalgie passagère, de vertiges, et quelquefois de
DU COEUR: ‘of syncôpes, surtout lorsqu'il avait commandé la manœuvre pendant quelques quarts d'heure de suite, ou qu'il s'était livré au moindre exercice violent. Il éprouvait aussi de l'oppression, ainsi qu'une très-grande chaleur dans toutle côté gauche, et il ne pouvait se coucher du côté droit, sans être menacé de suffocation. Cet officier nous déclara qu'il n'avait cessé d’éprouver quelques indispositions de cette nature, depuis ure-troisième atteinte d’aflection syphilitique, qu'il avait contractée plusieurs années avant son entrée à l’hôpital. Les premiers symptômes de cette affection étaient une petite plaie calleuse chronique au prépuce, et de légères exostoses aux jambes. Ces symptômes avaient été précédés , à plusieurs époques différentes, de flux Bennorrhagiques qui avaient été traités au moyen d'injections astringentes, et jamais ce militaire n'avait été soumis à un traitement méthodique.
Lorsque, dans les premiers jours d'août 1825, il entra dans nos salles de blessés , nous reconnümes en lui tous les signes d’un anévrisme actif du cœur, porté tout au moins à son deuxième degré, ear lhypertrophie de cet organe avait déterminé une telle exubérance dans tout le côté gauche du thorax, qu'il dépassait de plusieurs lignes le niveau de la même surface du côté droit; que les dernières côtes sternales et les premières asternales étaient beaucoup plus écartées que celles opposées; le rebord cartilagineux de ces dernières était
plus saillant qu'à droite, et le mamelon gauche un peu plus élevé que celui de l'autre côté. Des battemens obscurs , accompagnés de bruissement , se faisaient sentir à l'oreille, appliquée sur la région précordiale, et par l'intermédiaire d’une feuille de papier, dans un cercle ovalaire, de haut en bas; d'environ quatre pouces de diamètre, c'est-à-dire depuis le niveau de la troisième côte jusqu’audessous du cartilage xiphoïde , et depuis le centre du sternum jusque sous l’aisselle du même çôté. Le pouls était plein, vibrant, précipité, et donnait près de cent pulsations par minute ; le thermomètre de Réaumur, posé sur le côté affecté, montait à 30 degrés. La voix avait un son rauque, aphonique ; et le malade était dans: un état d'irascibilité permanente. Les battemens du cœur n'étaient point sensibles à l'œil, comme dans lanévrisme passif; on ne pouvait les apprécier qu'à l'aide du moyen acoustique que nous+avons indiqué. Le bruissement particulier et volumineux qu'on entendait nous a fait croire qu’il existait aussi une dilatation anévrismale dans la courbure de l'aorte. Au reste les artères carotide et radiale étaient également dans un état de dilatation anormale. Ainsi, il n'était point difficile de déterminer au juste le caractère de la maladie, et d'en reconnaître les véritables causes, dont l'une, prédisposante, était évidemment le virus syphilitique qui avait été brusquement rétropulsé; et dont des autres déterminantes étaient les fatigues,, les vicis-
DU COŒUR. : 223 situdes de la guerre, et surtout la locution véhémente et fréquente à laquelle cet officier avait été contraint de se livrer par son métier d'intructeur.
Il nous parut donc aussi simple que rationnel de remplir la double indication qui se présentait chez ce malade, La première devait consister à détruire la cause morbide spontanée, et la deuxième à en faire cesser les effets par les topiques déplétifs et révulsifs, administrés avec les précautions convenables. Pour procéder avec ordre, nous commençames d'abord par désemplir les vaisseaux de la tête, qui nous parut être frappée d’une turgescence sanguine locale. Cette première déplétion se fit au moyen d’une saignée à la veine Jugulaire, à laquelle nous fimes succéder, quelques jours plus tard, une deuxième saignée au pli du bras, et à celle-ci, l'application des ventouses mouchetées aux régions scapulaires, dorsales et lombaires, moyens qui apaisèrent sensiblement tous les symptômes. Nous nous décidèmes ensuite à passer un large séton à travers les tégumens du côté gauche de la poitrine , et lorsque la suppuration commença à s'établir, on soumit le malade à l'usage des moxas. Les deux premiers furent posés sous le scapulum gauche, à un pouce de la colonne dorsale; on en appliqua d’autres successivement sur la même région, et trois enfin à l’épigastre, en sorte que le nombre total s’est élevé à treize ou quatorze. De légers cautères actuels, précédés de ventouses mouchetées, ont été aussi suc-
04 DE L'ANÉVRISME cessivement posés sur divers points de la poitrine. Dès le commencement de ce traitement, mous avions mis en usage la liqueur antisyphilitique que le malade devait prendre, le: matin à jeun, dans du lait à très-petites doses, et nous lui avons fait faire tous les cinq à six jours, à la plante des pieds, une friction d’un gros à un gros et demi d’onguent napolitain double, à laquelle il faisait succéder le lendemain matin une lotion d'eau de savon très-chaude. Je lui prescrivis des émulsions aromatisées avec l’eau de fleurs d’oranger, et édulcorées avec le sirop de violettes, à prendre le soir à l'heure du sommeil; un régime adoucissant mucilagineux, le repos etla tranquillité la plus parfaite. Le malade ne put supporter l'usage de la glace sur le cœur, il fallut y renoncer, Le mieux sensible que les ventouses et le séton lui avaient d'abord procuré alla successivement en augmentant d'une manière presque progressive sous l'influence des moxas, et apres huit mois environ de l'usage de tous ces moyens, non:-seulement tous les symptômes de l’anévrisme ont dis- ‘paru, mais la cavité gauche du thorax s’est réduite au point que ses parois sont plus affaissées que celles du côté droit, et que le mamelon du côté malade est maintenant à huit lignes environ audessous du niveau de celui. du côté opposé. Les battemens du cœur sont concentrés dans un trèspetit cercle, et sont à peine sensibles, même à l'oreille appliquée sur la région de cet organe. Les
Lu
artères radiales ét carotides sont également réduites de volume dans les mêmes proportions, et tout annonce que le cœur lui-même a éprouvé une telle réduction qu'on peut le considérer comme dans un état d'atrophie. Enfin tout le sujet, qui était primitivement dans un embonpoint graisseux surabondant, avait considérablement maigri:il ne jouissait pas moins d’une bonne santé lors de sa sortie de l’hôpital, le 22 janvier 1826. Ce militaire a été vu, dans les différentes époques de son traitement, par plusieurs médecins étrangers
et par mes collaborateurs.
IV Observation. — Pierre D‘*, âgé de 29 ans, né dans l’une des vallées de la Suisse, valet de chambre de madame la comtesse de Nant***,se présenta à notre consultation en 1823, avec tous les signes d’un anévrisme passif du cœur et d’une phthisiepulmonaire commencçante. Ces affections pathologiques se caractérisaient par les battemens désordonnés et très-étendus de cet organe, etpar une exaltation de la chaleur dans la région correspondante, au point que le thermomètre de Réaumur y montait de 25 à 30 degrés. 1l y avaitoppression, difficulté de respirer, aphonie et toux habituelle, accompagnée d'une expectoration muqueuse mêlée de bulles d'air. Le malade éprouvait des douleurs profondes et presque continuelles dans la région du cœur et au centre de la région dorsale. En appliquant l'oreille sur la première région, on entendait les palpitations avec le bruissement
qui leur est propre, dé manièré à détertinér au juste et leur caractère et leur étendue. Ces bättemens étaient sensibles à l'œil dans l'intervalle de la Cinquième à la sixième côte, et ils sé manifés: taietit aussi sous le cartilage xiphoïde. Ce jeuñe homtie nous déclara avoir jamais éprouvé de syiiptômes de blénnorrhée, ni de syphilis, mais il avait eu dafis son bas âge des abcëès froids au cou, et il s'était livré aux excès de l'onanisme. C'est sous l’infltiènce de cette habitude, qu’il avait néan: moins perdüe depuis quelques années, qu'il avait ressenti les premiers symptômes de Sa malädie. Conime il y avait des signes de pléthiore $anguine et d’üne phlegmasie aiguë, nous commencâiñes le traitement que j'avais projeté, ét que lé malade, $e voyant en danger, réclama lui-même aävée inistance ; nous commencames, dis-je, par les ventouses mouchetées, que nous fimes appliquer sur les régions dorsales et lombaires. Nous répétàmés ces saignées révulsives jusqu’au moment où la déteñte nous parut complète, et nous passames énsuite à l'application du moxa, que nous posämes deux à deux sur les points que nous avons inidiqués chez les sujets des observations précédentes. Un mieux sensible fut la récompense du courage qué montra ce jeune Suisse dans ces premières opérations ; aussi, comme il était plein dé con: fiance dans cétte médication , nouüs poufsüivimes sans nul obstacle, pendant quinze à seize mois , jivtre traitement avec un tel bonheur, qu'à cette
DU COEUR. 227 époque ; et après avoir perdu de vue ce domestique un certain temps, J'avais peine à le reconane à cause du changement favorable qui s était opéré sur'sa personne. Il s'est trouvé guéri, et dans l’état le plus satisfaisant, après l'application du dix-septiéme moxa. Ce malade avait été soumis à un régime sévère lacté, et à l'usage de la liqueur dont nous avons donné la ie , et que nous appellerons ici antiscrophuleuse , liqueur qu il prenait, comme les autres malades, dans du lait le matin à jeun, et à petites doses. Il a été également vu, dansle cours du traiternent et après sa guérison, par les médecins étrangers qui suivent mes visites à l'hôpital du Gros-Caillou.
V Observation. — Appelé près de madame veuve T**, âgée de 27 à 28 ans, pour des douleurs vives et fréquentes à la poitrine , accompagnées de palpitations incommodes , qui, dans certaines circonstances, soulevaient la main posée au-dessus du sein gauche, il nous fut facile de reconnaitre, chez cette dame , un anévrisme passif du cœur, porté à un très-haut degré, et pour lequel cette malade avait déjà subi plusieurs traitemens. Elle avait surtout fait usage de la digitale pourprée; mais cette substance lui avait paru constamment aug menter son mal. Effrayé de sa gravité, nous ne vous lûmes entreprendre aucun traitement avant d’avoir eu une consultation, que la malade convoqua elle-même pour le lendemain, Du nombre des consultans était le docteur Ribes, Apres avoir établi
pa
un pronostic fàcheux sur le caractère de la maladie, les médecins qui avaient été appelés adoptérent le mode de traitement que je leur proposai, basé sur les moyens qui avaient été mis en usage pour les sujets des observations précédentes.
En outre des symptômes que nous avons déjà signalés, on observait, sur le trajet de la troisième côte, une exubérance arrondie se confondant avec la glande mammaire, et sous laquelle des battemens très-forts se faisaient sentir. Ces
battemens se mamifestaient aussi dans tous les
autres points du côté gauche de la poitrine, et sous le cartilage xiphoide. L’oreille les percevait également sous l'os scapulum gauche. Le pouls était petit, accéléré et constamment fébrile. Un foyer de chaleur anormale se faisait sentir au toucher dans la région précordiale , tandis que les pieds étaient toujours glacés. Le visage était pale; les lèvres étaient épaisses et de couleur. bleuâtre, les veines jugulaires et celles du bras très-gonflées. Des accès fébriles avaient lieu assez régulièrement tous les soirs, et cette malade nous déclara qu'à l'approche des menstrues il se formait sur toute l'habitude du corps une éruption de pustules lenticulaires d’une teinte rosée, qui lui causaient des démangeaisons douloureuses. Ces pustules disparaissaient avec le flux menstruel. Nous apprimes aussi que ces éruptions et les palpitations du cœur étaient survenues à la suite de la suppression brusque d’une leucorrhée, d’un
. blanc jaunätre , que cette dame avait conservée depuis son mariage jusqu’à la mort de son époux, époque à laquelle ce flux s'arrêta tout à coup.
Nous commençèmes notre traitement par une saignée à l’une des veines du bras, à laquelle nous fimes succéder les ventouses mouchetées posées à plusieurs reprises sur les régions dorsales et lombaires, principalement du côté gauche. Peu de jours après nous appliquâmes un premier moxa sous l'os scapulum , entre les septième et huitième côtes. Nous prescrivimes en même temps de la glace sur la région du cœur, et l'usage de laliqueur désignée à prendre à petites doses et dans du lait le matin à jeun. La malade fut soumise aussi à un régime lacté.
Après l’application des premiers topiques révulsifs , il se fit, dans l’état de la maladie, une amélioration sensible, qui continua de marcher ensuite d’une manière tellement progressive, qu'apres le septième moxa tous les symptômes de l'anévrisme avaient déjà disparu, en y comprenant même l’exubérance contre nature que nous avions remarquée au-dessus du sein gauche. Enfin au neuvième moxa nous pümes prononcer la guérison de la malade, qui a eu lieu huit mois après la consultation. Maintenant le cœur parait être réduit au-dessous de son volume normal ou primi- “tif, ét comme s’il était entré dans un état d’atrophie. La chaleur est revenue aux pieds et aux
mains; toutes les fonctions se sont rétablies ; et
230 DE L'ANÉVRISME il madame T** a repris de l'embonpoint, de la frai- | cheur, et sa prémière gaieté. Nous avons établi un exutoire au bras, comme une précaution que nous ne croyons pas inutile,
VI" Observation. — Bl'* (Eugène), âgé de 27 ans, d'une haute taille, annonçant devoir être, avant son état de maladie, d’une constitution athlétique et éminemment sanguine, exerçant la profession de tonnelier, marié depuis peu d'années à une jeune femme fraiche et robuste, ayant servi comme militaire pendant les deux dernières
campagnes, vint nous trouver à l'hôpital de la garde dans les premiers jours d’ avril 1825, pour réclamer nos soins. Nous l’examinâmes attentivement en présence de mes élèves et de plusieurs médecins étrangers qui se trouvaient à l'hopital.
Tous reconnurent chez cet homme un anévrisme du cœur porté à un très-haut degré et vraiment effrayant , car les battemens de cet organe, sensibles à la vue, soulevaient la main qu’on appliquait sur le rebord cartilagineux des dernières. côtes, vers la région précordiale. Tout le côté correspondant de la poitrine était plus saillant ou plus élevé que le droit. Les palpitations se faisaient sentir dans une très-grande étendue et jusqu’à l'épigastre. Le malade éprouvait presque continuellement, et surtout lorsqu'il se livrait aux moindres exercices violens, des douleurs tensives vers le cartilage xyphoïde et aux apophyses des sixième,
DU COUR. 231 septième et buitième vertèbres dorsales, accompagnées d’oppression et d’une chaleur incommode très-élevée et sensible au toucher des assistans. Le thermomètre de Réaumur (fait exprès pour ces expériences), étant posé sur la région du cœur, marquait 32 degrés. Le pouls des deux artères radiales était trés-dilaté, vibrant et fébrile. Les artères carotides étaient dans un état de dilatation anévrismale, et ce jeune homme éprouvait fréquemment de violens maux de tête. Il avait déjà eu plusieurs syncopes, suivies de convulsions. Les veines jugulaires et toutes celles sous-cutanées étaient irés-distendues et d’une teinte noirâtre ; les pommettes étaient habituellement colorées etles lèvres violettes. La digestion était pénible, laborieuse ; les éyacuations alvines rares, et l'urine presque toujours trouble. Le sujet était privé de sommeil, toujours inquiet, irascible et frappé du danger qui le menaçait.
Bien que les battemens du cœur fussent superficiels et sensibles à la vue, ils ne setransmettaient pas à l'oreille d'une manière assez immédiate pour nous laisser croire à l'amincissement des parois des ventricules; nous étions persuadé au contraire que malgré la très-grande dilatation de ces cavités, leurs parois n'avaient cessé de conserver une certaine épaisseur qu'on semblait reconnaitre, et par le mode d'agir des baitemens, et par tous les signes d’excitation des puissances motrices de tout le système artériel et musculaire, ce qui nous fit
232 DE L'ANÉVRIÈME penser que cet anévrisme pouvait être mis dans la classe des anévrismes actifs. Quel qu’en fut le caractère, cette maladie fut jugée comme incurable et nécessairement mortelle par tous les médecins qui virent ce tonnelier. Avant son mariage et pendant son service à l’armée, B** avait contracté une blennorrhée et avait eu au prépuce deux ou trois petites plaies syphilitiques, qu’on avait fait promptement disparaître par des astringens et de légers caustiques. Il n’est pas douteux que ce principe syphilitique rétropulsé, que l'usage immodéré du commerce des femmes , et de plus son métier de tonnelier, qui l'obligeait à être presque constamment courbé sur son ouvrage, n'aient été les causes du développement de cette maladie. Enfin au total le pronostic en était très-fâcheux ; aussi éprouvais-je une grande hésitation à en entreprendre le traitement : cependant cédant aux instances réitérées du malade, je me décidai à employer les moyenssuivans. Nous commençèmes par une forte saignée à la jugulaire : je la considérai comme très-urgente, le sujet me paraissant menacé d’apoplexie ; ilétait d’ailleurs nécessaire de dégorger les vaisseaux du cerveau pour faire cesser l'irritation des plexus cardiaques que le pneumogastrique fournit en grande partie. Cette saignée produisit en effet un soulagement sensible, ce qui encouragea notre malade. Nous en fimes faire ensuite une deuxième à la veine du bras, et nous posames, à plusieurs reprises, aux régions dorsales
. DU COŒUR. … Ni 1 et lombaires, des ventouses mouchetées qui produisirent aussi de très-bons effets. Enfin nous passàmes à l'application du moxa, posé un à un, sous le scapulum gauche, vers les racines des nerfs vertébraux de ce même côté. De la glace, contenue dans une vessie, fut en même temps appliquée sur la région du cœur. Nous prescrivimes aussi l'usage de la liqueur antisyphilitique, de la formule précitée, à prendre le matin à jeun dans du lait, quelques frictions mercurielles à la plante des pieds, qu'on devait faire à de grands intervalles, un régime lacté et le repos.
L'amélioration successivement progressive que le malade éprouva de l'emploi de ce traitement nous le fit continuer avec le même courage et la même persévérance. Déjà la dilatation anévrismale du cœur avait été réduite , vers le mois d'août, de plus de la moitié de son volume. Nous supprimâmes, à cette époque, l’usage de la glace, d’ailleurs devenue fort chere et extrêmement rare, mais nous continuâmes encore, seulement avec quelques modifications , l'emploi de tous les autres moyens. Le nombre des moxas a été porté à vingttrois ; il y a eu aussi un grand nombre de ventouses mouchetées , appliquées sur le dos et derrière les hypocondres.
Enfin notre malade a été présenté, étant en voie de guérison, à la Section de Chirurgie de l'Académie royale de Médecine , vers la fin de no-
vembre 1825 ; et à la fin de février suivant, nous
de.
234 É DE’ T'ANÉVRISME avons pu annoncer sa parfaite et complète guérison. Le cœur paraît être rentré dans son état normal, et ses battemens ne diffèrent point de ceux delhomme en santé. Le côté gauche de la poitrine s’est sensiblement affaissé, et les parois de la cavité se sont sans doute rapprochées. On peut en juger par le défaut de parallélisme qui se remarque entre les deux mamelons; le gauche se trouve à Six lignes au - dessous du niveau du droit. Maintenant toutes les fonctions du sujet s’exécutent parfaitement, et il a repris de l’embonpoint.
VII® Observation. — Le sujet de cette observation est madame Falix, âgée de 30 ans, mère de quatre enfans, épouse Fi horloger qu'elle seconde dans l'exercice de sa Draft: et dont elle partage assidument les travaux. Cette dame fut atteinte, vers le mois de mai 1824, de maux d’estomac qui linquiétaient avec d'autant plus de raison, que son père venait de mourir d’un squirre au pylore.
La rougeur de la langue, la douleur qu'occasionait la pression sur l'épigastre, et la chaleur que manifestait cette partie, annonçant l'invasion d’une phlegmasiegastrique,oncrutdevoirappliquer quelques ventouses mouchetées sur cette région , sur les hypocondres et aux régions lombaires. On prescrivit un régime adoucissant, et enfin la maladie persistant malgré l'observation exacte des règles de la diététique, on eut recours à l'application de
| DU CŒUR. : 235 deux moxas, qui furent posés sur l’épigastre dans le courant de juillet 1824.
Vers cêtte époque, madame Falix devint enceinte, et soit que les moyens employés aient eu assez d'efficacité pour arrêter la marche de la maladie, soit que la grossesse ait eu le pouvoir d’en suspendre les progrès, cette dame se trouva généralement mieux. L'appétit fut assez bon, les digestions plus faciles , et la santé fut même assez satisfaisante depuis l'accouchement, qui eut lieu au mois de mars 1825 , jusqu’au mois d'août suivant, où le mal revint avec la plus grande intensité. Aux symptômes qui caractérisaient alors l inflammation latente de l'estomac, et quiannoncaienten particulier la prochaine dégénérescence squirreuse du pylore, se joignit bientôt une série d’accidens qui ne laissèérent aucun doute sur l'existence simultanée d’une hypertrophie des cavités gauches du cœur avec dilatation anévrismale de l'aorte. Voici l’état de la malade au 1° novembre. |
Les alimens les plus légers, le lait même, quoique pris en petite quantité, occasionaient, quelque temps après leur ingestion, de violentes douleurs. L’épigastre était dEuhd tellement sensible, que la plus légère pression et % poids même des vêtemens étaient intolérables. Hors le temps de la digestion, les douleurs diminuaïent et semae se concentrer sur un seul point d'une Si petite étendue que le pouce aurait suffi pour le
couvrir, selon l'expression de la malade, qui indi-
| Sam quait d'ailleurs , d’une manière très-précise, le lien qu’occupe ordinairement orifice gastro-duodénal. Il y avait en même temps une constipation trèsopiniâtre. | "he ON
Le cœur faisait sentir ses battemens dans une large étendue, et l'oreille, appliquée sur la région” qui le contient, percevait la sensation d’un bruissement particulier fort remarquable. La chaleur de cette partie était considérable; le thermomètre portatif qu’on y appliquait s'élevait jusqu'à 30 degrés réaumuriens. Le pouls était intermittent et très-inégal sous le rapport de sa force et de sa fréquence; la face était colorée d'un rouge vif, etles lévres, d’une teinte vermeille; le sommeil était agité et brusquement interrompu par des rêves pénibles. La malade avait beaucoup maigri, et elle gardait une attitude courbée qui faisait saillir les épaules et porter la tête en avant.
Dans cet état fàächeux et désespéré, nous appliquâmes de nouveau des ventouses scarifiées, et l'on maintint presque continuellement en contact avec la région précordiale, une poche de taffetas ciré remplie de glace qu'on renouvelait aussitôt qu’elle était fondue. On prescrivit pour le soir des infusions de laitue émulsionnées, convenablement édulcorées avec le sirop de guimauve, et pour prendre le matin à jeun, la liqueur dépurative de la formule précitée, mélée à du lait de vache, parce que nous eùmes lieu de soupçonner que la cause prédisposante de ‘cette
maladie tenait à la suppression d’une leucorrhée chronique ( de nature scrophuleuse, genre d’affection que les parens et les enfans de madame Falix présentaient à des degrés plus où moins évidens. Nousrecommencämes aussi l’application desmoxas sur l’épigastre, derrière la cavité gauche du thorax, au-dessous de l’'omoplate du même côté et sur la région du cœur. Trente-deux applications de ce genre furent faites successivement , et supportées par la malade avec beaucoup de courage.
Enfin après dix mois de soins A d’un traitement rationnel et d’un régime écrapoleh aus observé, madame Falix se trouva en voie de guérison. À l’époque du 25 mars 1826, les battemens de cœur étaient moins violens et moins tumultueux; le bruissement qui les accompagnait avait totalement disparu : le volume de cet organe est considérablement réduit, et la cavité gauche de la poitrine a subi une diminution proportionnée, ce qui est incontestable, puisque le dos a repris sa reclitude naturelle et que les côtes, auparavant fort écartées, se sont rapprochées les unes des autres. |
Les facultés digestives se sont rétablies, la nutrition s'opérait bien mieux; les chairs, auparavant émaciées et flétries, reprenaient leur embonpoint et leurfraicheur;toutannonçait enfin une guérison solide et le prochain retour d’une bonne santé. M. le professeur Duméril ,qui, sur moninvitation, a eu la bonté de visiter cette malade, a pu s’assu-
238 DE L'ANÉVRISME rer alors de l'état satisfaisant dans lequel elle se trouvait, et plus tard de sa guérison complète:
Nous avons vu plusieurs fois, dans le cours des années 1828 et 1829, madame Falix, jouiss sant d’une parfaite santé et ayant même acquis de l'embonpoint. Les battemens du cœur ne se mani: festent plus que dans le cercle trés-étroit du volume normal de cet organe auquel il s’est successivement réduit. Enfin la totalité du thorax, comme chez tous les autres sujets, est telle que là ceinture des robes que cette dame portait pendant la marche de la maladie présente maintenant un excès de longueur d'environ deux pouces.
VIIL* Observation. — La guérison dela dame, sujet de la dernière observation, fitconduire chezmoi, dans les premiers jours de mars 1826, une demoiselle atteinte de la même maladie, pour laquelle elle avait inutilement subi plusieurs traitemens ; elle avait même été abandonnée par ses médecins, comme n'offrant plus de ressources de guérison et n'ayant, d'après leur pronostic, Si peu de temps à vivres
Celle-ci, Alexandrine W**, âgée de 25 ans, d'une taille avantageuse , Hinel et d’une constitütion névroso-Sanguine. était maigre, décolo= rée; ses pommettes et ses lèvres étaient grosses, épaisses et de couleur cramoisie; ses yeux étaient caves , plombés et presque toujours baïignés de
larmes ; la respiration était courte, laborieuse, accompagnée de toux sèche et d’oppression; la
DU COEUR. 239 voix rauque , pénible et gutturale; ses seins étaient 4 flétris et ses mamelons couverts de croûtes noirâtres; écailleuses et d’un aspect cancéreux. Au centre et au côté droit du sternum s ’élevait une éminence arrondie et évasée vers les cartilages des. deuxième et troisième côtes , de la grosseur d’une pomme de reinette, sous laquelle on sentait des battemens, avec un sifflement ou bruissement ascendant, isochrones au pouls, que le contact de l'oreille faisait beaucoup mieux apprécier. Leur ondulation intérieure nous faisait préjuger qu'ils étaient produits par une dilatation anévrismale du centre de la courbure de l'aorte, offrant une cavité qui paraissait devoir égaler tout au moins le volume d’un gros œuf de Los d'Inde, et dont la paroi antérieure avait déjà déprimé excentriquement les cartilages des première, deuxième, troisième et quatrième côtes , luxé en avant l'extrémité sternale de la clavicule et soulevé la portion correspondante du sternum, au point de produire L exubérance dont nous avons parlé. L’artère carotide du côté droit était aussi considérablement dilatée jusqu’à sa bifurcation ; l’artère axillaire et sousclavière de ce même côté était également plus grosse que celle du bras gauche. Le cœur offrait au toucher et à l'oreille une trés-grande dilatation dans ses deux ventricules , mais surtout dans le gauche, avec épaississement de leurs parois. Nous avons établi l'existence de ces deux phénomènes, 1° sur l'étendue des battemens de cet organe, lesquels se
faisaient sentir dans un cercle qui parcourait tout le côté gauche de la poitrine, en passant sous 18 rebord des fausses côtes et à l’épigastre; à° sur le défaut de transmission directe de ces battemens à l’oreille comme dans l’anévrisme passif : l'on sentait très-bien qu'ils ne s'y transmettaient que comme à travers des parois charnues assez épaisses. Toutefois nous avions lieu de penser que cet anévrisme actif était porté au moins au deuxième degré. L’ascension, le plus léger exercice, ou les moindres impressions morales augmentaient vivement les palpitations, les rendaient sensibles à l'œil et jetaient la malade dans des syncopes effrayantes ou dans un état de suffocation dangereuse, duquel elle ne sortait que par un crachement de sang plus ou moins abondant. Le pouls petit et presque convulsif donnait depuis cent cinquante jusqu’à cent quatre-vingts pulsations par minute. Les extrémités étaient constamment froi-: des. Des douleurs aiguës, fréquentes, se faisaient sentir dans Ja région précordiale; elles se prolongeaient au bras, à la main droite et aux orteils des deux pieds; il y avait aussi continuellement à la tête, surtout à la région temporale droite, des douleurs pulsatives qui paraissaient se concentrer au vertex, de manière à faire croire à la malade que son crane allait s'ouvrir ; son sommeil était rare et interrompu par des rêves sinistres et des réveils en sursaut. Cette pauvre demoiselle était d'autant plus inquiète et triste qu'elle connaissait
son danger, ayant été informée par une personne de l’artassez indiscrète, qu'elle était attaquée d’une maladie mortelle. Tel était son état lorsque je la vis pour la premiére fois avec le dernier de ses médecins et M. le professeur Duméril.
Cette demoiselle nous raconta qu’en 1820, après avoir perdu successivement sa mère , une sœur ainée et un jeune frère, de Poe du cœur et de phthisie pulmonaire , elle éprouva pour la première fois des palpitations violentes qui furent suivies de crachemens de sang très-abondans, d’irrégularité et quelquefois de suppression dans les époques menstruelles. Elle fut saignée à plusieurs reprises ; des sangsues furent aussi posées en grand nombre sur le thorax, et on la soumit à une diète blanche. Elle fut soulagée temporairement, et toute idée de danger fut écartée de son imagination par les assurances que son premier médecin lui avait données de son retour à une santé parfaite; mais étant retombée peu de temps après dans le premier état, elle appela un deuxième médecin, qui mit en usage à peu près les mêmes moyens que son prédécesseur, c’est-àdire ceux désignés sousle nom d’antiphlogistiques. Aprèsavoir éprouvé quelque soulagement, elle sentit néanmoins le mal s’aggraver : elle s’en plaignit à son médecin, qui ne put lui donner aucun sujet de consolation, et elle resta sans secours, si l’on en excepte quelques applications de sangsues qu'elle s'était faites elle-même, depuislecommence-
I, | :: ; Ne
ment de l'année 1833 jasqu'au mois d'avril 1826, époque où je commençai le traitement particulier qui a été déjà décrit.
Foutes les récherches faites avec ün soin scru: puleux nous asstiraïient qu'il existait réellement. chéz cetté jéuhe personne un anévrisme actif du cœûr porté à un très-haut degré, et un autre à Ia crosse de l'aorte, ACCOMPAÈRE de dilatation ariormalé à Fartère innominée et à ses deux branches prinéipales. L'état anévrismal de la carotide s’éténdait aux artères temporales ét sans doute à celles qui pénètrent dans le cerveau, d’où provenait la céphalée Intense que la malade éprouvait presque continuellement. Enfin tout annonçait chez elle une idiosyncrasie scrophuleuse avec des dispositions aussi à la phthisie pulmonaire, nia- Jadiés qui avaient fait périr ses trois proches pareris.
D'après cet exposé, le pronostic était facile à établir; et en effet les médecins de la première consultation le jugérent très-facheux et recoñnurent un danger imminent chez notre malade:
ils adoptérent néanmoins les bases du traitement que je leur proposai, bien que je désespérassé moi - même de sa guérison. Il fallait d’abord désemplir, au moyen des saignées révulsives, les vaisseaux des parties Mes ce qui fut parfaitement obtenu à l’aide des ventouses mouche- : técs posées à lépigastre, à [a nuque, entré les épaules et derrièreles hypocondres, Cetté première
.. DU COŒUR. 24,3 indication remplie, je passai à l'application des moxas qui furent posés deux à deux sur les, côtés du rachis et sur toute la région PARA de l'hypocondre g gauche; ensuite nous en posämes un assez orand nombre à l’épigastre et sur la tumeur thorachique : enfin le nombre en a été successive: ment porté à vingt-huit ou trente. À ces moyens nous avons ele saignée à la jugulaire, à l'artère temporale, la glace posée. sur la tête et sur les tumeurs anévrismales , de très-petites doses de la liqueur antiscrophuleuse prises le matin à jeun dans une solution de somme, et quelques frictions mércurielles, faites à la plante des pieds à de grands intervalles. Un léger cérat mercuriel servit au.pansement des mamelons couverts de croûtes lépreuses. La malade fut exclusivement réduite à un régime lacté et mucilagineux , et on lui prescrivit le plus parfait repos.
. Apeineavait-ellereçu l'application des premières séries de ventouses qu’elle se trouva très-soulagée, ce qui lencouragea beaucoup; aussi a-t-elle supporté les diverses applications du moxa avec un courage héroïque. La diminution du volume des tumeurs anévrismales et la réduction de leurs battemens devenaient de plus en plus sensibles sous l'influence de ce salutaire révulsif, Son eff. cacité nous parut agir principalement sur lhypertrophie du cœur, car il ne s’est opéré de changes ment sensible sur l’anévrisme de la courbure de l'aorte que long-temps après. Je désespérais même
ee
de pouvoir jamais obtenir sa résolution et je n'osais porter mes moxas sur l’exubérance qu'il produisait au-dehors;mais la malade n’encouragea elle-même, et je commençai par l'application d’un très-petit cylindre, le n° 1. Nous fûmes agréablement surpris l'un et l’autre de la diminution sensible qui s’opéra à l'instant même dans les battemens de cette tumeur; et ce phénomène s'est reproduit à chaque application de moxa sur cette partie comme sur le cœur. Nous avons continué son usage avec attention pour en observer les effets, et le nombre en a été porté àune quarantaine, ce a onaurait pu se Convaincre en comptant les OA TTICES que ce caustique avait laissées aux régions dorsales, sur celle du cœur et sur la place qu'occupait la tumeur pectorale, laquelle s'était réduite insensiblement et de manière à disparaître dans sa totalité. Tous les . symptômes de cette maladie grave avaient successivement disparu, etlejeu des fonctions dela vie générale chez cette intéressante demoiselle s’étaitentierementrétabli. Plus tard les battemens du cœur se concentrérent dans un espace proportionné aû VOlume normal de cet organe; on sentait à peine un léger bruissement et de très-petits battemens dans le point où s'était manifestée primitivement la tumeur anévrismale de l'aorte. L’exubérance osseuse et cartilagineuse qu’elle produisait au dehors avait’ disparu entièrement, et tout le thorax, qui avait été d'abord élargi par ces congestions sanguines énormes développées depuis environ six ans, s'tait res-
DU CŒUR .… . 245 serré ou rétréci au point que la ceinture des robes que cette demoiselle portait pendant l'existence de sa maladie, donnait, malgré le retour de son,embonpoint, un excès de longueur d’environ deux pouces. Ces phénomènes de réduction. sont les mêmes que ceux que nous avons observés chez les sujet $ qui ont subi l'opération de l’empyème. Les croûtes lépreuses qui recouvraient les bouts de ses seins s étaient détachées, et les organes avaient repris leur forme et leur couleur naturelles. Le diamètre de l'artère carotide droite s'était réduit au point qu'elle était arrivée au volume et aux dimen- © Sfons de celle du côté gauche; les maux de tête et les douleurs du thorax avaient également disparu; enfin après un an révolu de soins attentifs, cette jeune personne était revenue à un état de santé parfaite.
M. le professeur Duméril, qui l’a vue auxdifféren- tesépoques de la maladie, pourrait certifier la vérité de toutes mes assertions. Sans doute il serait diffi- cile de se rendre raison de la nature des causes des phénomènes qui se sont offerts chez mademoiselle Walerand pendant sa maladie, etencore moins de celles delamétamorphose qui s’étaitopérée chez elle à l’époque de sa guérison aussi heureuse qu'extraordinaire. | Après avoir joui pendant plusieurs mois d unc santé en apparence solide et parfaite, se caractérisant par la fraicheur, lembonpoint, et par la régularité de toutessesfonctions, mademoiselle Walerand, ajant fait plusieurs courses pénibles, des $ |
246 DE C'ARÉVRISME R travaux grossiers ou mécaniques et quelques écarts dans le régime, fut tout à coup saisie, à l'invasion delasaison variable du printemps de l’année 1827, d'une fièvre catarrhale inflammatoïre avec toux suffocante et crachement de sang très-abondant: cependant les symptômes de l'anévrisme du cœur ne se reproduisirent plus, et les battemens de cet organe nous annonçaient au contraire une réduction sensible, même au-dessous de son état normal. Enfin cette malade, que j'avais en quelque sorte perdue de vue, m'appela de nouveau à son secours pour sa nouvelle maladie de poitrine. Des saignées générales, celles révulsives faites avec les ventouses mouchetées posées au pourtour de la poitrine, les rafraichissans mucilagineux, le régime et le repos le plus absolu apaisèrent les symptômes inflammatoires, auxquels succédérent, peu de temps après , tous ceux d’une phthisie tuberculeuse se manifestant surtout dans le poumon droit. De l'usage des antiphlogistiques nous passâmes graduéllément à celui des révulsifs , tels que les moxas que je posai deux à deux sur les points du thorax qui me parurent être le plus en rapport avecles foyers de la maladie; mais tous nos moyens ‘furent inutiles : les tubercules, s’abcédèrent successivement , lexpectoration prit un caractère puruülent; la fièvre lente se déclara, et elle fut accompagnée de redoublemens, quelquefois de crachemenrt de sang, de diarrhée et de sueurs nocturnes; enfin cette intéressante malade tomba dans le marasme et
mourut à la fin de l'automne de la même année.
Nécropsie. — Le corps de ce sujet, dont la taille était de cinq pieds trois pouces, était fortement émacié, raide et dans une rectitude complete.
Le côté droit de la poitrine offrait à sa partie supérieure , sur le trajet du cartilage de la troisième côte sternale, uneexubérance qui paraissait être formée par la courbure excentrique de cette côte et de son cartilage:le reste de ce côté décrivait une ligne courbe, et la totalité de lhypocondre était Diet tandis que le côté gauche était considérablement HE ; les dernières côtes étaient fortement inclinées vers le bas-ventre, de manière à descendre d'environ deux ou trois pouces plus bas que celles du côté droit; la mamelle gauche descendait aussi à huit ou ‘dix lignes audessous du niveau de la mamelle droite.
Le thorax ayant été ouvert par unesection elliptique, dont les limites latérales correspondaient au centre de la courbure des côtes, et la cavité abdominale étant mise à découvert par une incision cruciale, nous avons observé:
1° Une grande quantité de gaz inodore qui paraissait occuper un grand vide que nous avons trouvé entre le poumon et la paroi externe de Ja
cavité thorachique droite. Cet organe étaitaffaissé, réduit à la moitié de son volume ordinaire etadhérent pi ag de. fausses membranes à la plèvrecostale; sa substance était parsemée de petits tubercules blanchätres remplis d’une substance PRE; les
248 DE L'ANÉVRISME plus profonds étaient en suppuration, et leurs foyers communiquaient avec les vaisseaux bronchiques.
2° L'exubérance formée par la troisième côte et son cartilage très-aminci présentait en dedans une courbure ou concavité proportionnée à la saillie extérieure, et sous laquelle la crosse de l'aorte paraissait s'être logée, lorsqu'elle était ané-
vrismée, ainsi que nous l’avions remarqué dans.
les premières périodes de la maladie, tandis que cette artère , réduite au-dessous du calibre de son
état normal, était éloignée des parois de cette courbure de plus d'un pouce.
3° Le poumon gauche était atrophié dans ses
deux tiers inférieurs, de manière à ne présenter qu'un feuillet membraneux de couleur grisätre plissé sur lui-même; le lobe supérieur, quoique également réduit de volume, était sain et crépitant; on remarquait néanmoins quelques tubercules miliaires à sa superficie. Le système bronchique était rempli de mucosités mêlées de matiére purulente fournie par le poumon droit.
4° Le péricarde, que nous avons incisé avec précaution pour ne pas toucher le cœur, contenait
une petite quantité de sérosité limpide. La paroi
-antérieure de ce sac présentait des lignes longitudinales rubanées, de couleur nacre de perle, et
d’une épaisseur ue du reste de cette flembrane fibreuse.
5° À notre grande surprise, nous avons trouvé
DU COŒUR. : “NE 219 le cœur presque vide de sang et d'un volume plus petit que celui d’un enfant. Les formes en étaient changées. Sa surface antérieure, au lieu d'être convexe, était déprimée et coupée obliquement dans sa partie moyenne, de la base à sa pointe, par une bandelette de trois à quatre lignes de largeur, blanchätre et d’un tissu fibreux très-serré en forme de repli. On peut considérer cette bandelette comme une cicatrice qui pénètre dans toute l'épaisseur de Ia paroi du ventricule droit. De pareilles bandelettes fibreuses, mais beaucoup plus étroites, s'observaient à la face inférieure ou postérieure de cet organe; les oreillettes étaient très-petites, froncées, et leurs parois “très-épaissies ; les valvules, les colonnes et les filamens qu'on remarque dans les cavités ventriculaires étaient aussi plus épais et plus multipliés qu'on ne l’observe ordinairement. , |
6° Le calibre de l'artère aorte ascendante était beaucoup plus petit que dans Pétat normal; ses tuniques étaient très-épaisses et enflammées; les trois artères qui naissent de la courbure de ce premier tronc artériel étaient également réduites de leur calibre ordinaire; celui de la carotide primitive droite était resté plus grand de la moitié de celui de la gauche; les tuniques de ce premier - vaisseau avaient acquis une épaisseur proportionnée. | F4
En poursuivant nos recherches dans l'abdomen, nous avons trouyé le foie d’un volume prodigieux
250 DE L'ANÉVRISME et occupant presque toute la moitié droite de cette cavité; il avait soulevé dans les mêmes proportions le diaphragme et Îles dernières côtes du même côté. D'ailleursnila couleur ni les substances de ce corps glanduleux n'étaient altérées : da vésicule était remplie d'une bile épaisse et verdâtre. Les viscères de la digestion, ainsi que les organes de la reproduction, n'ont rien offert de pathologique.
Réflexions. — Il est bien évident, d après tous les faits que nous avons exposés avec la plus scrupuleuse exactitude, que le cœur de notre intéressante malade avait été d’abord dilatépar l’anévrisme à un tel degré, qu’il remplissait les deux tiers de la cavitéthorachique gauche. On appréciait cette dilatation anévrismale ; ainsi que nousl’avons dit, par l'étendue des battemens de cet organe, dont les limites parcouraient une ligne pp qui descendait de la deuxième côte, le long du bord gauche dusternum, au-dessous du cl aol | pour remonter sous le rebord cartilagineux des fausses côtes, en arrière, vers le bord antérieur.du grand dorsal jusqu’au-dessus de la mamelle gauche, qui.était beaucoup plus élevée que la droite. Cette dilatation extrême avait nécessairement aussi produit une élévation etun écartement proportionnés dans toutes.les côtes du même côté, et une compression telle sur les lobes inférieurs du poumon, qu'ils enavaient.été atrophiés : on a reconnu.cette atrophie à l'autopsie .cadavérique. Il était bien évi-
DU COŒUR. | 251 dent aussi que la crosse de Vaorte avait subi, comme le cœur, une dilatation anévrismale qui lui faisait former une tumeur qui nous a paru égaler le volume d’un gros œuf de poule d'Inde ,imprimant ses battemens sous la clavicule droite vers le centre de l’exubérance extérieure dont nous avons parlé, laquelle était formée par la courbure excentrique de la troisième côte et de son cartilage, qui avait réellement cédé à la présence de cette tumeur. L’artère innominée ( brachio-céphalique) et ses deux branches étaient également dilatées au moins du double du calibre de celles du côté opposé. Par conséquent il est bien démontré que cette dilatation anévrismale du cœur et des artères désignées a été graduellement réduite, jusqu’au-dessous même du calibre ou du volume de l'état normal de ces organes, par l’action des sédatifs et des topiques révulsifs que nous avions mis en usage el qui furent employés avec une persévérance non interrompue pendant treize ou quatorze mois. Le vide immense qui était résulté, dans la cavité gauche de la poitrine, de la réduction du cœur, s’était presque totalement comblé par laffaissement des côtes et la diminution ou la perte de leur courbure. La gravure qui se rapporte à cette partie de mon ‘travail donnera une juste idée de la métamorphose qui s’est faite dans le cœur du sujet de l'observation. Nous croyons devoir avancer que c'est le seul exemple connu d’un phénomène aussi remarquable et aussi curieux. Il établit le triomphe
2b2 DE L'ANÉVAISME
de notre traitement révulsif, et doit servir à en- :
courager les jeunes praticiens
Depuis l'époque où cette dernière observation a | été terminée, nous avons donné nos soins à plu | sieurs personnes des deux sexes, affligées de la : même maladie, portée chez toutes au plus haut |
degré.
L'une d'elles est un peintre en bâtimens nommé Dervieu, âgé de 32 ans, brun, d’une taille.
moyenne et d'une constitution névroso-sanguine. |
Ce sujet vint nous consulter au commencement de 1828, se plaignant de palpitations douloureuses
et d'oppression qui lempêchaient de travailler, et le jetaient dans des syncopes prolongées. En effet |
un examen attentif nous fit découvrir, chez cet homme, tous les symptômes d’un anévrisme actif du cœur. Les battemens de cet organe, quoique profonds, se manifestaient sur toute la circonférence du côté gauche de la poitrine et à lépigastre. Le thermomètre (fait exprès) posé sur cette région, marquait 27 et 28 degrés; le pouls était petit, accéléré, et donnait cent vingt pulsations par minute; le visage du malade prenait fréquemment une teinté d’un rouge violet. Les saignées générales, ordonnées par plusieurs médecins, ainsi que celles qu'on opérait avec les sangsues, 1\'apalisaient qu'instantanément ces accidens , qui se re-
produisaient ensuite avec plus de force. Enfin nous | pouvons dire que cette lésion organique était
portée presque au troisième degré.
DU CŒUR. 253 Comme il y avait assez long-temps qu'il n'y avait pas eu, chez ce malade, d'émission sanguine , noùs commencâmes notre traitement par l'application, sur les régions dorsales, des ventouses scarifiées#qui le soulagèrent beaucoup. Nous passimes ensuite à l’usage de la glace, posée sur la région précordiale, et du moxa. Chaque application de ce topique igné révulsif suspendait à l'instant même les étions du cœur et opérait une diminution sensible dans tous les symptômes. Ces moxas ont été portés à vingt-cinq, et posés un à un ou deux à deux, selon le besoin, à dix où quinze jours d'intervalle. Après huit à neuf mois de soins, ce peintre s'est trouvé à un tel degré de guérison, qu'il a pu reprendre les seen de son métier, qu'il continue maintenant avec la ps grande aisance. Le cœur parait être réntré , ou à peu près, dans son état normal.
Une deuxième personne, madame Lindner, âgée ste 28 ans, d’une constitution débile et lymphatique, femme d’un bottier de la rue Saint- Denis, présentant tous les signes d'un anévrisme passif, se présenta à ma consultation à la même époque. Chez cette dame, les battemens du cœur se manifestaient visiblement sous les tégumens de la poitrine, à travers l'intervalle des dernières vraies côtes, et se faisaient sentir dans une grande: étendue des parois de cette cavité et à la région: épigastrique. À lanévrisme trés-volumineux du cœur se joignaient une dilatation anormale des
254 - DE E’ANÉVRISME deux carotides, des maux de tête fréquens,: de l'oppression et une chaleur de 30. degrés, que mon thermomètre marquait étant placé sur le centre de la dilatation anévrismale. |
Des saignées nombreuses et une grande quantité de sangsues que plusieurs médecins consultans lai avaient successivement appliquées sur la résion précordiale ; avaient accéléré les progrès du mal. L'usage de la digitale pourprée ,. qui avait été également employée, lui avait été plus nuisible qu’utile par les soulèvemens et les douleurs d'estomac qu'elle lui causait ; aussi cette dame était-elle dans le plus grand danger lors de ma première visite. Bien quelle ne me donnât aucune espérance de guérison, je crus devoir la soumettre au même iraitement que les sujets des observations précédentes ; et après avoir fait moi-même les premières applications, je confai la direction du traitement dè cette malade à l’un de mes anciens disciples, M. le docteur Auguste Pouget, son médecin particuker, qui la conduite à la guérison après huit ow dix mois de soins zélés et très-assidus. Le nombre des moxäs a été porté, chez cette dame, à vingt quatre. Elle jouit aujourd’hui d’une parfaite.santé; et il est bien évident que le cœur s’est réduit dans toutes ses dimensions, car ses battemens sont con centrés à un très-petit cercle, et la chaleur excessive qui se manifestait sur celte région à disparu.
: Une troisième personne, mademoiselle Berthet, agé de 45 à 46 ans, parente du docteur Barthélemy,
DU COEUR. 555 jeune médecin de Paris | me fut préséntée par ce même médecin, étant aussi affectée. d'un ané- vrisme passif porté au troisième degré et compliqué d’üe gastrite chronique, avec engorgement squirreux au pylore. Cette dame était alors arrivée au premier degré de marasme, et toutes ses fonc: tions étaient tellement affaiblies, qu'elle ne pouvait se tenir debout. Les palpitations étaient violentes, très-étendues et sensibles à Pœil ; le pouls était petit, accéléré, et la chaleur de la région précordiale faïsait monter le thermomètre de 28 à 29 degrés. Les digestions étaient presque nulles, les selles rares ; la malade ne prenant que très-peu de lait ou de bouillon de poule.
Son état de faiblesse et de débilité nous dispensa de faire aucune émission sanguine , et nous rious empressämes, malgré le peu d'espoir de guérison quoffrait la maladie, de passer à lapplication des moxas. Les deux premiers ayant été suivis d’un amendement sensible dans tous les symptômes, surtout dans l'oppression et les palpitatiens douloureuses qui incommodaient beau coup la malade, nous pümes, avec toute facilité, continuer l'usage de ce révulsif, à l'emploi duquel nous joignîimes celui de la glace posée sur le cœur, et de la liqueur dépurative prise dans du laït. Les moxas furent posés deux à deux, sur le côté gauche de la poïtrine et à l'épigastre. A notre grande et agréable surprise, après six mois de soins, les symptômesides deux maladies furent
tellement réduits que je ne doutai plus de la guérison complète de cette dame; en effet nous l'avons : obtenue au quatorzième mois de l’époque où nous avions commencé notre traitement, pendant lequel trente-deux moxas et plusieurs séries successives de ventouses ont été posés, des symptômes. de pléthore étant survenus. Le cœur est rentré dans son volume primitif et normal; l’engorgement. pylorique a fini par se résoudre sous l’influence des mêmes topiques, et avec l'appétit, toutes les fonctions et l’'embonpoint se sont rétablis. Cette dame jouit aujourd’hui d’une parfaite santé. | Nous allons terminer l’histoire des anévrismes du cœur par l’une des observations que nous croyons la plus remarquable. Son sujet est un sculpteur marbrier au boulevard Saint-Antoine, M. Lemaire jeune, àgé d'une quarantaine d'années, d'une taille avantageuse , d’une constitution ‘pléthorique , et d’un caractère assez vif, atteint depuis longues années de palpitations violentes et de tous les symptômes d'un anévrisme actif. Il avait successivement appelé à son secours MM. les docteurs Parent. du Châtelet, Biet, Broussais, Rostan j Serrurier et Dehayes. Ces médecins distingués avaient tous traité ce malade par des saignées répétées du bras, les sangsues en très-grand nom bre (cinq à six cents), les rafraichissans, et l'usage de la digitale pourprée administréesous différentes formes. Néanmoins le mal n’avait cessé de faire des progrès, et à un tel point, qu'on l'avait con-
| DU COEUR. F 257 sicléré comme n'offrant plus aucune ressource. D'après Je Jugement du médecin qui était resté le dernier en possession du malade, cet anévrisme devait avoir incessammerñrt une terminaison funeste. Cependant je fus appelé en consultation, et je vis ce marbrier pour la première fois avec M.le ‘docteur Dehayes, le 14 avril 1628. Nous reconnûümes ensemble les symptômes que nous allons énoncer. Toute la surface cutanée du sujet était boursoufflée et comme dans un état emphysémateux; son teint était d'une couleur violacée, presque Mue. les lèvres et les oreilles surtout avaient “cette teinte foncée, et son épouse nous dit qu’elle avait toujours vu ces parties teintes de cette couleur bleuâtre; le pouls, extrèémement petit, laissait de légères intermittences et donnait cent trente sléttions. par minute. Les battemens du cœur, un peu plus profonds, comme dans tous les cas d'hypertrophie de cet organe, se faisaient sentir sur tout le côté gauche de la poitrine, jusque sous la clavicule du même côté et à l'épigastre ; d'autres, parfaitement isochrones à ces premiers, s’observaient sous la première pièce du sternum et ‘sous la clavicule droite, où l’on voyait une exubérance très-prononcéeetovalaire de gauche à droite, formée par les cartilages des deuxième et troisième côtes droites, et par le sommet du sternum. Mon thermomèire, apptiqué au centre: de la résion précordiale, montait à 32 degrés : l'oreille
approchée de cette région supportait difficilement À 1 T'ON 17
258 DE L'ANÉVRISME l'impression de la chaleur, La dyspnée était forte, et les palpitations du cœur étaient violentes et pénibles au malade; mais un phénomène fort cu-
rieux pour nous, était la dilatation extrême ou le | développement de la veine épigastrique qui. s'a- |
nastomose avec la mammaire sous-cutanée : elle
avait au moins cinq à six lignes de diamètre ; elle sillonnait flexueusement la ligne médiane
des tégumens du bas-ventre et de la poitrine, de manière à prendre naissance par deux racines aux
régions inguinales , et se terminait par deux bran-
ba, vers les articulations sternales des clavicules, pour s ’aboucher sans doute dans le tronc F4 veines jugulaires, dont les branches étaient prodigieusement sonflées. e
Certes, de après tous ces signes, on ne peut: méconnaître l’anévrisme du cœur, avec hypertrophie des parois de ses ventricules, porté au troisième degré , et une dilatation considérable À la crosse de l'aorte, dilatation qui s’étendait aux sous-clavières et aux carotides, surtout à la gauche, qui était grosse comme le doigt; aussi le malade avait-il
fréquemment des céphalalgies très - fortes qui.
étaient acCOMpag onées de vertiges ct quelquefois de syncopes effrayantes. ri n'est pas douteux que le cœur hypertrophié, et contenant une grande quantité de sang, n’exerçât une compression immédiate sur la veine cave inférieure près de son embouchure à l’oreillette droite, au point d'intercepter par degrés le pas
pt CŒUR. .* 259 sage du sang de ce vaisseau dans cette cavité auriculaire. Dans cet état de gêne, la nature avait été obligée de faire transporter au cœur par une autre voie le sang noir provenant des membres inférieurs, et elle avait fait dilater graduellement les veines que nous avons désignées, dont le tronc avait acquis le calibre de la veinc cave abdominale elle-même, de laquelle l'épigastrique sous-cutanée remplissait sans doute les fonctions. Ce phéno: mène nous prouve combien la nature a de res+ sources qui ne sauraient être prévues par les plus grands génies.
Malgré le danger imminent où nous trouvâmes ce sujet, et le peu d'espérance que nous avions d'améliorer son état, nous voulümes bien nous charger de son traitement. Le malade éprouvant alors des maux de tête violens et présentant tous les signes d’une congestion cérébrale, qu'on pouvait rapporter avec assurance à la dilatation anormaledesartèresencéphaliques, nouscommençämes par une large saignée que je pratiquai moi-même à la veine jugulaire droite; elle nous donna envi: ron une livre de sang , dont j'interrompis le cours instantanément à plusieurs reprises. Au rapport du malade, jamais émission sanguine ne lui avait procuré un soulagement aussi parfait. À cette sais gnée nous fimés succéder Yapplication. de:læ glace sur la tête, et quelques jours plus tard celle des ventouses scarifiées à la nuque étaux-répions. dorsales, Leur effet aitractif et révulsif diminuait,
tite 260 DE L'ANÉVRISME
sensiblement les battemens du cœur et lafflux du sang qui remplissait outre mesure ses cavités. Nous pûmes facilement apprécier ces premiers résultats par la réduction de la chaleur locale, qui ne faisait monter le même thermomètre qu’à 25 et 26 degrés au plus, par la diminution du calibre de la veineépi: gastrique, le développement du pouls qui était aussi moins précipité, la disparition de la teinte bleue des oreilles, et une plus grande aisance dans jes fonctions de la respiration. Ce changement favorable, que le médecin et son malade n'avaient point observé après les émissions sanguines qu'on avait faites antérieurement, nous encouragea et fixa Ja confiance du marbrier. Un régime rafraichissant mucilagineux , et la liqueur de deutochlorure de mercure que nous avons formulée ailleurs prise dans du lait, furent prescrits, parce que nous avions lieu de soupçonner la présence, dans le sang de ce sujet, d’un principe morbifique particulier, Nous faisions aussi poser de la glace sur la région du cœur, et nous fimes faire de légères frictions avec l’onguent napolitain, à la plante des pieds, tous les sept où huit jours. Enfin nous passämes à l'application des moxas, posés deux à deux, d'abord derrière l’hypocondre gauche, suivant ensuite le contour des côtes, et successivement sur le cœur et l’exubérance sternale formée par la saillie intérieure de l'anévrisme de l'artère aorte. Le nombre total de ces moxas s’est monté à trente-cinq ou trente-six. Pendant le traitement,
DU COEUR: 201 qui a duré plus d’un an, il y a eu, à plusieurs reprises, et par l'effet de légères intempérances ; d'un exercice immodéré et de l'alimentation, quelques exacerbations de pléthore sanguine que nous faisions promptement disparaitre par des saignées à l’une des veines jugulaires ou à celles du bras, et surtout par les ventouses scarifiées posées sur les régions dorsales. ne
Un succès inattendu a couronné nos opérations, nos soins assidus, et récompensé le courage et la patience du malade : déjà, au sixième mois du traitement, il y avait une amélioration telle dans son état pathologique , que le cœur, comme la tumeur anévrismale de l'aorte, du volume supposé d'un gros œuf de poule, étaient réduits de plus de la moitié de leurs dimensions primitives, et qu’au douzième mois révolu , époque où ce sujet a été présenté à la Section de Chirurgie de l'Académie de Médecine, tous les symptômes de la maladie avaient presque entièrement disparu.
A la fin de juin 1829, le cœur et ses gros vaisseaux nous paraissaient être rentrés dans leur état normal ou naturel :au lieu dé lexubérance que formait tout le côté gauche de la poitrine, lors de notre première visite, et au lieu de la tumeur particulière dont nous avons parlé, il y avait une dépression profonde dans toutes ces régions, et le mamelon de ce côté était plus bas de cinq à six lignes que le droit. La température de ce côté était égale à celle des autres parties du corps. La veine
médiane abdominale désignée plus haut avait pres: que totalement disparu; ell e était à peine de la Lgrosseur de l’une des veines du bras. Enfin le ; jeu de toutes les fonctions s'était rétabli dans son parfait équilibre. Cependant nous croyons que les organes affectés d'abord de l’anévrisme ; éprouveront par! la suite un léger degré d’ atrophie, ainsi que nous l’ avons observé Dr d'autressujetsatteints de la même maladie , et que nous avons également eu le bonheur de TES à urie guérison complète. be
La luxation consiste dans le déplacement plus ou moins étendu des pièces osseuses qui forment les articulations, déplacement opéré par une puissance mécanique quelconque qui fait perdre tout à coup ou d’une manière lente, à ces pièces articulaires, leurs rapports are et respectifs. De tous les accidens auxquels nous sommes sujets, c'est celui qui exige, de la part du médecin, les secours. les plus prompts, car le moindre ne peut rendre la réduction de los luxé très- difficile et quelquefois impossible. * pie
Pour reconnaître les luxations et pour qu et employer, avec tout le succès désirable, les moyens propres à les réduire, il faut posséder par aitement la connaissance anatomique de chaque articulation. Cette réflexion doit suffire pour
avertir le public du danger auquel il s'expose en
mettant sa confiance dans les mains de renoueurs entièrement dépourvus de ces connaissances, essentielles. Ruil
Les luxations présentent des différences qui dépendent , 1° de la nature des causes qui les produisent ; 2° de l'étendue et de la direction dans laquelle le déplacement a eu lieu; 3° de l'espèce où du genre articulation où ce déplacement s’est opéré; 4° enfin des circonstances particulières ou des accidens qui peuvent compliquer la luxation. 1° Les auteurs ont inutilement distingué les Inxations en accidentelles ou primitives, et en Juxations spontanées où consécutives. Cette dernière espèce ne peut être admise que pour les petites articulations planes ou planiformes des doigts, des pieds ou des mains, dans Pintérieur desquelles se développent quelquelois, chez les goutteux par exemple, des concrétions de phosphate calcaire qui écartent les pièces articulaires et les déplacent à des degrés relatifs ( encore est-ce ici une cause mécanique ). La connaissance anatomique des cartilages diarthrodiaux etune observation rigoureuse nous ont démontré que ces luxations spontanées ne pouvaient avoir lieu dans les grandes articulations, parce que leurs cartilages ne sont point susceptibles du gonflement que leur ont supposé la plupart des auteurs, surtout au degré nécessaire pour qu'ils puissent chasser devant eux la pièce articulaire la plus mobile, de manière à la conduire au niveau des bords de larticulation et successive-
mentau dehors. Nous avons démontré cette erreur dans un autre article ( voyez la fémorocoxalgie au cinquième volume de nos Mémoires). Ainsi,en définitive, nous répéterons que toutes les luxations sont le résultat de l'action lente ou brusque d’une puissance mécanique qui agit de maniere à séparer. les pièces articulaires les unes des autres et à leur faire perdre leurs rapports respectifs.
2° Les luxations sont complètes ou incomplètes: complètes lorsque l’un des os de l'articulation est déplacé et poussé en entier hors de la cavité articulaire, ce qui arriye fréquemment dans les articulations orbiculaires; incomplètes, lorsque les pièces osseuses ne sont séparées ou déplacées que dans une portion de leur surface, tandis qu’elles sont encore en contact par d’autres points. C’est -ce qu'on observe quelquefois dans les orandes articulations ginglymoiïdales où amphidiarthrodiales, telles que celles du genou, du coude , du pied
-et des vertébres.
3° Les luxations présentent autant de Eu ces qu'il y a d'espèces articulations. Elles sont d’autant plus faciles à s'établir que ces articulations -Sont plus mobiles et se rapprochent davantage de la diarthrose, et d’autant plus difficiles que les ‘articulations sont plus serrées et présentent de
grandes surfaces.
4° Les luxations peuvent être compliquées de ‘fractures aux os déplacés, de plaies aux parties .molles ou d’autres maladies, ce.qui en aggrave le
LUXATIONS. 265 pronostic. Mais , dans tous les cas, il faut réduire d’abord la luxation ct traiter ensuite chacun des accidens qui la compliquent selon les indications qu'ils pr ésentent. ù
Pour donner une juste idée des différentes espèces de luxations, il est indispensable de retracer succinctement la structure de chaque genre d’articulation et d'indiquer , avec toute la précision possible, le mécanisme des luxations qui y surviennent, les phénomènes qui les caractérisent et la nature des accidens qui peuvent les accompagner; mais avant de traiter cet article, nous allons exposer en quelques mots les indications qu’on a à remplir pour réduire toute espèce de luxation considérée d’une manière générale, nous réservant de faire ensuite | Rp ton. de ces préceptes à tous les cas particuliers.
Pour réduire les os luxés où déplacés d'une articulation, il faut, 1° vaincre les puissances motrices qui tiennent ces os écartés et sopposent à leur réduction spontanée; 2° mettre en usage les moyens propres à les ramener directement vers leurs points de rapport primitif ou normal, afin d'en opérer la réduction prompte ou graduée ; 3° enfin prévenir leur déplacement consécutif ou une nouvelle luxation, ainsi que les accidens inflammatoires ou nerveux qui peuvent survenir dans l'articulation, bien que la luxation soit complétement suite, Avant de remplir la premiére Roonions! l’on doit prendre connaissance de l'état
des parties lésées. Si la luxation n’est point récente, l'articulation sera nécessairement plus ou moins tuméfiée et présentera des symptomes d’une inflammation plus ou moins intense. Dans cette supposition, on commencera d'abord par opérer une déplétion sanguine proportionnée à la pléthore | du sujet et à l'ensorsement local. Ainsi, une ou deux saignées générales et des saignées révulsives faites sur les parties malades au moyen des ventouses scarifiées ou Ro HeHEtERE (préférables aux sangsues ), suivies de l'application des émolliens k mettront le médecin dans le cas de remplir cette première indication. Après avoir levé cetobstacle, ou en supposant la luxation récente, il faut se hàter d'opérer la réduction des os déplacés, en faisant les extensions sur le membre luxé et les contre-extensions dans un sens opposé, ou en fixant le tronc dansuneimmobilité parfaite. Pourvaincre ou surmonter les effets de la contraction musculaire avec tout le succès désirable, il faut que les\puissances extensives soient distribuées de maniere à ne point gêner les muscles voisins de l'articulation luxée, et que le levier qu’elles forment ait une longueur proportionnée au degré de force qu’on désire donner à ce levier, car cette force est augmentée en raison directe du carré des distances. À cette première condition l'on doit ajouter celle de faire agir ces leviers extensifs de manière à ce que leur traction se fasse dans le sens ou dans la direction du déplacement de l'os.
Lorsqu'on est à peu près convaincu que la pièce luxée est ramenée au niveau de la surface articulaire d’où elle est sortie , il faut alors, par un mouvement de bascule qu’on fait exécuter tout à coup à cé même levier en sens inverse , et par une pression directe que l’on cherche à exercer de dehors en dedans sur la portion luxée , en opérer la réduction. Cette dernière manœuvre est sans doute la plus difficile et la plus importante, et un médecin anatomiste, fort et courageux, peut seul l'exécuter avec le succès qu'on peut en attendre.
Il est des luxations dont la réduction ne peut se faire que d’une maniere lente et graduée. On appréciera mieux l'importance de ces assertions dans l'exposé succinct que nous ferons desluxations relatives à chaque espèce d’articulation.
Pour dissiper l'engorgement des parties et prévenir une nouvelle luxation ainsi que l'inflammation qui peut survenir, l'on pose encore quelques ventouses scarifiées sur le trajet de l'articulation malade ; on met les parties dans une situation favorable et l’on exerce une compression graduée uniforme sur toute l'articulation, à l’aide d’un appareil contentif de linge dont les pièces sont imbibées d’une liqueur tonique et répercussive. I est nécessaire de laisser cet appareil en place jusqu'à l'époque d’uneentiererésolution, qui ne pou avoir lieu avant le septième, le neuvième , et même le quinzième jour, selon l'état primitif de l'articu- Jation.
268 UXATIONS.
Les deux premieres vertébres cervicales .à raison de leur mobilité et de la disposition favorable de leurs surfaces articulaires, peuvent se luxer sans causer la mort du sujet, la première sur la deuxième ou sur la tête, et la deuxième sur Ja troisieme. Nous en avons vu plusieurs exemples qui sont rapportés caus nos Mémoires, et il en existe un assez grand nombre Cans les auteurs. Ces. luxations ne sont cependant ni simples ni completes, car, à raison du grand nombre de liens fibreux et tendineux très du qui unissent ces os entre eux, elles ne peuvent avoir lieu sans qu'il y ait rupture à ces ligamens, et, par le déplacement des os, compression plus ou moins forte sur la moelle épinière, circonstance qui met la vie de Pindividu en danger. Dans tous les cas, la dure-mêre qui tapisse le canal vertébral, étant très-dense et tresépaisse, protége ce cordon méduilaire et diminue proportionnellement les effets de la compression médiate exercée sur cette moelle par los déplacé. Sans doute il faut une très-forte puissance pour opérer ces luxations, et on ne peut expliquer le mécanisme de leurs causes. que par la connaissance du genre particulier de Ja luxation qui existe, Du reste c’est une chose très-délicate que la réduction d'une telle luxation, et avant d'essayer aucun des moyens indiqués pour cette rédution, il importe de désemplirles vaisseaux de la tête qui s’engorgent immédiatement par la compression mécanique exercée sur les veines jugulaires. Une saignée à
LUXATIONS. RUE. 7e
l'une de ces veines et l'application des ventouses scarifiées sur les régions cervicales, auxquelles on doit faire succéder de onctions d'huile d'amandes douces et de pavot, rempliront cette première indication. L'on pourrait ensuite soumettre le sujet à l’action extensive, mais exercée avec prudence et unegrande douceur, du lit mécanique destiné au redressement des bossus, et c’est peut-être le seul cas où l'on pourrait faire un usage vraiment utile de cette mécanique. Pour en seconderles effets avantageusement, il importe de masser fréquemment, avec des mains douces et habiles, trempées dans les huiles précitées, les muscles ducolet desrégions correspondantes. L'on peut ainsi par degrés arriver à la guérison : nous avons obtenu ce succès, etavec des moyens analogues, sur un jeune militaire dont l'observation est rapportée dans nos Mé-
moires.
Les dernières vertèbres cervicales, ainsi que les huit où dix premières dorsales, à raison de leur enclavement, ne sont point susceptibles de luxation sans des fractures plus ou moins étendues de leur corps et de leurs apophyses articulaires , et sans une pression plus ou moins dangereuse exercée sur la moelle épinière. Mais depuis la onzième vertèbre dorsale jusqu’à la dernière lombaire, la luxation peut avoir lieu, et nous avons des exemples de celles survenues à chacune de ces six ou sept vertèbres, luxations qui n’ont pu être réduites ou ne l'ont été qu'imparfaitement, mais dont les sujets
qui en ont été atteints, n'ont pas moins survécu : ; en rentrant dans le jeu parfait de toutes leurs
fonctions organiques. Ces luxations, sans doute ac | compagnées de rupture dans les ligamens, etpeutêtre aussi de fractures à quelques- -unes des ae |
physesarticulairesde ces vertèbres, 1 ,reconnaissaient pour causes, ou des chutes violentes faites, sur le bassin , ou “ contact immédiat du boulet de canon étant à la fin de sa course, imprimé sur la vertèbre luxée, On retirerait aussi de grands avantages " pet ces luxations, de lemploi des lits mécani-
ques *, dont l’action graduée devrait être précédée
de in directe des ventouses scarifiées, et de l’usage de substances oléagineuses anodines,
combinées: avec une pression ou massement qu'on. pourrait faire, à l'instar des anciens, sur les ver-
tebres Miles en s'aidant d’ ee semblables à celles des imprimeurs, et enfin en appliquant plus tard, sur les côtés des vertèbres luxées , des INOXAS posés deux à deux, topique que nous avons
employé, dans des cas re avec le plus
grand succès. EUR
Nous ailons rapporter ici Fe préds ae Br
observations, qui ont chacune pour objet la luxa-
tion de l'une ss ces vertébres. Les sujets des deux.
premières. observations insérées dans nos Campa-
gnes, ont été admis à l'Hôtel des Invalides, Chez!