DES PLAIES DE LA VESSIE
Les anciens avaient considéré les plaies de la vessie comme mortelles, et cette opinion se trouve exprimée par l'aphorisme d'Hippocrate ( xvin° section, édition de De Mercy ): Cut persecta vesica, lethale. Cependant , et bien que depuis ces
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temps reculés les causes vulnérantes soient devenues plus compliquées, la chirurgie, par les progres qu'elle a faits, par les succès qu’elle obtient à la - suite de l'opération de la taille et dans le traitement des blessures de l'organe urinaire, a prouvé que cet aphorisme n’est pas toujours vrai. Toutefois il n'existe encore rien de complet sur les plaies de la vessie. La Nosographie chirurgicale, Vun des ouvrages les plus modernes et les plus érudits; n’en fait aucune mention; et les auteurs qui en ont parlé s'étendent très-peu sur leur diagnostic, et n'indiquent pas tous les moyens qu'il convient de mettre en usage pour dissiper les accidens primitifs et prévenir tous ceux qui peuvent accompagner ces lésions, quand surtout elles sont compliquées de la présence de corps étrangers dans la vessie. :
Si cet organe est. vide, c’est-à-dire débarrassé du liquide qu'il contient, il est bien difficile qu'il puisse être lésé par un instrument:piquant où'par une balle qui traverserait le diamètre du bassin dans une direction quelconque; ou du moins cet. accident doit arriver rarement : il faut que la vessie soit dans un.état plus ou moins grand deréplétion, ce qui a lieu ordinairement chez les combattars. La chaleur de l’action et sa durée les détournent du soin de verser leur urine, et ce liquide s’accumule dans la vessie, qui offre alors, en remplissant le bassin, une telle surface que la cause vulnérante ne peut entrer dans cette boîte osseuse, sans toucher ou entamer ce viscère.
So - DES PLAIES
‘Quoi qu'il ‘en soit, je vais retracer dans cet arbte les phénomènes qui acompagnentiles solutions de continuité de la vessie, produites ou par des armes blanches, ou par des armes à feu.
Les armes blanches, telles qu'épée, baïonnette, lance, etc., peuvent ‘percer la vessie dans un des
points de sa circonférence, ou la traverser de part
en part dans ses doubles parois, Dans ce dernier cas , les plaies qui en résultent sont ordinairement mortelles : car quelque prompte que soit la contraction de He l'urine, par la plaie qui correspond à la cavité péritonéale du bas-ventre, s'échappe dans cette enceinte, et provoque
immédiatemeut une inflammation dont rien ne
saurait triompher. J'ai eu l'occasion de donner des soins à plusieurs soldats qui avaient eu la vessie traversée ainsi de part en part; ils ont tous péri, dans les premières quarante-huit heures, des effets de l’inflammation et de la gangrène. Mais'si l’instrument perce lxpoche vésicale vers son haut-fond,, ou dans l’un des points qui ne sont pas recouvérts par le péritoine , le blessé est susceptible de guérison, à moins qu'il n’y ait eu uné HÉROMAEE intérieure trop forte. |
Le signe le plus certain de ces solutions de continuité est l'émission momentanée, intermittente où continue ; du liquide urinaire par la plaie, selon la situation de la blessure ou les changemens qui surviennent à la vessie. Cette poche étant trèspleine, a-t-elle été percée à la partie supérieure ,
DK LA VESSIE. b03 l'urine peut ne paraitre qu'au moment de la bles-
sure ; de sorte qu après son évacuation, les bords |
de li plaie sé rapprochent et contracterit une adhésion mutuélle, de manière même à ne plus s s'ouvrir, surtout si le liquide trouvé son cours par les voies naturelles. Dans le cas où il éprouve au contraire des obstacles à son passage par le canal dé lurètre, il remplit la vessie’, la distend outre mésure , écarte de nouveau les bords de la plaie, et s'échappe au dehors. Le mêmeé accident aurait’ lieu, si, après avoir passé üné sonde de gomme élastiquée, on lPôtait trop tôt; mais une nouvelle introduction détournérait éncoré l'urine de la plaie, et rétablirait son cours naturel. Enfin, son émission sera pérmanente et pourra durer. plus où moins long-temps , dans le cas où la plaie se trouvera située à l’un des Pi les plus déclives de la vessie.
Lorsque lé trajet de ces plaies est étendu et qu il n’a pas une marche directe, il se forme, dans divers points du passage dé l'urine, des abcès qu Al né faut point négliger d'ouvrir, ét dont on préviéndra le retour en introduisant, par l’uretre, uné sonde ‘de gomnime élastique, lun des Principaux moyens à mettre en usage pour toutes les solutions de continuité de la vessie. Nous avons également employé avec avantage, chez plusieurs individus atteints de plaies d ane blanches à cet organe, les bains tiédes, les embrocations huileuses camphrées: sur le bas-ventre, les rafraichis-
5bo4 | DES PLAIES sans antispasmodiques, les lavemens fréquens, et quelquefois les ventouses scarifiées autour de la blessure, ou la saignée. Je me contenterai de rapporter à cet égard le précis de deux observations, qui m'ont paru assez intéressantes.
T° Observation. — Dansune charge de cavalerie, Joseph Perrier, chasseur de l'ex-garde, fut atteint, à la cuisse droite, d’un coup de lance de cosaque. Cette arme, aprés avoir percé la peau et le muscle Jascialaia, au tiers supérieur et externe de ce membre, s'était dirigée obliquement de bas en haut, et en dedans, à travers le paquet des glandes inguinales, vers l'arcade crurale, sous laquelle la pointe de l'instrument avait passé et s'était enfoncée profondément en dedans et en arrière, à quelque distance de la symphyse du pubis. La paroi antérieure de la vessie ayant été ouverte par la lance , à l'endroit où ce viscère est dépourvu de péritoine, l'urine s'était échappée aussitôt, et avait suivi le trajet de la plaie pour se manifester au dehors à celle de la cuisse ; mais peu d'heures après elle avait repris son cours naturel par l’urètre, mélée à une assez grande quantité de sang.
À peine la vessie s'était-elleainsi débarrassée, que les. bords de la solution de continuité s'étaient mis en Contact et avaient contracté une adhérence mutuelle : le malade se croyait guéri. Mais à l’époque où la suppuration se rétablit entièrement » il se forma un abcès dans le trajet de la plaie, dont l'ouverture spontanée laissa échapper de nouveau
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une certaine quantité d'urine et de pus. Une fistule urinaire s'établit alors et eut une assez longue durée ; néanmoins, à l’aide de la sonde introduite dans la vessie, d'une contre-ouverture faite à l'aine, de pansemens méthodiques et de soins assidus, ce blessé fut conduit insensiblement à une parfaite guérison.
IL" Observation.— Dans un combat de taureaux que nous vimes à Burgos, à notre entrée en Espagne en 1808, un soldat, étant dans un état de légère ivresse, voulut, à l'exemple des torreros, braver le taureau et lutter avec lui dans l'arène ; mais au moment où il se courbait à terre pour éviter l’animal, déjà très-irrité, qu'il voyait s’élancer sur lui, cemalheureux soldat fut em palé par une des cornes du taureau et jeté à la renverse, à plusieurs pas de distance. Un cri universel se fit entendre; l’un de ces intrépides combattans sauta sur l'animal, le perça de son épée, et le laissa raide mort sur la place. Je franchis la barrière, courus le premier au secours du soldat, qui. était resté sans connaissance au milieu de l'arène, et je le fis trañsporter sur-le-champ à l'hôpital, où je l’accompagnai pour lui faire le premier pansement. |
Nous trouvâmes, au sommet de la fesse droite ô une plaie déchirée d'environ un pouce et demi d’étendue, se dirigeantobliquement d'arrière en avant et un peu en dehors, vers le fond de laine du même côté. En poursuivant mes recherches, je reconnus que la corne, très-pointue et recourbée
506 DES PLAIES sur elle-même, aprés avoir dilacéré le tissu cellulaire et les glandes inguinales, était passéé sous l'arcade crurale, et s'était enfoncée dans le bassin, où son extrémité avait rencontré le coté correspondant de la vessie, alors pleine d'urine. Cepéndant elle n’a pas été percée ; mais elle a été néceéssaire-. ment dénudée de son tissu cellulaire et affaiblie dans ce point, car une portion de cette poche membraneuse faisait hernie sous l’arcade cruralé, de manière à présenter une tumeur de la grosseur d'un œuf-de poule. Il y avaitjeu aussi une hémorragie assez considérable , PE sans. doute par ridelkrites rameaux de /’ L Het crurale que la corne avait rompus dans son trajet'au fond de la région inguinale. Enfin le blessé, presque froid, était dans une anxiété extrême et dans un état d’ischurié;il avait le visage décoloré et le pouls très- -petit. Je lui fis avaler un peu de café pur, afin: de diminuer les effets de l'ivresse et de ranimer ses forces vitales. Il survint aussitôt des vomissémens copieux qui débarrassérent l'estomac et soulagèrent le malade; il ne lui restait que la douleur et des besoins fréquens d’uriner. |
Je débridai la plaie intérieure, et après avoir passé une algalie dans son trajet, pour détacher la partié dés técumens' de laine qui recouvrait la tumeur hetained (cystocele), j Jincisai sur’ le point saïllant de la peau , et je mis:toute cette tumeur à découvert: Une sonde de gomme élastique, qui ‘fut rième laissée à demeure, ayant été'introduité en-
Er. OR
DE LA VESSIE. 507 suite dans la vessie pour la vider, je réduisis la partie déplacée de cette poche membraneuse en faisant passer en même temps et par degrés l'urine dans sa propre cavité. Le calme s'établit aussitôt, et dès ce moment nous conçümes de grandes espérances de guérison. On pansa les plaies avec des linges fins fenètrés, pour en rapprocher les bords et empêcher que la charpie ne s’'engaget. dans les chaiïs. Un bandage contentif termina l'appareil. Je prescrivis au malade les remèdes indiqués, et je recommandai surtout de lui conserver la sonde jusqu’à la cicatrisation entière de la plaie de l’aine, à l'effet de prévenir une nouvelle hernie de la vessie. À mon retour de Madrid, six mois après ; je revis cet homme parfaitement guéri.
Quoique dans le fait que nous venons dé rapporter la vessie n’ait pas été percée, elle n’en avait pas moins été lésée, et sans les secours prompts qui furent. sbhiatnésr il est probable qué cette portion de vessie, où il y'avait rétention d'urine par Véthangléinent qui était survenu, se serait ouverte spontanément, ce qui aurait pe as les jours du malade. |
Maintenant J'essaierai d'expliquer. la maniere d'agir d'un Corps poussé par la poudre’à canon, qui aurait lésé l'organe vésical,, soit enle traversant dans ses doubles parois, soit en s’arrétant dans son intérieur ; enfin j'indiquerai le moyen que l'expérience m'a fait reconnaître comme le plus avantat geux pour l'extraction de ce corps étranger.
bo8 | DES PLAIES
Si la balle conserve sa force rectiligne après avoir percé l’une des parois de la vessie, elle en percera l'autre dans un rapport à peu près parallèle, et elle pourra ensuite, continuant sa marche à travers les parties correspondantes, se faire jour au dehors ou s’enfoncer profondément dans lépaisseur des chairs. Dans le cas où elle serait sortie après avoir traversé le viscère de part en part, l'urine s'échappera aussitôt avec le sang par l'une des plaies ou par les deux en même temps, selon leur situation. Il y a alors diminution ou suppression totale de ce liquide par l'urètre, et ordinairement le blessé ne rend, par cette voie, qu'une plus ou moins grande quantité de sang. À ces symptômes se joignent des douleurs vives et permanentes dans la direction des plaies; des besoins fréquens et pénibles d'uriner, des nausées, quelquefois des vomissemens et une anxiété extrême , qui se caractérisent par des inquiétudes, la pâleur du visage, l'état spasmodique du pouls, souvent par les pleurs et des cris plaintifs. En entrant ou en sortant, il est possible aussi que la‘balle lèse ou traverse l'intestin rectum; alors l’urine-passe dans cet intestin, se mêle aux excrémens qu'elle rencontre, sort par l'anus ou par l'une des plaies, et ilne peut rester aucun doute sur la double lésion de ces organes.
Si la vessie a été percée dans lun des points correspondans à la cavité même du bas-ventre,; tels que ceux de sa face postérieure recouverte du péri-
DE LA VESSIE. | 509 toine, l'urine s’épanche ordinairement dans cette cavité, et détermine sur la membrane péritonéale, avec laquelle elle est en contact, une inflammation qui se propage rapidement de proche en proche, et envahit tous les viscères ; de là le météorisme, la gène, l'oppression, la chaleur intérieure , la stupeur, bientôt la gangrène, les angoisses et la mort qui frappe en même temps les organes de la vie animale et ceux de la vie intérieure. Les premiers sont infectés par une sorte de métastase qui se fait du principe urineux vers le cerveau. En effet l'odeur particulière qui dénote la présence de cette substance “volatile, se manifeste sur toute l'habitude du corps, où elle est transmise par l'exhalation cutanée. C’est sans doute de ces sortes de blessures, que nous supposons avoir été faites par des armes blanches, qu'Hippocrate, Aristote et Galien ont voulu parler, en les considérant comme mortelles ; mais certainement, lorsqu'elles ont lieu à quelques-uns des points de la vessie, sous le péritoine, et de manière à ne pas avoir de communications avec l’intérieur de la cavité abdominale, les blessures de ce viscère sont curables, ainsi que nous l'avons déjà dit.
Quoique lurine passe d’abord par les plaies, en raison du dégorgement des vaisseaux et du peu de spasme qui s’y est développé, il est rare que dans la seconde période, qui commence toujours avant la fin de la deuxième journée, ce liquide s’infiltre dans le tissu cellulaire du trajet de ces solutions,
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parce que leurs bords et leurs parois, attrits par la balle, s'engorgent, se tuméfient et s'opposent ainsi à son passage. Mais dans la troisième péric le, qui s'établit du septièmeau neuvième jour, lorsque Les escarres sont détachées, l'urine flue de nou veau à travers les blessures, et c’est alors qu’elle peut pénétrer dans le tissu cellulaire et causer les accidens les plus graves , tels que linflammation et des affections gangréneuses. On peut néanmoins les prévenir en passant et en laissant à demeure, dans le canal de l’urètre, une sonde de gomme élastique; par ce moyen l'urine est détournée de l'orifice intérieur des plaies, qui peut alors se cicatriser très-promptement. Mais l'introduction de cette sonde n’est pas toujours facile, comme, par exemple, lorsqu'il se rencontre quelques esquilles dans le trajet du canal, ou lorsque linflammation s'est emparée du col de la vessie. Si
Par l'effet de la déchirure des branches artérielles ou des vaisseaux variqueux de cette poche membraneuse , il arrive quelquefois une effusion de sang vers sa cavité, d’où résulte une irritation profonde, On reconnaîtra cette hémorragie intérieure par les signes de la rétention, par ceux de linflammation , par la petitesse du pouls, la pâleur du visage et la sécheresse des plaies. Comme il est rare que Le sang se coagule dans la vessie, à Cause du mélange qui se fait de ce liquide avec l'urine, on peut, au moyen de la sonde, en faciliter l'issue; et c'est alors aussi que des injections tièdes, émol-
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lientes et anodines pourraient convenir. Du reste, ces divers accidens, qui peuvent compliquer, les solutions de continuité de la vessie, en rendent le traitement plus ou moins difficile. |
Dans tous les cas, il faut débrider profondément l'entrée et la sortie de la balle, en prenant toutefois la précaution de ne point léser les parties essentielles. Ce débridement prévient l’engorgement et linflammation graves qui surviennent ordinairement, lorsqu'on néglige ce moyen ; non-seulement il désemplit les vaisseaux et devient alors une saignée locale bien plus salutaire que celle que lon fait à l’une des veines du bras oude la jambe, mais encore les escarres se détachent plus facilement, et sont expulsées avec plus d’aisance au dehors: enfin la cicatrice des.plaies doit en être par la suite plus prompte et plus exacte.
Un linge fin fenêtré, de la charpie mallette, quelques compresses et un bandage contentif doi- | vent composer le premier appareil. Il faut aussi soumettre le blessé à un régime rafraichissant mucilagineux; lui prescrire deslayemens émolliens, quelques bains de vapeurs, et des embrocations d'huile de camomille camphrée sur le bas-ventre. Les trois ou quatre premiers jours sont fort orageux; aussi pendant cette première période, qui est celle de l'inflammation, il ne faut point faire de recherches ni sonder le malade ; il faut laisser passer l'irritation et attendre que la suppuration soit établie, Ge n’est qu'au moment où les esçarres
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se détachent que la sonde flexible doit êtré introduite dans la vessie par lurètre : elle détourne l'urine des plaies intérieures, prévient l'infiltration urineuse , les fistules, et accélère la cicatrisation de ces plaies. Ce moyen a beaucoup contribué à la guérison d'un assez grand nombre de soldats atteints de ces sortes de blessures.
1° Observation.— François Chaumette, chasseur à cheval du 22" régiment, fut blessé d’un coup de feu, à la bataille du Mont-Fhabor en Egypte. La balle avait traversé le bassin, de la partie inférieure de l’hypogastre , au point de la fesse gauche, correspondant à l’échancrure sciatique. Le passage de lurine par les deux plaies, et celui des matières stercorales par la blessure de la fesse, ne laissaient aucun doute sur“la lésion de la vessie et sur celle de l'intestin rectum. M. Milioz, chargé de la direction chirurgicale de la division Kléber, suivit avec soin le procédé qu'il m'avait vu mettre en usage au siége de Saint-Jean-d’Acre. La sonde, introduite dans la vessie quelques jours après l'accident, prévint linfiltration de l'urine, et facilita ladhérence des lèvres de la plaie. Le malade fut parfaitement guéri à son retour au Caire.
TI” Observation. — Le nommé Dacio, âgé d’environ27ans,caporal dansla 9" demi-brigade deligne, fut également blessé d’un coup de feu au onzième | assaut de Saint-Jean-d’Acre. La balle avait passé de la fesse droite, près de la tubérosité sciatique, dans le bassin, où elle avait traversé le bas-fond de
la vessie; : après avoir ensuite lésé l'intestin rectum, s'être fait:j jour au périnée, dans la région où lon pratique l'opération de la taille, ets’être enfin contournée à droite en devant, elle s'était engagée dans une portion du triceps fémoral , et était sortie dans laine droite, près de l’arcade crurale, au côté interne des vaisseaux cruraux, qui heureusement ne furent point ouverts.
Le passage subit de l'urine par les plaies inf rieures, et l'expulsion involontaire des excrémens, déterminée par la rupture du sphincter de l'anus, me firent connaitre la lésion des organes que j'ai désignés. Les douleurs étaient vives; le blessé inquiet , agité et dans un état de ténesme insupportable. La fièvre s’alluma des les premières vingtquatre heures, et fut assez intense jusqu'a la chute des escarres. Après avoir débridé profondément les plaies extérieures, je passai une sonde de gomme élastique dans la vessie, pour prévenir l’épanchement de l’urine , et je fis placer, dans le rectum, une tente enduite de cérat. Je prescrivis des lavemens etun régime adoucissant. Les premiers temps furent orageux, mais à la chute des escarres, qui se fit du neuvième au douzième jour, les accidens se calmèrent : il passait peu d'urine par les blessures, et rarement des matières stercorales. La plaie de la fesse fut guérie la première, ensuite celle de laine; mais je n’obtins la cicatrisation de celle du périnée qu'après six semaines d'un traitement suivi, dirigé par moi et confié aux soins par-
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ticuliers de mon élève, M.Zink. Cette cure a été complète , et il n’y a eu incontinence ni d’excrémens ni d'urine. | L 3
III Observation. — Dans une sortie de Id gui nison de la même place, le nommé Desjardins, fusilier dans la 32" demi-brigade ; fut blessé par une balle qui lui traversa le bassin, de l'échancrure sciatique gauche, aux bourses dt côté droit, où elle s'arrêta. Le bas-fond de la vessie fut perforé dans deux points opposés, et l'urine s ’infiltra dans lesbourses; qui s'enflèrent prodigieusement et: tombérenten gangrène. M. Gallant, chirurgien de première classe, débrida lentrée de la balle, et incisa les bourses au lieu de sa sortie; mais il fallut'encore; les jours suivans , faire de profondes scarifications sur ces organes pour arrêter les progrès de la gangrène et dites le travail de la nature ds de chute des escarres : cependant on avait eu soin: d'introduire dans la vessie une sonde de gomme élastique, ce qui prévint toujoürs uné nouvelle infiltration urineuse. (198 64 :Aprèstune quinzaine de jours de souffrances, les escarres se détachèrent ; la plaie postérieure se : ferma ensuite assez promptement, mais celle des bourses resta long-temps à se cicatriser. À notre retour en Égypte le malade portait encore une fistule urinaire, dont il ouérit heüreusement Fe de temps après. Le
IV®* Observation. — Dans plusieurs autres cas semblables, qui se sont également présentés pên.
DE LA VESSIE, br$ dant cette même campagne d'Egypte ; nous avons obtenu, par les mêmes procédés, des résultats änalogues. Le général Bon est le seul qui soit mort des suites d’une double ne de ce genre, parce qu'il ne voulut point qu'on-la débridàt, ni qu’on introduisit une sonde dans la vessie. L'épanche: ment de l’urime produisit aussitôt la gangrène, dont l'embonpoint du sujet favorisa les progrès, et qui termina les jours de ce guerrier. #
V® Observation. — Pendant la campagne d’Autriche, en 1809, un fusilier-grenadier fut atteint d'un coup de feu à la fesse droite. La ‘balle ; après avoir pénétré dans le bassin et avoir traversé le corps de la vessie, de bas en haut et de droite à gauche, s'était arrêtée sous les tégumens ; à l’aine gauche, d’où elle fut extraite. Pendantles premières vingt-quatre heures, l'urine sortit par les déux plaies, mais ensuite elle passa par les voiesnaturéllés, Néanmoins, et parce que plus tard ce liquide se “serait infiltré nécessairement dans le tissu cellu: laire, nous passämes et laissämes à demeure dans lé canal de l’urètre, une sonde de gomme élas: tique. Malgré cétte précaution, la plaie de la fesse ést restée fistuleuse jusqu’à l’exfoliation entière du pourtour de l’ouverture que la balle s'était faité dans l’os coxal. HUE à VI Observation. — Un deuxième soldat; du mêmé corps, au moment où il avait les jambes | écartées pour tirer son coup de fusil, fut atteint) d'arrière en avant, par un boulet de moyen calibre
516 DES PLAIES lancé par l'une des batteries d’Eslingen: Ce boulet, dont la marche s'était dirigée vers l'intervalle des cuisses , coupa le sommet des deux fesses ; la marge del’anus avec son sphincter cutané, etenleva lapeau du périnée, la portion bulbeuse de lurètre, la peau des bourses et le testicule droit, en donnant lieu à la rupture du cordon spermatique, près de l'anneau inguinal, à la dénudation du testicule gauche , et à la déchirure de la peau de la verge et du prépuce. | A
Cette horrible blessure avait laissé comme mort, sur le champ de bataille, cet infortuné, qui ne fut apporté que quelques jours après à l’ambulance, d'où il fut évacué à notre hôpital de Reneveck. Malgré le peu de ressources que nous offrait. un tel délabrement et l’état de faiblesse extrême où se trouvait ce malade, je le pansai avec la ‘plus grande attention. Il fallut d’abord inciser plusieurs lambeaux des parties désorganisées , et lier les artères spermatiques, ainsi que plusieurs branches des fessières, dont l’hémorragie s'était renouvelée par l’excision que nous venions de faire. Je renfermai ensuite le testicule gauche sous la portion du dartos restée intacte , et je rapprochai et fixai,, autant qu'il fut possible, les bords inégaux de cette énorme blessure, au moyen de quelques points de suture et d’un linge fin fenêtré. Des gâteaux de charpie etun appareil convenable terminèrent le pansement. ‘ |
Mais la déchirure profonde des parties désignées,
DE LA VESSIE. Din
l'ébranlement des organes intérieurs et lépanchement de l'urine dans la plaie, firent développer les accidens les plus graves, des douleurs extrêmement vives, une anxiété pénible , une soif ardente, de linsomnie, des nausées, quelquefois desvomissemens, de la fièvre et des mouvemens convulsifs que faisait éclater la moindre irritation accidentelle ; enfin ce malheureux était tombé dans le découragement : cependant iltenait à la vie, et sur l'espérance que Je lui donnai de sa guérison , il supporta courageusement ses douleurs et les pansemens laborieux qu'il fallait lui faire plusieurs fois le jour.
Pour empêcher ou diminuer l’épanchement de l'urine dans la plaie, jé passai une sonde de gomme élastique dans lurètre, et je la fis parvenir dans la vessie, malgré la destruction d’une grande partie de ce canal; mais à raison de l’inflammation qui s'était étendue jusque dans ces organes, le blessé ne put supporter la sonde : il fallut l’ôter et abandonner ce malade aux seules ressources de la nature. Je me bornai donc à le panser ou à le faire panser sous mes yeux avec la douceur et les précautions qu’exigeait une telle solution de continuité. Une suppuration abondante , qui s'établit assez promptement, dissipa l'inflammation du col de la vessie, «et fit cesser la rétention , à laquelle succéda alors une: incontinence presque habituelle; mais d’un autre côté, Ja suppuration ayant détruit le tissu cellulaire qui entourait les sphincters de l'anus; cés organes
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purent se resserrer avec facilité et-s’opposer au passage des matières, ce qui occasiona une constipation qui dura vingt-un jours. Les lavemens répétés et les suppositoires ayant été inutiles, ‘et cette constipation opiniâtre aggravant le danger où était déjà le malade, je fis de nouvelles reécher- -ches, et je découvris un amas de matières dures, desséchées, qui avaient distendu outre mesure les parois de l'intestin rectum. Il fallut, à laide d’un dilatateur etde la curette, vider cetorgane, comme celà se pratique quelquefois chez certains animaux domestiques. Après cette opération, pénible et difficile, le blessé éprouva un très-grand soulagement :tous les symptômes $’apaisèrént, la fièvre se dissipa ; et il dormit d’un sommeil calme ét paisible pendant quatre heures ce qui ne lui était pas encore arrivé depuis son accident. L’incontinence d'urine disparut graduellement; la plaie se détérgea, les bords se rapprochèrent, la cicatrice se {it assez promptement, et la guérison était arrivée avant la fin du quatrième mois. Ilnerestait à ce analade d’autre incommodité que celle dé rendre d'urine par une ouverture qui s'était conservée au périnée, vers le commencement de l’ürètre, dont la paroi inférieure avait été emportée par le boulet. Nous prévinmes aussi une nouvelle constipation par l'usage non interrompu des suppositoires, des Javemens ; et par un régime convenable. Cette cure ‘est l'une des plus remarquables que je connaisse. eouVTE Observation. — Péndant la campagne de
1813, le sieur Burnot, lieutenant au 26"° régiment d'infanterie légère, fut atteint, au combat de Hanau, le 30 octobre, d’un coup de balle qui traversa les bourses en coupant le cordon spermatique droit, pénétra obliquement en échancrant la branche inférieure du pubis, près de la symphyse; entama lurètre, entra dans la vessie, la traversa dans son bas-fond, en arrière et à gauche, perfora l'intestin rectum dans ses deux parois, ét se fit jour au sommet de la fesse gauche, à un pouce environ de la marge de l'anus. L’issue de l'urine et des matières stercorales par les plaies et par l'in: testin ne laissait aucun doute sur la double lésion de ceswiscères. Ge blessé fut apporté aux hôpitaux de Mayence, où j'eus occasion de suivre et de diriger son traitement. Le peu d'urine’ qui s'était échappé par la plaie des bourses avait suffi pour frapper de mort le tissu cellulaire de ces parties. L'extirpation du testicule, que la rupture du cor: don avait également privé de la. vie , et des scarifications profondes arrétèrent les progrès de la gangrène. Les escarres se détachèrent, tous les accidèns s’apaisèrent, et le blessé, qui jusqu'alors avait donné peu d'espérance, se trouva hors de danger. Je passai une sonde de gomme élastique dans l'urètre; je prescrivis des lavemens émolliens et le régime indiqué. Turine:etles matières stercorales ont passé pendant quelque temps par la plaie postérieure :il est sorti aussi ; à différentes époques; par de:canal de l'urètre, des fragmens
d'os dont l’évulsion était accompagnée de douleurs vives et d’effusion de sang. La plaie des bourses s’est cicatrisée la premiere; celle de la fesse test restée long-temps fistuleuse, et le malade a été tourmenté par un flux diarrhéique urineux presque continuel. La sonde a été employée sans interruption; elle a favorisé la cicatrisation des plaies de la vessie et la sortie. des corps étrangers. Lechirurgien particulier du blessé, M. Dugat, a trouvé plusieurs fois de petits fragmens osseux engagés dans les yeux de la sonde. Enfin après deux mois de träitement, cet officier a été complétement guéri. J'ai visé à Metz, à l’époque de notre départ de cette ville, en janvier 1814, son certificat d’invalidité relative. à
On trouve dans la gazette allemande de Saltzbourg, n° 84, année 1812, l'observation d’une blessure analogue à celle dont je viens de rendre compte. « La balle était entrée par l'os pubis chez » le soldat blessé, et elle était sortie par l'os sa- » crum. L'urine etles matières fécales passaient par » la plaie postérieure; l'urine, seulement, par l’an- » térieure. Les extrémités inférieures étaient dans » un état de paralysie. Le malade fut conduit à la » guérison malgré toutes ces circonstances défavo- » rables. »
Maintenant comment expliquer de quelle manière un corps étranger qui: a perforé la vessie dans l'un deses points peut s'arrêter danssa cavité ? On: conçoit facilement qu’un fragment d'os, une
DE LA VESSIE, For
petite pièce de monnaie, un bouton , Ou tout autre corps mince et aplati, détaché par la balle et projeté devant elle dans la vessie, après avoir percé l’une de ses parois par l’un de ses angles ou de ses bords, tourne sur son axe d'après l'impulsion qui lui est imprimée et la masse du liquide qu'il traverse, et qu'il se présente par le côté le plus large à l'autre paroi, enfin qu'arrêté là, il tonibe dans le fond de la vessie. Mais les balles ou les grains de plomb qui ont conservé leur forme sphérique, comment peuvent-ils s'arrêter dans cette poche membraneuse sans la traverser de part en part’ Ne pourrait-on pas dire que leur passage à travers les parois dures ou molles du bassin a déjà ralenti leur action, et que parvenus dans la cavité de la vessie, l'urine qu'elle contient leur fait parcourir un espace relatif à la quantité de ce liquide ?
Si ce sont de petites balles où des grains de plomb, ces corps peuvent être expulsés spontanément au dehors par le canal de l'urètre, ou l’on peut les extraire par la même voie, à l’aide de quelques moyens que l'art emploie avantageusement. L'exemple d’un capitaine cité dans Théophile Bonnet est un des plus remarquables. « Cet officier » avait recu un coup de pistolet au côté droit du » bas-ventre, d’où la balle pénétra! dans la vessie. » La plaie se ferma, se cicatrisa, et le blessé fut » très-bien guéri ; mais au bout d’un certain temps, » il ressentit des douleurs vives et semblables à » celles que détermine la présence d’un calcul dans
522 DES PLAÏES » la vessie. Après de grands efforts, il rendit par le » canal de lurètre une balle de plomb de la gros- » seur d’un pois. » On pouvait fatilement extraire ce petit projectile à l’aide de la pince de Hunter , construite à cet effet. |
Les petits grains de ce métal seraient encore expulsés avec plus de facilité, à l’aide d'une sonde de gomme élastique qui en favoriserait la sortie, et que l’on doitemployer graduellement jusqu'aux plus grosses. Ces corps étrangers peuvent alors trèsaisément passer par lurètre, ou s'engager dans les yeux de la sonde. J'ai épargné bien des douleurs avec ce moyen à plusieurs personnes affectées de la gravelle : des graviers assez volumineux sortaient par le canal ou étaient entrainés par la sonde.
Les Égyptiens , d’après ce que nous dit Prosper Alpin, faisaient de son temps l'extraction du calcul urinaire, sans incision * , à l’aide d’un instrument dilatateur. Il est probable qu’ils n'employaient ce moyen que lorsque Îles calculs étaient petits ?: Les igyptiens d'aujourd'hui ne le connaissent pas au reste, la maladie de la pierre doit être fort rare chez ce peuple, car pendantnotreséjouren Egypte, nous n’en avons point entendu parler.
Si une balle est restée dans la vessie, soit qu'on ait néoligé de l’extraire, soit parce qu'on en aura
1 Medicina Ægyptiorum : De lapidis vesicæ extractione absque ullé incisione apud Ægyptios. (Cap. xrv.) |
2 Dans cette supposition, il pourrait être avantageusement employé chez la femme. PAL È
méconnu l'existence, que peut-il arriver? Les résultats seraient funestes si ce corps étranger était volumineux et inégal ; il déterminerait bientôt par sa présence une irritation relative à,sa pesanteur , à sa masse, à la nature de sa substance et à sa forme. L’inflammation survient immédiatement; la suppuration lui succède, ainsi que l’ulcération, la perforation de la vessie, le passage du corps étranger dans le tissu cellulaire du bassin, et avec lui, de l'urine qui. s’infiltre dans le même tissu où il porte la gangrène et la mort. Cette terminaison aété sans doute la plus commune à l’armée. Dans quelques circonstances favorables, la balle peut gagner le périnée, produire un abcès gangréneux qu'on ouvre, ou qui s'ouvre spontanément, et la balle se fait jour au dehors; elle peut également passer dans l’intéstin rectum , et être expulsée par cette voie. |
Si ce corps étranger est d’un petit volume avec des surfaces unies, les propriétés de la vessie n’en sont pas aussi altérées ; il ne tarde pas à se couvrir d’une couche terreuse, par le sédiment du lithate où phosphate calcaire quélurine dépose sur le plomb ; les couches augmentent graduellement, et il se forme sur ce noyau une pierre dont le volume va en augmentant. Les symptômes qui annoncent sa présence dans la vessie sont lès mêmes que ceux qui'caractérisent l’existence du calcul.
Il est plus difficile de saisir ceux qui dépendent de la présence dans ce viscère, d’une petite ou