‹ Clinique chirurgicaleChapitre 5 sur 47 · ARE VAS · texte numérisé non relu

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DES PLAIES DE LA FACE. j HP

UELLES que soient la nature des plaies de la face et celle de la cause qui les a produites, si elles comprennent l'épaisseur des parties saillantes de cette région ou celle des parois des cavités qu'on y remarque, il est indispensable, pour prévenir des adhérences incommodes , la gène dans les fonctions des organes que ces cavités renferment , et la difformité dans les traits du visage ( après avoir toutefois débridé ou rafraichi, sil y a lieu, les bords de ces solutions de continuité ), il est indispensable, dis-je, d’en opérer la réunion au moyen de la suture, secondée par les bandages appropriés. Sans cette opération, tous les autres moyens, tels que bandages unissans , bandelettes ag gglutinatives, plus ou moins préconisés par les auteurs, sont insuffisans à raison de l’irrégularité et du défaut de rapport des parties molles avec les parties dures de cette région. Cette suture, lorsqu’elle est faite avec les précautions nécessaires, n’a aucun

inconvénient, parce que les parties qui forment la ÎT. I

2 MALADIES DE LA Sans

face sont d'ün tissu :1SÈHE et estenhble) peu con-

tractiles et dépourvites d appareils f fibreux, en sorte

que l'inflammation sy développe SM ent

Le mode‘de süture doit varier ‘selôn la nature des plaies et la déperdition de substance qui les accompagne. Ainsi, par exemple, lorsqu'une plaie à la face est le résultat de l’action d’un instrument tranchant, et qu’elle n’offre qu'une simple division récente , quel que soit son siége, à l'oreille, aux sourcils, aux paupières, au nez, aux joues, au£ lèvres (où au menton, la suture entrecoupée est seule indiquée; elle doit néanmoins être aidée hé PRE: contentif, et plus ou moins unissant: v- | #18}, au contraire , les bords de ces plaies ont contracté des adhérénces avec les parties subjacentes, étant dans un état d'écartement, et qu'il y ait déper-

dition de substance, comme cela s’observe toujours

das les plaies d'armes à feu, quelles que soient les pirties lésées, la suture enchevillée ou entortillée devient idipesable pour agir avec la gradation nécéssaire sur toute l'épaisseur des bords de la plaie, et pour en prévenir la déchirure: mais on ne peut établir de préceptes invariables pour toutes des plaies de la face, car ils seront me. relatifs

à chaque espèce de plaie.

‘£h attendant que je puisse faire connaitre, dans un ouvrage classique dé chirurgie militaire que je me RAOUONE d'offrir un jour à mes disciples ; les reples qué jai posées à cet égard, je me pau à

faire sentir, par une série d'observations, toute l'importance du précepte de Desault , Que je viens de rapporter, dans le traitement des plaies d' armes à feu de la face, blessures qui, par leur nature et leur aspect , semblent néanmoins en Contre- indiquer l'a application ; et c’est sans doute ce qui a dü porter les praticiens timides et trop partisans de la médecine expectante, presque toujours , nuisible en chirurgie, à laisser agir la nature, dont les ressources ne sont Jamais À Arte En lesicas dont il s'agit, Ces blessures s’observent fréquemment aux armées; C’est là que j'ai pu essayer comparativement tous les modes de traitement ; et certes, Jai été bientôt convaincu des nés avantages qu'offre la méthode de mon illustre maître. D'ailleurs , il n’est pas rare de voir, au sein même de la paix, des accidens de cette hd En effet, il ést des hommes qui, dans un délire mélancolique, tentent de se donner la mort avec une arme à feu dont ils dirigent ordinairement le coup vers la tête: la balle, que la moindre cause peut faire dévier, épargne souvent les sources de la vie, Mais aussi toutes les parties qu elle rencontre sont attrites ou désorganisées; les traits du visage sont ordinairement taire et si l’art (ol Fe de la chirur gie ne venait au secours de ces infortunés , ils conserveraient les traces horribles de cet accès de désespoir dont l'homme sensible a RAP s à rouoir.

Mais enfin, pour administrer avec tout le succès

qu'on peut espérer , les secours que réclament ca ‘diverses plaies compliquées de la face , quelle qu'en ait été la cause, il faut, de la part du chirurgien , autant de courage que d’habileté. Cette tâche n'est pas facile à remplir, et c’est sans doute l’un des points de la haute chirurgie qui exigent le plus d'attention. Les difficultés qu'elle présente seront facilement reconnues dans plusieurs des observations que nous allons rapporter, et spécialement dans Phistoire de la blessure remarquable du sous-officier de la légion de l'Aude, par laquelle nous terminerons cet article.

Je Observation. — Pendant la campagne d’Égypte, M. **, aide-de-camp du général Verdier , fut atteint, à la bouche, d’un coup de pistolet qui

‘lui emporta toute la joue gauche, depuis la commissure des levres jusqu'au masseter, en sorte que les deux arcades alvéolaires , la langue et une portion de ce muscle furent mises à découvert. Les bords de la plaie étaient renversés et noirâtres ; l'officier éprouvait déjà de vives douleurs. Je me hâtai de rafraichir les lambeaux, et de régulariser la plaie, pour en mettre les bords en contact parfait, et je les fixai par neuf points de suture entrecoupée, soutenus d’un bandage approprié. Le blessé fut mis à la diète et à l'usage des rafraichissans, qui prévinrent la fièvre et les autres accidens : le traitement ne dura que dix-sept jours, et il y eut très-peu de difformité.

If" Observation. — Au combat de Benavente,

en Espagne, un chasseur vélite, Thévenin ( Philippe ), avait eu coupés, du même coup de sabre, le sourcil gauche, la paupière supérieure du même côté, la pommette, et une portion de la joue, y compris le canal salivaire. ja

Les lèvres de la plaie s'étant trouvées écartées et desséchées , je fus obligé de les rafraichir avec Jesciseaux évidés. Je pratiquai ensuite sept pointsde suture qui mirent les bords de la coupure dans un rapportexact, et favoriserent, avec le bandage, la réunion qui, s'en fit en fort. peu de jours. L'œil avaityconservé sa, conformation naturelle, et il n’y eut. pas. de fistule salivaire dansle point correspondant à la division du, conduit parotidien.

IH OPservation. — Au même combat, un coup de damas:, donné de revers ;avait divisé transversalement chez un deuxième chasseur, nommé, Gardel }, la moitié inférieure.du nez; les deux points pl car A des joues et dela ie supérieure, et les deux os maxillaires jusqu’au palais, en sorte que cette, portion du nez ne tenait au lambeau.de la lèvre supérieure, renversé lui-même sur lalèvre inférieure, que par une petite portion dela souscloison et de l'aile de la narine gauche, ce qui donnait à la face un aspect horrible. On avait essayé la réunion au moyen de la suture entortillée; mais les points s'étaient rompus, et les lèvres de la plaie étaient encore écartées. Un seul: point de la

x of 1 Aujourd’hui officier supérieur de cavalerietlégRée.

soué-cloison avait contracté, avec le nez, une légère adhérence: c’est aussi la seule PAR É la ci- Cabtee qui koit restée difforme. :

Jé rafraiéhis superficiellement le reste dés bords db cette longue et très-irrégulière blessure; Je rapprochaï et fixai, dans un juste rapport, ‘les lèvres de’ la plaié ; ‘au ioyén de onze points dè suture entrécoupée, et d’un bandage contentif, Je réduisis égalément lés deux 65 cible et etje ‘Téé maïntins

‘en contact avec deux liens dé: fil d’or, passés entre les dents du” fragment rompu et lès denté'tbrrespondantés, appartenant au reste de la taèHbire. TA soudure ! dé'!cés ‘os et là réunion ‘des “parties molles se firent assez promptément : ‘en fndins de quaratite-Cinq jours; “le blessé sortit des hôpitaux , parfaitement guéri. I/uné des narines s'était obli- ‘térée par le boursoufflement de là membrane pituitaire! et: par l'adhérence’ ‘mutuelle ‘de’ cès deux parties. ‘Lorsque ce jeuné homme fut de rétour à Paris ; je-détruisis cétte adhérence paruné incision perpendiculaire , ét jé rétablis l'ouvéttüre de Ta ñarine au moyen d'uné sonde de plol à laquelle je Substituai par la suite uné portion” ‘de Sonde de had élastiques °F Me à IV Observation. 2: - Un colonel russe avait réçu ‘de l'un de nos cavaliérs, dans lun dés préfhiers com- ‘bats de la campagne dé Russie, un coup de sabre qui lui avait coupé le nez à sa baëé dans toute sa longueur. L’instrument , porté obliquement, avait étendu Ja division sur les deux régions canines et

# les deux régions latérales de là lèvre supérieure, dans l'épaisseur des deux os maxillaires ; AU niveau des fosses nasales. Cette division étdit bornée! à la voûte palatine, qui faisait partie du lamibeau-renversé sur le‘menton , lequel ne tenait au reste des parties vivantes de la face que par les deux petites languettes: de la lèvre: supérieure ;'qui servent à former les commissures de la bouché. On voyait, d'ünepart, toute l'étendue des fosses nasales et la cavité ‘de la bouche, sans arcade alvéolaire; de Tautre ;'le lambeau de la totalité du nez , dela lèvre “supérieure et de’la voüte palatine, renversé sur le ‘menton: L’un:de mes élèves ayant trouvé ce lambeau froid, et neitenant que pariles deux}points ‘dontnous avons parlé, allait le détacher complété- -mentet panñser la blessure, selon son indication, lorsque j'arrivai près du blessé. J'écartai les ciseaux duichirurgien sous-aide, et, après avoir examiné ‘la plaie, je fis tout disposerpour en:faire la suture. J'eus quelque peine à enlever des caillots de sang ‘qui remplissaient les fosses nasales, et quela pous- ‘sièreavait rendus ;concrets. Je détachai ‘ensuite Ja portion dela voûte palatine qui tenait au lambeau, et quise composaitdela moitié antérieure:de l'arcade alvéolaire supérieure. Elle avait été. séparée du æeste de:la mâchoire, d'un côté, entre la-canine et darpremière molaire, et de l’autre, entre les deux -Premieres molaires. Je détachai aussi du Jambeau plusieurs portions des os propres du nez et des ‘apophyses/montantes des os.maxillaires. Je remis

en rapport le nez ét la lèvre, et je procédai à leur réunion par la: suture entrecoupée, commençant par la racine:du nez, et descendant successivement sur:ses côtés, dont les bords furent réunis.par dix points-parallèles de suture. Un linge fin, fenêtré, trempé-dans l'eau salée, fut appliqué sur toute l'étendue du triangle qui'indiquait la plaie. J ’introduisis dans les narines deux portions de grosses sondes de gomme élastique, pour en conserver la forme et le diamètre. Elles furent assujetties à l'extérieur , au moyen d’un cordonnet de fil que j'avais-passé à leur extrémité antérieure. Des compresses graduées furent placées sur les côtés:du nez;.et- un: bandage contentif termina l'appareil. Jeus ta satisfaction d'apprendre, à mon retour de Moscou; que cet officier supérieur était parfaitement guéri, et sans nulle difformité. Cette cure est remarquable par la gravité de la blessure, et à cause du peu de vaisseaux qui entretenaient une communication entre Je lambeau et les tégumens de la face. La vie s’est reproduite dans le nez, et sa réunionavec les bords de la plaie a été exacte et ‘parfaite.

= Je pourrais rapporter encore un assez grand nombre d’autres coupures du nez plus ou moins étendues, et ne tenant plus également aux parties voisines que par une petite portion cutanée ; mais il suffira sans doute de dire, pour éviter de fréquentes répétitions, que toutes ces divisions, réu-. nies au moyen de la suture entrecoupée et d'un

MALADIES DE LA TÊTE. 9 bandage convenable, sont parvenues à la guérison en trés-peu de temps, et qu’elles ont présenté des cicatrices. si exactes qu'aucune n’a été suivie de difformité sensible. rl

V® Observation. — M. de R...., garde du Corps du roi, blessé grièvement d’un coup de feu à la face, fut apporté à l'hôpital du Gros-Caillou, pendant l'hiver de 1815. Ge blessé était mourant, lorsque je le vis à ma première visite, douze heurés aprés l'accident. Le canon du pistolet chargé à deux balles, appliqué contre la voûte palatiné et embrassé dans sa circonférence par les lèvres et la mâchoire, éprouva une légère déviation en avant À à l'instant du coup, d’où il résulta une explosion très-forte dans la cavité de la bouche, et la sortie des deux balles en dehors , par la voûte palatine et le nez. Cette première partie fut détruite dans sa moitié antérieure ; les cloisons osseuses ‘des fossés -nasales et celle qui les sépare de la cavité cranienne furent rompues et brisées en éclats ; la surface extérieure. du nez était divisée en trois lamibeaux, un mitoyen, formé par son extrémité et‘la sous-cloison, 'et les deux autres, par les ailes de cette éminence et-les points correspondans de la lèvre ; la portion mitoyenne de cette dernière partie était. détruite däns toute son épaisseur, ce quilaissait un vide d'environ deux pouces de circonférence ; les bords en étaient frangés et renversés, Le voile du palais et la base dela langue avaient été fendus parallèlement d'avant en arrières la

“0 MALADIES DE LA TÊTE. c paroi gauche dela bouche présentait üne crevasse rémplie de sang coagulé. Toutes les parties de la face et du couétaient tuméfiées et parsemées d’ecchymoses; les paupières des deux yeux, boursoufflées, interceptaient la vision. Les autres fonctions sensitives étaient ‘également suspendues ; le’ pouls était presque nul, nerveux, et le blessé dans ‘un -état permanent de end sions et d’an coisses;enfin, “out nous faisait craindre une mort prochaïne. ‘Cependant ilétait urgent d'explorer tous les pôints de la plaie pour en extraire les corps étrangers, et de la simplifier, autant que possible, ‘à’ l'effet d'obtenir la réunion me ou moins exacte de ses ‘bords. Gt : 1. Sehes ::rAprèsiavoir préparé‘un appareil convenable , ‘je procédai d’abord:à l'extraction ‘de plusieurs fragmens osseux du palais et des fosses naSäles; je débridai quelques points des bords de la plaie; je rafraichis ceux quiétaient attrits où irréguliers ; M pratiquai-ensuite douze ou quatorze! points de’suture entrecoupée,/pour réunir exactement les trois lambeaux-du nez et les bords irréguliérs et trèsécartés de la lèvre supérieure, avec la précaution de comprendre dans le point mitoyen Jla-sous:cloison'du nez. Plusieurs’ autres ‘points de suture furent faits dans l'intervalle des premiers) à l'effet de mettre les: parties: dans le rapport le plus ‘exact. Pour favoriserderapprochement des deux'os maxillaires, je passai un fil de platine autour des deux dents canines où se-bornait la perte de substance.

MATADIES DE LA: TÊTE. ai J'introduisis dans le nez deux portions de:grosses sondes}de gomme élastique, à. l’extréinité des. quelles j'avais passé un cordonnet de fil pour /lés fixer dans, cette position. Ces canules , en favorisant le passage de l'air, pourservir à la Re ont puissanmment concouru à conserver la forme decetteéminence. De petites compresses graduées, placées sur,les côtés du nez et dans les fosses canines, rapprochées etsoutenues par un bandage contentif anissant,. ont achevé cette nd difficile.et laborieuse. :

À peine fut-elle GER que à re se trouva sonlagé,, et. les accidens nerveux, qui annonçaient le tétanos, s'apaisèrent immédiatement. Je profitai de ce. moment de calme pour le mettre dans un

demi-bain chaud, et lui faire avaler , à l’aide du biberon, des boissons rafraichissantes ,antispasmo- fliques à à la glace : la déglutition était extrêmement " difficile ; mais, à force de soins et de patience,.elle se rétablit graduellement. La nuit fut assez tranquille, Des le lendemain , Un Mouvement de fièvre, qu'on. peut appeler traumatique,, se déclara avec des symptômes de céphalalgie, et de. suffocation prochaine. Nous nous empressames, de faire poser une douzaine de sangsues autour du cou, des ventouses scarifiées : à la nuque et.sur, la: poitrine; une saignée d du pied fat pratiquée, et nous continuâmes

l'usage des mêmes boissons et, des lavemens laxa- Dire

tifs. ré Tous lès accidens se dissipèrent rapidement, et

le malade recouvra l'usage de ses'sens ; à l’excep: tion dé l'odorat dont il est privé. L' appareil ne fut Levé que le huitième jour: la réunion des’ plaies -était presque complète et uniforme. Quelquès bandelettes agglutinatives suffirent pour en ‘achever la cicatrisation; mais l’intérieur des fosses nasales -etla voûte du palais fournirent pendant quelqué “temps une suppuration abondante, qui fut suivie de l'exfoliation ou de l’'évulsion de plusieurs esquilles provenant des os propres du néz!, des cornets et de la portion de los maxillaire', échancrés par ‘les balles, L’écraisément de la voüté osseuse du nez avait produit le larmoïement aux deux yeux, avec ‘#istule lacrymale, par le déplacement ou l'obtura- ‘tion moméntanée du canal nasal. L'usage des son- “des dont nous avons parlé, le replacement ] journalier que nous faisions, âvec une F5 mousse, des fragmens osseux qui étaient restés à la racine du nez, et quelques injections dans les points lacry- “maux, au moyen de la seringue d’Anel, rétablirent le cours des larmes, et les Hottes disparurent. Les deux os raxillaitég! se sont aussi graduellement rapprochés, de mähière à faire disparaître le trou qui établissait uné communication entre la bouche et les fosses nasales, ét à mettre le malade dans le cas de n’avoir pas besoin d'obturateur.

Enfin, après deux mois et demi de Soins , M. dé R... a été rendu à sa famille, trés-bien portant et sans difformité sensible.

VI" Observation. — Cette observation présente

MALADIES DE LA TÊTE. 13 un: fait absolument semblable et qui était produit par laméme cause; mais les difficultés qu'il me fallut surmonter, pour remédier au désordre qu'occasiona Pathé à feu, fürent ici infiniment: pue grandes que er le cas précédent, parce que , à l'époque où jentrepris de replacer les organes frappés dans leur conformation primitive, ls était déjà écoulé dix-huit mois, etque toutes ces parties s'étaient depuis long-temps cicatrisées, mais dans des directions vicieuses et anormales. |

Un de mes anciens élèves et de mes dignes compagnons d'Égypte, M. le docteur Zink, cena major à l'hôpital de Givet, AAC à la fn dé l'année 1820 , un sous-officier de la légion del’Audé ( Gorius ), affligé d’une difformité horrible et d’un aspect insupportable, résultat d’un coup de feu que cet infortuné s'était donné dans un accès de mélancolie, dix-huit mois auparavant.

IL avait appliqué l'extrémité du canon de son fusil armé, sous la voûte palatine, tandis qu'avec son pied nu, il en avait lâché la détente. Cette arme s'étant un peu inclinée en avant, à l'instant du coup, la balle monta verticalement dans l'épaisseur et au milieu de la voûte palatine, traversa le nez, et effleura le crâne en sillonnant la peau du front. Toute la portion palatine des os maxillaires, comprise entre les deux dents canines supérieures, fut émportée; les portions labyrinthiques du nez, ses os propres et les cartilages de cette éminence, furent détruits ou expulsés. Les’ deux ailes du nez

étaient rétroversées en dehors et. en arrière ;,la sous-cloison faisait partie dela narine ‘gauche, Cette blessure fut pansée comme toutes les plaies. d'armes à feu, c'est-à-dire aÿec. les émolliens et un, appareil simplement contentif : elle a parcouru les PéHipes de la suppuration et de la détersion , j jusqu'à à la cicatrisation , Sans nul accident. La cicatrice s’est opérée spontanément dans, l’état d'écartement et de renversement des. bords frangés que le dessin indique. Ces bords ont contracté -une, adhérence intime avec la surface extérieure des. ‘apophyses montantes des os maxillaires, de manière à produire, au milieu du visage, une échancrure trèsirrégulière, rouge, caverneuse, et d’un aspect repoussant”. Cesujetétait privé de l’odorat, très-gèné dans la mastication et dans l'exercice de la parole; à peine pouvait-on comprendre de lui les mots les plus simples.

Tel était l’état de ce sergent, lorsqu'il se présenta à l'hôpital de la garde royale, à ma leçon de clinique, en décembre 1820; il était d’ailleurs dépourvu de toute ressource, sans parens, sans aucun moyen d'existence. Après avoir obtenu de la générosité et de l'humanité de l'entrepreneur de l'hôpital (M. de Montesuy ) la faveur de le traiter dans mes salles, je l’examinai avec soin, je projetai un mode d'opération que je communiquai aux jeunes chirurgiens qui suivent. habituellement

1 Voyez la planché.

Lu

MALADIES DE LA, TÊTE. 15 mon, cours de chirurgie clinique, et, sans perdre de temps, | je mis. ce plan d'opération. à exécution,

Assisté de mon ami le docteur Ribes, en, présence de tous les médecins étrangers et de ceux de

l'hôpital , l'appareil étant préparé ct le sujet assis sur une chaise, je commençai par détacher les bords tésumenteux et adhérens dans tout le pourtour de cette horrible plaie ou échancrure; jen poursuivis la dissection à plusieurs lignes ‘étendue, vers les pommettes » Sur la surface des. os maxillaires, afin d'obtenir une assez grande étendue de peau pour franchir l’espace compris entre les bords de cette division, et pour en produire une solide réunion, lorsqu'ils seraient mis en contact : c'était ici sans doute le point le plus difficile de l'opération. Je détachai ensuite les adhérences que les deux divisions des ailes du nez et de la lévre supérieure avaient contractées avec les bords de léchancrure palatine : cette dissection fut longue et difficile. Après avoir ainsi détaché toutes les parties molles qui appartenaient jadis au nez, nous en avons rafraîchi les bords à l’aide de ciseaux évidés, avec l'attention de donner à chaque coupe la forme qu’elle devait avoir, pours’affronter exactement et d’une manière uniforme. +

. Cette dissection finie, les parties layées et abstergées 1, je fis trois points de suture » provisoires ou d'attente : le premier, au milieu de la côte du nez; le second, au, sommet de cette éminence, et vers la sous-cloison des narines que j'avais eu soin

de conserver: le troisième, aux deux bords de la lèvre supérieure. Je réunis ensuite et maintins r'approchés les bords rafraîchis de toute la côte du nez où j'avais placé le premier lien d'attente, au moyen d’une suture enchevillée , composée de six anses de fil, à l'effet de ramener de loin la portion de peau qui formait ces bords , et d’en prévenir la déchirure, qui aurait eu lieu si j'avais employé la suture entrecoupée; car celle entortillée aurait été impraticable. Le sommet du nez et les points séparés de la sous-cloison ont été réunis au moyen de la suture entreccupée, que j'ai faite, ainsi que la première, avec les aiguilles de mon invention ; enfin les bords dela lèvre, resséqués et détachés de la mâchoire , ont été réunis au moyen d'une suture entortillée, faite avec deux aiguilles d'or, tranchantes à leur extrémité. | |

Cette opération terminée, j'appliquai un bandage contentif unissant garni de compresses graduées, pour protéger les points des diverses sutures et pour en seconder les effets.

L’opéré fut mis à la diète, à l'usage des boissons rafraîchissantes , mucilagineuses et antispasmodiques. Pendant les deux premiers jours, il fut assez calme et sans fièvre; parvenu au troisième, il y eut un léger paroxisme fébrile, avec céphalalpie légère et travail d'irritation dans la plaie. Une saignée générale et quelques sanosues appliquées sur les régions canines, des pédiluves et des bois- $ons mucilagineuses apaisèrent ce léger orage, et

le malade continua d’aller de mieux en mieux. Au neuvième jour de l'opération, nous lévàmes tout l'appareil : nous avons trouvé , à notre grande surprise, tous les bords couturés, parfaitement réunis et Cicatrisés; cependant nous laissâämes encore les chevilles et les épingles en place jusqu’au quinzième jour, époque où ces derniers moyens d'union furent totalement enlevés.

La cicatrisation était exacte uniforme etlinéaire, et l'on voit évidemment qu'elle ne s’est opérée que par la communication et l'adhésion mutuelle des vaisseaux des bords incisés ou excisés de cette énorme plaie ou échancrure. Il est impossible de

découvrir , dans leurs interstices ; la moindre par-

celle de substance gélatineuse, étrangère à ces vaisseaux ; enfin, cette cicatrice est parfaite, et le nez à repris une conformation assez réculière et telle que la physionomie du sujet n'offre plus rien de pénible à la vue. La parole, la prononciation et la mastication se sont perfectionnées; l’écartement considérable qui existait aux os maxillaires ét dans les parois des fosses nasales s’est déjà considérablement resserré; et ce rapprochement augmentera sans doute par la suite, en sorte que l'harmonie de la face se symétrisera de plus en plus; enfin la guérison de ce sujet, que nous avons présenté à la Société de la Faculté de médecine, dans la séance

du 22 février 1821, est arrivée au degré de perfec-

tion exprimé dans le dessin: Nous avons appris que ce sujet, après avoir joui d’une parfaite santé, Ir, 2

Jendant deux ou trois années, avait péri d'une; apoplexie foudroyante. SU dé sa Strict … En attendant que nous puissions remplir notre désir. sur le travail dont nous avons parlé; je. me permetirai quelques réflexions sur la rhinoplas-, tie, tant. préconisée dans ce dernier, temps,,.et, que quelques praticiens célèbres de Londres, de Berlin et de Montpellier disent avoir pratiquée avec un grand succès. Cette opération ;, qui a été l’objet de tant de discussions aux académies et dans le monde médical , nous parait tout-à-fait inutile ,.et, nous ne la croyons pas exempte de graves inconvéniens. Quelques-uns même de ceux qui l'ont subie ont succombé à la douleur et à une sorte d'affection tétanique qui ont accompagné, cette rhinoplastie. | |

11 faudrait d’abord bien déterminer les cas où lon croit cette opération indispensable, et faire ensuite bien connaître le genre d’infirmité qui la,” commande, et la nature des causes qui ont produit cette infirmité. | pi 1° Si la perte du nez et horrible échancrure qui

en résulte au centre du visage sont les effets. d’une cause mécanique qui à détruit ou emporté, cette éminence organique, telle qu'une, arme blanche ou une arme à feu, les bords de l’échancrure, résultant de cette destruction, offrent toujours, assez de ressources (nous supposons le sujet sain) pour produire une réunion telle qu’elle rem: placera avantageusement le nez enté. qu'on établit

eo ie

MALADIES DE LA TÊTE, ‘19 avec la peau du front.:Les parties: molles :qui forment les bords: de cette échancrure-faisäient nécessairement partie, avant l'accident;.des: côtés et de la base du nez, dans une étendue plus ou moins grande; en sorte qu’on peut d’abord les amener à ce degré d'extension primitive et les porter beaucoup au-delà , en les faisant accompagner de la peau des joues ou des régions canines, de manière à couvrir toute la brèche ; ainsi que nous l'avons fait chez le sujet de ladernièreobserva. tions Or, dans ce cas, la rhinoplastie est inutile, et certes notreprocédé sera tou) ours préférable : mais il a encore d’autres avantages dont nous parlerons plus bas. D 697 2" Si la perte du nez a été le résultat d’une cause spontanée , telle qu’un uicère chancreux où cancéreux , non-seulement toute opération de ce genre est de même inütile, mais elle peut être dangereuse. On remplace d’ailleurs avantageusement cetté éminence , lorsque surtout la brèche est uniforme et complète, au moyen d’un nez artificiel garni de besicles, lequel vient d’être imaginé par MM. Arson et Boulu, chirurgiens dentistes, et dont l'académie de chirurgie a fait un éloge mérité. Ce nez n’incommode point du tout le sujet, n'offre aucun point d'attache extérieur, ét imite parfaitement le néz naturel. Il a été appliqué à plusieurs individus qui s’en trouvent parfaitement bién. La gravure et la dgscription de cet instrument seront données pié leurs inventeurs, et sans doute

insérées dans les Mémoires de cette académie.

Tels sont les deux cas principaux qui indiquent la restauration d’un nez, Te qu'on peut exécuter de deux manières.

La première est celle que nous avons employée pour le sous-officier de la légion de l’Aude et pour plusieurs autres sujets dont nous avons aussi rapports précédemment les observations. Elle consiste à détacher, par une dissection bien faite et bien ménagée, toutes les parties molles qui forment les bords de l’échancrure nasale, jusque dans les joues, si cela est nécessaire; à rafraichir ces bords, et à les ramener vers le centre de cetteéchancrure, avec lesquels on la recouvre. On les maintient ensuite réunis au moyen des points de suture entrecoupée , entortillée ou enchevillée, selon le besoin; et, afin que ces points de suture et les parties cousues trouvent un appui convenable, lon doit placer dans les narines , ou les ouvertures qui doivent en tenir lieu, des tubes de gomme élastique d’une grosseur et d’une forme relatives à ces ouvertures. Enfin, pour seconder les effets de ces premiers moyens, il faut ramener graduellement la peau des joues à l’aide d’un bandage unissant et contentif. S'ilestdes pointsdesuture qui manquent, il faut savoir les remplacer eten faire d'autres successivement jusqu’à ce que l'on soit arrivé au but désiré. | <

Avec cette réunion des parties pts on Éabi rise le rapprochement des os écantés, ou qui ont

éprouvé une déperdition de substance plus ou moins grande , ét ce travail de rapprochement se fera d'autant plus facilement que le sujet sera plus jeune. Dans tous les cas, ce dernier avantage ne pourra être obtenu qu’à l’aide du procédé opératoire que nous venons de décrire. | Celui de la rhinoplastie, âu contraire > à certainement plusieurs inconvéniens trés-oraves. D’abord il dépouille le front d’une partie de son tégument, et y produit une plaie artificielle, d'autant plus douloureuse qu'il Y 4, Sous cet organe, un grand nombre de nerfs provenant de la cinquième paire, qui, d'après de nouvelles et nombreuses expériences, exerce une grande influence sur les organes des sens. La dissection de cette portion de peau ne se ferait d’ailleurs sans doute pas avéc impunité dans les pays chauds, et elle y serait indubitablement suivie du tétanos. D'un autre côté, chez presque tous les sujets qui ont eu le nez emporté par un coup de feu, la peau du milieu du front à été détruite » €t cette opération serait Certainement alors impraticable. Mais enfin j après que l'opéré a ressenti de trés-vives douleurs et couru le danger des effets d’une fièvre traumatique, qui peut avoir lieu, ces parties étrangères avec lesquelles on est parvenu , non sans peine, à lui former un nouveau nez, se flétrissent souvent et se gangrènent, ainsi que cela est arrivé à quelques-uns des malades de M. Graëff et de M. Travers lui-même. J'aime à croire au succès remarquable

dont nous parle M. Delpech F; maisil serait nécés: saire de voir le sujet de son observation, un certain laps de temps y lopération. Nous avons vu un autre sujet opéré sans doute avec le même suc-. eès par M. Lisfranc; mais il serait SÉRICPES utile de revoir le sujet après qu'il aurait passé : à l'air parle froid rigoureux dun hiver. se

Un troisième inconvénient peut subsister encore : les bords de léchancruré avec lesquels la peau du front s’est réunie ne s’ulcéreront-ils pas de nouveaw’par le développement du virus ‘syphilitique ou cancéreux constitutionnel , que lon ne détruit peut-être jamais parfaitement, quelque méthodiques que soient les traïtemens mis en. usage? Voilà donc une autre cause de reproduction de la même infirmité, puisque le nouveau nez sera encore nécrosé, et le sujet aura alors deux infirmités: pour une, celle de la cicatrice du FO ‘3 sa première échancrure nasale. pdt

‘Ainsi, en nous résumanit, ce dernier procédé opératoire non-seulemént est inutile, mais peut encore être très - dangereux; et la rhinoplastie ne doit pas entrer, dé nous, dans le domaine de Ja chirurgie, ainsi qu'on l'avait déjà décidé dans le De siècle. » dus ess

1 Poyez la Revue médicale, n° de mai 4894:

MADADIES DE LA Lu 23

DES PLAIES PÉMÉRANTES DU SNS MASILLAIRE.

{ ) der De IX Wéal

Les causes vulnérantés : ‘qui ont lésé ét molles dela face peuvent pénétrer dans le’ sinus maxillaire , SOit par sa paroi antérieure où éxtérne (la région canine ), soit par sa paroi supérieurë,

ou région orbitaire. Nous avons dés éxemplés$ de sas de ces deux modes de lésions. 1 °°°

“Nous avons observé lé prémier chez deux sujets de l’ex-garde, blessés par des fleurets dérmotchetés, qui ; apres avoir déchiré les parties molles de la région canine, avaient perforé la paroi externe du sinus Dlldies et pénétré dans sa cavité! 10747

Le deuxième mode de lésion nous a'été Gffert par-un-sous-officier du 3" régiment de lt'gatde royale; lequel: s'est présenté à Phôpital} atteint d'une-plaie à la paupière inférieure de Fil éatiche; faite par un instrument conique et légèrement pointu , le bout ferré d'une canne:Cet instrüment, quiayait été dirigé d’une manière oblique ; dé Haut en baset:en dedans ; avait déterminé une largü'éc- .chymose aux Le A0 et à la tempé, et fraëturé Fate , ane JET of

:«ba direction des dlsiten la ie de 1x paroi osseuse de l’antre d' Hyghmore, l'hétiorraëié ot Peffusion! sanguine par li rarine dé même! ‘côté, ‘où par la boubhiés ainsi qu'une douleür' profoidé, | ontété les siones qui, chez les trois sujéts précités, nous dut fait rebonninttre) qu'iliy avait eu Re

p4 MALADIES DE. LA .TÔTE.

tion dans le sinus. Elle fut même suivie, dans une de ces bléssures, d’inflammation danslamembrane maxillaire et d’une suppuration assez abondante. Le procédé indiqué par Bordenave, c'est-à-dire l'extraction de la troisième dent, la perforation de L alvéole faite à à l'aide d’un trois-quarts courbeetun peu fort, et de manière à pénétrer dans le sinus, ainsi que l'usage de quelques injections détersives, poussées par 7; de l’alvéole dans cette

.Cavité, ont suffi pour conduire ce militaire à une guérison complète.

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