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cette remarque. Au reste, le sang qui s'échappe, où qui est d’abord sorti de la plaie, est noir et a un aspect oléagineux. La douleur locale varie selon la lésion des parties plus ou moins sensibles qui entourent la rate ; mais les lésions propres de ce viscère sont rarement accompagnées de très-vives douleurs, parce qu’ilreçoit trés-peu de filets nerveux. Quant aux autres symptômes qui accompagnent ces sortes de blessures, ils sont communs à celles d’autres points du bas - ventre. Nous n'avons point remarqué, pas plus que dans les plaies du foie, ce resserrement douloureux du cou ou du gosier dont parlent quelques auteurs.
Les préceptes que nous avons établis pour. le pansement des blessures de la rate se réduisent aux suivans. Il faut, dans tous les cas, débrider l'ouverture qui a été faite aux tégumens et aux muscles de l'enceinte du bas-ventre, parce qu’à raison de la contractilité de ces parties, cette ouverture se resserre promptement , quelle que soit la cause qui l'a produite, etle sang s'épanche dans la cavité péritonéale, qui nécessairement aura aussi été ouverte, car il est presque impossible, sans traverser cette membrane, de léser l'organe splénique , à moins que le coup n'ait été directement porté à la partie postérieure et infériéure de l'hypocondre gauche , à travers les dernicres fausses côtes. Ce débridement doit se faire avec ménagement, et d’une manière oblique, de haut en bas et en avant, pour suivre autant que possible la direc-
tion des fibres des muscles petit oblique et transverse, ainsi que celle des vaisseaux qui les traversent. On fait ensuite évacuer autant qu’on le peut les fluides épanchés dans la cavité de l'abdomen , ou infiltrés dans le tissu cellulaire ambiant; et lon obtient ce résultat par la position favorable du blessé , par une douce pression exercée sur les bords de la plaie, ou à l'aide d’une ventouse appliquée avec soin. La nature, secondée par tous ces moyens, établit alors dans l'intérieur du bas-ventre dés points d’adhérence qui cernent et retiennent les fluides qui peuvent sy épancher, et qui. les empêchent ainsi de se disséminer dans les circonvolutions des intestins. |
Cette première indication remplie, on mettra sur la plaie un linge fenêtré enduit d’un onguent balsamique, des gâteaux de charpie, des compresses ; et on mäintiendra le tout par un bandage de corps péu sérré. Il faudra aussi, par des saignéés et l'usage des antiphlogistiques, prévenir l'invasion des symptômes inflammatoires : les ventouses mouchetées, posées sur le bas-ventre et à la région lombaire , produisent dans ces circonstances des effets merveilleux, ét sont bien préférables aux sangsues.
Observations. — Un grénadier à cheval de l'exgarde, faisant des armes de la main gauche , reçut en duel un coup d'épée qui lui fit, dans le flanc du même côté , une grande et profonde blessure , d'où sortit une très-grande quantité de sang noir
DE LA RATE. 463 etoléagineux. Le blessé tomba bientôt en syncope, et on le crut mort pendant quelques instans ; cependant il fut rappelé à la vie et transporté dans notre hôpital, où je le vis presque immédiatement après. Son visage était päle ; décoloré; son pouls, à peine sensible; ses extrémités étaient froides, Une plaie perpendiculaire , d'environ un pouce de longueur ; s’observait à l'axe de l’avant-derniére côte sous le cartilage de cet os, et se dirigeait un peu obliquement d'avant en arrière et en haut, à une profondeur de plus de deux pouces. Les bords de cette plaie étaient resserrés et engorgés , ét à peine permettaient-ils le passage de quelques gouttes d’un sang noir, liquide et oléagineux.
Mon doigt introduit avec douceur et toutes les précautions requises dans cette solution de continuité, pour reconnaitre les parties lésées , je pénétrai bientôt dans la cavité abdominale, où je sentis, en avant, une portion du colon descendant, et en dehors, le bord antérieur de la rate échancré par la pointe de l'arme. La sortie du doigt fut suivie de l'évacuation subite d'une grande quantité de sang de la même couleur qui avait séjourné dans la cavité péritonéale. Les parties comprises dans la plaie ayant été inégalement coupées par l'arme vulnérante , je débridai ses anglés haut et bas, et surtout les tégumens; je fis ensuite évacuer, par des pressions ménagées, et par la position convenable du malade, le reste du sang épanché dans cette cavité profonde. Un linge fenêtré ,
enduit d’onguent de styrax, fut appliqué sur la plaie, après que j'en eus rapproché simplementles bords ; car, bien que cette solution de continuité fût très-étendue, j'avais reconnu, comme dans la plupart des plaies du bas-ventre , linutilité de la gastroraphie (suture), et je m'étais bien donné de
garde par conséquent dela pratiquer. Delacharpie,
des compresses et un bandage contentif terminerent le pansement. Nous nous occupames ensuite des moyens de réchauffer le malade, et de rétablir l'action des organes de la vie générale, dont les fonctions avaient été suspendues ou considérablement affaiblies. Dans cette intention, nous prescrivimes un peu de vin chaud sucré, et des embrocations d'huile de camomille camphrée faites sur le bas-ventre et les membres inférieurs.
Le blessé, que nous avions vu dans un danger imminent, reprit graduellement l'usage de ses sens; la chaleur et la circulation se rétablirent assez promptement , et l’hémorragie intérieure, qui avait paru d'abord avoir été trés-forte, si l'on en juge par la quantité de sang sorti du bas-ventre, s'arrêta , car l'appareil ne fut imbibé, dans les pansemens suivans, que par du sang noir et séreux. Dès le lendemain, tout annonça une amélioration sensible, et nous conçümes dès lors l'espérance de sauver le malade. Un très-léger mouvement fébrile se manifesta le troisième jour; mais bientôt les suintemens séreux et sanguins , en diminuant sensiblement dans leur quantité’, changèrent de na-
DE LA RATE. 465 ture et prirent par degrés le caractère purulent. Aucune des parties flottantes de la cavité abdominale qui se trouvaient en rapport avec la plaie ne fit hernie; aussi cette plaie, après avoir parcouru les périodes de la détersion, marcha à grands pas vers la cicatrisation. Pendant ces diverses périodes, deux légers minoratifs furent administrés au malade, et nous eùmes l’occasion de remarquer que les évacuations alvines eurent à peine la teinte des matières bilieuses, jusqu’à l'époque de la guérison ou cette teinte prit de l’intensité et reproduisit les matières dans leur couleur ordinaire. Ce phénomène est peut-être bon à noter pour donner une explication des rapports de fonctions ou de sympathie qui peuvent exister entre la rate et le foie. Enfin la cicatrice de la plaie ayant été terminée le quarante-huitième jour de l'accident, le malade sortit de l'hôpital peu de temps après, parfaitement guéri, et sans éprouver aucune indisposition sensible.
Les plaies des sujets des deux autres observatiôns ayant présenté, quoique moins graves, une très-grande analogie avec celle dont nous venons de rapporter l’histoire, nous nous dispenserons d'en donner le détail. IL nous suffira de dire que , dans ces blessures, produites de même par des instrumens tranchans et piquans, nousnous sommes convaincus que la rate. avait été également lésée.
Bien que cet organe soit presque entièrement formé d’un tissu lamelleux et caverneux, que nous
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166 DES PLAIES croyons être le résultat de ramifications infinies où la veine splénique prend paissance , les membranes séreuses et en partie fibreuses qui enveloppent ce viscère extérieurement, et qui lui fournissent des. cloisons multiples intérieures , le rendent peu accessibleàl'inflammationaigué:aussin’avons-nous rencontré qu'une seule fois une véritable splénite aiguë, qui s'était développée dans ce viscère, par suite d’une lésion faite par un instrument tranchant. Cette splénite, dont l'invasion avait eu lieu très-peu de temps après la blessure, se caractérisa par des douleurs vives et profondes dans l'hypocondre gauche, par une légere oppression, dela difficulté de respirer, et une douleur sympathique se propageant à l'épaule du même côté, symptômes qui s’aggravaient , lorsque le malade avait limprudence de prendre ses bôissons en trop grande quantité. La constipation était opiniâtre , le flanc gauche tendu et tres-douloureux. Le malade, tourmenté par une soif inextinguible, avait un mouvement de fièvre assez marqué et une çhaleur sèche presque permanente. Des sai gnées générales et locales, des bains émolliens , des boissons rafraîchissantes à la glace dissiperent assez promptement cette inflammation, et le sujet ne tarda point à rentrer dans son état normal.
Mais au lieu d’une solution-aussi heureuse, les engorgemens ou les phlegmasies latentes de la rate , d’ailleurs moins rares que ses inflammations aiguës, se terminent quelquefois par linduration,