À HOT
colonél du 37° régiment étranger, au} jourd' hui ma- FÉCRAR GE CAP ; ancien professeur de physiologie
à Dublin en Irlande. Cet OÉRCISrrBANEEAL fut un des premiers blessés qu on m'apporta à l'ambulance de Lovemberg, aux confins de la Silésie, où l'avant-garde de la grande-armée avait essuyé un combat sanglant le 21 août 1813. Sa jambe droite, avait été presque totalement emportée à sa moitié supérieure par un boulet de canon d'un très-fort calibre. Je pratiquai l'amputation du membre trèsprès du genou, et comme les parties au-dessus des limites de la désorganisation étaient intactes et le sujet. peu irritable, je pus facilement opérer la réunion exacte des bords de la plaie : cette réunion. fut secondée par un appareil un peu compressif. Le pansement terminé , j'engageai ce colonel, d’ailleurs plein de courage, à remonter sur son cheval et à se mettre en marche pour la France , afin d’être sorti de la Saxe avant que le chemin de retraite ne füt intercepté par les troupes, de la coalition; je l’engageai aussi à retarder le plus qu’il lui serait possible la levée du premier ap- Page Il suspendit en effet le genou de la jambe. coupée : à une écharne passée sur l'épaule droite et, arriva aux frontières de la France sans avoir été, pansé une seule fois. Il s'était contenté de renouveler à plusieurs reprises les Pier superficielles. de l'appareil.
Le comte général Laferrière est le ee de la, troisième observation. Celui-ci avait eu l'articulation de la jambe droite avec le pied profondément entamée et la moitié externe du pied correspon-
AMPUTATIONS. 653 dant détruite par un boulet de canon qu'il recut, à la tête de son corps de cavalerie, dans la fameuse bataille de Craonne en Picardie. Je pratiquai immédiatement l’amputation du membre un peu audessus du lieu ordinaire d’élection; mais il ne fut pas possible, non plus que chez le général Dosmenik, de réunir par première intention la plaie du moignon. Son extrême irritabilité ne permit même aucun rapprochement des bords de cette plaie, que nous traitâämes comme celle de son honorable compagnon. Mais ce général n'ayant pas voulu par la suite se laisser légèrement comprimer le moignon, les fragmens des deux os de la jambe n'ont pu se souder entre eux, et à raison de la mobilité qui s’est conservée dans le péroné, il ne marche pas sur sa jambe de bois avec la même aisance et la même sécurité que les autres amputés.
Ces exemples prouvent que, quelque parfaits que soient les préceptes pour cette amputation, comme pour toutes les autres opérations graves, ils ne sont pas toujours applicables. |
Parmi les maladies chroniques dont on ne peut toujours apprécier la nature à priori, lanévrisme profond de Pott ou par érosion, et les tubercules fibreux ou stéatomateux qui se développent dans les os de la jambe sont les plus difficiles à juger.Le sujet de l'observation suivante, M. Collet, âgé de 38 ans, d’une idiosyncrasie lymphatico-nerveuse, en fournit une preuve évidente. i
* Ce sujet, après avoir reçu, äu tiers inférieur de
la jambe gauche, une contusion produite par de la mitraille, dans un des combats de la première guerre d'Espagne, en 1515, étant alors Agé d'en viron 21 ans, ne cessa de se plaindre de douleurs sourdes 4 ce membre et de gêne dans la progression. Après un certain laps de temps, ces douleurs furent tout à coup suivies de l'apparition d’une petite tumeur ovoide entre le tibia et le péroné, à un pouce environ de la malléole externe ; elle était parsémée à l'extérieur de veines dilatées et de stries rougeâtres. Cette tumeur fit ensuite des progrès assez rapides et tendait la peau de cette partie au point de lui faire présenter la forme et la grosseur d’un œuf de poule d'Inde. C'est dans cet état que cet ancien militaire vint me consulter pour la première fois en 1827: la tumeur était alors accompagnée de douleurs lancinantes très-vives, de spasmes nerveux, d’envies presque continuelles de vomir, d’insomnie et d’un mouvement fébrile habituel avec de légers redoublemens le soir. Un examen attentif me fitjuger la maladie fort grave, et l’exaltation, dans ce point, de la chaleur latenté, ainsi que de légères pulsations que l'oreille: semblait percevoir dans le fond de cette tumeur élastique etrénitente, me portaientà croirequ'elle était produite par un anévrisme de Pott. D'après cette persuasion, je conseillai l'amputation. dus membre, proposition que le malade écarta avec d'autant plus de résolution qu’on lui avait fait espérer de le guérir par des moyens plus doux;
SÉNADAEENS © (Gb Aussi ce dernier avis, qui lui était plus agréable, le mit-il dans le cas d'accorder toute sa confiance aux médecins, d’ailleurs célèbres, qui lui avaient fait espérer cette guérison. Mais après une année révolue de soins nouveaux et inutiles, ce malade vint me retrouver et m’annoncer que les médecins qui avaient d’abord écarté toute idée d'amputation étaient d'avis qu’elle fût faite le plus promptement possible. Après en avoir reconnu de nouveau la nécessité dans une consultation choisie, je procédai à cette opération, selon ma méthode, avec toute la célérité possible; mais Je sujet ne la supporta qu'avec la plus grande peine. Aux premiers coups de l'instrument , il se déclara un spasme si violent qu'il ne fallut rien moins de ma partqu’une trés-srande habitude pour terminer l'opération et | pour faire surtout la ligature des artères coupées, Le seul contact de la pince sur l’extrémité du vaisseau causait la plus vive douleur à l'opéré et jetait le moignon dans un état convulsif. Il fallut aussi nous contenter , chez ce sujet, du pansement simple que j'avais mis en usage pour nos deux officiers-généraux, et nous ne pümes vaincre .ce spasme nerveux, si extraordinaire, que par ap plication de la glace sur la cuisse et le genou, et par l'usage des calmans. Cependant l'orage s'apaisa graduellement ; la suppuration de la plaie se développa du septième au neuvième jour, et nous levâmes le premier appareil le onzième: ce pansement fut encore douloureux, mais ensuite le malade
656 AMPUrATTONS.
ne donna plus aucun signe de douleur. ta plaie se détergea, les ligatures toi béréhe et. la cicatrisation commença du dix-huitième au dix-neuvième jour; elle niarcha ensuite progressivement et fut consolidée le quarante-unième jour de l'opération. La peau est froncée au pourtour du moignon pour produire une cicatrice linéaire et déprimée qui se dirige d avant en arrière. $ Fa dissection dumembre nous a fait reconnait deux grosses tumeurs rougeûtres, de consistance, fibreuse ; l'une occupait le bord interne du 15 où elle faisait une saillie d'environ un pouce; la deuxième était placée au-dessus de la malléole externe, entre le tibia et le péroné : celle-ci était plus volumineuse. Ces deux tumeurs squirreuses avaient pris naissance sans doute sous l'influence d'un vice strumeux constitutionnel, dans la propre cavité médullaire du premier de cés os, dont les parois se sont trouvées usées et amincies jusqu’ EP transparence. La lamine qui forme la paroi antérieure est perforée comme une dentelle. Au-devant de la tumeur externe, s’observait un cordon nerveux trés-eros et enflammé; c'était le tibial antérieur : il était accompagné d'une branche artéricle présentant une dilatation anévrismale. C'est à la distension violente du périoste et de ce nerf qu’on doitrapporter les douleurs vives, lancinantes, et les envies de vomir que le malade éprouvait. La gravure de cette pièce pathologique sera publiée plus tard avec les détails circonstanciés de cette
AMPULATIONS. ï | 657 observation. La-santé de cet ancien militaire est parfaitement rétablie; il: marche sur .sa jambe de * bois sans canne et avec la plus grande agilité,
Det amputation de la jambe à Le ligne inférieure de dénare de l'ar ticulation tibio-fémorale.
Pendant ma campagne en Égypte, j'avais déjà fait ce genre d'opération, dans l'épaisseur des condyles et au niveau de la tête du péroné que je SÉ= parai du tibia. Le succes que Jen obtins contre mon attente, me prouva qu ‘elle pouvait se pratiquer sans aucun inconvénient grave, et que la cica= trice qui résulte de cette amputation pouvait s "obtenir, toutes choses égales d’ailleurs, avec autant de promptitude qu'à la suite de l'opér tic on pratiquée äu lieu d'élection.
Depuis cetteexpédition mémorable, j'ai ‘employé ce procédé nouveau un grand nombre de fois, pour dés blessures qui ne permettaient point de faire l'amputation au lieu d'élection ordinaire, et j'ai eu le même succès qu'on à obtient de cette der nière méthode. j
"M." le chirurgien - -najor Gärrigues, ayant eu aussi l’occasion de pratiquer cette opération beaucoup au-dessus du lieu indiqué par les auteurs, développe les avantages de ce procédé dans sa thèse inaugurale imprimée en 1806, En applaudis: sant au travail de ce collaborateur cStimable, dont nous adoptons én partie les principes, nous de-
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vons convenir que, par suite sans doute d'une te d'enthousiasme, il s’est écarté un peu dés lirnites tracées par l'anatomie.
Sans analyser cette dissertation , je me bornerai à décrire lé mode d "opération que 1: Substitue au procédé établi jusqu'à ce jour, et j'indiquerai les limites au-delà desquelles on ne peut remonter, dans cette amputation, sans exposer, le blessé aux plus 8 graves accidens. Le lecteur pourra juger « ensuite de la différence de mes préceptes avec ceux de M. le docteur Garrigues. ne SEA
Quoique j j'eusèe pratiqué cette opération dt le nouveau lieu d'élection, chez plusieurs blessés des batailles d'Eylau et d'Austerlitz, je n'avais pu,en observer les. résultats d’une maniere aussi. suivie qu’ aux fameuses batailles de W agram ; de Lutzen » de Bautzen et de Hanau, où les cas d'amputation ont été aussi multipliés que variés... |
À Wagram et à Eslingen, nous avons fait, be neuf soldats de la garde, l'amputation de la <ambe dans le point que jai ‘indiqué. Les blessures graves qu ils avaient reçues du feu de l'artillerie. s'étendate jusqu'à la partie supérieure de Ja jambe, | très-pres du genou ; aussi tous mes confrères, à à qui javais pu Pre remarquer: la nature de. ces plaies 2 étaient d avis qu'il fallait couper. la cuisse, Je les: rassurai sur, les craintes 446 Jeur inspirait
it. Gar SATE de ne point one -passer le niveau
AMPÜTATIONS, | 659 de la tubérosité du tibia, que l'on peut couper dans son épaisseur, ou tout au plus à insertion du tendon rotulieñ. Uneligne transversale ,}qué l'on Supposérait partir de ce point, tombe ordinaire: ment au-dessous dé l'articulation du péroné et us le somiet renversé des condyles du tibia : mât les rapports dé cette tubérosité osseuse avec 14 tété du péroné varient chez les différens sujets; c’ést pourquoi il faut prendre toujours là tubérosité pour terme de la limite. En faisant la Section trop au-dessus, on prive lé lisament rotülién de ses attaches, on ouvre la HébEse synoviale pläcéé dérrière ii. on entame souvent, sur les côtés, l'in: sertion des lisämens AHEu TAN d’où résultent la rétraction dé la rotule, l'épanchement dé la Lsÿno: vie, l'altération Hrb fonde de l'articulation, et d'au: trés accidens graves qui peuvent mettre la vie di biéssé en danger ou nécessi iter cp el conséoral dé la Cuisse.
” En faisant au contraire la section au niveau de " tütbérositétibiale, on conserve l'attache du ligament rotulien et celle des tehidons dés fléthisseurs de la jambe nécessaires aux mouvemens du moignon : ‘a capsule synoviale est respectée, et les côhdyles sont coupés assez bas pour qu'on n'ait point à craindre l'ouverture de l'articulation. Mais si l’on met en parallèle l’amputation pratiquée à la jambe, d’après ce nouveau procédé, avec celle de la cuisse, conseillée par les auteurs pour les cas où je propose cette première sorte d'amputation, l’on sera
convaineu que les avantages de l'opération faite NU jambe sont Lab pour le. blessé, D abord la vie est d'autant moins exposée, qu'on attaque le moins possible de ses dépendances. L’opération est aussi facile à pratiquer dans lun comme dans l’autre cas. La cicatrice se fait dans un espace de temps aussi court, au moignon de la jambe comme à celui de la cuisse. Jamais je n’ai vu la carie se développer dans la portion spongieuse du tibia: au contraire, cette substance ne tarde pas s'affaisser par le travail vasculaire qui s’y établit; elle se recouvre facilement; la cicatrice en est plus prompte, et il n’y a point d’exfoliation sensible. Lorsque. la portion du péroné qui reste est, courte, comme cela arrive ordinairement, il faut la désarticuler; c’est ce queJj'ai fait plusieurs fois, cette portion étant un corpsinutile et génant pour la cicatrice et pour l'usage dela jambe artificielle. Il faut conserver lé plus de peau possible , parce qu'elle se rapproche et finit par recouvrir le moignon :.il faut couper perpendiculairement la partie de ce tégument correspondant au tibia, pour prévenir sa RE tion. | Tel est le procédé que j'ai mis en usage dans toutes les circonstances où je l'ai cru indispensable. Avec le moignon, qui comprend le genou etun ou deux travers de doigt de jambe , l'invalide trouve un point d appui solide. La sustentation de son FOTRE est sûre, et il exécute tous les mouyemens de progression avec la plus grande
AMPUTATIONS. | GGr | A | | facilité et sans canne: Il peut aisément porter une
jambe mécanique de forme naturelle , Son genou étant toujours fléchi, attendu que la longueur du moignon ne dépasse point le niveau du mollet de cette jambe mécanique, dont il se servira aussi commodément que si le moignon était engagé dans son cylindre, comme pourraient le faire ceux chez lesquels lamputation a été pratiquée au-dessus des malléoles. Quant à cette dernicre opération, elle ne peut être approuvée par les praticiens, non-seulement parce que la longueur excessive du moignon qui en résulte gène considérablement l'amputé dans sa marche, mais bien encore parce qu'elle est presque toujours accompagnée d’accidens graves, à raison du peu de tissu cellulaire et de chairs qui se trouvent dans cette partie de la jambe , et de la densité des os, ce qui rend la cicatrisation difficile. L'irritation nerveuse s’y développe plus qu’au lieu ordinaire d’élection . et la Suppuration, toujours sanieuse, ne s'y établit qu'avec peine. Jai vu faire un assez grand nombre d'amputations dans cette partie inférieure de là jambe ; presque tous les opérés ont péri de fièvre nerveuse où du tétanos. Le général Saint-Hilaire, opéré à mon insu de cétte manière à la bataille de Wagram, en est un exemple frappant. Plusieurs invalides; tourmentés par les douleurs et les inconvéniens qui résultent de cette amputation, ont réclamé d'eux-mêmes qu’on leur fit une seconde opération au lieu d'élection, et elle a été effective-
ment pratiquée sur quelques-uns pour cette seule cause. Enfin il vaut mieux, et dans tous les cas | ossibles, couper la jambe plus haut que trop bas, et ne remonter à la cuisse que lorsque l'articulation du genou est vraiment lésée.
Sans nous arrêter au grand nombre de sujets que nous avons opérés dans cette partie de la jambe pendant les campagnes d'Egypte , d'Allemagne et de Prusse, nous rapporterons seulement le précis des observations curieuses de quelques blessés chez lesquels nous avons pratiqué cette opération avec un succès inespéré.
Un jeune officier russe avait été atteint, à la bataille de la Moscowa , au mollet de la jambe droite par une boite de mitraille. L'un des biscaïens renfermés dans cette boîte s’en écarta au moment où elle traversa l'épaisseur du membre; il senfonça dans le creux du jarret, remonta dans la cuisse en suivant les vaisseaux poplités, et se fit jour à da partie moyenne et interne de ce membre. Le mollet était totalement emporté; les deux os étaient fracturés très-haut et près du genou. Quoique J'articulation füt restée intacte, aucun des officiers de santé présens ne croyait à la possibilité de conserver le genou. L'un d'eux se disposait même à amputer la cuisse, lorsque le colonel de cet oflicier, déjà opéré lui-même , me fit appeler. Apres avoir bien exploré toute l'étendue de la plaie, je procédai à l’amputation de la jambe dans l'épaisseur des condyles , au-dessus du niveau de la tubérosité ro-
oi
AMPUTATIONS. 663 tulienne. Avant de scier le tibia, j je désanéienlai le pér oné : les condyles du premier os étaient sains. Je n'avais pu conserver qu'une petite portion des tégur mens pour recouvrir en avant la moitié de ces éminences trongueess ceux du jarretavaientété emportés jusqu à Ja cuisse, Je liai l'artère poplitée au point de sa bifurcation. Je débridai Ja plaie de la cuisse, et j j "établis une communication entre elle et célle du moignon, à? aide d’une bandelette de linge effilé que javais recommandé d'extraire lorsque. la suppuration serait bien établie. L application d’un linge f fin fenêtré et de l'appareil ordinaire termina le pansement. Ce blessé fut, après l'opération, transporté, . avec d autres blessés de sa nation, dans un village voisin où ils restérent jusqu’à leur guérison. À notre retour de Moscou, je le retrouvai avec le colonel des cuirassiers, précité.
Les avantages de cette amputation dans l'épaisseur des condyles n’ont du reste Jamais été mieux appréciés par les malades que dans les circonstances cruelles où ils:se trouvèrent pendant cette terrible campagne de Russie. En effet, plusieurs d’entre eux, qui avaient su se faire des jambes de bois, eurent le bonheur, quoiqu'elles fussent trèsincorrectes, de se soustraire aux vicissitudes pénibles qu'une partie des RRAPAÉS de cuisse éprouva dans les ambulances jusqu'à notre retour de Moscou. |
Le général de brigade Chémineau avait eu, à la bataille de Lutzen , le 2 mai 1813, la jambe droite
664 AMPUTATIONS. | désorganisée par un boulet de gros calibre, jusqu'à sa partie supérieure. Intimement persuadé que le genou était resté intact, Je conçus l'espérance ; quoique le désordre s’en approchät de très-prées, de conserver cette partie en l'amputant dans l'épaisseur des condyles. Je traçai de l'œil lamputation , par une ligne qui s'étendait du sommet de la tubérosité rotulienne à la tête du péroné. Après avoir coupé les parties molles au dessous de cette ligne circulaire, je désarticulai la tête de ce dernier os, et je sciai le tibia au niveau de celle du péroné. Mais quelle fut ma surprise et celle des chirurgiens assistans, lorsque nous vimes une fracture qui sépa- raîtles deux condyles verticalement et jusqu’à l’articulation du genou! Nous étions disposés à amputer la cuisse, lorsqu’ayant réfléchi à l’état intérieur de cette articulation, où il n'y avait aucun signe d’épanchement, nous jugeämes que la fracture pouvait ne point pénétrer dans la cavité synoviale, et que notre opération pourrait être suivie de succès. En conséquence Je rapprochai les deux condyles et les fixai en rapport au moyen d'un bandage un peu serré. Le malade a éprouvé quelques orages qui se sontsuccessivement dissipés, et ils’estrétabliparfaitement, Ce cas décide tout-à-fait la question des avantages de cette opération sur celle de la cuisse, même lorsque le désordre avoisine le genou, et cette opération peut remplacer avantageusement l’extirpation du membre dans Particle,
Un jeune officier dés chasseurs à pied de l’ex-
SMPUTATIONS. ÿ 665
garde , nommé Robsomen, beau-frère du général Gros; son colonél, marchait à la’ tête de la colonne à la bataille de Hanau, pendant notre retraite sur la France, en 1813, lorsqu'il fut atteint d'un boulet qui lui emporta lavant-bras gauche à larticulation du coude. On le soHdUisAt derrière la ligne des combattans, où je le rencontrai, lorsqu'il fut frappé, à quelques pas de ma position , d'un second boulet, qui lui empor!a , dans sa presque totalité , la jambe droite, près de Particulation du genou. Son père, capitaine dans le même corps, informé de son prémier accident , était accouru à son secours, et le trouva étendu presque mort sur le sable. L'ébranlement imprimé par le premier coup de boulet dans les organes intérieurs, la perte considérable’ de sang qu’il avait éprouvée, le froid qu'il resséntait etles privations l'avaient mis dans cet état alarmant. Cependant le père, plein de courage et de sensibilité, chargea son fils sur ses épaules et s'empressa de me le PORRE pour que je lui donnasse mes soins ’
Malgré l’état de prostration été et d’épuisement où était réduit ce jeune officier, je sentis la nécessité impérieuse de luiamputer sur-le-champ les deux membres mutilés. Comme nous étions très-près du lieu du combat, je me trouvais seul ‘avec un de mes élèves et le père du blessé. Je n’osais lui faire la proposition de tenir son fils pen-
SE ds est pendant que ce blessé était suspendu à à l'épaule de son père qu’il fut frappé par le boulet à la jambe droite.
dant ] les deux opérations graves:que j'allais pratiquer, et je cherchais en vain autour de moi. les assistans dont j'avais besoin. « Vous pouvez compter sur moi , Monsieur, me dit ce capitaine, puisqu'il s'agit de sauver la vie de mon fils. » Celui-ci ne fit pas un cri pendant que jed opérai, et le, péré montra. une fermeté rare.
Te procédai d'abord à l'amputation du on dans sa continuité, et immédiatement après Je coupai la jambe dans lé épaisseur des condyles du tibia. au lieu de remonter à Ja cuisse comme da Die semblait l indiquer. Je trouyai assez de dinge sur, le blessé et sur moi pourle pansement desdeuxplaies, Je comptais peu sur le succès de mes opérations, yu l’état defaiblesse où était cet officier. Toutefois, Je conseillai à à M. Robsomen père de chercher quelques soldats pour faire transporter son fils au premier yillage. Je l’engageai à se constituer prisonnier, et à rester PIÉS dé: Jui jusqu'à l'époque de sa guérison, ou jusqu'à ce quil leût fait placer convenablement dans l’un des hôpitaux des villes xoisines. Mon conseil fut suivi, et, à ma grande surprise, ce jeune militaire est venu me nds visite à son retour des prisons d Allemagne, en OCtobre 1814. Cesujet joue parfaitement d'une flûte traversière de son invention, à l'aide de Ja seule main qui lui reste. | Nous aurions pu ajouter aux observations pré citées, relatives aux maladies aigués qui ont nécessité l'amputation de la jambe très-près de. J'arti-
AMPUPATONS. | 667 culation du genou, un grand nombre d'exemples de cette opération, pratiquée avec un succès analogue pour diverses maladies chroniques. Nous nous bornerons à répéter ici que la réunion trop exacte dans ces cas nous a paru être constamment nuisible, tandis qu’au contraire nous nous sommes bien trouvés de notre procédé particulier (le rapprochement).
Nous avons fait connaitre, dans nos dernières leçons de clinique, la différence de ces deux modes de pansement (pour les maladies chroniques) sur plusieurs sujets à qui nous avons été dans le, cas de pratiquer l’amputation, et notamment.sur un soldat du 1° régiment de la garde, nommé Boutier (Pierre), à qui nous l'avons faite aux deux jambes. La cicatrice des deux moignons , qui sont d'une égale longueur, est devenue Halde. etce militaire, maintenant à l'hôtel royal des Invalides, m marche sans canne nibéquille.
De l'amputation partielle du pied et de celle des orteils.
Nous ne parlerons point de l'amputation du pied
à son articulation avec la jambe. Les réflexions | que nous avons faites pour l'extirpation de ce dernier membre à à son articulation à la cuisse s'appliquent à cette premiére opération. D'ailleurs , comme nous l'avons dit à l’occasion de celle qu'on pratique dans la continuité de la jambe au- -dessus des malléoles, cette portion prolong gée du Mmoignon serait plus nuisible qu’utile au sujet, sans parler
même des chances fâcheuses que l'amputation faite à cette partie infériéure du membre ‘offre ‘constamment. Ainsi, dans tous les cas, il vaut mieux remonter à la partie supérieure de la jambe, lorsqu'on ne peut conserver à cette colonne un piédestal assez évasé pour servir sûrement à la sustentation et à la progression. D’après ce princi pe ; l'amputation partielle du pied ne doit être pratiquée que lorsqu'on peut conserver avec le talon la portion du coude-pied ou du reste du tarse où s'attachent les tendons fléchisseurs et extenseurs de cette extrémité , et de manière à ce que la base du moignon présente une surface aussi étendue en avant qu'en arrière, afin que le sujet ne puisse sans crainte perdre l'équilibre. Une autre condition est essentielle dans cette même amputation :il faut qu'il existe au-dessus de la ligne de débiareation
de la maladie assez de parties molles intactes pour Fe
former les deux lambeaux qui doivent servir à recouvrir les portions articulaires des os dénudés ; et dans une étendue telle qu'ils ne puissent contracter avec ces os des adhérences trop serrées et trop courtes; car, dans cette supposition, l’opéré marcherait difficilement sur son pilon naturel; il serait exposé à perdre à chaque instant l équilibre, et serait sujet à des ulcérations érosives qui le mettraient dans Ja nécessité de se faire couper la jambe. Nous avons vu plusieurs personnes qui étaient en effet tellement incommodées de ces Pi- Jons qu’elles ne balançaient point à se faire faire
AMPUTATIONS. 669 lamputation de Ja-totalité du membre. On peut vérifier cette assertion à l'hôtel royal des Invalides. Les inconvéniens que nous venons de.signaler sè sont fait remarquer. chez:les soldats qui, dans la campagne de Russie, avaient perdu , avec les orteils, une grande partie ou la totalité des os du métatarse. Dans ce cas, la congélation ayant altéré! au delà de la ligne de séparation des:os nécrosés, les parties molles, la cicatrice de ces moignons a di nécessairement être accompagnée de brides et d’'adhérences profondes qui ont ex très-pénible l'existence de ces sujets. |
ILest cependant beaucoup de circonstances où cette amputation partielle du pied peut être Pier tiquée avec tout le succès et les avantages qu’on peut désirer ;.ces cas peuvent varier à l'infini: Si la désorganisation, résultat d’une plaie d’armeblanche ou d'arme à feu, se borne à l'épaisseur des os du métatarse, on pourra faire lextirpation de cette portion d membre dans la ligne articulaire qui sépare ces os de ceux du tarse; seulementil faut se rappeler que le parallélisme de cette ligne est interrompu, au côtéinterne du pied, par une sail. lie. carrée formée par le premier os cunéiforme dans son rapport avec le gros métatarsien, et, au côté externe, par un angle aigu composé dé ti tubérosité RAS du. cinquième os du métatarse, en sorte que, pour opérer sans difficulté cette déss artiçulation , après avoir taillé le premier lambeau sur une forme çarrée, dans les tégumensxle la ré-
gion dorsale du pied, dans le muselé pédius; les teidons: extenseurs étant coupés très-hant ;'et le tissu.cellulaire jusqu'aux os, on doït plonger là pointé arrondie d'un petit couteau dans lé sillon articulaire qui Séparèles os cunéiformes des trois oë mitoyens du métatarse. On fait remonter énsuüité là pointe de cet instrument au côté externe dù dèrnier de ces premiers üs; pour $éparer le Somniet du dernier. Enfin on descend plus bas en dedans, dans l'intervalle du premier cunéiforme et de la base du grand os du métatarse ; pour achever la désunion de ces deux parties du pied: H'on terminé lopération:en taillant obliquement-én, bas et'en avant le deuxième lambeatu qu'on forme aux dé: pes du court fléchisseur des orteils, de l'âponévrose et des tégumens de la plante du pied, dé manière à lui donner, autant que possible, fà grandeur et la figure du lambeau dorsal. IL est même uütile de lui laisser quelques lignes de plus dans sa longueur, pour éviter que la cicatrice du bout du moignon ne porte sur le sol peridant la 5ro: gression. Après avoir fait les ligaturés des artères, dn met les deux lambeauxen contact, et on les fixé rapprochés, au moyen de quelques bändelettes agglutinatives péu serrées, du lingé fenêtré ét d’un bandage approprié. |
Si la désorganisation Sétend jusqu’à la base du métatarse, pourvu toutefois qu'il reste asséz de parties molles saines pour pratiquer les deux Hmbeaux d'yme grandeur proportionnée au moïgnon,
AMPUTATIONS. 4: \G#7r
on peut s'arrêter au sillon qui sépare la première rangée du tarse avec la deuxième, c’est-à-dire les deux os scaphoïde etcuboïde des trois cun éiformes. Cette opération est plus facile que la première: je l'ai pratiquée pour la première fois à l'armée du Rhin en 1703; depuis cette époque, nous avons fait un grand nombre de fois lamputation partielle du pied à à l’une de ces deux lignes articulaires, plus Souvent entre le tarse ét 1e métätarse. Nous nous dispen serons d’ en rapporter les observations , qu on trouvera dans nos Mémoires ( el Campagnes. En 1 787, Chopart, le p premier des chirurgiens fran-
çais qui ait exécuté l’anipatation partielle du pied, la pratiquée entre le scaphoïde et l’astragale du coté
CRIE 1 ER LS interne, Je caléanéum êt l'os cuboide. en dehors.
Bien que Base dortiète opération soit également facile, elle se rapproche trop de l'articulation‘du pied pour que celle-ci ne soit point exposée à l’ini flammation sym pathique. D'ailleurs la progression du sujet en est douloureuse et pénible : or, lorsqu'on.ne, peut pratiquer l'amputation partielle du pied d après l'un des deux premiers procédés: que nous venons de décrire, nous pensons qu'il vaut mieux couper la jambe à son lieu d'élection.
Les régles pour l’extirpation partielle ou totale des orteils sont les mêmesquecelles quenous avons établies pour l’extirpation des doigts de la main.