LES DÉSARTICULATIONS
Avant de pratiquer, par ma méthode, l’amputation partielle du pied sur un malade couché à l’hôpital de la Pitié, j’exposai, en 1826, à mes élèves, mes idées sur les lois des désarticulations , fruit de mes méditations profondes depuis un grand nombre d’années. Je les publiai, en 1827 , dans la Revue médicale de Paris, M. Malgai gne en a donné une analyse dans son Manuel de Médecine opératoire. Il existait sur ce point de la science une grande lacune.
Il faut que l’opérateur, après avoir bien étudié l’ensemble osseux d’une articulation, l’ait tellement présent à sa mémoire , qu’il puisse, sans l’avoir sous les yeux , en donner un dessin exact ; car les parties molles, le sang , masquent les circonvolutions et les anfractuosités que le couteau doit parcourir : il ne pourra donc pas être convenablement dirigé sans la condition que nous venons d’énoncer,
On doit encore bien connaître la position des ligaments, pour les attaquer avec plus de sûreté; leur longueur, pour les couper entre leurs deux attaches ; leur largeur et leur épaisseur, pour les diviser complètement. S’il en restait une partie , elle tiendrait souvent les surfaces osseuses trop rapprochées , et l’instrument ne passerait pas entre elles : d’ailleurs , le premier soin du chirurgien, quand il va faire une désarticulation , c'est d’en chercher le siège : traçons les principes qu’il suivra.
i° Les tubérosités osseuses sont un des guides les plus certains pour arriver sur les articulations; ces éminences seront plus facilement trouvées, en plaçant les membres dans les conditions propres à les faire saillir : ainsi, l’on porte le poignet fortement en dehors, et l’on sent mieux l’extrémité supérieure du cinquième métacarpien. On éloigne autant que possible, par des pressions, les parties molles qui masquent les os : c’est par la compression qu’on diminue et qu’on fait même disparaître l’œdème.
2° Lorsque les extrémités osseuses, formant une articulation, présentent des tubérosités, le chirurgien doit les reconnaître. Comment y parviendra-t-il? Les élèves ont tous l’habitude de vouloir les trouver d’emblée ; ils savent approximativement où elles sont ; ils croient qu’il suffit de pratiquer le toucher sur les parties qui les environnent. Ce mode de procéder est en général mauvais, puisqu’il existe presque toujours, auprès des éminences qu’on cherche, d’autres saillies
qui causeront des méprises : on prendra souvent la tubérosité interne de l’os crochu pour celle de T extrémité supérieure du cinquième métacarpien. Marchons toujours du connu à l’inconnu; or, pour trouver sûrement la partie supérieure du dernier os du métacarpe, le doigt indicateur sera d’abord appliqué sur l’extrémité inférieure de cet os, dont il longera le côté interne, jusqu’à la première tubérosité osseuse qu’il rencontrera : elle le conduira dans l’articulation supérieure du dernier métacarpien. Il est à peine utile de faire observer que si le chirurgien faisait partir ses recherches de la partie inférieure et interne du cubitus, pour parvenir dans le même article , il ne choisirait pas la première, mais bien la seconde tubérosité qu’il rencontrerait : ainsi l’on voit qu’avec des connaissances anatomiques, le toucher, partant d’un point bien connu, parvient sur le point inconnu.
3° Procédez toujours à la recherche du côté de la jointure le plus facile à trouver ; c’est la face externe de l’article tarso-métatarsien ; c’est la région interne de l’articulation de Chopart ; vous les avez reconnues. Les points opposés de la contiguïté osseuse sont trouvés : faites partir, del’extrémitépostérieuredu cinquième os du métatarse , une ligne perpendiculaire à l’axe di , pied, et qui vienne se rendre sur son bord tibial; Y» côté interne de la jointure est à deux centimètres deup millimètres environ (trois quarts de pouce) au-devant ; h' même trait tiré transversalement, de la face postérieure
du scaphoïde, et se terminant sur le côté externe du pied étendu, laissera la région externe de l’article un centimètre (un tiers de pouce) devant lui.
4° Souvent les tubérosités d’une articulation sont si peu volumineuses, ou tellement masquées, qu’il n’est pas permis, malgré tous les moyens d’investigation auxquels on se livre, de les sentir; alors on cherche les saillies osseuses les plus voisines : l’éminence du scaphoïde est à trois centimètres sept millimètres (quinze lignes) environ du côté interne de l’articulation tarso-métatarsienne ; la tubérosité postérieure du cinquième métatarsien est ordinairement située à un centimètre cinq millimètres (un demi-pouce) de la face externe de l’article calcanéo-cuboïdien.
On a beaucoup blâmé les deux dernières règles que nous venons de tracer : on a répété que ces mesures devaient être rejetées, puisque les organes présentent , suivant les sujets, des dimensions variées. Mais, si le pied d’un adulte, par exemple, peut l’emporter en longueur sur un autre pied du même âge , de trois centimètres (un pouce) environ, cette quantité étant répartie sur les phalanges, les métatarsiens et les os du tarse, chacun de ces os se trouve ainsi fort peu allongé ; d’ailleurs le chirurgien prend encore ici en considération les dimensions plus considérables du membre sur lequel il va opérer ; or, les règles que nous établissons sont trèsapproximatives; n’est-il pas incontestable qu’il vaut beaucoup mieux, dans les cas difficiles, indiquer le
siège d’une articulation à deux ou cinq millimètres près (une ou deux lignes), que de n’établir aucune donnée pour le trouver ?
5° Il arrive quelquefois que les tubérosités qui n’appartiennent pas à une articulation ne sont point sur la même ligne qu’elle; nous parvenons encore, par le système linéaire, à savoir le siège de l’article. Nous voulons désarticuler le fémur; nous faisons partir, de la partie inférieure et antérieure de l’épine iliaque antérieure et supérieure, une ligne de trois centimètres (un pouce) de longueur; elle descend parallèlement à l’axe de la cuisse ; de sa partie inférieure part une seconde ligne d’un centimètre cinq millimètres ( un demi-pouce ) d’étendue; elle se porte transversalement en dedans ; son extrémité interne repose sur la face antérieure et externe de la tête du fémur : je laisse aux écrivains qui ont sans pudeur travesti mes idées, le soin d'appeler ces principes un échafaudage de lignes.
6° Des plicatures de la peau placées tantôt sur l’artieulation , tantôt près d’elle , servent à en indiquer le siège : la partie supérieure et latérale du pli situé contre Farticle phalango-phalanginien repose sur la jointure; la rainure qu’on voit vers la contiguïté de la seconde phalange avec la troisième se trouve un millimètre environ (une demi-ligne) au-dessus.
7° Des tendons s’insérant aux extrémités articulaires dont le chirurgien veut détruire la contiguïté, peuvent, lorsque leurs muscles se contractent, indiquer très-bien
à la vue et surtout au toucher la position de l’article : quand on fait fléchir le pied sur la jambe , l’on voit ou l’on sent le tendon du jambier antérieur, qui, s’attachant sur le premier cunéiforme et sur son métatarsien, couvre le côté interne de leur contiguïté. L’insertion du cubital antérieur sur le pisiforme sera aussi un indice avantageux , pour arriver dans l’articulation radiocarpienne , etc.
8° Les données que je viens d’établir manquent ou ne suffisent pas : l’opérateur saisit , avec la main qui doit conduire l’instrument, le membre qu’il veut enlever ; il lui imprime de légers mouvements, tandis que les doigts de l’autre main sont placés sur le point où il pense qu’existe la contiguïté osseuse ; ces doigts , destinés à la sentir , parcourent successivement les lieux présumés de son siège : quand ils Font rencontré, ils restent dessus tant que le couteau ne vient pas immédiatement les remplacer ou se placer près d’eux. S’il est des cas dans lesquels le chirurgien est obligé de toucher avec la main qui dirigera l’instrument, elle doit, avant de le saisir, être remplacée par l’autre main : sans cette condition, on pourrait perdre de vue le lieu touché. Ce que je viens de dire, relativement au point de départ de Finstrument , s’applique à son point d’arrivée , qui sera de la même manière rigoureusement marqué : d’ailleurs la main de 1 opérateur, chargée de tenir le membre, sera placée sur le côté opposé à celui par lequel le chirurgien pénétrera dans l’article.
90 Faisons remarquer que si l’on attaque une articulation par sa face dorsale, on devra, en général, mettre le membre dans la position à demi fléchie, pour tendre les parties molles et pour élargir l’interligne des os : sans la précaution sur laquelle je viens d’insister, on s’exposera beaucoup, en pratiquant l’amputation du poignet, à pénétrer entre les deux rangées du carpe.
io° Malgré tous les moyens d’investigation que j’ai indiqués , le chirurgien n’est-il pas bien sûr du siège de l’articulation, il parvient à mieüx le connaître, comme à s’en assurer de nouveau , à l’aide du toucher , quand les os sont plus ou moins dénudés de leurs parties molles , par le bistouri qui a déjà circonscrit et disséqué un lambeau. S’il avait besoin encore d une nouvelle donnée, il placerait l’instrument dans l’angle de la plaie le plus rapproché de lui; son talon serait perpendiculaire à l’horizon, son tranchant perpendiculaire à l’axe de l’os ; le couteau marcherait ainsi dans la solution de continuité en pressant et en sciant sans faire de saut; aussitôt qu’il arriverait contre l’article, il ne pourrait pas le dépasser sans que le chirurgien l’y sentît, i’y vît pénétrer : il serait facile d’ailleurs, pendant cette sorte de raclement, de lui donner la direction exigée par la disposition des surfaces articulaires.
Après avoir indiqué les moyens de reconnaître les articulations, occupons-nous de la confection des lambeaux.
i# Toutes les fois que le chirurgien a le choix des lieux sur lesquels il doit faire les lambeaux , il les dis-
pose de manière que le pus trouve un écoulement facile , le membre étant placé dans une position convenable,
2° Une seconde règle à laquelle on ne sacrifie pas la première , veut que les lambeaux adhèrent à toute l’étendue du plus grand diamètre de la surface osseuse qu’ils sont destinés à recouvrir : ils seront ainsi plus facilement maintenus.
3° Il est à peine utile de rappeler que l’état pathologique ne permet pas toujours de suivre les principes que nous venons de tracer ; c’est en effet sur les parties où les tissus ont été épargnés, que le chirurgien les prend pour faire les lambeaux. Quant à leur nombre, on en pratique ordinairement deux; la plupart des praticiens n’en admettent qu’un seul , lorsqu’ils enlèvent partiellement le pied ou qu’ils coupent dans l’articulation de la première phalange avec la seconde , de celle-ci avec la troisième. Ils pensent avec raison que cette manière de procéder préserve mieux la cicatrice des violences extérieures; mais ils divisent toujours les parties molles, du côté où ils ne font pas de lambeaux, assez en avant de l’articulation , pour qu’elles ne se rétractent pas au delà.
4° Doit-on opérer, quand on ne peut faire aucun lambeau? L’expérience s’est prononcée pour l’affirmative. Abstraction faite de ceux qui sont dans les auteurs, j’en ai cité des exemples, dans mon mémoire sur les amputations partielles du pied.
5° Dans un chapitre de cet ouvrage , nous avons fourni
la preuve que les lambeaux faits avec des tissus lardacés , non squirrheux ni cancéreux , revenaient à leur état normal ; mais il est nécessaire de combattre, par les antiphlogistiques, les inflammations violentes qui peuvent s’y développer.
6° En général , on commence la désarticulation après avoir pratiqué le premier lambeau, et l’on traverse l’article pour terminer l’opération par le second : ainsi la manœuvre est plus prompte*, puisqu’on n’est pas obligé de changer l’instrument de main.
70 Le chirurgien pratiquera le dernier lambeau dans l’épaisseur duquel sera logée une grande artère , afin de pouvoir la faire comprimer, au besoin, par les doigts d’un aide, au moment où elle va être divisée plus bas , comme dans la désarticulation de l’humérus ou du fémur.
8° Fait-on un lambeau en divisant les tissus de dedans en dehors, il faut , pour qu’il ne soit pas terminé en pointe, que le talon de la lame du couteau marche sur la même ligne que son autre extrémité.
9° Lorsqu’un couteau aura été introduit horizontalement à plat sous les parties molles, et qu’il faudra relever son tranchant, pour lui faire contourner quelque saillie osseuse , comment les hommes fameux qui ont tant mutilé les descriptions, en médecine opératoire, énonceront -ils ce dernier mouvement? Ils reconv manderont de relever obliquement l’instrument, expression vague, qui, ne laissant dans l’esprit du lecteur qu’incertitude et hésitation , laisse aussi la médecine
opératoire bien loin des autres sciences descriptives : mais j’en appelle à tous les hommes dont l’esprit est cultivé : est -il possible d’indiquer, autrement que par les angles quelles forment avec l’axe du membre, les diverses inclinaisons de la lame du couteau?
On a prétendu que les lambeaux pratiqués par ponction et puis par incision offraient des inconvénients; prouvons la légèreté de cette assertion : quand on in« troduit dans les tissus un instrument très-aigu , à deux tranchants , dont la lame augmente peu à peu de largeur de la pointe au talon , ce couteau n’agit point à la manière des instruments piquants des auteurs qui lui ont, sans contredit , donné à dessein sa forme avantageuse. D'ailleurs , pourquoi les plaies par piqûres sont-elles en général plus dangereuses? C’est qu’ elles sont étroites, que le sang s’y accumule et forme des caillots irritants, que le pus y séjourne et y produit le même effet, et qu enfin les tissus enflammés, sous une aponévrose qui n’est pas largement ouverte , sont comprimés par elle; de là tous les symptômes d’un étranglement inflammatoire ; or, si après avoir fait une ponction , nous pratiquons un lambeau, notre plaie change entièrement de condition , et la ponction ne mérite pas les reproches qu’on lui a si gratuitement adressés ; puis nous trouvons sa justification dans les anciens; nous la voyons dans ceux même qui la blâment aujourd’hui , puisque les uns et les autres pratiquent souvent, par ponction , des lambeaux , quand ils amputent les
membres tliorachiques ou abdominaux, dans leur continuité ; ils vantent ce procédé , car ils n’ont jamais vu survenir alors les accidents qu’ils redoutent par l’emploi de quelques-unes de mes méthodes opératoires.
io° Lorsque les tissus sont divisés de dehors en dedans , et que le bistouri est appliqué sur un membre pour y circonscrire un lambeau, dirons - nous encore avec les hommes de la coterie que le couteau doit être tenu obliquement de haut en bas et de gauche à droite P Mais ignore-t-on qu’il existe plusieurs sortes d’obliquités? Ramenons toujours autant que possible les descriptions des méthodes opératoires à des principes de géométrie : ces obliquités de l’instrument ne peuvent être bien indiquées que par les angles rigoureusement déterminés qu’il formera avec Taxe du membre , ou bien encore par des lignes qui, partant d’un point bien précis d’une articulation, iraient se rendre sur un autre point bien indiqué.
On conseille de commencer l’opération sur la face dorsale de l’article ; mais cette face n’est pas indivisible : je veux désarticuler un doigt de la main gauche, et je veux faire avec le bistouri, tenu de la main droite, le lambeau interne le premier ; le couteau commencera l’incision à l’union des deux tiers internes de la région postérieure de l’article avec son tiers externe, et formera, avec l’axe du doigt légèrement à demi fléchi , un angle à sinus supérieur de huit degrés, ou bien il suivra la direction d’une ligne qui , partant du point que nous
avons précisé , irait se rendre au côté externe de la commissure interne du doigt qu’on va enlever; ainsi, en suivant ces principes, on ne pourra plus sourire de pitié , en songeant au genre descriptif ridicule que les chirurgiens avaient adopté , quand j’entrai dans la carrière chirurgicale et lorsque je produisis les violentes irritations qui existent encore aujourd’hui, et qui , grâce à ma ténacité et à mon courage , n’ont pas empêché la science de marcher.
ii° La forme et la longueur des lambeaux sont indiquées par les dispositions de la surface dénudée qu’ils doivent recouvrir; on sait que leur bord adhérent à l’économie doit être assez large et leur épaisseur assez considérable , pour que la vie s’v conserve : on enlève les tendons volumineux qui restent à leur surface saignante et qui retarderaient la cicatrisation.
12° Lorsqu’on pratique le second lambeau , que les tissus ont peu d’épaisseur, et qu on a la crainte de blesser une artère , on contourne avec beaucoup de soin et d’exactitude les tubérosités osseuses ; on rase exactement les os, comme quand on désarticule l’humérus : s’il s’agit du doigt , par exemple, encore, il est ramené parallèlement à l’axe des autres qui sont étendus ; on ne lui imprime jamais la moindre torsion, car ce mouvement aurait l’inconvénient de plisser les parties molles , d’où résulterait nécessairement que les unes seraient plus tendues que les autres, et de là s’ensuivrait une section, dans un lieu plus élevé , des premières, qui ne fuiraient
pas aussi facilement sous l instrument : ainsi le lambeau serait échancré.
i3° Il est presque inutile de recommander, dans tous les cas, de faire marcher le couteau largement et non pas à petits coups, afin d’éviter les dentelures des bords de la plaie , et pour abréger l’opération ainsi que la douleur.
i4° Si l’on fait les lambeaux de dedans en dehors,
et qu’on craigne une trop grande rétraction de la peau ,
il faut, au moment où l’opérateur les termine, attendre que les muscles , d’abord divisés , se rétractent , pour couper ensuite plus bas les téguments.
1 5° Beaucoup de praticiens conseillent d’achever les lambeaux, en coupant les tissus en biseau aux dépens de leur face saignante : nous rejetons ce principe, car nous avons vu, quelquefois, la peau dénudée de son tissu cellulaire, et nous avons prouvé, à la clinique de l’hôpital de la Pitié , que des pansements bien faits remédient à tous les inconvénients attribués à la section perpendiculaire des tissus.
Traitons maintenant la dernière partie de la question qui nous occupe : établissons les règles pour ouvrir, traverser et détruire les articulations.
i° On ne doit pas, en général, porter de champ le couteau dans une articulation , sans en avoir coupé les principaux moyens d’union ; il faut les diviser de dehors en dedans.
2° Dans les articulations surtout à surfaces osseuses I. 32
multiples , à circonvolutions et anfractuosités nombreuses, l’opérateur commencera toujours la désarticulation par le côté externe ou interne; à mesure que le couteau , entr’ouvrant un point de l’article , y pénétrera , il faudra bien se garder de l’y enfoncer ; on T en retirera au contraire aussitôt , pour le porter plus loin , parce que, ainsi, les ligaments que doit encore détruire le chirurgien , et qui maintiennent en contact très-immédiat les endroits où la contiguïté osseuse n est pas entamée, ne seront pas mis à l’abri du couteau pai des saillies osseuses qui les protégeraient en barré tant.
3° Une règle extrêmement importante, celle san laquelle les désarticulations difficiles sont presque im praticables, est la suivante : une articulation qui, pou l’anatomiste, est représentée par un de surface 9 l est a moins par quatre pour l’opérateur : les ligaments cou vrent un espace plus étendu que l’article, et souven ils n adhèrent, dans une plus ou moins grande étendue aux tissus osseux , que parleurs extrémités : or, l’on cou çoit qu’en coupant ces moyens d’union transversale ment, entre leurs deux points d’insertion, la contiguïî osseuse est trouvée; il suffit de promener approxims tivement le couteau sur son siège, pour lerencontrei Cette manœuvre s’exécute plutôt au-dessous qu’ai dessus de la jointure de l’article qu’on attaque : ainsi on ne s’expose pas à la dénudation d’une partie des c épargnés par l’amputation.
4° A-t-on entrouvert, en coupant leur moyen d’union, les faces dorsale et latérales d’une articulation, le chirurgien peut ordinairement engager le couteau à pleine lame entre les surfaces articulaires ; il y passe facilement. Mais quand il existe des ligaments entre les os , comme le calcanéo-cuboïdien dans l’article de Chopart, et les trois ligaments interosseux dans la jointure tarso-métatarsienne , l’opérateur doit en connaître très-exactement la positiqn ; car c’est en portant directement la pointe du couteau sur eux qu’à mesure qu’il divisera les trousseaux ligamenteux, les surfaces articulaires , en s’écartant , lui fourniront un libre passage.
5° Il faut étudier les interstices osseux à l’aide desquels il est plus facile de détruire les ligaments dont nous venons de parler; on n’oubliera donc pas qu’à la main et au pied, les os sont en général immédiatement appliqués les uns contre les autres, du côté de la face dorsale, tandis qu’aux régions palmaire et plantaire, ces organes laissent entre eux des intervalles, pour loger des trousseaux ligamenteux : c’est précisément de ces intervalles que le chirurgien tire un grand parti, pour attaquer les ligaments ; il porte son couteau par dessous; il en incline le manche vers lui, de manière qu’il forme un angle à sinus antérieur de quarante-cinq dcg^ ; l’opérateur le relève ensuite à angle droit; à mesure quelle divise les moyens d’union des os, cette manœuvre éloigne suffisamment les surfaces articulaires
du côté de leur face dorsale, pour que l'instrument glisse aisément entre elles.
6° Il estau moins inutile de luxer, lorsqu’on pratique une désarticulation, car on exerce des tiraillements douloureux : si l’on élargit beaucoup l’article du côté par lequel le couteau commence à le parcourir, on applique avec tant d’exactitude les unes contre les autres les surfaces articulaires sur le point opposé , qu’elles présentent à l’instrument un obstacle invincible. Eston néanmoins forcé, dans quelques cas difficiles , d’employer la manœuvre que nous venons de blâmer , le chirurgien luxe légèrement en bas, jusqu’à ce qu’il ait parcouru la moitié du diamètre clorso-palmaire , par exemple, de l'articulation : puis il luxe encore, mais en sens opposé , pour traverser le reste. 11 est préférable, en général , de faire sur la partie du membre qui va être enlevée, de légères tractions parallèles à son axe; elles suffiront pour que le chirurgien trouve un libre accès entre les surfaces articulaires.
7° Le talon de la lame du couteau et sa pointe marcheront toujours sur la même ligne, pour que l’articulation soit attaquée , en même temps , à une égale profondeur, du côté dorsal et palmaire, par exemple. Si l’on craignait , en sortant de l’article après l’avoir parcouru , d’échancrer le second lambeau, on l’éloignerait par de légères tractions pratiquées, avec le pouce et le doigt indicateur de la main gauche, sur les tissus qui le composent.
8° Les instruments dont nous nous servons sont trèsétroits; ils exécutent plus facilement, dans les articulations, les mouvements de rotation qu’on leur imprime sur leur axe, pour les dégager d’entre les os; mais ces instruments se briseraient très-souvent, si MM. Charière et Capron , couteliers très-distingués de Paris , n’eussent pas cédé au désir que nous leur manifestâmes , de les faire avec un dos épais qui les rend trèssolides.
90 Le couteau ayant parcouru toute l’étendue du diamètre dorso-plantaire d’une articulation, ne peut cependant pas glisser sous les os qu’il doit sacrifier ; la force et la multiplicité des ligaments inférieurs s’y opposent , en maintenant encore très-rapprochées les extrémités osseuses inférieurement, et en empêchant que l’instrument dont la lame est placée entre elles perpendiculairement, ne puisse exécuter, sur son axe, un mouvement de rotation qui place son tranchant sous ces extrémités osseuses, en l’amenant à l’horizon; il faut alors le retirer de l’articulation, en engager la pointe horizontalement dans l’extrémité de l’article la plus voisine de la main qui opère : cette partie trèsétroite du couteau fait la voie au reste de la lame, à mesure qu’on presse sur elle de droite à gauche; elle parvient ainsi au côté opposé de la contiguïté osseuse , et se place même sous les os qu’on va enlever.
io° La manœuvre que nous venons de décrire pourrait être précédée et facilitée par la suivante ; avec la
main gauche, on assujettirait bien la partie du membre qu’on ampute , et Ton ferait exécuter, à son extrémité postérieure, un léger mouvement de bascule de bas en haut ; on porterait d’abord perpendiculairement la pointe du couteau entre les surfaces articulaires, à gauche du chirurgien, puis on inclinerait l’instrument à droite, pour lui faire former, avec l’axe du membre, un angle de quarante à quarante-cinq degrés ; son tranchant serait tourné vers les os qu’on enlève et promené dans toute l’étendue du diamètre transversal de la solution de continuité.
ii° Dans plusieurs mémoires que j’ai publiés sur les désarticulations ( voy. Revue médicale ) , j’ai démontré le parti très-avantageux que j ai tiré des lois de l’ostéogénie de M. Serres : on sait que jusqu’à l’âge de quatorze à quinze ans, et même plus tard, chez les scrofuleux, le couteau peut enlever, avec autant de facilité que les parties molles , les épiphyses au delà des articles, si elles sont malades. Lorsque ces épiphyses seront saines, et qu’on devra les ménager, on aura soin de promener l’instrument assez légèrement sur elles, afin de les épargner.
Tels sont les préceptes que j’enseigne depuis longtemps à mes élèves sur les lois générales des désarticulations; je les ai consignés, en mars 1827, dans la Revue médicale de Paris : que penser maintenant des hommes qui , couvrant la vacuité de leurs idées et la faiblesse de leur logique avec le manteau d’une fas-
tueuse érudition , n’ont pas même mentionné mon Mémoire î C’est ainsi qu’on écrit l’histoire et qu’on sert les intérêts sacrés de l’humanité.
Mais n’omettons pas de faire remarquer qu’on ne craint plus aujourd’hui la lésion des cartilages articulaires siégeant sur les os épargnés par l’opération; Callisen , Richter, Bromfeild , et , après eux , À. Cooper et Gensoul, ont avancé qu’en les découpant on favorise la cicatrisation : je crois, d’aprèsdm assez grand nombre de faits, qu’elle a heu tout aussi facilement sans cette précaution.
J’ai souvent eu occasion, sur les cadavres qui servaient à la manœuvre de mes cours de médecine opératoire , d’examiner les cartilages articulaires, après la cicatrisation des plaies résultant d’amputations pratiquées dans la contiguïté des os; le plus ordinairement j’ai rencontré l’adhérence du lambeau h la surface cartilagineuse, mais, dans des cas assez rares, cette adhérence manquait complètement, et les parties molles étaient mobiles sur cette surface ; aucun liquide ne la baignait.
On a dit que les cartilages articulaires pouvaient se détacher, sous forme de coque , après les amputations , et se porter ensuite à l’extérieur. Je ne nie point ce fait, mais je ne l’ai jamais observé, quoique j’aie pratiqué un très-grand nombre de ces opérations.
A mesure qu’on s’éloigne de l’époque à laquelle la cicatrisation de la plaie s’est faite, le cartilage articu-
laire diminue d'epaisseur, change de couleur ; d’abord quelques uns de ses points disparaissent complètement, et plus tard , il n’en reste enfin aucun vestige : alors ? tantôt les parties molles sont adhérentes à la surface osseuse plus ou moins granulée , tantôt elles sont libres sur elle, et, dans ce cas, je l’ai constamment trouvée lisse et polie.
Quand on pratique les amputations dans l’article, il faut enlever une grande étendue de la capsule articulaire. On pense qu’ainsi on obtient plus promptement la cicatrisation , et que , par conséquent , on évite avec plus de certitude la formation des trajets fistuleux.