LE YA | DES PTAIFS
d'une grosse balle nue ou sans enveloppe. Les douleurs sont plus vives sans doute, parce que la sub-
stance métallique, en contact immédiat avec la.
membrane muqueuse de la vessie , cause une irritation plus douloureuse que celle qui est produite par la présence d’une substance calcaire. L'état de spasme et de contraction presque habituel où se trouve la vessie fait cacher la balle dans son basfond , et elle échappe aux recherches; d'ailleurs, elle peut être recouverte à l'une de ses surfaces par une couche de sang , d’albumine, par un morcean de toile, de bourre ou d'étoffe, ou par une portion de pellicule membraneuse, ou une bride vésicale, en sorte que l’algalie ou le cathéter peut la toucher sans produire de choc sensible : néanmoins la main exercée doit la reconnaître; il suffit de diriger l'extrémité de la sonde vers le bas-fond de la vessie, et à l’aide du doigt introduit dans le rectum, on soulève la balle de bas en haut pour qu'elle puisse être touchée par l'instrument; de plus elle fait saillie vers cet intestin ; enfin on fait exécuter: divers mouvemens au malade pendant lesquels il annonce lui-même qu'il la sent intérieurement rouler comme une boule. Ces recherches, jointes aux symptômes qui caractérisent une plaie d'arme à feu au bas-ventre, où au bassin, sans issue de la balle, et avec lésion de la vessie, doivent confirmer l'existence de ce corps étranger dans ce viscere. :
En supposant toujours que ces corps étrangers
DE LA VESSIE. 525 soient de plomb, ne doit-on pas, avant de pratiquer une opération, tenter leur dissolution au moyen. de l'argent vif, ainsi que lont conseillé quelques auteurs, parce qu’en effet ces deux substances étant mises en contact dans des proportions relatives, il y a en peu de momens dissolution du plomb et formation d'un liquide métallique dont l'émission pourrait se faire par l’urètre?
Les expériences de Ledran, le plus zélé partisan de l'emploi de ce moyen ‘, laissent des doutes sur leur exactitude et leur fidélité. Des expériences de cette nature sont d’ailleurs d’une exécution difficile, et celles de Ledran n’ayant eu pour objet que l'extraction d’une petite portion de sondede plomb, du poids d'environ deux gros, ne peuvent servir de règle pour tenter la dissolution d’une balle de fusil dont le poids est au moins d’une once. Mais dans la supposition que cette balle puisse être dissoute dans la vessie, a-t-on Ja certitude de la trouver constamment à nu, même , immédiatement après l'accident ? Non sans doute. Je pense au contraire que passé les premières vingt-quatre heures, elle est recouverte ou par une couche de sang coagulé, ou peut-être même par une portion dela membrane muqueuse que la balle a pu détacher des parois de la vessie; enfin il est possible qu’elle soit de fer, de cuivre, ou de toute autre substance étrangère au plomb. La balle; d’ailleurs, peutavoir
* Voyez le vol. xix dela Bibliothèque de Planque, p.589.
entrainédes portionsd’osoude vêtemensdontla présence dans la vessie $eraitaussifächeuse quecellede ce projectile. Dans tous les cas, les injections devif2 argent seraientinutiles et deviendraient nuisibles, en ce qu’elles augmenteraient la masse et le poids du corps étranger, ce qui aggravérait les accidens.
Ce moyen doit donc être rejeté. Les Arabes, lors-
qu'ils sont en pénurie de plomb, enveloppent de petites boules de marbre d’une couche plus ou moins mince de ce métal: ces sortes de balles sont très-dangereuses, soit qu’elles restent intactes'ou qu’elles se rompent. Les dissolvans , pe pe seraient donc inutiles. à : Nous avons dit ce qu'il faut faire pour partiel tion des grains de plomb ou d’autres petits corps étrangers; mais lorsque ces corps sont volumineux de manière à ne pouvoir passer par le canal de lurètre, il faut leur donner une autre l'issue. Exa: minoôns quelle est la voie la plus sûre ét la plus avantageuse pour cetle extraction. Est-ce celle par où la balle est entrée , en supposant qu’elle'ait pénétré par un des points du bas-ventre côorrespondant à la vessie? Plusieurs auteurs, ét parmi eux quelques-uns de très-célèbres l'ont pensé. Je m’abs- Stiendrai de les citer, cette indication étant inutile pour fixer l’ opinion ke praticiens sur les réflexions suivantes : 7 Quelle que soit la aatetéà de la ai extérieure qui à livré passage à la balle, il est presque impossible qu’elle'se trouve dans un rapport d5$é2 exact
DE LA: VESSIE. bo avec celle de la vessie, pour que le chirurgien puisse conduire les instrumens de l’une à l'autre, et aller chercher la balle dans le fond de ce viscère, 1° parce que le parallélisme des deux plaies n'existe plus, du moment que l'urine a été évacuée; alors cette poche s'affaisse , se contracte et s'éloigne de la plaie extérieure ; 2° parce que les plaies, tant externes qu'internes, serétrécissent et se ferment presque, entièrement par la contraction ‘et la rétractilité des parties ; ce qui rend les rechérches difficiles et infructueuses; et dans le cas ou; après avoir débridé la plaie du bas-ventre, on rencontrerait celle de la vessie , il serait aussi indispensable de l'agrandir pour y passer une pince où une tenette. Le débridement serait dangereux, surtout si l’inflammation était déclarée, ou si l'on coupait quelques vaisseaux un peu considérables des parois de cet organe : ce débridement faciliterait en outre l’'épanchement de l'urine dans le tissu cellu: laire du bassin. | k
D'ailleurs , après avoir extrait la balle par cette voie, en supposant que toutes les circonstances fussent assez favorables pour y parvenir, une portion de vêtemens, ou tout autre Corps: mou qui aurait échappé à la tenette et aux recherches du chirurgien, pourrait rester dans la vessie, où il servirait de noyau à une pierre pour laquelle il faudrait également faire plus tardlopération de la taille, et le malade subirait deux opérations; tandis que la contre-ouverture faite à la partie déclive de
528 DES PLAÏES
ce sac membraneux prévient tous les inconvéniens dont nous avons parlé, et a le double avantage de faciliter l'extraction de tous les corps étrangers et la cicatrice de la plaie de la vessie faite par la balle.
Je propose donc, comme le moyen le plus simple et le plus sûr, l'opération de la taille sous-pubienne, faite d’après le mode de l'appareil latéral latéralisé que j'exécute avec un seul bistouri, le cathéter et la tenette. Ce procédé, qui n'a constamment réussi , est rarement accompagné d’accidens. Une légère hémorragie, fournie par l'artère transverse du périnée, survient quelquefois ; mais on l'arrête facilement, et on peut la prévenir en faisant la ligature du vaisseau après l'opération. Pour obtenir de cette opération tout le succès qu’on peut en espérer, il faut la pratiquer avant que le corps étranger qui l'indique n'ait altéré la vessie; et comme les plaies de ce viscère sont souvent accompagnées d’inflammation grave, il faudrait la faire avant son invasion ou attendre qu'elle se füt dissipée.
Je ne connais pas d'exemple d dpération de taille, faite immédiatement pour extraire une balle entrée dans la vessie depuis peu de momens ou depuis très-peu de jours. L'on trouve dans les auteurs un assez grand nombre d'opérations detaille, exécutées dans la seule intention d'extraire des calculs, dont le noyau s'est trouvé être des portions de balle, des balles entières ou des grains de plomb.
DE LA VESSIE. 55g
Un seul fait, dont je vais retracer succinctement l’histoire, annonce que cette opération a été pratiquée dans le dessein d'extraire une balle perdue dans la vessie; mais elle n’a eu lieu que longtemps après, tandis que l'opération dont Je vais rendre compte, aprèsavoir rapporté le pr écis de la première observation, à été faite peu de jours après l'accident.
J° Observation. — Un soldat all atd reçut, en 1800, un coup de.fusil à la distance de vingt pas. La balle avait perforé le sacrum à la jonction à peu. près des troisième et quatrième fausses vertèbres de cet os, traversé ensuite le rectum, et pénétr é dans la vessie. Les plaies furent cicatrisées au bout de quatre semaines. Le malade avait, pendant ce temps, ressenti des douleurs vives dans le bassin, et avait perçu la sensation d’un corps rond queses mouvemens faisaient rouler dans. la vessie. Les douleurs continuèrent après sa guérison; mais il perdit par degrés le sentiment qu'il avait éprouvé du corps étranger. Dix ans après, les médecins de l’hospice de Wertheim reconnurent qu’un corps dur que l’on sentait sur le côté du col HA vessie provenait de la balle : l'opération de la taille fut faite avec succès par Langenbeth. Le calcul, de la grosseur d’un petit œuf de poule, laissait apercevoir la balle qui était d’un calibre ordinaire. .
Voicileprécisde mon observation:Le3 août1812; en parcourant les salles du grand hôpital de Witepsk, en Russie, je fus arrêté par les cris doulou-
reux d'un officier blessé, M. Guenou, lieutenant au 2% régiment d'infanterie de ligne. J ’allai ausditôt vers ce malade et l'examinai avecsôin : il avait uné plaie d'arme À féuau côté interne et supérieur de lame droite, se dirigeant obliqtiement en dédans vers la expiré du Hd L'introduction ménagée d’une sonde de poitrine me fit reconnaîtré une échancrure au pubis, et un trajet qui semblait ébhduire la sopabe à la vessie dont la lésion m'était pas équivoque, “car la plaie extériéuré, quoique éfitourée d’une escarré noirâtre , laissait transsuder üne liqueur sanguinolente ét urineuse. Le blessé éprouvait dans la région de la vessie des douleurs extrémemeént vives et permanentes, avec des envies continuelles d’uriner. Furine mêlée dé sang coulait par petits jets intérrompus, ce qui faisait pousser au malade des cris perçans. Son potüls était nerveux èt fébrile ; Ta chaleur ét la soif commencaient à se manifester; ce pendärit la paleur du visage subsistaiténcoré:la voixétaitratique, entrecoupée. Privé: du sommeil depuis Faccident, cet officier était dans une anxiété très-pénible. Lorsqu *;] faisait des mou- Yemens à droite ou à gauche; il sentait, disaitil, rouler dans son’ intérieur uné “espèce ‘de boule:
A à: appris par Jui que tous ces accidens étaient le résuHat d'un coup de feu qu'il avait recu à là bataille de Witepsk, le 36 juillet 1812, à une distance d'éfviron soixahte-dix pas, et qué la balle ñ 'étaitpas sortie. Ces différens détailsine firentpréjuger d’abord que le projectile qui: avait FU la
DE LA VESSIE. 531 plaie de laine s'était arrêté, dans la vessie : pour m'en convaincre, je sondai le malade. J’eus quelque peine à rencontrer. le corps étranger; cependant le choc de l'algalie, qui s'était transmis jusqu'à ma. main, AR un son obscur et à . :
sensible,
Ayant dé pratiquer l'opération { de la aile que je regardais. comme indispensable et urgente, je voulus m'éclairer des lumières de mes. confrères, : que. je réunis le lendemain matin, 4 août. M: le docteur Ribes, mon ami: était du! nombre. des consultans. La nécessité de l'opération. futl; ner connue, et il. fut résolu qu'elle serait «pratiquée sur-le-champ. Toutayant été aussitôt disposé, lo: pération fut faite en moins dé deux minutes et.la balle présentée au malade. (Je l'ai déposée depuis dansleçabinet.del’écolede médecine : on y voit une petite portion d'osincrustée.) L'un.de ses côtés était recouvert d’une couche de sang , ét l’autre de môlécules-terreuses. Cette. enveloppe aurait, rendu inutile l'injection du. vif-argent que l’un des.consultans avait. proposée, L'extraction:de Ja balle:fut suivie de.lévulsion d'une petite esquille, d'une portion. d’étoffe, et de quelques :caïllots -de .sang noirâtre. Je fis deux-injections émollientesidans la vessie; j'appliquai un linge fin fenêtrésur la plaie, des compresses et un bandage en T.:L/opéré fut couché, dans la situation convenable, -et:je' lui prèserivis des bains émolliens presque froids-et le régime indiqué. À l'exception d’une légère hémor-
pal : DES PLAIES
ragie qui survint le même jour, et que J'arrêtai par une ligature; il n’y eut point d’accidens. Un mouvement fébrile se manifesta le troisième jour ; la suppuration s'établit, la plaie fut détergée plusieurs jours après, et dès le septième, l'urine commença à couler par l'urètre, La cicatrice ne tarda pas à se faire : le vingt-deuxième jour de l'opération, M. Guenou sortit de l'hôpital parfaitement guéri et alla rejoindre son régiment, d'où il m'écrivit à Moscou pour me remercier et me prier de solliciter en: sa faveur la décoration de la Légion- -THonneur qu'il 4 obtenue.
Après”avoir décrit les plaies pénétrantes simples de la vessie et celles compliquées de la Présenté de corps étrangers dans la cavité de ce viscére , nous nous étilrétibalrons des plaies d'armes à feu qui peuvent le léser sans pénétrer immédiatement dans sa cavité. En effet un pro jectile , dont la force directe est affaiblie par son passage à travers ‘une masse de chairs vivantes, peut entamer les parois de la vessie de manière à se présenter dans sa cavité par une portion de sa sphère, mais sans:y tomber tout à coup, quelle ;que soit d'ailleurs sa pesanteur. Les faits dont nous allons rendre compte dé: montrent la vérité de cette singulière assertion : avant de les exposer, nous tàcherons de donner l'explication de ce phénomène. |
Nous supposons que la balle, après avoir fait un trajet plus ou moins tortueux dans les parties élois gnées où rapprochées de Ja vessie, s'arrête dans
l'un des points celluleux ou fibreux ambians de sa surface extérieure , et touche, seulement par lun de ses segmens de sphère, les propres tuniques de cet organe. La présence de ce corps étranger dé termine bientôt, dans le petit cercle des parties vivantes qui l'entourent, un travail d'inflammation qui le cerne et le serre fortement dans une grande partie de sa circonférence, en lui formant une sorte de kyste qui l'enveloppe et l'empêche de s'éloigner de cette résidence, tandis que la portion qui touche la vessie, après avoir produit un foyer d’inflammation et de suppuration , finit par perforer ou ulcérer le point de la paroi de cette poche urinaire qui est en contact avec elle. Communiquant alors avec la cavité de cet organe, cette portion métallique est mouillée par l'urine qui dépose sur sa surface son lithate calcaire , y formeusuccessivement des couches calculeuses plus ou moins épaisses, etaugmentantainsi la pesanteur du projectile, occasione enfin par la suite sa chute dans la vessie.
Ou bien, si la nature, qui tend toujours à surmonter tous les obstacles pour rétablir l'équilibre dans les fonctions, peut par un travail spontané éloigner ce corps étranger d’un organe aussi important, l'ouverture faite à la vessie se fermera ou se cicatrisera, et le projectile sera déplacé de ce point d'autant plus facilement que le travail de suppuration s'étendra de l'extérieur dece viscère dans les tissus des parties vers lesquelles il trouvera le moins de résistance. Il peut séjourner alors dans
D - be le lieu de sa petit où se manifester à l'extérieur du corps, d’où il sera facile de l’extraire.
Telle ést la marche qué des corps poussés par la poudre à canon peuvent suivre, lorsqu'ils se sont arrêtés dans lé épaisseur des PAU contisuës à la périphérie de là vessie. C'est à r'élasticité ,à la contractilité des ‘tissus qui entourent ces corps | étrangers , et à l'inflammation de ces tissus, qu'on doit rapporter ces phénomènes singuliers qui font qu'un projectilé, après un travail de suppuration etd’ulcération, Pete pénétrer en partie dans la cavité de cet organe, où il est én RE sorte suspendu et mouillé par l'urine dé manière à ÿ recevoir une couche plus ou moins épaisse desubstance calcaire, et tomber ensuite dans l’intérieur de ce réservoir, lorsque les bords de l'ouverture dé’ses parois, embarrassés par les couches multipliées de cette substance terreuse, ne peuvent plus se contracter et s'opposer à son entrée dans la cavité urinaire. C’est ainsi qu'on pourra expliquer le laps de temps plus où moins long qui se séra écoulé, sans quelle blessé ait éprouvé aucune douleur violente, depuis lé: poque de sa blessure jusqu’à celle où ce corps étranger sera tombé dans la vessie, ou bién lintermittence qui aura eu lieu dans ces douleurs; comme dans l'émission de l'urine par la pere extérieure , lorsqu' apres avoir communique dans la cavité de ce viscère, il est déplacé et expulsé au-delà de ses tuniques, parce quel’ouverture de communication ‘qui avait existé d'abord se ferme ét se cicatrise.
Nous allons rapporter deux faits qui ‘appuient lexplication que nous venons de donner de:ces deux phénomènes. CAT
J'ai puisé le premier dans le bulletin de la Société Médicale d'émulation; il a été fourni par M: Souberbielle , et j'ai vu ‘et interrogé le sujet de'son observation. C'était un soldat de l’ex-135"° régiment de ligne, nommé Dapret, lequel reçut; dans la sb : journée de Lutzen , un coup de feu au flanc gauche, qui se dirigeait obliquement des fausses côtes, qui furent échancrées, dans la partie profonde de laine du même côté-et un peu derrière le pubis. Le pansement de cette solution de continuité fut fait méthodiquement ; mais on ne trouva point le projectile. Après quelques orages communs à toutes les plaies d'armes à feu, le blessé obtint en peu de temps une guérison apparente, et il vaqua à ses occupations ordinaires pendant deux ans révolus sans éprouver de douleurs trèssensibles; mais à la fin de 1815 une tumeur, accompagnée de fièvre et de symptômes inflammatoires locaux , se manifesta au-dessus et derrière la “branche horizontale du pubis, du côté de laiblessure, au fond de RUE lemalade ressentit, quelques semaines après, unesorte de déchirure qui fut immédiatement suivie d’un pressanthesoin d’uriner etdel’affaissement delatumeur. Hrenditaussitotpar lurètre une grande quantité de sang et de matières -purulentes mêlés à l'urine :le sang disparut en-peu de jours, mais les matièrespurulentes continuérent
de couler avec l'urine pendant quelque temps. Depuis cette époque jusqu’au commencement de 1 89 r, le malade avait éprouvé de la pesanteur, de la gène et des douleurs dans la région de la tumeur. Dans cet intervalle, un chirurgien habile ayant sondé ce militaire, crut avoir reconnu un calcul dans sa vessie; mais au moment où tout était dis-. | posé pour l’opération de la taille, le corps étranser ne put être retrouvé. Plusieurs autres chirurgiens ayant également sondé le malade, ne furent pas plus heureux. Malgré les symptômes dont nous avons parlé, le sujet ne continua pas moins , d’après son propre aveu, de vaquer à ses occupations : ce ne fut qu’au mois de juin 1821, et après un exercice un peu violent, que notre malheureux Dapret fut saisi de tous les accidens qui caractérisent véritablement la présence d’un calcul inégal dans la vessie ; les douleurs surtout étaient intolérables, au point que cet infortuné ne pouvait se tenir debout. Cependant il supporta jusqu’au mois suivant les maux affreux qu'iléprôuvait.Des parens chez quiil était au faubourg Saint-Antoine,appelèrent M. Souberbielle, qui, à la première introduction de son algalie, reconnut le corps étranger déjà signalé par l’un de ses confrères une ou deux années auparavant. M-Souberbielle, en homme expérimenté, n’hésita point à proposer l'opération de la taille, que le malade accepta avec joie, concevant avec raison qu'il n’y avait point d'autre moyen de lui sauver la vie et de le soustraire à ses
DE LA VESSIE. 537 douleurs : en conséquence ce chirurgien pratiqua la lithotomie pa, l'appareil latéral latéralisé, laquelle eut pour résultat l'extraction d’un biscaïen du poids de quatre onces et deux gros, recouvert dans la moitié de sa sphère de plusieurs couches calcaires superposées les unes sur les autres, et disposées par rayons divergens présentant des as-
pérités à leur superficie. Ce malade fut conduit ensuite à une parfaite guérison dans un espace de temps fort court.
Avant de faire l'application de ce fait aux assertions que nous avons émises, nous aHons rapporter, sur un cas analogue, le précis d’une deuxième observation, qui contribuera beaucoup à étayer ces mêmes assertions. Le sujet de cette observation est un ex-capitaine au 108" régiment de ligne,nommé Remy (Jean-Michel), né à Villeneuve-Saint-George en 1765. Ce capitaine, marchant à la tète de son bataillon qu’il commandait lors d’une charge faite à l'ennemi, à la bataille de Waterloo , fut atteint par une balle qui le frappa à l'hypocondre gauche , de manière que le projectile, après avoir percé les tégumens, échancra l'extrémité: antérieure de la dixième côte, et s’enfonça profondément, en se dirigeant en bas et en devant vers le pubis , dans la cavité abdominale , où il se perdit. Ce coup de feu fut immédiatement suivi de la chute du blessé et de l'issue par la plaie de beaucoup de sang et de matières stercorales. Il fut porté à l’ambulance de Jemmapes, où il passa les
‘huit premiers jours sans secours et sans rién prendre que de leau en petite quantité. De là il fut transféré à l’un des hôpitaux anglais de Bruxelles, où il resta jusqu’à l’époque de sa guérison, qui n'eut lieu qu’à la fin de décembre de la même année. Pendant les premiers jours, cet officier perdit beaucoup de sang par les voies urinaires, et il -assura avoir rendu une partie de son urine avet les excrémens par la plaie. Pendant ma captivité en Belgique , j'eus occasion , dans la visite que je fis aux hôpitaux de Bruxelles, d’y voir ce capitaine. Les matières stercorales passaient encore par la plaie, mais en moindre quantité que dans les premiers temps. Vers la fin de juillet il se manifesta une tumeur assez volumineuse dans le fond de l'aine droite et vers le pubis, accompagnée d’élancemens, de difficulté d’uriner, et d’une pesanteur incommode; mais après deux ou trois jours de douleurs vives, il se fit tout à coup, par la plaie, une évacuation abondante de matières liquides séreuses et purulentés, ayant une odeur urineuse. Il en sortit une si grande quantité que les matelas du lit en furent traversés. Dès ce moment le blessé se trouva soulagé ; les pissemens de sang ou de matières purulentes, qu’il avaiteus fréquemment jusqu'alors, cessèrent entièrement, les fonctions urinaires se rétablirent et se sont faites depuis sans nul obstacle. L’anus contre nature disparut graduellement, la plaie du basventre se cicatrisa , et cet officier, parvenu à la fin de 1815,
DE LA VESSIE. 539 weut plus besoin-des secours de a médecine. Peu de temps après. il rentra en France, se croyant parfaitement gu ri. Néanmoins il ne cessait de se plaindre d’une douleur sourde, avec gène et pesantéur au bas de la ligne blanche et derrière le pubis. Ces symptômes s'étant aggravés, M. Remy os dé vénir nous consulter dans les premiers jours d'octobre 1821.
Après'm'avoir fait le récit de tout ce que nous venons d'exposer, M. Remy ajouta qu'il éprouvait un sentiment pénible de pesanteur à l'endroit que nous avons indiqué, sentiment qu'il rapportait à la présence de la balle qu'il avait reçue à Waterlo0. En effet l'on sentait profondément, au point le plus déclive de la ligne blanche, une petite tumeur ovoide, dure et rénitente, où se manifestait de la douleur lorsqu'on y exerçait une pression un peu forte. Ces indices nous portèrent à lui proposer une incision pour aller chercher le projectile ; mais comme jentrevoyais quelque difficulté dans l'exécution de cette opération, quoique fort simple en apparence, je fis appeler M. le docteur Ribes en consultation, et je fis en sa présence l'opération indiquée. L’incision faite aux tégumens épais qui recouvraient cette tumeur (ce sujet était d’un embonpoint considérable), nous isolâmes un kyste celluleux de la grosseur d’un œuf de poule, que nous enlevâmes en entier, ce qui mit à découvert la ligne blanche et le muscle pyramidal gauche, sans que nous aperçussions au-
cune trace du projectile. Cependant nous découvrimes , dans cette ligne fibreuse, une petite ouverture, à travers laquelle un stylet nous fit reconnaître un corps dur, métallique, situé à un pouce de profondeur, entre la branche horizontale sauche de l'os pubis et le corps de la vessie. Je ne balançai point à débrider inférieurement la portion aponévrotique de cette ouverture pour arriver facilement au corps étranger Me nous avions reconnu; mais ilétait tellement serré dans une espèce de kyste fibreux qui l’'enveloppait, que nous ne pûmes l'extraire qu'après avoir largement incisé ce kyste; enfin nous en fimes l'extraction au moyen d'une petite tenette à polype. Ce corps étranger s'est trouvé être une balle du poids d’une once, incrustée d’une couche circulaire de matière calculeuse, ayant le même caractère de celle que nous avons observée sur le biscaïen de Dapret. Il est inutile de faire remarquer que. notre officier se trouva partaitement guéri trois ou quaire sernaines après l'opération. Il s’est retiré dans ses foyers, où il jouit maintenant d’une bonne santé.
D'après ces faits, que nous avons retracés avec exactitude, il est bien évident que le biscaïen, chez le premier blessé, après avoir suivi une partie de sa parabole à travers les parois musculeuses du bas-ventre , s'était arrêté derrière le pubis, entre la surface postérieure de la branche horizontale gauche de cet os et le corps de la vessie, et qu'ayant été incrusté, par un point de sa sphère, dans l'é-
paisseur de cette portion osseuse, il l'est resté immobile dans cette position jusqu’à l’époque de la formation de la tumeur dont nous avons parlé. C'était un abcès que la présence de ce projectilé avait produit graduellement dans le pourtour de son domicile , et qui avait dû nécessairement détacher d'une part le corps étranger de la surface de l'os pubis, et entamer, de l'autre, le point correspondant des tuniques de la vessie, qui furent perforées par letravail de la suppuration. L'ouverture qui en résulta permit alors à la matière accumulée dans l’abcès de s'évacuer dans la poche urinaire, et de là au-dehors par lurètre, ainsi que nous l'a raconté le sujet. Le biscaien, détaché de son enclavement osseux, dut nécessairement. suivre la marche du liquide et se porter, par son propre poids, verslouverture dela vessie, où ila été en quelque sorte suspendu pendant des années, montrant dans sa cavité une portion de sa sphère, que lu: rine mouillait continuellement, parce que la perforation s'était sans doute faite à la partie inférieure et la plus déclive du corps de ce viscère; lautre portion du biscaien était retenue par le kyste membraneux et fibreux que la nature lui avait formé de bonne heure, et qui n’a cédé que lorsque la pesanteur de ce corps étranger a été considérablement augmentée par l’incrustation calcaire qui le recouvre dans une grande moitié de sa surface, et que par le mouvement violentdu sujet les bords de l'ouverture de la vessie ayant cédé à la pression
b4a + DES-PRAIES, À
du corps étranger, il est enfin tombé danse fond de sa cavité. C'est alors que sa présences ”esthfait aussitôt sentir par la pesanteur et les douleu s vives qu’un corps tel que cette balle de fer hérissée d’aspérités pierreuses devait produire , ét il n'y avait aucun mérite à en reconnaitre l’existence à cette époque. Quant à l'indication, elle était, simple; le moyen de la remplir en était plus difficile, mais la difficulté a été surmontée par l'habitude et J'expérience du chirurgien, qui a, fait, l'opération. Il n'en, était pas de, même, lorsque,lés confrères dont. il, a voulu parler avaient sondé le malade: le premier avait d’abord reconnu le corps étranger, parce qu'il avait, un instant et peut-être sans seit douter, retourné le bec-de l’algalie.du côté du pu: bis où le biscaïen faisait saillie; tandis que dans les recherches successives cet instrument étant! .enfoncé dans la vessie on en explorait tout. le sonmmet et le bas-fond sans le rencontrer: Le doiot luimême introduit dans l'intestin rectum ne pouvait le faire reconnaïtre; or il n’est pas étonnant qu'on ne l'ait pas découvert, avant sa chute dans! la, cavité urinaire, Au surplus nous croyons qu'il a.été plus heüreux pour le malade que l'opération. de la taille n’ait pas,été pratiquée avant l'entrée.de.ce corps dans la vessie, et: avant la cicatrisation de l'ouverture qui lui avait livré passage, parce qu'en opérant son extraction de l'épaisseur : de ses tu-+ niques, On aurait éprouvé de grands obstacles et exposé le Isujét à des accidens. On trouverai, il
DE LA VESSIE. | 543 nous semble, dans ces réflexions l'explication de tous les phénomènes observés chez l’ex-militaire
Dapret. D:
Pour le capitaine Remy, sujet dela AH AR observation, ilnous parait bien évident aussi que dans les premiers momens la balle, qui avait suivi à peu près le même chemin ‘chez ce blessé que lé biscaïen chez Dapret ; avait percé l’un des points des parois de la vessie, sans tomber dans saicavité, qu'elle avait reçu pendant quelque temps les couches terreuses de l'urine qu’elle conserve, et quela natureen resserrant l'ouverture de la vessie par un travail intérieur dé cicatrisation, avait expulsé cette balle, qui a été graduellement ramenéeé en hant et en avant, de manière à faire par la suite une légère saillie vers la ligne blanche d’où nous l'avons extraite. Il est probable aussi que la ‘lésion de la ves-
sie s’est faite dans le pris de sa paroi contigué à Ja
portion du pubis où la balle s'était également arrétée et sans doute aussi incrustée comme ile biscaïen, et que la rétraction successive de l’organé vésical à isolé ce corps étranger, qui après s'en être détaché, a eu plus de facilité à suivre la voie-celluleuse qui conduit à là ligne blanche. La cure de ce sujet est aussi ol Di par la lésion de l'intéstin que: par l'extraction du projectile qu'on est allé chercher à l'entrée du bassin, Puf
Siyajoute maintenant à ces ice id k
fets des épanchemens sanguins : qui se forment.
dans-la vessie par suite de la lésion des vaisseaux
54 DES PLAÏES qui communiquent dans les voies urinaires, nous aurons complété, je pense, l’histoire de toutes les lésions organiques de ce viscère dépendant de causes vülnérantes.
Il arrive quelquefois, surtout chez les jeunes sujets, que le sang artériel versé directement dans la vessie où dansl'un des canaux-urinaires qui s’a- = bouchent dans cette poche membraneuse, forme, malgré le passage continuel de lurine, un caillot si épais que sa présence dans ce viscère! peut produire , en outre des accidens communs à ceux du calcul, un malaise inexprimable dont le:sujet se plaint, et il est bientôt frappé d’une sorte d’ataxie par l'effet de l'absorption intérieure des principes délétères qui se dégagent de ce sang carbonisé: Mais comment ce liquide peut-il se coaguler en séjournant plus ou moins long-temps dans la vessie avec l'urine ? Sans prétendre résoudre cette question d’une manière parfaite, nous‘pensons que cêtte coagulation peut se faire, 1° parce que toutes les hémorragies artérielles, et surtout celles qui ont pour résultat. le passage du sang dans les voies urinaires, sont accompagnées de suppression d'urine, à des degrés relatifs , autant par la diminution du véhicule nécessaire à la sécrétion de cette liqueur excrémentitielle ; que: par’ l'effet de linflammation directe ou sympathique des-réins; 2° parceque , lorsque le sang arrive tout à coup et én'grandequantité dans la vessie, il déplace par sa! pesanteur spécilique l'urine du bas-fond de cewis-
cère, où il se coagulera d'autant plus prompte-
ment , que le malade séra dans un état de chaleur
fébrile, et que son sang sera plus emplastique , comme on lobserve chez les jeunes sujets. Une fois*le caillot formé , il résiste à l'effet dissolvant
de l'urine et acquiert de la consistance par le dé-
Ôt, sur sa surface, des molécules terreuses que À 2 We:
produit cette liqueur. Dans ce cas, c’est un corps
étranger dont la présence peut étre tout au moins aussi nuisible que celle d’un calcul, et l'opération
de la taille est également indiquée pour son ex-
traction, à moins qu'on n'ait pu le reconnaitre avant quil ait acquis une densité et une con-! sistance telles que les injections aqueuses, faites dans la vessie , à l’aide par exemple de la machine : hydraulique de M. Jules Cloquet, ne puissent le” dissoudre. Au reste le diagnostic est difficile » CAT!
on ne peut distinguer aisément ‘ce caillot d’un vé-
ritable calcul. Nous avons observé un de ces co”
gulums à l'occasion d’un épanchement considérable de sang qui s'était fait dans la vessie, chez un jeune garde-du-corps, par suite d’un coup d'épéequ'il avait reçu au rein droit. Malgré l'évacuation qui avait lieu habituellement par lurètre, il s'était formé un Caillot assez volumineux et d’une consistance assez forte pour entretenir le blessé dans les angoisses et l’état de spasme nerveux où il a été jusqu'à sa mort, qui arriva le vingt-unième jour de sa
blessure. ( Joy. la relation de la maladie par le docteur Laurent dans la Répue Médicale.) ATau-