‹ Clinique chirurgicaleChapitre 27 sur 47 · IE · texte numérisé non relu

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comme aux paupières etaux parties sexuelles. , l'ecchymose se manifeste constamment par l'effet de Ja transsudation sanguine qui se fait à travers les tégumens. Dans le premier cas, au contraire, le sang ne peut parvenir aux vaisseaux capillaires superficiels, les injecter ou s’extravaser dans le tissu de l'organe cutané pour y produire lecchymose, mais l'épanchement n’en existe pas moins. S'il est peu considérable, il est possible qu'il s’absorbe et disparaisse sans laisser aucune trace de son existence. On favorise alors cette absorption par l’action dés ventouses mouchetées ou scarifiées, par l'application de la peau fumante des animaux à laine (nous parlerons de ce dernier moyen à lar-

ticle des contusions du bas-ventre) , et par une compression graduée, permanente, faite sur la partie frappée, au moyen de compresses imbibées de liqueurs répercussives et toniques, telles que le vin ou le vinaigre camphré, l'eau végéto-minérale, - ou l'eau salée, soutenues d’un bandage approprié. Si l'épanchement est considérable et qu'il y ait attriion profonde des fibres aponévrotiques ou charnues , il sera suivi d’un travail de suppuration, causé autant par l’altération des liquides épanchés que par la rupture ou la déchirure des tissus. La collection augmente: progressivement ct forme des abcès qu'on peut appeler traumatiques, dont l'étendue ou le volume! sera proportionné à la quantité des liquides et à la profondeur de lattrition intérieure. Îl est rare que ces abcès, bien

DU BAS-VENTRE. 339 qu'ils soient soudains, soient accompagnés de douleurs vives, lancinantes, et de changement de couleur à la peau , comme les abcès phlegmoneux. On les distingue néanmoins des abcès froids ou par congestion, par la connaissance des causes qui les ont produits, par la rapidité de leur marche, l'irrégularité. de leur forme, et la densité qu'ils conservent dans leur pourtour, tandis que les derniers sont circonscrits, se développent lentement et non loin du point de carie des os qui leur a donné naissance.

L'absence de la douleur et de la rougeur qui sembleraient devoir accompagner les abcès traumatiques s explique, d’une part, parce que les tissus de la peau qui forme leurs parois ne recoivent plus le stimulus propre à leur sensibilité, ayant été rompusouattrits par l'effet de la cause mécanique; d'une autre part , la rougeur sera peu sensible sur la peau qui recouvre ces tumeurs, parce que la circulation capillaire y est considérablement réduite ou totalement interceptée. Ce sontles mêmes causes qui empêchent la formation de l'ecchymose.

Enfin le caractère de ces abcès étant bien reconnu, et en supposant que tous les moyens propres à en opérer la résolution ont été inutile ment mis en usage, il faut se hâter d'en faire l’ouverture. On choisit pour cela leurs points lés plus déclives, qu'on incise largement, et l'on pratique, si elles sont nécessaires, des contre-ouverturés dans les sinus qui sont éloignés :et isolés par des

346 DES LÉSIONS brides profondes. On n’a point à craindre le con: tact de l'air ni l'évacuation totale de la matière épanchée , car on ne laisse pas de foyer d'infection, et la maladie est plus promptement terminée. L'on doit éviter surtout la compression expulsive, encore préconisée par quelques praticiens ; elle a des inconvéniens plus ou moins graves que nous avons indiqués dans nos généralités. Les abcès étant vidés, on couvre les plaies ou les incisions, de linges fenêtrés, enduits d'onguent styrax, de gäteaux de charpie et d’un simple appareïlcontentif. Les matières qui s’'écoulent de ces tumeurs varient selon l'époque de leur formation, celle où elles sont ouvertes, l'étendue et la gravité dé l’attrition des parties lésées et plusieurs autres circonstances. C'est tantôt du sang noir coagulé ou liquide selon qu'il est artériel ou veineux, tantôt de la matière purulente mêlée de flocons celluleux ou de grumeaux sanguins, et rarement de liquides séreux (qui composent les dépôts par éongestion), à moins qu'il n'y aitcommunication des abcès traumatiques avec les cavités séreuses ou synoviales. Du reste, pour donner une juste idée de leur marche et faire apprécier le mode d'opération que nous avons décrit pour leur ouverture , nous en rapporterons un seulexemple qui nousaété fourni par le nommé Pâris, soldat au 2% régiment d’infanterie de la garde royale, àgé d'environ 21 ans, et d’une constitution athlétique. Ce jeune homme se rendait, de ses foyers où il s'était un peu enivré,

DU: BAS-VENTRE. 341 à son nouveau poste ,: monté sur un mauvais cheval fougueux ; en entrant dans Paris, le 30 décembre 1826, le cheval fit un écart et se renversa sur des pierres amoncelées au coin d’une rue. Le jeune soldat, dans sa chute, tomba sur l’épaule gauche , et le cheval, après s'être relevé, retomba sur la fesse droite de son cavalier, qu'on crut écrasé ; néanmoins les assistans le relevèrent et le firent transporter à la caserne du régiment. Le chirurgien-major lui prodigua ses soins, et mit en usage, pendant les huit ou dix premiers jours, tous les moyens propres à faire dissiper les effets des contusions violentes que ce conscrit avait reçues dans sa chute; mais le mal empirant, il se décida à l'envoyer à l'hôpital du Gros-Caillou ; où nous le recümes le 12 janvier 1827.

Après l'avoir interrogé et examiné avec soin, nous reconnümes deux tumeurs énormes, :fluctuantes, l’une occupant toute la région fessière droite, et formant une exubérance de la grosseur d’un pain rond de deux à trois livres. Elle s'était développée sans douleur sensible, et la peau était à peine teinte d'une couleur légèrement rosée. Cette tumeur irrégulière présentait un peu dedensité dans son pourtour. La deuxième soulevait l’o: moplate gauche et formait à travers le muscle trapéze, très-aminci, une saillie de la grosseur. des deux ‘poings. La fluctuation était profonde. et moins sensible que dans labcès de la fesse. IL n'y avait également ni douleur, ni changement de cou-

leur à la peau. Après avoir fait usage des émolliens pendant les premières vingt-quatre heurés, je fis l'ouverture de la tumeur de la fesse par déux larges incisions pratiquées au point le plus déclive et dans un cul-de-sac qui paraissait exister à sa partié supérieure. Ces ouvertures, entre lesquelles on établitune communication avec uné bändelette de linge effilé, laissèrent échapper environ trois livres d'une matière purulente, épaisse, mélée de grumeaux sanguins et de flocons de tissu cellulaire. Les muscles fessiers étaient disséqués et rompus dans, plusieurs de leurs trousseaux charnus; le périoste de l'os coxal était dénudé, et le foyer purulent s’étendait : jusqu'à la marge Me Panus. Nous attendimes que les plaies fussent détergées pour ouvrir le deuxiêtie abcès scapulaire, ce que nous fimes au neuvième jour de l'opération du premier, de la même manière et avec les mêmes précautions. Celui-ci fournit environ une livre de matière semblable ; nous y trouvämes néanmoins uné plus grande quantité de caillots sanguins : le muscle trapèze avait été détaché de Pépine dorsale, et il était déchiré vers la base du scapulum.

: Les plaies de ces deux abcès furent pansées de la même manière, et le malade fut soumis au régime indiqué en pareil cas. La détersion s’est opérée promptement, les parois des cavités purulentés se sont recollées intérieurement, et la cicatrisation a commencé à se faire du dix-neuvième au vingtunième jour; ensuite ele à marché rapidement, et

- DU BAS-VENTRE. 343 ce Jeune soldat est sorti de l'hôpital peu des semaines après, étant parfaitement guéri, et sans avoir à peine perdu de son embonpoint.

Nous dirons aussi quelques mots des coups de armes blanches et d’armes à feu que des femmes ont reçus aux seins, soit dans les places fortes prises d’'assaut, ou dans les rangs de l’armée, où elles étaient, häbillécs en soldat. J'étais d’abord persuadé que les blessures qui lèsent plus ou moins profondément les corps glanduleux des mamelles devaient nécessairement être accompagnées d'accidens d'autant plus graves, que ces glandes conglomérées sont traversées par un grand nombre de filets nerveux qui s’entrelacent en tous sens dans leur épaisseur ; mais l'expérience m'apprit bientôt que mes idées sur ces sortes de plaies étaient exagérées.

L'une des premières femmes que nous avons pansées à l’armée du Rhin, était au nombre des volontaires de l’avant-carde; elle eut le sein gauche traversé dans toute son épaisseur par la pointe du sabre d’un hussard autrichien. Les lames de ces sabres étant très-acérées, les deux plaies étaient régulières et n'offraient d'autre indication que la réunion, que Je pratiqual immédiatement au moyen de bandelettes agglutinatives soutenues par un appareil légérement compressif, et dont les pre mières pièces étaient imbibées d’eau végéto-minérale. Il ne survint aucun accident > CL la cicatrice de la plaie de cette jeune guerrière fut terminée avant le quinzième jour.

Pendant les campagnes de Pologne et de Russie, jai pansé plusieurs cantinières qui avaient été blessées aux seins par des coups de feu, étant au milieu des carrés de notre infanterie : un léger débridement de ces plaies et le pansement simple que nous avons décrit aux généralités suffirent pour les conduire à la guérison qui ne fut entravée par aucun accident. A la prise de Jaffa en Syrie , une vingtaine de femmes de cette ville ayant concouru avec les assiécés à la défense de la place furent blessées aux seins et à d’autres parties du corps. Chez les unes, les plaies de ces corps glanduleux avaient été produites par les balles des fusils de nos soldats, et chez d’autres par la baïonnette. Ces plaies ne furent suivies d'aucun accident notable. Je remarquai seulement chez toutes ces femmes que les pansemens, quoique faits avec la plus grande douceur, étaient extrêmement douloureux; aussi les renouvelait-on le plus rarement possible.

Des plaies pénétrantes du bas-ventre.

Nous faisons pour les plaies mon pénétrantes de cette cavité la même réflexion que nous avons faite pour les solutions de continuité superficielles de la région postérieure du tronc. |

Les plaies pénétrantes peuvent se distinguer en celles qui résultent simplement de la division des

parois abdominales jusqu’au péritoine inclusive-

ment, avec ou sans issue des viscères contenus daus cette cavité , en celles qui sont accompagnées de la lésion d’un ou de plusieurs de ces organes, et en celles qui ont fait éprouver une perte de substance aux parois du bas-ventre.

Les solutions de continuité de la première classe peuvent être produites par des instrumens qui auront divisé, dans une plus ou moins grande étendue, les parois abdominales, ou par des corps contondans, mis en action par des puissances violentes qui font agir ces corps, sur les parties qu'ils rencontrent lorsqu'ils sont dans le fort de leur course, dans le sens des instrumens tranchans : tels sont ceux poussés par la poudre à canon. Ces dernières solutions sont nécessairement irrégulieres, avec déchirure ou attrition dans leurs bords ; tandis que les premières peuvent être considérées comme simples, et n’exigent en général que la simple réunion. Il est rare néanmoins, surtout lorsqu'elles sont un peu étendues, et que l’on n’a pas été appelé à l'instant du coup, que ces plaies ne soient point suivies de l'issue des parties flottantes dans la cavité abdominale. Il y a alors une première indication à remplir; c’est la réduction des parties, en supposant qu’elles ne soient pas altérées ou lésées , et cette réduction exige des précautions qui seront indiquées lorsque nous par-" lerons de l'issue de chacun de ces viscères en particulier.… as

Dans le cas, au contraire, où les solutions de

3 16 | DES LÉSIONS continuité sont irrégulières , attrites dans leurs bords, et présentent des angles profonds avec des points d’étranglement dans les tissus fibreux, il faut les débrider avec les précautions commandées par l'état des parties ou le rapport des organes voisins. Ainsi, ce débridement doit se faire de préférence, et autant que possible, vers la région supérieure du corps, selon la direction des fibres des muscles qui forment les parois du bas-ventre, et de manière à éviter les vaisseaux qui rampent dans leur épaisseur. Ces indications remplies, l’on peut, comme pour la première classe des plaies , procéder à la réunion, que l’on obtiendra à l’aide de divers moyens. Le premier, et le plus puissant de tous, est la position du blessé; ensuite l’on peut employer les bandages, les bandelettes agglutinatives et la suture, qui est de différentes espéces. Ce dernier moyen constitue une opération majeure, que l'on a désignée sous le nom de gastroraphie, et qui doit particulièrement fixer notre ALÉENTION EN ANA ; Cette opération, connue et pratiquée: par les anciens, à été préconisée par certains auteurs, pour les plaies du bas-ventre avec issue des parties, et blâmée par quelques autres. L'opinion de ces FAT a certainement été établie par: l'expérience , car il est difficile en effet de prononcer sur 1 ütélité ou l'inutilité, ainsi que sur les dangers de cette ananon No on ne l’a point exécutée soi-même où vu pratiquer. On ne peut méme rien

DU BAS-VENTRE) 347 conclure des expériences que l’on fait où que l’on peut faire sur les animaux vivans, parce qüé, d’une part, les tégumens de ces animaux, sur lesquels portent les points de suture, sont plus extensibles et moins irritables que ceux de l’homme, et que, d'un autre côté, la fibre motrice est également plus dense, plus élastique, et moins susceptible de $e rompre. Or, il ne faut considérer les effets de cetté suture, quelle que soit sa nature ou sa forme, que par rapport à l’homme lui-même ; ainsi, dans la suppositionétablie parlesauteurs qui la conseillent, d'une plaie qui paraît en réclamer l'emploi, éxaminons si elle est indispensable et utile, où si, au contraire, elle n’est pas dangereuse et inutile.

Quelle que soit l'étendue d’une plaie qui divise, dans toute leur épaisseur, les parois du bas-ventre jusqu’au péritoine inclusivement, si les parties contenues n'ont pas été déplacées et poussées au dehôrs , àtravers la plaie, soit par des efforts spontanés dé Pindividu, soit par ses cris ou par uneirritation mécanique exercéesurleurs tissus, ces parties peuvent très-bien rester enfermées dans cette cavité, et dans leur position respective. Nous én avons vu un grand nombre d'exemples, surtout lorsqu'on est immédiatement appelé pour secourir les blessés, ou qu'ils sont restés dansune position horizontale. Dans ce Cas, cétte mêmeé position de l'individu, un Hagbfnétré appliqué sur la plaie, dontlés ES dé ont été primitivement rapprochés et fixés en contact par des bandelettes agglutinatives, quelques com-

presses trempées dans le vin camphré mêlé à du blanc d'œuf battu avec ce liquide, ainsi qu’un bandage de corps, suffisent pour en opérer la réunion, et cette réunion sera plus ou moins exacte selon la direction de la plaie et le rapport des parties lésées. Lorsque les fibres motrices ont été coupées trans: versalement, ou à angle droit de leur direction, si l’on a procédé méthodiquement à leur réunion , elle se fait avec une telle exactitude que la cicatrice est à peine apparente à l'extérieur, et qu’il ne reste point de vide entre les fibres motrices. Cela dépend de ce que leurs vaisseaux organiques se sont mis en contact immédiat, et ont pu établir des anastomoses mutuelles pour opérer cette réunion intérieure, qui se fera toujours d’autant plus facilement que les vaisseaux se trouveront davantage dans un rapport immédiat de réunion, par leurs extrémités coupées.

Il n’en serait pas de même si la solution de continuité avait simplement écarté ces fibres motrices selon leur longueur et en les séparant les unes des autres, ou divisé les feuillets aponévrotiques dans le même sens.-Dans ce cas, il ne se fait entre elles aucune adhésion mutuelle, parce que les vaisseaux de ces fibres s'écartent difficilement de leur marche pour se mettre en contact mutuel et donner lieu aux anastomoses nécessaires à une cicatrice exacte; aussi ces solutions de continuité, quelque bien réunies qu elles aient été j Sontrelles constamment suivies d'éventrations, qui se forment-consécutive-

ment sous la cicatrice des tégumens, la seule que l'on puisse parfaitement obtenir. Néanmoins, et dans tout état de choses , Ces sortes de plaies sont maintenues rapprochées, et avec tout le succès désirable, par la position et les moyens que nous avons indiqués. L'expérience nous a fait vérifier la solidité de ce précepte.

Dans le second cas, c’est-à-dire lorsque les parties contenues dans l'abdomen sont sorties à travers la plaie, et qu’elles sont boursoufflées, ainsi que cela arrive souvent alors aux intestins , la suture ne peut maintenir les organes dans leur cavité. Quelque rapprochés que soient en effet les points qui la composent, ces organes s’échappent par leurs intervalles, et forment autant de petites hernies particulières qui s’étranglent, et ajoutent à l'inflammation produite déjà par la gastroraphie elle-même, ce qui nous oblige par conséquent à considérer cette opération comme nuisible et inutile. |

En outre de cet inconvénient majeur, les piqüres faites dans l'épaisseur des tégumens et des parois aponévrotiques et musculeuses du bas-ventre produisent un travail d’irritation très-douloureux , lequel est bientôt suivi d’une inflammation d’autant plus aiguë, que le météorisme des intestins est plus ou moins développé, parce que ces organes tendent continuellement à soulever ces parois et à s'échapper au dehors par les voies qui leur offrent le moins de résistance; or, les bords de la plaie

sont sans cesse écartés, et par cette cause, et par leur propre gonflement. Dans un tel état de choses, il est donc facile de concevoir que, quand bien même les points percés par les aiguilles ne se rompraient pas, la traction violente qu'exercent sur eux les anses de la suture doit au moins augmenter de plus en plus l'irritation, et faire faire à l'inflammation les plus rapides progres. Des parties de l'enveloppe abdominale où elle s'était d'abord fixée, elle setransmet incontinent dans le péritoine ainsi que dans les viscères contenus dans le basventre , et produit bientôt une fièvre traumatique extrêmement intense, la gangrène et la mort.

Nous avons vu faire cette opération plusieurs fois par de grands praticiens, pour des plaies qui semblaient en indiquer exclusivement l'usage, et cependant tous les sujets, sans exception, ont péri des accidens que nous venons de retracer, les uns plus tôt, les autres plus tard.

D'après les mêmes raisons, nous avons lieu de croire que si l’on n'obtient pas généralement de succès dans l'opération césarienne, c’est moins par l'incision des parois du bas-ventre et du corps de l'utérus, que par la gastroraphie que l’on pratique apres l'extraction de l’enfant , ainsi que par les effets de l’'épanchement sanguin dans le sac du péioine, épanchement que cette, opération augmente nécessairement. Le professeur Sabatier en avait pressenti également le danger, car il averüt les praticiens d'être circonspects. sur son

DU BAS-VENTRE. 337 emploi, ne la croyant point indispensable dans les cas même pour lesquels presque tous les auteurs la conseillent. :

Enfin on ne conçoit pas comment depuis un demi-siècle que le célèbre Pibrac a fait connaitre les abus de la plupart des sutures, on a pu conserver l’idée de pouvoir mettre efficacement en usage ce moyen dans les plaies de l'abdomen, la seule région du corps sans doute où il est impraticable, non-seulement d’après les motifs que nous avons exposés, mais encore parce que l'art ne peut, en aucune manière, protéger la suture, à raison du défaut de points d'appui qu'offrent les parois molles et mobiles du bas-ventre. Les anses de la suture, livrées à leurs propres effets, ne peuvent donc être soutenues par aucun des moyens contentifs ou de rapprochement, dont on faitun emploi si avantageux dans toute autre partie du corps, où l’on trouve une résistance subjacente. En conséquence nous osons conclure que la gastroraphie est une opération dangereuse et inutile qu’on peut rayer du tableau des opérations indispensables de la chirurgie.

Le fait qui paraît le mieux confirmer la vérité des assertions que nous venons d'émettre, dans cet article, sur les grands inconvéniens de la gastroraphie, est le suivant, Un jeune homme de 27 à 28 ans, d’une éducation distinguée, et appartenant à une famille fort riche, était détenu dans les loges de l'hôpital général de Toulouse, pour

une aliénation mentale qui était fréquemment accompagnée de frénésie, à laquelle succédaient

quelquefois des intermissions d’un calme si parfait,

qu’on avait peine à croire qu'il püt avoir des acces aussi violens. Pendant ces momens de lucidité, on lui tait la camisole, et on Île laissait libre dans sa chambre. Frappé de sa situation, il médita sans doute le projet de se détruire, et dans cette intention, il saisit probablement avec adresse l’un des rasoirs de son barbier, et le cacha pour en faire usage pendant la nuit. En effet, le lendemain matin, à la pointe du jour, lorsque le gardien des loges des fous fit ouvrir celle de ce jeune homme, il fut fort étonné de le trouver étendu sur son lit, ne donnant en apparence aucun signe de vie. Le ventre nu était ouvert dans presque toute sa hauteur, et une partie des intestins sortie de leur cavité. Enfin il trouva le rasoir ensanglanté au pied du lit, et les deux mains du blessé couvertes de sang. Le chirurgien en chef de l’hôpital, M. Larrey, mon oncle, futaussitôt appelé; je l’'accompagnai près de cet infortuné, que nous trouvames dans la position qui a étéindiquée. L’incision, située au côté droit de la ligne blanche, s’étendait depuis la première intersection du muscle sterno-pubien jusqu'à environ deux pouces au-dessous de lombilic. En l’examinant avec soin, nous vimes qu'elle n’était pas le résultat d’un seul coup de rasoir, mais que plusieurs autres avaient été donnés encore pour parvenir à couper l'épaisseur de toutes

DU BAS-VENTRE. 353 les parois du bas-ventre : cependant les intestins étaient intacts; seulement ils étaient boursoufflés, rouges et développés sur la région antérieure de l'abdomen. Cet aliéné avait aussi perdu beaucoup de sang , car sa paillasse était traversée, et il ÿ en avait une assez grande quantité sur le plancher. L'hémorragie avait dû être causée par la lésion des branches de l'artère épigastrique sur le trajet de laquelle l’incisionavait été pratiquée; mais comme le sujet était tombé en Syncope et que les vaisseaux ne fournissaient plus de sang, nous né pümes apercevoir l’orifice de ceux qui avaient été coupés. |

Conformément aux préceptes des auteurs, on se disposa à pratiquer l'opération de la gastroraphie. Pendant que je m’occupais de la préparation de l'appareil, M. Larrey, pour sortir le blessé de l'état de syncope profonde où il était plongé, employa quelques stimulans intérieurs et des frictions chaudes et alcalines sur la poitrine et les extrémités. Rappelé à l'usage de ses sens » cet infortuné se refusa d’abord à ce qu’on lui portât aucun secours; mais enfin, à force de prières et d'instances, il se confia à nos soins. Après avoir étuvé les intestins avec de l’eau et un peu de vin chaud, et en avoir opéré difficilement la réduction, mon oncle fit aussitôt la suture enchevillée avec toute la dextérité et l'attention qu'on avait droit d'attendre, de ce: praticien célèbre. Des com-

presses trempées dans une décaction émolliente IT. 23

/ 354 DES LÉSIONS et anodine furent appliquées , et le tout fut. maintenu par un bandage de corps médiocrement sérré., On mit le malade dans une position convenable, on lui prescrivit des boissons rafraichissantes et à la glace, et on en confia la garde à un élève et à l’un des infirmiers de l'hôpital. Mais cinq à six heures après, des douleurs se déclarerent et devinrent si violentes, que ce jeune homme voulait arracher ses points de suture, et qu'il fallut lui mettre le gilet de force et lattacher sur le lit par les quatre membres. Ce moyen devenant même insuffisant, et l'élève mon condisciple m'ayant fait alors appeler, je trouvai le malade dans l'état suivant : le ventre était météorisé, la portion des tégumens et des muscles traversés par les anses de fil, déjà déchirée dans l'étendue de quelques lignes, et le pourtour des bords de la plaie rouge et enflammé. Ce malheureux jetait des cris perçans, ét réclamait avec instance qu'on fit cesser les tiraillemens douloureux et insupportables qu'il éprouvait. Alors je n’hésitai point à couper tous les points dé suture, et après avoir recouvert la plaie d'un linge imbibé d'huile d'amandes douces et de laudanum, j'appliquai une dizaine de sangsues sur éhacune des régions iliaques. Malgré la destruction de la suture, les intestins ne se déplacèrent point; à peine paraissaient-ils sur les bords de la plaie.

Pendant quelques heures ce blessé parut extré= mement soulagé ; mais, profitant du calme de la

DU BAS-VENTRE, 355 nuit et du sommeil de son gardien , il arracha de nouveau ses intestins ;: dont l’une des circonvoluüons fut déchiréés lise forrha alors un épanchement de matières stercorales qui fit renouvelèr tous les accidens inflammatoires, auxquels le malade succomba dès le lendemain matin.

Certainement, dans le fait que je viens de rap-

porter, au lieu de pratiquer la gastroraphie, si l’on se füt contenté, après avoir préalablement réduit les intestins, d'appliquer sur la plaie une compresse fenétrée et quelques compresses épaisses trempées dans une liqueur glutineuse résolutive!, en ayant seulement la précaution de maintenir le

tout par un bandage contentif et une position

convenable, ces moyens auraient peut-être suffi pour opérer le rapprochement des bords de la division, prévenir le désespoir de ce malheureux et le conduire à la guérison. En effet, il est bien évident que c’est la gastroraphie qui a produit tous les accidens qui se développèrent avec tant :de rapidité, après qu’elle eut été pratiquée.

Dans les articles des plaies pénétrantes de l’aba domen, avec issue des organes contenus dans cette cavité, noûs rapporterons des ‘exemples d'autres solutions de continuité où l'opération de la gastroraphie aurait été indiquée par les auteurs, pour lesquelles nous n’en avons point fait usage, et qui cependant se sont réunies parfaitement et sans nul accident.

Avant de parler des lésions de chaque viscére

contenu dans l'abdomen, et des contusions plus ou moins violentes imprimées sur son enceinte, nous nousentretiendrons immédiatementdeseffets des coups de feu qui en coupent les parois comme avec un instrument tranchant. En effet, lorsqu'un projectile quelconque, lancé par la poudre à canon , est dans sa force rectiligne et qu'il rencontre quelques points plus ou moins saillans de la surface de notre corps, il coupe avec plus ou moins de netteté toute la portion que son diamètre peut atteindre, dé manière à produire, dans les parties molles ainsi que dans les partiés dures, une perte de substance proportionnée à cette masse. Les portions coupées n’en sont pas moins attrites dans toutes leurs surfaces , à des degrés relatifs de profondeur , mais beaucoup moins sans doute que si le boulet avait commencé sa rotation ou son mouvement curviligne, parceque, dans cette dernière circonstance, à l'action immédiate et directe de la cause mécanique se joint l'effet de la pression ou de la contusion plus ou / moins profonde qu'elle exerce sur les parties. Nous allons citer quelques exemples de ces solutions de continuité opérées sur le bas-ventre par ces mêmes projectiles, étant dans le plus fort de leur course directe ou rectiligne. Ces solutions peuvent être plus ou moins étendues et profondes, selon l'exubérance de l'enceinte abdominale, selon la direction variée du projectile et selonsa plus ou moins grande masse. #

En Conséquence, par le choc de ces corps, la peau seule peut être coupée, ou , avec cette enveloppe, les muscles ou d’autres parties subjacentes peuvent être divisées; les viscères contenus dans le bas-ventre peuvent éprouver aussi une contusion superficielle, ou être coupés ou déchirés dans leur continuité; les crêtes des os coxaux d’une part, ou les saillies cartilagineuses des fausses côtes de l’autre, peuvent être fracturées ou brisées. Quand les. viscères sont entamés, pour peu qu'elles soient étendues, ces solutions de continuité sont décidément mortelles, et il ne s’agit alors que de calmer la douleur et de diminuer les angoisses du blessé, au moyen des palliatifs indiqués par l'art. Ainsi, on emploiera à l'intérieur les anodins sédatifs à prendre presque goutte à goutte; on pansera, avec des linges fenêtrés ‘trempés dans l'huile d’amandes douces associée à l’opium, les parties blessées qu'on laissera au dehors afin de prévenir, ou diminuer l’épanchement des fluides bilieux ou sanguins dans la cavité péritonéale, lequel accélérerait la mort du sujet.

Sans doute il est douloureux , pour le médecin sensible, de borner son ministère à ces simples moyens, et de savoir que l’objet de sa sollicitude doit terminer ainsi sa pénible existence. C’est ce qu'en particulier j'ai éprouvé d’une manière bien vive, lorsque j'ai été appelé par l’ordre de l'empe- reur, quelques jours après la fameuse bataille de Bautzen, en 1813, pour donner mes soins à mon

358 DES LÉSIONS | illustre ami, le maréchal Duroc *, qui avait reçu une blessure de ce genre: Ge général navait demandé plusieurs fois, et il était dans une impatience extrême de me voir arriver. On l'avait déposé dans la chaumière de l'un des habitans du village près duquel il avait été blessé. En entrant danscette demeure, où je trouvailemaréchalétendu sur un tas de paille, et encore vêtu de son habit d'üniforme, je fus saisi de la crainte de le voir frappé d’un coup mortel, Mes sinistres pressentimens né se réalisèrent que trop. À peine pouvait se faire entendre. Les effets de sa blessure se faisaient apercevoir à travers l'appareil qui la couvrait, et son visage était empreint d’une pâleur extrême. Il avait eu les parois du bas-ventre enlevés par un boulet de gros calibre , les intestins déchirés dans plusieurs points, et expulsés hors de Venceinte abdominale. Aucun secours ne pouvait donc l'arracher à la mort prochaine et inévitable qui attendait. En effet, peu d'heures après, cet officier-général, Pan de mes compagnons d'Égypte, avait terminé sa brillante carrière.

Si, au contraire, l'effet de ces blessures graves ‘et profondes se borne aux parois de l'abdomen et | que les viscères n’aient été attemts que superficiellémént, ou qu'il n’y ait qu'une simple contusion à léur surface, l’on peut en espérer la guérison, etil

1 Sujet d'une autre observation dont il sera parlé à l’article des PLAIES DES MEMBRES. -

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DU BAS-VENTRE, 4 359 ‘est possible de Pobtenir , en débridant convenablement , et à l'instant même, les bords ou les angles déchirés ou étranglés des parois aponévrotiques et dermoiïides de la plaie, en excisant, avec les précautions requises , toutes les portions désérgani sées , en faisant l'extraction des corps étrangers qui pourraient être restés dans la solution de continuité , ou sous les parties sous-jacentes , et en pre: nant la précaution de faire évacuer les fluides épanchés dans la cavité, s'il en existait. On doit aussi lier les vaisseaux artériefs ou veineux qui pour: raient être ouverts, et mettre le blessé dans une position telle que ses parois abdominales soient dans un parfait relichement. L’on couvre ensuite toute la plaie d’un linge fenêtré, trempé dans un mélangede bonne huiled’olives oud’huiled’amandes douces, de laudanumliquide et de blanc d’œufbattus ensemble. On place par-dessus de là charpie mollette, quelques compresses, et un bandage de corps qui ne doit agir que comme contentif. On doit faire observer au malade la diète la plus sévère, et ne lui prescrire que des boissons mucilagineuses rafraichissantes dont il ne devra faire usage encore qu'en très-petite quantité, c’est-àdire par de très-petites cuillerées. Des lavemens émolliens anodins seront administrés avec les mêmes précautions. S'il y a nécessité, on opérera par la phlébotomie quelques déplétions sanguines. 1! faut surtout avoir le soin de ne lever ce premier appareil que le plus tard possible, à moins d’acci-

dens hémorragiques, et de passer dans la vessie une sonde de gomme élastique qu’on pourra laisser en place pendant les deux ou trois premiers jours , afin d'empêcher la rétention de l'urine. Nous allons citer un exemple d'une , blessure de ce genre, portée audernier degré d'intensité, et dont les effets

,pouvaient assurément être considérés comme mortels.

Un jeune soldat de 22 à 23 ans , d’une constitution robuste, fut, à l'un des combats qui précéderent le déblocus de Mayence, en 1703, frappé au bas-ventre d'un boulet de canon. Ce projectile, qui était dans le fort de sa course, ayant rencontré le côté gauche de l'enceinte de cette cavité, en coupa profondément les parois musculeuses jusqu'au péritoine exclusivement , de manière qu'il en résulta une solution de continuité de six à sept pouces d’étendue, qui mit plusieurs circonvolutions des intestins en évidence sous cette dernière membrane. Heureusement aucun de ces organes ne fut entamé; ils étaient seulement boursoufflés et distendus par des gaz. Une fracture avec éclats-existait à la crête correspondante de l'os des îles. Le blessé avait été renversé sur le coup sans connaissance , et transporté immédiatement à l’'ambulance que nous avions établie dans une grange voisine du combat. .

Après avoir débridé les angles de cette plaie, excisé les parties désorganisées , lié les artères qui avaient été divisées, et opéré l'extraction de plu-

DU. BAS-VENTRE. 361 sieurs esquilles qui avaient été entrainées dans les chairs par le projectile, je rapprochai simplement les lèvres de cette solution de continuité, et je la couvris d'un linge fenêtré trempé dans un mélange d'huile et de laudanum liquide. Plusieurs gâteaux de charpie, quelques compresses et un bandage légerement contentif terminèrent le pansement. Des boissons mucilagineuses à prendre en trés-pe-

tte quantité furent prescrites. Ce pansement parut | soulager considérablement le malade; mais à peine quelques heures s’étaient-elles écoulées, que des douleurs atroces se réveillèrent et firent jeter au blessé des cris perçans. Dans l'intention d’'apaiser cesdouleurs, je lui composai moi-même une potion calmante : aucune rémission n’ayant été apportée dans son étatde souffrance, qui, au contraire, augmentait encore, on vint me chercher de nouveau. Je crus devoir alors lui administrer une plus grande quantité de laudanum liquide, que je portai cette fois à la dose de deux scrupules dans quatre onces d’eau sucrée, en lui recommandant de ne prendre cette potion que par cuillerées et à des distances relatives.

Excité sans doute par la violence extrême des douleurs qu’il éprouvait, non-seulement ce Jeune militaire avala d’un trait la potion que je venais de lui remettre, mais il eut encore le pouvoir de solliciter assez vivement un des soldats qui l’entouraient, pour que celui-ci, profitant de l’encombre: ment des blessés et des occupations que nous

362 DES LÉSIONS avions alors, vint enlever de ma cassette portativ

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de pharmacie, le flacon qui contenait le laudanum

liquide dont je m’étaisservi. Il en restait à peu près la quantité de deux ou trois gros que le blessé avala tout d’un coup et sans mélange. Lorsque, à l'entrée de la nuit, je retournai près de lui, parce queson état m'imquiétait , je fus extrémement surpris de le trouver plongé dans un sommeil profond et paisible. Sa respiration se faisait facilement; son pouls était calme et régulier. Ce fut alors qu'on m’apprit ce qui s'était passé. Sans pouvoir préjuger quelles seraient les suites de cette imprudence, je’ crus devoir laisser le malade comme je lavais trouvé et respecter son sommeil, qui dura jusqu'au lendemain matin. Au moment où il se réveilla, ses douleurs ne se firent plus sentir, et depuis cette époque, ce blessé alla toujours de mieux en mieux. Les lèvres de sa plaie se réunirent; quelques escarres se détachérent : après plusieurs mois de traitement, ce militaire se trouva en voie de guérison, et alla se rétablir dans sa famille.

Assurément on ne peut méconnaitre que le sujet de cette observation n’ait dù en grande partie son salut à lPimprudence qu’il avait commise, et il faut bien que la forte dose d’opium qu'il s’est ingérée, ait été nécessaire pour calmer létat de spasme très-douloureux dont il était saisi. Peut: être sommes-nous, dans de telles circonstances, trop réservés sur lemploi de ce médicament, puisque nous savons d’ailleurs qu'il est admi-

nistré avec avantage, à d'assez fortes doses,

contre les affections tétaniques.

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