‹ Clinique chirurgicaleChapitre 38 sur 47 · DE L'HYDROPISIE ASCITE SPONTANÉE · texte numérisé non relu

DE L'HYDROPISIE ASCITE SPONTANÉE

À l’occasion des épanchemens de sang dans la cavité abdominale, dont nous venons de parler, je dirai quelques mots de l’ascite spontanée, maladie qu’on traite ordinairement, comme toutes les hydropisies, par les drastiques et les diurétiques.

Sans doute il arrive quelquefois que le fluxus qu’on détermine, à l’aide de ces substances :irritantes, sur les membranes muqueuses des intestins ou sur les reins, en augmentant la sécrétion muqueuse ou urinaire, détourne temporairement la sérosité qui s’épanche dans la cavité péritonéale, et peut même , en faisant dissiper ainsi l'hydropisie ascite, conduire le malade à la guérison ; mais combien on.achète cher quelques cures, d’ailleurs extrêmement rares, obtenues par ces remèdes internes dont les effets sont ordinairement pernicieux, en ce qu'ils allument sur les membranes muqueuses des intestins, et dans le tissu des reins, une phleomasie plus ou moins violente, qui s'accompagne bientôt d’un flux muqueux dyssentérique

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et d’une plus grande abondance d'urine! La soif qui tourmente les hydropiques, et qu’ils cherchent toujours à calmer par des boissons , quine peuvent qu’augmenter dans les mêmés proportions l’exhalation des membranes séreuses, a été aussi lune des causes qui ont fait gorger les malades de ces boissons diurétiques, de manière même à augmenter l’hydropisie, au lieu de la faire diminuer, ainsi que les évacuations alvines et urinaires sembleraient le faire croire. La digitale pourprée, tant préconisée par les auteurs, a surtout ce grand inconvénient : nous n'avons jamais pu l’employer, même à des doses trés-petites, sans produire, avec une plus abondante sécrétion d'urine, des symptômes d’entérite, et surtout d’angéiothénie ou de phlegmasie dans tout le système artériel. Enfin c’est l'expérience qui a éveillé mon attention sur les inconvéniens de ces médicamens, et qui m'a prouvé que tous les remèdes diurétiques où purgatifs, dont on vante tant l'efficacité contre les hydropisies, sont généralement inutiles et funestes. En conséquence, nous avons cherché, dans les secours de l’art, les moyens que nous avons crus les plus propres à la guérison de cette maladie; et certes il serait difficile d'en trouver de plus innocens et de plus efficaces que les topiques révulsifs, appliqués le plus près possible de la source du mal. En effet, si l’on considère que la cause immédiate de l’ascite spontanée consiste dans l'engorgement et l’asthénie de la plupart des vis-

SPONTANÉE, 49 cères du bas-ventre , surtout de ceux d'une nature parenchymateuse, tels que le foie, la rate, etc. , et que ces désordres sont nécessairementle résultat dela consom pton dorsale ou de Pi nflammation chronique des viscères , on Jugera que pour opérer ce dégorgement et rétablir l’action affaiblie des vaisseaux absorbans, la médecine ne saurait employer de méilleurs moyens que ces topiques, parmi lesquels les moxas doivent être regardés, selon nous , comme les plus efficaces. On doit les poser deux à deux, et d’une manière parallèle, dans une ligne circulaire qui s'étend de l’épigastre , le long des fausses côtes, aux flancs et sur les plis des aines; on les laissera suppurer autant que la nature y sera disposée; leur nombre sera relatif à la gravité et à l'ancienneté de la maladie, ainsi qu’à l’âge du sujet. Si les premiers qu'on aura appliqués ont été suivis de quelque succès, on peut en continuer l'usage avec la plus grande confiance. Ce moyen

d'ailleurs n'exclut pas les absorbans , les fondans

et d’autres révulsifs plus légers , tels que les ventouses sèches, les bains de sable , linsolation , les frictionssèchesetalcalines,les frictions mercurielles aux aines, .et les vésicatoires volans appliqués sur les parties latérales de l'abdomen.

Nous avons remarqué aussi que les boissons mucilagineuses, prises en petite quantité, étaient parfaitement suffisantes pour calmer la soif et favoriser la sécrétion de l'urine et celle des membranes muqueuses des intestins. Du moment où les

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fonctions de ces organes se rétablissent, l'exhalation aqueuse qui se faisait en surabondance dans les cavités séreuses se modifie et diminue dans les mêmes proportions que les premières sécrétions augmentent; les absorbans reviennent à leur état normal, et ils transmettent dans la circulation générale l'eau qui s'était épanchée dans l’abdomen. S'il est vrai , ainsi que nous sommes fondés à le croire , que l'excès de cette exhalation aqueuse n'ait lieu que par un travail d'irritation, qui se sera établi dans le tissu des membranes séreuses , et dont la cause déterminante aura été ou une inflammation primitive de ces mêmes tissus, ou une suppression subite ou graduée des flux muqueux et urinaires, ou une répercussion de la transpiration cutanée, on concevra facilement que tout ce qui est propre à rétablir les fonctions altérées, et à faire cesser le travail d’irritation morbide des membranes séreuses, sera aussi ce qui pourra le mieux prévenir et dissiper l'hydropisie. Il ya donc, dans cette maladie, une double indication à remplir: calmer l’irritation idiopathique ou symptomatique qui se concentre dans le tissu des membranes séreuses, et rétablir les sécrétions qui ont été suspendues ou détruites par une cause analogue ( une irritation ou une inflammation }. Ainsi dans le premier cas, avant que la collection séreuse soit commencée ou rendue évidente, et autant que lirritation se manifestera au dehors par les signes qui lui sont propres, il est extrêmement avanta-

SPONTANEË. 493 geux d'employer quelques saignées révulsives locales, telles que les ventouses mouchetées auxquelles on fait succéder les ventouses sèches et d’autres révulsifs légers administrés méthodiquement. Enfin dans les cas où le mal est porté à un très-haut degré, il faut se hâter de poser des moxas sur les points du bas-ventre les plus rapprochés de la source des eaux.

Pour dissiper la soif et les autres symptômes de l'irritabilité morbide qui s’est emparée des membranes muqueuses des intestins , il. ne faut permettre au malade que l'usage des boissons mu cilagineusesacidulées avec dessubstances végétales, et celui d’alimens doux , légers et de facile digestion. Enfin , pour convaincre les jeunes praticiens de l'efficacité des moyens qui font la base de notre méthode, nous rapporterons le précis de plusieurs observations que nous avons recueillies dans notre hôpital et en ville.

Déjà chez un assez grand nombre de malades , atteints d'hydropisie, nous avions obtenu des succès évidens de l'emploi des topiques révulsifs dont nous avons parlé; mais nous n'avions pu apprécier d’une manière positive leur mode d’action et. leur efficacité particulière, parce que nous leur avions associé constamment l'usage de diurétiques plus oumoins actifs. Cependant nous avions été à même de nous convaincre au moins que.ces diurétiques , en augmentant la sécrétion de l'urine, faisaient presque toujours développer la soif et tous.les au

494 Ds L'HYDROPISIE ASCITE tres symptômes de l'irritation gastro-intestinale. Dès lors, et d’après ces premières remarqués, nous résolämes de nous borner exclusivement à Pemploi des topiques, de ne laisser prendre aux malades que des boissons mucilagineuses , et en très-petite quantité, et de les soumettre à un régime lacté, modifié selon les circonstances. Imbus des avan- | tages que l’on devait nécessairement retirer dece traitement , nous nous promimes de le mettre à exécution pour les premiers malades qui s'offriraient; l’occasion s’en présenta bientôt, et nous pümes facilement suivre et étudier le résultit de cette méthode révulsive.

I* Observation. — Le sujet de nos premières observations fut un habitant de Paris ,. M. le baron de S*****, âgé de 52 ans, qui nous fit appeler vers la fin dé 1822. Une œdématie très-prononcée aux pieds et aux jambes gênait sa marche ; son ventre était ballonné, et l’on y sentait déjà de londulation; les deux hypocondres étaient également désteiss et tout le thorax nous ‘parut participer de bhyatopisies à peine sentait-on par l’ausculta: tion les battemens du cœur; ils étaient concentrés et très: éloignés de la paroi de la poitrine. La sur: face de la langué était blanche et sa: pointe rouge; le pouls, petit et très-lent. Lemalade, tourmentépar la soif, éprouvait une très-grande difficulté de respirer, etil était dans un état d’insomnie ét d’anxiété permanentes. Au moment où je le vis, il avait déjà fait usage des drastiques et des aéré sous

SPONTANÉE. . 49p toutes les formes ; mais s’étant aperçu que son mal faisait des progrès rapides ;et se voyant en danger, il promit de se soumettre entièrement à l’usage des moÿens que je croirais convenable d'employer pour la guérison de sa maladie, guérison que je n'espérais pas au reste obtenir. J’entrepris donc, non sans quelque répugnance, le traitement de ce malade. .

L'oppression extrême dont il était atteint, et les douleurs tensives assez vives qu il éprouvait dans les hypocondres et à l'épigastre, m'engagerent à poser sur ces parties, et malgré les congestions séreuses formées dans les cavités, plusieurs ventouses mouchetées, auxquelles je fis succéder un grand nombre de ventouses sèches qu’on appliqua sur le bas-ventre et les régions lombaires. Les premières donnèrent issue à une quantité considérable de sérosité sanguinolente, et cette évacuation fut suivie immédiatement d’un calme parfait, et d’une telle diminution dans les symptômes, que le malade; qui pouvait à peine passer de son lit aù fauteuil, commença à marcher seul et sans béquille. Après ces moyens, nous fimes usage des moxas, que nous appliquèmes, deux à deux, sous le bord cartilagineux des premières fausses côtes. Au boutde quelques jours, l'on s'apercévait déjà de la réduction du bas-ventre et d’une diminütion encore’plus notable dans tous les symptômes. Ce succès ayant encouragé M! de S"**", ïl suivit, avec une parfaite résignation , la médication prescrite,

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Le nombre des moxas, que nous continuâmes d'appliquer deux à deux au pourtour. u basventre et sur les hypocondres, en observant, dans l'emploi de ce caustique, les précautions que nous avons indiquées à l’article relatif à ce topique, fut porté à vingt-quatre.

: La congestion séreuse du thorax et du basventre se dissipa graduellement; les sécrétions muqueuses et urinaires, qui avaient été suspendues, se rétablirent dans les mêmes proportions, et toutes les fonctions rentrerent dans leur état normal. Nous n’avions joint à l’ usage des topiques révulsifs qu’une diète blanche et des boissons mucilagineuses prises en petite quantité. Enfin après cinq mois de soins assidus et l’administration rationnelle des moyens que nous venons de décrire, M. le baron de S‘**** fut rendu à ses occupations, et a joui d’une bonne santé jusqu'à la fin de l’année 1823, époque où ik fut frappé de la même maladie par l'effet de nouvelles causes d’excitation portées sur l'estomac et les intestins.

Âu moment où l’on nous rappela, la niilidiie était encore trés-avancée, et le malade dans ‘un trés-grand danger, à cause de l’état de compression profonde qui paraissait s'exercer d’une part sur le cœur et les poumons, par l’eau qui:remplissait outre mesure le péricarde, et les deux cavités de la poitrine, et d'un autre côté sur l'estomac et.les intestins, par le liquide qui formait une ascite

SPONTANÉE. . 497 déjà très-volumineuse : aussi les symptômes que nous observâmes étaient-ils une Oppression permanente , une difficulté de respirer, un froid habituel aux extrémités, l'absence presque totale du pouls, et des menaces fréquentes de suffocation. Néan: moins , maloré cet état désespéré , ce malade a été conduit une seconde fois à une guérison parfaite ÿ par le même traitement, c’est-à-dire par l'effet des mêmes topiques révulsifs. IL n'avait fait également usage intérieurement que de mucilagineux et de quelques infusions théiformes des plantes chicoracées. On à particulièrement insisté sur l'application des moxas.

Ile Observation. — Un soldat du 5 régiment d'infanterie de la garde, nommé Thomas » agé de 21 ans, d’une constitution athlétique, fut, à son retour de la derniére campagne d'Espagne, atteint d’ascite et d'anasarque, portées à un assez haut degré. Traité d’abord à l'hospice militaire de Versailles, il y subit le traitement usité pour les hydropisies; mais le mal ayant empiré, et ce militaire ayant témoigné le désir d’être transporté à l'hôpital de læ garde, à Paris, où il espérait avoir nos Soins, il y entra en. effet le 27 janvier 1824. Le ventre était tendu, et l’on y sentait facilement l’ondulation du liquide. Le malade respirait difficilement, avec oppression, et il ne pouvait être couché horizontalement. Ses extrémités étaient œdématiées, toujours froides; son visage bouffi, son pouls petit

et concentré ; l'urine et les évacuations alvines peu st. 32

| 498 DE L'HYDROPISIE ASCITE ‘abondantes et rares; enfin une soif inextinguible ; le tourmentait. Fe LA Nous! lui prescrivimes immédiatement un régime doux et des-boissons mucilagineuses, en lui recomis mandant même de ne se servir de ces dernières que peur tromper sa soif et se rafraïichir la bouche; en même temps nous commençâmes lusage FM.

moxas, que nous appliquämes successivement à l'épigastre, au bas de l’hypocondre et sur les flancs, en observant attentivement les Rréeaur tions convenables. Le nombre en fat porté à treize ou qmAtOrZe. Dès les premiers, une diminution sensible s’opéra dans lessymptômes del'hydropisie, et comme cette amélioration fut maintenue et augmentée encore par les applications qui suivirent, ce jeune militaire se trouva guéri vers la fin du mois de mai suivant. "

IH" Observation. — Un grenadier suisse du 8” régiment de la garde, nommé Schmidt, âgé d'environ 27 ans, fut transporté à l'hôpital du Gros-Caillou le r7 avril 1824. Il arrivait d'Espagne, d'où il avait été évacué d'hôpital en hôpital jusqu'a Paris. À son entrée dans celui de la garde, il présentait tous les signes d'une ascite portée au deuxième degré. Il y avait oppression, difficulté de respirer, gène dans toutes les fonctions, constipation opiniätre , et l’urine était rare et bourbeuse : en outre de la collection séreuse dubas+ventre, tout annonçait qu'il y avait aussi hydrothorax. L'influence des bivouacs de la campagne d'Espagne, et

SPONTANÉE. | 499 le passage à gué des fleuves ou rivières avaient préparé cette maladie. VAT

Ce militaire fut soumis au même traitement que le sujet de l'observation précédente, et noùs obtinmes le même résultat. Il sortit de l'hôpital parfaitement guéri, dans les premiers jours du mois d'août, même année, Le nombre des moxas, dont plusieurs furent posés sur les côtés de la poitrine , fut porté à vingt et un. ra |

Nous pensons que ces faits suffiront pour convaincre les jeunes médecins de lefficacité des topiques révulsifs dans toutes les hydropisies, surtout lorsqu'elles ne sont point parvenues à leurs dernières périodes, et que les sujets ne sont pas trop épuisés. Nous avons même lieu de croire que ces mêmes moyens, administrés de bonne heure et avec les modifications relatives à la constitution du sujet, à son âge et à d’autres circonstances, pourraient produire de grands avantages dans les hydropisies enkystées. Le fait que nous allons rapporter nous parait appuyer cette idée.

Madame Coussel (Sophie-Éléonore), agée de 26 ans, nous fit appeler au commencement de juillet 1818. Cette dame était atteinte d’une hydropisie enkystée au bas-ventre,que l’onsoupçonnait avoir pris naissance dans l’un des ovaires. Nous pratiquämes la paracentèse, à l’aide d’un trois-quarts cannelé, et cette ponction donna issue à environ cinq litres d'un liquide couleurlie de vin. Après lavoir évacué, je fis, à l’aide de la cannelure du trois-quarts, une

incision d'à peu prés un demi-pouce vers la partie déclive du kyste; une petite mèche de linge fut placée et retenue dans cette ouverture pÉteE les premières ne it heures. Ensuite la plaie fut abandonnée à elle-même; les fluides coulèrent abondamment , et au bout de quelques Jours tout annonça un mieux-être très-favorable. M. le docteur Fourcadel, qui conduisit cette malade, fit administrer lui-même sur le bas-ventre quelques frictions mercurielles et un liniment alcalin camphré. On exerca' sur la même partie une compression graduée et uniforme, et l’on mit la malade à l'usage des boissons adoucissantes lactées ; mais ce qui parut contribuer aussi, d’une manière efficace, à la guérison de la maladie, ce fut une éruption pustuleuse qui se manifesta tout à coup sur les reins et les aines. Enfin cette éruption , ainsi que le suintement purulent qui se faisait par la plaie du trois-quarts, diminuèrent graduellement, et les fonctions se rétablirent , de sorte qu’après trois ou quatre mois de soins, cette jeune dame fut parfaitement guérie de son hydropisie.

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