oyez le Journal de cette Société
pression , Soit instantanée, soit exercée pendant un laps de temps plus ou moins considérable; un choc vif, avec commotion ou ébranlement dans les viscères contenus dans l'enceinte abdominale; des déchirures profondes; la rupture des vaisseaux, ou même la crevasse de quelques portions d’organes parenchymateux , tels que le foie , la rate ou le pancréas. Per
Lorsque les effets de ces percussions se bornent aux parois de l'abdomen, il se produit ordinairement dans la cavité péritonéale un épanchement sanguin , lequel est bientôt augmenté par la sérosité, qui ne peut plus être absorbée, et qui s'accumule alors avecle sang pour former une ascite sérosanguine, et nécessairement cet amas de liquide se développera d’autant plus promptement qu'il yaura eu un plus grand nombre de vaisseaux ouverts dans les parois intérieures de la cavité ou à la, surface propre des viscéres qui y sont contenus. Cependant il n’y aura aucune lésion extérieure, parce que les tégumens très-élastiques, les aponévroses et les bandes larges et charnues qui forment les parois du bas-ventre cèdent facilement sous l'action du corps contondant, surtout lorsqu'il agit soit en roulant sur lui-même, tel qu'un gros projectile étant à la fin de sa course, soit en contournant la surface abdominale, par la continuation de la puissance qui aura mis ce corps en action, soit par son application plus ou moins oblique sur cette surface molle et plus ou moins exubérante.
à AE les solutions de continuité ou les attritions intérieures sont profondes et étendues dans le tissu des viscères, l'accident devient mortel, et dans ce cas les sujets peuvent périr à l'instant du coup, ou peu de momens après. Ce n’est vraiment bien qu'à cette cause cachée qu'on doit attribuer les morts subites qui ont lieu sur le champ de bataille, et qu'on rapportait mal à propos ou à l'action de l'air mis en mouvement par le boulet de pt Me à la soustraction subite de celui qui sert à la respiration de l'individu , ‘ou enfin à la soustraction de l'électricité ar as parce qu'en effet on ne trouve à l'extérieur aucune trace de l'action du corps contondant ou du projectile qui a parcouru cépendant, et par un contact immédiat, une partie ou toute la circonférence du basventre. L’autopsie des personnes mortes de cet accident peut seule faire reconnaître ces désordres intérieurs, car les vêtemens, la peau et les autres parois élastiques du bas-ventre restent ordinairement intacts. Nous donnerons lexplic ation de ce phénomène à l’article AMPUTATION.
Nous allons maintenant faire connaître successivement les moyens à mettre en usage pour diminuer les effets et prévenir les suites facheuses des contusions du bas-ventre. Trois indications importantes me paraissent s'offrir dans ces lésions. La premiére consiste à rétablir promptement laction vitale dans les parties ébranlées et frappées de stupeur; la seconde consiste à donner issue aux
liquides épanchés dans la cavité péritonéale, lorsqu'ils ne sont pas susceptibles de résorption. Une troisième doit avoir pour objet d'obtenir la résolution de ces fluides et de rétablir les fonctions des organes affaiblis. .
En supposant que la lésion ne soit pas décidément mortelle, c ’est-à-dire que la cause vulnérante n'ait pas désorganisé le tissu des viscères ou rompu les gros vaisseaux qui les traversent, ce qui sera apprécié approximativement par la nature des signes qui indiquent ces lésions occultes du basventre, et que feront connaître suffisamment les observations que nous rapporterons plus bas; en supposant, disons-nous, qu'il y ait encore quelques chances de salut, on se hâtera de préparer l'ensemble des moyens qui doivent être mis en usage. Le plus important dont il faille se servir, après avoir fait déshabiller le malade et l'avoir placé sur son lit de repos quel qu'il soit, ce sont les ventouses mouchetées qu'il faut appliquer immédiatement sur les parties touchées par le corps contondant, en les étendant sur le reste de la | périphérie du bas-ventre, sur les hypocondres et sur les régions lombaires. Si la déplétion sanguine opérée par les ventouses n’était pas suffisante, on peut ajouter encore quelques sangsues posées sur leurs mouchetures; enfin, sans attendre les derniers effets de ces See et pour seconder avantageusement ceux des ventouses, on enveloppera promptement tout le tronc du malade dans
DU BAS-VENTRE. . 474 la peau bouillante ou fumante d’un animal (un mouton par exemple) qu’on aura écorché tout vivant. Toutefois pour enlever à cet animal sa sensibilité, il est nécessaire de l’assommer d’une manière imparfaite avant de l’écorcher; on fait faire ensuite cette dernière opération avec toute la promptitude possible, et on applique cette peau, en quelque sorte vivante, sur labdomen du sujet, en faisant croiser ses bords et ses angles sur le dos. Il faut qu’elle soit bien tendue et serrée sur toute la périphérie du ventre, pour que ses effets soient plus efficaces, et on la laisse en place jusqu’à son entier refroidissement: mais pour lui conserver le plus long-temps sa chaleur latente, il est bon d’envelopper le malade et la peau qui le couvre d’une ou'de plusieurs couvertures de laine selon la saison. En levant cette enveloppe lorsqu'elle a entièrement perdu sa chaleur, c'est-à-dire deux ou trois heures après l'avoir appliquée, on fera, sur le bas-ventre et sur toute l'habitude du corps, une embrocation d’huile de camomille camphrée très-chaude; enfin on appliquera des flanelles et un bandage de corps un peu serré, enveloppé de taffetas ciré, pour empêcher le contact de l'air et maintenir sur la peau une humidité permanente, qui remplace avantageusement les cataplasmes, trèsincommodes par leur pesanteur. |
Si, après ces premières opérations, il se manifeste des signes de turgescence sanguine, il faut
ouvrir l’une des veines du bras et faire une déplétion suffisante ; administrer au malade des boissons mucilagineuses lactées, des bouillons de poulet et des lavemens émolliens anodins; lui faire observer un repos parfait, et le mettre dans une position favorable, les cuisses et les jambes fléchies. Silon avait à craindre une hémorragie intérieure et active, au lieu de substances chaudes et aromatiques, on poserait de la glace sur le bas-ventre: l'on ferait prendre au malade ses boissons mucilagineuses à une température glaciale, et l’on continuerait l'emploi de ces moyens jusqu’à la cessation totale des signes qui caractérisent cette hémorragie. On insisterait sur l'usage intérieur des mucilagineux légèrement acidulés, à prendre à très-petites doses et à des distances rapprochées.
* Les effets de tous ces moyens, si j'en excepte la peau de mouton, se conçoivent facilement; mais comment agit cette enveloppe animale dans l'état de vitalité où elle se trouve? C’est sans doute par la chaleur et les émanations vitales qui se dégagent de sa surface interne , et que la peau du blessé parait absorber très-vite, ce qui contribue à la résolution des parties engorgées, et à rétablir la circulation dans le système capillaire et dans tous les vaisseaux où elle s'était suspendue. Les anciens et les peuples insulaires des contrées septentrionales de la terre ont fait et font encore, pour les contusions violentes, un grand usage de la peau des
DU BAS-VENTRE. 473 À bêtes à laine, appliquée famante sur le corps des individus blessés. Pendant un ouragan épouvantable que nous reçümes au mouillage que la frégate /a Vigilante, sur laquelle je me trouvais comme chirurgien-major, fit en septembre 1788, dans la rade de Saint-Pierre de Miquelon (ile de Terre-Neuve), seize matelots ayant été jetés, avec leur chaloupe qui fut brisée en éclats, sur la côte de cette île, des Esquimaux par lesquels ils furent heureusement rencontrés à quelque distance du rivage, leur prodiguèrent avec beaucoup de zèle et d'humanité tous les secours que leur état exigeait. Parmi les moyens dont ces sauvages se servirent, nos matelots furent surtout frappés de lattention particulière avec laquelle, après les avoir déshabillés et leur avoir frotté toute l'habitude du corpsavecuneliqueurhuileusearomatique chaude, ils les enveloppèrent promptement dans des peaux d'animaux qu'ils tuêrent et écorchèrent tout exprès pour cette opération.
Par AE des moyens que nous avons indiqués jusqu'ici, on obtient le plus ordinairement, et surtout lorsqu'on a été à même de les mettre promptement en usage, la résolution ou labsorption des fluides qui s'étaient épanchés dans le ventre, ou qui s'étaient infiltrés dans les tissus de ses ce
Un dernier résultat peut encore avoir lieu à la suite des contusions violentes du bas-ventre, c’est l’épanchement d’un liquide séro-sanguin dans l’ab-
474 DES CONTUSIONS VIOLENTES domen lui-même, lorsque l’absorption de ce liquide n’a pu s'opérer; et l’on sera convaincu que cette absorption ne se fait point, par l'augmentation du volume ou de l’exubérance du bas-ventre, par londulation qu'on fait éprouver au liquide, en percutant les parois de cêtte cavité, enfin par tous les effets d’une compression s’exerçant sur le dia- ” phragme et successivement sur les poumons, d’où résultent de l'oppression, une grande difficulté de respirer, et, si la collection augmente, des menaces imminentes de suffocation. |, |
Dans ces cas, il est urgent de donner issue au liquide épanché. Le procédé opératoire consiste dans une ponction faite à l’aide du trois-quarts de Monro, avec la canule duquel on évacue tout le liquide qui peut passer dans son calibre : mais pour faciliter l'évacuation des caillots sanguins quiexistent presque toujours à la shite des contusions violentes, il faut agrandir l'ouverture faite par le trois-quarts, avec un bistouri à lame étroite que l'on conduit à la faveur de la canelure pratiquée sur la canule; l’on coupe ainsi, avec les précautions requises, les parois du bas-ventre dans létendue d’ environ un demi-pouce. Il faut éviter, autant que possible , la rencontre des rameaux Ep qui peuvent se trouver dans l'épaisseur des muscles :. si cependant il y en avait de lésés, on doit en faire la ligature au moyen d’une aiguille courbe et très-mince, avec laquelle il est assez facile d’embrasser le vaisseau ouvert. Ce procédé est le plus
sur et le meilleur pour prévenir l’'hémorragie, On détermine ensuite la sortie des portions phases du liquide épanché, par de légères pressions exercées avec douceur sur les parois du ventre, et
après avoir fait une embrocation d'huile de camomille camphrée sur sa surface, on panse la plaie avec un linge fenêtré enduit d’onguent styrax; on place par-dessus une éponge mouillée et exprimée, pour absorber les liquides qui doivent encore s'écouler; on maintient le tout par un bandage de Corps.
Il faut faire observer au malade une diète rigoureuse, nelui permettre, pendant les premiers jours de HRTER que des boissons douces, mucilagineuses et lactées, prises en petite quantité; et s'il se manifeste le moindre signe d’inflammation traumatique, on emploïera avec avantage les ventouses posées le plus près possible du foyer d’irritation ; enfin on fera dissiper les engorgemens chroniques qui peuvent exister dans les viscères, et on préviendra par conséquent une ascite consécutive, au moyen de l'application du moxa dans toute la ligne circulaire du bas-ventre. Le mode d’application de ce topique révulsif sera indiqué à l’occasion de l’ascite.
Observations à l'appui des préceptes que nous ve-
nons de tracer.
T° Observation. — Pendant notre première campagne d’Espagne, en 1808, son excellence le ma-
476. | DES CONTUSIONS VIOLENTES A réchal duc de Montebello, en suivant à franc étrier l'empereur Napoléon, fut renversé avec son cheval sur le Mont-Dragon, montagne très-escarpée et couverte de neige glacée. Cette chute lui fit éprouver une pression d'autant plus forte sur la poitrine et le bas-ventre, que le cheval, en se relevant, était retombé sur lui. Lorsque le duc fut apporté à Vittoria, il était couvert d'ecchymoses, son ventre était enflé et tendu; il ressentait de vives douleurs dans les entrailles , de la gêne dans la respiration, et il ne pouvait exécuter le moindre mouvement. Le poulsétait petit, nerveux; le visage pâle, décoloré, les yeux abattus, la voix très-affaiblie , et les extrémités froides. Le plus léger attouchement sur le bas-ventre causait la plus vive douleur et augmentait l'oppression. Tout enfin annonçait un commencement d'inflammation grave dans les organes intérieurs.
Hire que la saignée et les embrocations toniques résolutives ne fussent insuffisantes, et l'expérience m'ayant d’ailleurs appris que ces moyens nepréviennent pas les accidens qui accompagnent ordinairement les fortes contusions, avec commotion aux organes , je me rappelai heureusement la cure merveilleuse citée dans ce Mémoire, et que firent les Esquimaux sur les matelots naufragés de la J'igilante. À leur exemple, et d'après plusieurs succès que j'avais moi-même obtenus depuis, dans des cas à peu près semblables, je me déterminai à envelopper le corps du maré-
al dans la peau d’un énorme mouton écorché tout vivant. Au moment où je l'appliquai, i immédiatement après avoir fait faire sur le ventre une embrocation d'huile de camomille camphrée, cette peau était toute fumante, et laissait transsuder, de sa surface écorchée, une rosée sanguinolente assez copieuse. Des flanelles chaudes furent appliquées sur les membres, et je fis prendre au malade quelques tasses de thé léger avec un peu de jus de citron et de sucre.
Au même instant le maréchal éproïva un mieux sensible : seulement il se plaignit d’un fourmillement douloureux et de l'attraction que la peau du mouton paraissait exercer sur tous les points avec lesquels elle était en contact. Cependant cet effet ayant diminué graduellement, ils’ endormit et resta dans un sommeil profond et tranquille l’espace de près de trois heures : à son réveil j’enlevai la peau dont je l'avais enveloppé, j'absorbai, au moyen d’un linge très-chaud, la sueur abondante qui ruisselait sur la surface de son corps, et Je fis immédiatement une embrocation chaude d’eau-de-vie camphrée; j'appliquai aussi quelques compresses imbibées dé cette liqueur sur les parties les plus meurtries; je prescrivis des boissons rafraichissantes mucilagineuses, du lait d'amandes douces et des lavemens émolliens camphrés
Le lendemain matin, à huit heures, le basventre était désenflé et beaucoup moins douloureux; le pouls était développé, et les fonctions s'é-
taient rétablies. L’urine, qui d'abord avait été sUp= primée, était épaisse et sanguinolente. Enfin, après avoir pratiqué une saignée du bras et posé plusieurs ventouses starifiées sur les parties ecchymosées, je fis plonger le malade dans un bain chaud.On répéta ce moyen et les embrocations aromatiques; on continua les mêmes médicamens avec des modifications relatives, et le maréchal fut en état de se mettre en route le cinquième jour.
II" Observation. — Le septième jour après la terrible bataille d’Eslingen, un soldat du corps des grenadiers fut porté à l’hôpital de Reneveck (à Vienne) pour une tumeur au bas-ventre, située à trois travers de doigt de l’ombilic, du côté droit, et de la grosseur du poing. Cette tumeur, couverte d’une forte ecchymose, présentait au centre un point de fluctuation, de manière à faire croire au premier abord qu elle était formée par un épanchement sanguin; mais comme elle disparaissait lorsque le Art était couché sur le dos, et reparais-
sait lorsqu'il était debout, quoiqu'il n’y eût ni vomissemens ni aucun des symptômes d’une hernie étranglée, on ne pouvait se méprengre sur la nature de cette tumeur, et nous reconnümes qu'elle était formée par une portion de l'intestin et de l'épiploon. Ce grenadier avait été touché par un boulet à la fin de sa course. Dans cette circonstance, il parait queles vêtemenset la peau du bas-ventre, pressés circulairement par ce projectile, avaient cédé, en raison de leur élasticité, à son impulsion, mais
DU BAS-VENTRE. 479 que le muscle sterno-pubien et les aponévroses des muscles abdominaux, moins élastiques, s'étaient rompus, et que la hernie ventrale avait eu lieu au même instant. Le repos, les ventouses scarifiées sur la tumeur, le vin camphré, une légère compression , les lavemens émolliens, les boissons délayantes acidulées, et la diète, prévinrent l’inflammation des intestins et dissipèrent les légers accidens qui s'étaient d’abord déclarés.
Néanmoins, en réfléchissant à la force d'action du projectile et au résultat qui a eu lieu, il.est probable qu'un corps métallique, ‘tel qu'un bouton ou une pièce de monnaie, aura concentré les effets du boulet dans le point de rupture des parois du bas-ventre, où s’est formée la hernie ventrale; car chez les trois sujets dont nous allons rapporter les observations, ce projectile a déterminé une altération plus profonde sur les organes, sans doute parce que, dans sa rotation sur la périphérie du ventre, il n’aura rencontré aucune partie dure et saillante. À
IT" Observation. — Quelques jours après. la même bataille, un canonnier à pied se présenta au même hôpital de Reneveck : ce militaire avait l’abdomen extrêmement tuméfié , tendu, et sans fluctuation sensible ; la respiration née la face colorée et légèrement bouffie, les membres inférieurs pesans, douloureux et difficiles : à mouvoir , le pouls petit et accéléré. Je lui prescrivis une petite saignée du bras, l'application de larges ventouses
scarifiées sur la poitrine et le bas-ventre, l'usage intérieur des délayans laxatifs et diurétiques. Ces moyens opérérent une légère détente, et le malade se trouvait soulagé. Cependant le ventre restait toujours distendu , et une fluctuation obscure s’y faisait sentir. Je fis alors appliquer deux larges vésicatoires sur les hypocondres et les côtés du basventre, ce qui augmenta instantanément le bienêtre dé sujet; mais peu après une fievre rémittente pernicieuse s'étant déclarée, il mourut le quinzième jour de son entrée à l'hôpital. Pendant les deux ou trois derniers jours de sa vie, son ventre avait considérablement augmenté.
Vingt-quatre heures asrès la mort, nous procédâmes à l'ouverture du cadavre. La première incision faite au bas-ventre laissa échapper une trésgrande quantité de sérosité sanguinolente, noirâtre, faisant partie d’un épanchement considérable, dans lequel les visceres abdominaux étaient plongés. Les intestins, légèrement boursoufflés, étaient injectés et brunûtres, les épiploons livides, le foie et la rate tuméfiés et gorgés de sang. Des caillots sanguins existaient au milieu du liquide contevu dans les fosses lombaires et le bassin. Les poumons étaient aussi trèés-engorgés , et nous trouvames épanchée, dans les deux cavités de la poitrine , une assez grande quantité de liquide semblable à celui du bas-ventre.
On s'étonnera avec raison que ce militaire ait pu survivre aussi long-temps à un tel désordre,
Le
DU BAS-VENTRE. 48x dont les effets avaient été déterminés par le passage d'un boulet sur son corps, au moment où, se trouvant épuisé de fatigue à la fin d’une bataille, il avait été contraint de se coucher à terre dans un bas-fond. Cependant il ne s'était aperçu du passage du projectile que par le choc du ricochet que ce corps avait fait à quelques pas au-devant de lui, par l'extraction de quelques boutons de son gilet, et par une secousse violente qu’il avait ressentie au bas - ventre. Comme il avait seulement le ventre douloureux et une légère meurtrissure (ecchymose) autour du nombril, il ne s'était pas d’abord trouvé assez malade pour demander à être transporté à l’ambulance; ce ne fut qu'un mois après être résté dans cetétat à la caserne, quele mal ayant progressivement empiré, il avait été forcé de se rendre enfin à l'hôpital, où nous lui avons vainement prodigué tous nos soins.
IV® Observation. — À peu près à la même époque, le nommé Taillandier (René), fusiliergrenadier, entra au même hôpital avec des symptômes parfaitement analogues à ceux de la maladie du précédent : seulement les signes de pléthore sanguine étaient moins prononcés; mais ceux qui annonçaient une ascite étaient beaucoup plus évidens. Nous employämes d’abord les ventouses, les révulsifs, à l'extérieur , les délayans. et de. légers diurétiques intérieurement; cependant tous ces moyens n'ayant procuré aucun soulagement au
malade, et le volume du ventre ayant considéra- Il, 31
483 DES CONTUSIONS VIOLENTES blement augmenté, je me décidai à lui faire une
onction à l'aide du trois-quarts de Monro: Je pratiquai l'ouverture beaucoup au-dessous du lieu d'élection indiqué par les auteurs, et il'sortit six à sept litres d’un liquide absolument semblable à celui du sujet de l'observation précitée. Ce liquide sangüinolent, reposé pendant quelques minutes dans un vase, laissait au fond une rt Tr de fibrine.
! Les viscères du bas-ventre m’ayant paru en bon état, je voulus tenter une cure radicale, et pour cela il fallait surtout faire sortir de la cavité abdominale le fluide plus ou moins épais qui sans doute sè trouvait disséminé dans l'intervalle des circonvo: lutions des intestins: En conséquence je conduisis, à la faveur du sillon de la canule du trois-quarts, un: bistouri courbe à pointe mousse, à aide duquel je fis une incision d'environ huit lignes à 1 partie déclive, en suivant la direction des fibres du grand oblique. J'obtins'en effet, par cette large ouverture, une grande quantité de fluide sanguin en partie coagulé, Une embrocation d'eau-de-vie camphrée fut faite immédiatement sur 1e bas:
ventre, et j'appliquai un appareil convenable. Le malade fut mis ensuite à l'usage des remèdes $tomachiques «et laxatifs doux pris par intervalles : enfin comme il n’était survenu aucun accident inflammatoire, je fis appliquer un large vésicatoire sur l'abdomen. Pendant les quinze prerniers jours, il nege présénta aucun signe d'une nouvelle ‘col-
DU BAS-VENTRE. 483 lection, et tout me faisait espérer la guérison complète de ce militaire, qui se promenait déjà dans les cours de l'hôpital, lorsqu'il fut saisi tout à coup d'un accés de fièvre précédé de frissons, que ses camarades attribuérent à une fraicheur qu'il avait éprouvée pendant la nuit, et à des écarts dans le régime. Envoyé dans les salles des fiévreux , il en descendit un mois après pour être opéré de la paracenthése, ayant une ascite bien prononcée et très-volumineuse. La ponction donna issue à neuf ou dix litres de sérosité jaunètre, comme dans l’ascite ordinaire. Dès ce moment je perdis toute espérance de guérison pour ce malade : en effet il est resté aux hôpitaux de Vienne, où on lui avait déjà répété trois fois la ponction avant mon départ.
Ce grenadier nous dit avoir également recu le boulet après un ou deux ricochets ,.et en avoir eu le ‘ventre effleuré au moment où.il mettait son havre-sac. Le désordre ‘intérieur n'avait pas été aussi grand que chez le sujet de l'observation précitée, mais, comme chez ce dernier, les vaisseaux du péritoine et des viscères avaient été altérés, et à lépanchement séro-sanguin qui avait dù se faire aussitôt , s'était jointe l'accumulation de la sérosité péritonéale, qui n'avait pu être résorbée à cause de la perte du ressort du système absorbant.
V'e! Observation. — L'une des cures les plus remarquables sur les contusions violentes du basventre, avec des.signes de lésion intérieure et d'épanchement sanguin, est assurément celle du
484 DES CONTUSIÔNS VIOLENTES sujet dont nous allons rapporter brièvement l’'observation.
Pendant ma visite du matin du 9 mars 1821,0on apporta à lhôpital du Gros-Caillou le nommé Marc Gellet, âgé de 26 ans, d’une constitution athlétique, soldat dans le train d'artillerie de la garde.Ce militaire, déshabillé et couché dans un lit isolé des autres malades, nous offrit tous les signes d’une lésion profonde au bas-ventre, et que nous crûmes d’abord devoir être mortelle; car cette région était tendue, ballonnée, et l’on sentait, quoique d’une manière obscure, une ondulation de liquide, en imprimant, d'une main, un choc léger à l’un des côtés du ventre, tandis que l’autre main était appuyée sur le côté opposé à cette enceinte. Le mälade éprouvait une grande difficulté de respirer ; il était privé de la parole et dans un état d'oppression suffocante; son pouls était à peine sensible ; sa peau décolorée; ses extrémités ne conservaient aucune chaleur. Des cris peu sonores, mais aigus , et de fréquens soupirs exprimaient du reste l'état de souffrance et d’ânxiété dans lequel se trouvait plongé ce militaire. Interrogé sur la cause des vives douleurs qu'il éprouvait, il ne répondait qu'en portant la main sur son ventre;
mais nous apprimes des soldats qui l'avaient trans
porté , que la veille au soir Gellet, étant à la manœuvre des pièces d'artillerie, avait reçu de lun des chevaux neufs de la pièce qui venait de faire feu un si violent coup de pied au côté gauche du
au”
DU BAS-VENTRE. | 485 ventre , que, si le coup n'eüt pas été porté d’une manière oblique, ce militaire eût été sans doute tué sur-le-champ, car il fut renversé sur le côté droit avec une si grande force, qu'il perdit subitement connaissance et ne put être rappelé à la vie qu’une grande demi-heure après. Le chirurgien du régiment lui porta les premiers secours, etle fit mettre dans son lit à la caserne, où il passa la nuit dans un état désespéré. Ses cris plaintifs avaient éveillé l'attention de ses camarades, et il fut transporté à l'hôpital de la garde à la pointe du jour.
Le malade n'ayant pas uriné depuis l'accident, nous avions lieu de croire à l'existence d’une rétention d'urine, qui se caractérisait en effet par la saillie distincte que la vessie faisait au-dessus du pubis, et par la douleur qu’on y déterminait en y exerçant la plus légère pression; nous commencames donc par passer la sonde dans la vessie, et il en sortit environ un litre et demi d’urine sanguinolente. Nous laissimes ensuite à demeure une sonde de gomme élastique, pour prévenir une nouvelle rétention.
Avant de mettre en usage les autres moyens qui se trouvaient indiqués, je fis venir un gros mouton de la boucherie de l'hôpital, et j'ordonnai qu'on
l'écorchât avec toute la célérité possible , après
avoir toutefois privé cet animal de sa sensibilité, en
Jui imprimant une commotion au cervelet. Pendant
cette opération, nous nous empressämes de poser des ventouses scarifiées sur toute la surface du bas-
486 DES CONTUSIONS VIOLENTES ventre ,ayant soin de faire fortement saigner celles qu’on avait appliquéessur les parties contuses et ecchymosées. Cette application finie, nous enveloppâmes promptement Le sujet tout nu dans la peau fumante du mouton, malgré la déplétion considérable qui avait étéopéréeparles ventouses. D'ailleurs, le pouls, qui sans doute s'était développé sous T'influence de ces deuxmoyens, nous annonçant encore de la turgescence dans les gros vaisseaux de la poitrine et du ventre, une forte saignée du bras fut faite pendant l'action même de la peau de mouton; etelle dissipa avec promptitude cette turgescence. La parole revint tout à coup au malade, et toutes ses fonctions parurent se rétablir; il avala avec plaisir quelques bouillons de poulet, rendus calmans par la laitue et les semences froides.
Trois heures après son application, on leva enveloppe animale, et l'on fit immédiatement sur tout le ventre du blessé une embrocation d'huile decamomille camphrée chaude ; des flanelles furent posées sur la même partie et on les soutint par un bandage de corps; des boissons mucilagineuses àla glace furent prescrites. | Tous ces moyens ayant amené un calme parfait chez notre malade, dès le lendemain il fut en état de suivre notre conversation : le danger imminent oùnous l’avions vu d’abord parut s'être entièrement dissipé, et nous conçümes quelques espérances de salut. Cependant nous répétämes application des ventouses scarifiées, sur les mouchetures des-
DU BAS-VENTRE. : 4 489 quelles nous fimes poser une vingtaine de sangsues, et nous fimes mettre le blessé dansun bain émollient gélatineux à la température de vingt-cinq degrés Réaumur, Dès ce même jour , l'urine coula spon: tanément et sans sonde; elle était rouge , citrine et tres-abondante : nous favorisèmes aussi les éva: cuations alvines au moyen de lavémens émolliens , administrés avec les précautions requises.
La tuméfaction et les douleurs du bas-ventre avaient considérablement diminué ; mais Îa moindre pression sur cette région, et surtout au bas de l’hypocondre droit, renouvelait ces douleurs, La chute du sujet avait été sans doute aussi suivie d’une commotion plus ou moins forte au cerveau, car pendant les premiers jours, il fut en proie à des céphalalgies assez intenses , qui nécessitèrent-la saignée à la jugulaire et l'application de la glace sur la tête, moyens qui dissipèrent graduellement ces symptômes. On continua d’ailleurs les boissons mucilagineuses glaciales et Les bouillons de poulet pris à petites doses ; Les bains furent répétés deux fois par jour. Le mieux-être de notre artilleur se manifestait de plus en plus, et le bas-ventre se détendait insensiblement. Néanmoins deux points douloureux parurent se fixer sur la hanche frappée et sous l’hypocondre droit. Nous appliquàämes pour la cinquième ou sixième fois des ventouses mouchetées sur ces régions, et nous posimes un léger vésicatoire sous l'hypocondre droit, pour prévenir, autant que
188 | DES CONTUSIONS VIOLÈNTES possible la formation d’abcès au foie; ce vésicatoire fut pansé avec une pommade 2100
Enfin le mieux alla en augmentant; le basventre se désenfla et ne fut plus aussi impressionnable au toucher; la soif, l'anxiété, l’insomnie firent place à l'appétit et à un sommeil paisible. Onassura la consolidation de ce bien-être par quelques légers moxas posés sous les hypocondres, à l'épigastre et sur les flancs ; le malade entra en convalescence vers le vingt-unième jour de la chute, et il sortit de l’hôpital parfaitement guéri à la fin du mois dé juin, même année.
Une rupture qui se manifesta dans les attaches aponévrotiques à la crête de l’os coxal gauche , le point qui avait été frappé par le pied du cheval , nécessita l'application d’un bandage élastique pour prévenir une hernie ventrale. Cette infirmité et une très-grande gêne que ce militaire éprouvait à se tenir droit et à se relever de terre, lorsqu'il venait de se reposer, le firent réformer.
En réfléchissant à la nature et à la marche des phénomènes qui ont accompagné cette contusion violente , on ne peut douter qu'elle n’ait été suivie de la rupture de beaucoup de parties denses ten: dues et peu élastiques, telles que des aponévroses ; des vaisseaux artériels, et peut-être quelques par: ties profondes des organes friables contenus dans le bas-ventre. Cependant, et bien que presquetoutes ces lésions intérieures soient mortelles ou très-dangereuses, les topiques déplétifs révulsifs , et la peau
DU PAS-VENTRE 0 4 | 489 bouillante de l'animal appliquée sur toute la surface du corps du malade, ont nécessairement fait suspendre l’hémorragie interne, favorisé l'absorption des liquides épanchés dans la cavité péritonéale et sauvé le blessé. On ne saurait donc trop recommander, dans ces cas graves, une médication aussi active et aussi efficace.