DÉS CORPS CARTILACINEUX DÉVELOPPÉS ACCIDENTEL
LEMENT DANS LES ARTICULATIONS. | Ïl arrive quelquefois, par suite de éonitüsions à l'ün des points de la surface des artictilations ginglymoiïdales, ou par Paltération particulière
que les maladies dont nous venons dé parler peu-
vent produire dans le tissu synovial de ces articulations , qu ls y forme des concrétions d une nature éntiiginense étrangère aux Ca artilages diar-
throdiaux, et qui deviennent autant de COrps
étrangers qui peuvent rester fixes dans quelquesunés des parois des articles, ou devenir libres ct flottans dans la PP cavité articulaire. Cette softe d'affection n’a point été observée par les anciens , sans doute parce que le diignostic en est obscur, où parce qu'en supposant eue aient reconnu lexistence dè ces concrétions, ils n’osaiénit faire une incision dans l'articulation pour les extraire, à cause de l'opinion où ils étaient que toutes les plaies pénétrant dans les cavités articulaires sont infiniment graves.
La première PE TS bien constatée que
notis ayons dé la présence de ces corps étrangers |
dans’Farticulation du genou, est rapportée par Ambroise Paré. En 1558, cet illustre chirurgien à faisant'une incision dans un aposthème du genou, wit Sortir, Par Cette oùverture, une contrétion dure , blanche, polié ét de la grosseur ‘d’une
amande. En 1685, le docteur Vagnerus en trouva plusieurs analogues dans le genou d’un bœuf.Dans … le sièclesuivant, Alexandre Monro, Simson, Bromfield, Cruikshank, Théden , Morgagni et Bell ont eu l'occasion d'extraire de cette articulation, chez - l'homme, de semblables corps étrangers. L’opératon, quoique pratiquée différemment par chacun d'eux, parait avoir eu la même réussite. De nos Jours Sabatier et Desault l'ont faite avec un égal succes. On avait généralement cru que ces concrétions cartilagineuses ne se formaient que dans l'articulation du genou; cependant Haller cite une femme chez laquelle, après la mort, on en avait trouvé plusieurs dans l'articulation de la mâchoire : les cartilages du condyle et de la cavité glénoide de cette articulation étaient détruits. Bell en a rencontré aussi dans l'articulation du pied, et il propose, pource cas, la même opération qu’au genou. Le développement de ces corps étransers , l’uniformité des symptômes qui le suivent, jusqu’à l'époque où on en fait l'extraction, prouvent que leur formation dépend toujours de la même cause. Néanmoins les médecins qui ont écrit sur les concrélions articulaires sont partagés d'opinion : les uns ont pensé qu'elles prennent origine dans quelques portions de la membrane synoviale qui tapisse la capsule articulaire; d’autres, dans le tissu graisseux et vasculaire qu’on RE dans l’échancrure postérieure des condyles du fémur, et qu'une percussion plus ou moins forte peut. détacher ;
DES CORPS CARTILAGINEUX. 11 807 d'autres enfin croyent, et c’est l'opinion! la plus généralement reçue , que c'est la synovie qui s'épaissit. en plus ou moins grande quantité, vers les points déclives de l'articulation, de manière à former ces concrétions ; dont l DO 4 lieu graduellement. Ces mêmes auteurss’accordent tons sur le diagnostic de cette maladie, sur le procédé opératoire, et, si on en excepte un trés-petit nombre, ils donnent tous aussi le conseil: trèessage d'éviter le parallélismé de l'incision de la peau avec celle de la capsule articulaire, afin de mettre l'articulation à l'abri du contact de l'air extérieur. Sans vouloir critiquer les diverses théories établies sur les causes de la formation de ces corps étrangers, je tàcherai de développer celle: de ces causes qui me parait la plus vraisemblable. Il importe d’abord de bien connaitre la nature des cartilages diarthrodiaux, c'est-à-dire de ces cartilages qui encroûtent les extrémités des os servant aux articulations mobiles, car tous les autres sont d'une organisation différente saussi a-t-on désigné ces derniers sous le nom de substances fibro-cartilagineuses; tels sont les cartilages qui unissent les vertébres entre elles, les os du bassin, les côtes au sternum. Ils sont pourvus en effet de vaisseaux qui saltérent facilement; ils s’ossifient dans l’âge avancé, Ou par des causés prématurées d'ossification; ils soudent les os entre eux et forment, des substances sseuses continues. Les altérations,des cartilages diar throdiaux. n’ont. aucune : analogie
-IRS
eo
avec celles de ceux dont nous venonsde parler. Ces
derniérs n’éprouvent auctine des affections com-
munies aux ligamens, aux capsules synoviales et
aux substances fibro-cartilagineuses , telles que le
gonflément, linflammation , la suppüration et les
affections gangréneuses. Les auteurs qui ont prétendu le contraire ont été induits en erreur par la téinté que ces cartilages reçoivent des fluides accumuülés' dans l'articulation. Ainsi, dans les fortes. inflamimations des ligamens articulaires , comme dans les’néphrites aigus qui colorent l'urine, ‘la
synôviéimprime de même la couleur rouge au car-
tilage mais si, après avoir scié une extrémité artiétiatre et V'hvott isolée de ses ligamens , on la fait lavér dans l’eau commune, cette teinte disparait. J'avais déjà fait cette remarque et répété cette éxpérience, lorsque des circonstances particulières sont vénues fortifier ces idées. Sœmmering et Prochaska, ainsi que nous le dirons plus en détailà l’article PLATËS DES ARTICULATIONS, nous démontrent par dés injections frès-fines, que, tandis que lés ligamens, les membranes synoviales, le périoste et lé 68 sont plus ou moins injectés, les cartilages qui eñcroûtent les surfaces des extrémités osseuses des articulations mobiles ne reçoivent aucune parcelle de Pinjéctioh. En examinant à la loupe ces pièces | préparées, on voit au contraire les ramuscülés Provenant des extrémités des vaisseaux injéctés ét Conéôurant à la formation des ligamens articulaires;: dés membranes osseuses et “syhoviales se
DES CORPS CARTILAGINEUX. és 209 contourner sur cuk:mêmés et décriré autant de petites courbes, de la convexité desquelles serblent naître un système ‘infiniment rare et subtibde'villosités qui paraissent se perdre dans l'épaisseur des cartilages. Néanmoins je me suis convaincu, par Ja aéée de un prolongement très-fin et très-délié du feuillet intérne de la capsule sÿnovialé recouvre la surface articulaire de ces cartilages, à laquelle cette PARU membraneusés’unit si intimement, qu on ne peut l'en détacher qu'avec la plus grande peine et les dissections les plus délicates *. Il semble que ce feuillet, parvenu sur le rebord des surfaces articulaires, change de texture et de propriétés. La nature parait l'avoir destiné à borner l'expans sion du cartilage et à déterminer sa forme lisse et polie en remplisi sant les : petits intervalles que laissent ses molécules excrétées des vaisseatix osseux dont nous avons parlé, trs après qu’ on à enlevé cette pellicule, le
cartilage mis à nu offre, des rugosités; nous pensons ‘aussi qu'elle ne ENS à l’exhalation de la synovie. Cette portion dé membrane est pre “obableméñt insénsible ; il ést rare du moins que : la sensibilité # ÿ mette en évidence, même par une cause morbide, et, dans cettè supposition, cette pellicule n'est pas stiéebptibté de s’enflammer comme les autrés membranes ; enfin l’on peut dire qu elle est, à Fégard des triage diarthrodiaux, ce qu est ‘4
4 Nesbitt, Hunter, Bichat 3 Portal et nu parlent. de ce feuillet membraneux.
Là
prolongement de la conjonctive à l'égard de la. cornée transparente. Si on soumet ces cartilages, à l’action de l’eau bouillante , ils se. réduisent: promptement en une substance en apparence al:
” bumineuse et faciie à se putréfier, lorsqu'ils re-.
coivent le contact de l'air extérieur, ou après den longues maladies. Ils n'éprouvent cependant ni. engorgement niinflammation; mais, dans quelques circonstances pathologiques, ils se dissolvent et se
détruisent; le plus communément ils se détachent. par couches ou par écailles plus Où moins grandes,, ct se séparent de l'os. C’est ce que nous avons vu
à la suite de l'amputation aux articles, surtout à.
V articulation scapulo- humérale, Cette exfoliation
s’est fait remar uer très-sensiblement chez le e i général Daboville, opéré à la bataille de Wagram. Le cartilage A del de la tête du sca ++ té P , frappé par le boulet qui avait emporté les deux tiers de l'épaisseur du bras et du moignon de lé. | paule, s'est exfolié par lames tres- -épaisses. r La formation des concrêtions cartilagineuses est.
due sans doute à quelques EN de la sub-
stance cartilagineuse, déjà cristallisée sur la sur-. face des He qui se détachent et se conglo-
mèêrent dans les vides de l'articulation, ou ne
ces molécules sont charriées par de Main vaisseaux qui proviennent de la capsule synoviale,. et les concrétions restent suspendues au pédicule qui se rompt lorsqu'elles ont acquis un certain volume. De nouvelles molécules d’albumine et de phos-
& DES CORPS CARTILACINEUX. 3ot
phate s'accumulent sur les noyaux cartilagineux ; ce qui grossit ce corps étranger à l'instar du calcul urinaire. Toutes les causes qui portent atteinte aux vaisseaux exhalans de cette substance cartilagineuse, ‘peuvent lui faire éprouver des aberra *Ations et son épanchement. C'est l'opinion d’Alexan-
* dre Monro. Quelquefois cette substance est totale ment broyée et dissoute dans la synovie, en sorte qu'elle disparäit entièrement. Les absorbans la. pompent alors et la transmettent dans le torrent de la circulation. Dans ce cas, la formation des concrétions Cartilagineuses n’a pas lieu, et les extrémités articulaires des os, dénudées de leurs cartilages propres, prennent à leurs surfaces correspondantes la densité et le poli de l’ivoire. La liberté des mouvemens articulaires se conserve ; ces mouvêmens sont seulement accompagnés d’une espèce. de cliquetis, sans que l'individu en soit trés-incommodé. Jai vu plusicurs personnes affectées de cette maladie singulière : M. Fabar, docteur-médecin, ex-chirureien de l'artillerie de la garde, en est un exemple frappant. A l'ouverture des’cadavres, ‘on trouve que les surfaces articulaires, dépourvues de leurs cartilages, ont ES les qualités de l’ivoire *,
Il paraît que ces concrétions cartilaginensés se forment plus souvent dans les articulations gin-
glymoides, telles que celles du genou, de la m-
1 Je possède plusieurs pièces où cette substance éburnée est très-évidente.
/ F Li { Sa DES CORPS CARTIEAGINEUX. È) choire et du pied, soit parce que les cartilages i inter articulaires et les sinus qu offrent ces articulations favorisent la réunion des premières molécules cartilagineuses détachées, soit parce quella sécrétion est plus abondante: dans ces articulations que dans celles orbiculaires. Une fois formés, ces SOXPS sont libres et flottans, dans l'articulation," de manière à passer d’un côté à, J'autre : ils se sont formés au genou, ils passent sous la rotule ou sous le ligament rotulien, Dans le premier cas, le malade n'éprouve aucun sentiment de douleur, parce .que les cartilages ne sont pas sensibles; lorsqu'ils touchent les ligamens ou la capsule articulaire ; la douleur . est vive, piquante, et fait suspendre le mouvement au malade. Lorsqu il n'y en a qu'un, ilest ambulant, fait saillie aux points extérieurs de l'articulation , S'échappe à lamoindre pression et se cache profondément pour reparaitre de nouveau: quelquefois il s'engage entre les con: dyles, où il s'arrête plus ou moins long-temps sans gêner le malade, et l’on pourrait croire quece corps s'est dissous; mais il reparaît.encore etlavec
de nouveaux accidens. À la, douleur vive: succède | ordinairement l'enflure du genou, par l’effet.dedà stagnation de la synovie, qui ne peut étre absorbée à cause de lirritation qui survient au ligament
capsulaire, d'ou résultent l’engorgement et.la.restriction des vaisseaux absorbans. Tous cés signes réunis ne laissent aucun. doute sur. l'existence. de ces concrétions cartilagineuses dans l'articulation,
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N -d K | # # DES CORPS CARTITAGINEUX, 303 La cause première nous est peu connue ; elle peut d'ailleurs varier à Pinfini. Les causes déterminantes et même essentielles sont les coups, les chutes, les percussions violentes; c'est enfin toute espèce de cause mécanique qui porte ses effets sur les vaisseaux superficiels des os qui exhalent!le fluide cartilagineux, au point que les molécules concrescibles de cette matière perdent leur rapportde superposition concentrique, s’agglomérent en petites masses irrégulières, et s’accroissent graduellement dans l'épaisseur de la membrane synoyviale, de laquelle ils se détachent ensuite pour devenir flottans dans l'articulation. Ils se font réconnaïtre par la gêne dans les mouvemensdu mefnbre, par la béfarsios plus ou moins grande du genou etlasailliequ’ilsformentau-dehorssur divers points de l'articulation, selon leur changement de position; le malade lui-même sait les indiquer. Tant qu'ils sont trés-petits et mous, il n’en est pas trèsincommodé ; mais lorsqu'ils sont parvenus à une certaine grosseur, ils gènent beaucoup la progression, et produisent uneirritation sympathique qui porte atteinte à l'intégrité de la vie intérieure. Pour dissiper ces ares et prévenir des suites plus fâcheuses, il est indispensable d'extraire ces corps devenus étrangers et nuisibles. Ceux qui ont eu l’occasion de pratiquer cette opération. l'ont | faite de deux manières : en incisant les parties molles directement sur le cartilage pour l'extraire par la voie la plus courte, ou en faisant l'incision
"à | US ne 304 DÉS CORPS CARTILAGINEUX. #7 de telle sorte que l'ouverture des tégumens ne fût point parallèle à celle de la capsule articulaire, Il | paraît qué Simson, Alexandre Monro, Reimarus d'Edimbourg et Geoch ont suivi le premier procédé; mais ils Ont eu à combattre les plus graves accidens quiontensuite fixé l'attention des praticiens appelés pour traiter cette maladie.
Bromfield et Hunter ont été les premiers à em- ; ployer le dernier procédé : il a été suivi depuis | jusqu'à Desault, qui l’a perfectionné. (Voyez son . Journal de chirurgie.) Le perfectionnement dû à ce professeur consiste à détruire le plus possible le parallélisme de l'ouverture de la peau avec celle de la capsule: pour celailfaisait fortement distendre cette première partie vers le point opposé à celui de l’incision qui devait ouvrir la capsule; ensuite il réunissait exactement les bords de la plaieet les fixait en contact aumoyen d'emplâtres agglutinatifs. Mais cette réunion exacte n'est point exempte d'inconvéniens : la pression très-forte qu’exercent les emplâtres et le bandage compressif pour la maintenir, produisent quelquefois l'irritation, linflammation des parties articulaires et les accidens qui. en soht Ja suite. Il faut que cette réunion soit faite 3 avec précaution , et que les appareils n’exercent | pas un point de compression trop fort sur l’artict lation. | | di | T° Observation. —Jacques-Antoine Merlin, âgé de'4 an$, natif de Mézières, grenadier dans l'ex-garde, entra à l'hôpital pour. y être traité
‘ ste
(DES CORPS CARTILAGINEUX,, 30 d’une douleur vive qu'il éprouvait depuis longtemps au genou gauche ; il était en même temps affecté d'une fièvre intermittente d’un type irrégulier. | |
À mon premier examen je reconnus l'existence d’un corps dur, mobile et flottant dans l'articulation
du genou.On ne pouvait douter que ce ne fûtune concrétion cartilagineuse, et j'en aurais fait aus-
sitôt l'extraction , si l’état maladif du sujet ne sy était opposé. Je devais d'abord combattre l’affection fébrile et rétablir sa santé générale : je remplis cette indication par les remèdes appropriés, et après vingt jours de traitement il fut en état d'être opéré. Pour que l opération. eût tout le succès que je désirais obtenir, je la fis avec une telle
précaution, que l'incision des tégumens se trouva.
ensuite à une . grande disthiée de la cavité ar-
ticulaire. En conséquence, après avoir mis la
jambe dans une extension parfaite, je fis passer le cartilage , du côté interne du genou oùilétait, au côté opposé. Son passage sous la rotule eut lieu sansla moindre douleur. Jesaisis avec mes doigts ce
| “corps étranger, et en le pressant fortement en haut
et en dehors, je lui fis faire une saillie sous le muscle vaste externe à plus de trois travers de
pa au-dessus de l'articulation. Après lavoir
fixé sur ce point, jincisai la peau et la portion du muscle qui le recouvrait ; Je Soupar la papsule articulaire sur le cartilage, et à l'instant
même il fut expulsé à travers l'incision, Sans cher