SUR
L’EXOSTOSE NON VÉNÉRIENNE.
Les scrofules, la goutte, le rhumatisme, le scorbut et le cancer peuvent déterminer l’exostose.
Mais une violence extérieure appliquée sur un os
est-elle seule capable de produire cette maladie ? Ou pense généralement que les causes externes ne sont presque toujours que déterminantes; qu elles fixent, en cfautres termes, sur le point où elles agissent, un vice ou un virus qui fait développer l’affection dont nous nous occupons : on lit d’ailleurs dans beaucoup de livres qu’il est rare de rencontrer des tuméfactions osseuses idiopathiques. Je ne partage pas cette opinion : j’ai vu très-souvent, surtout à l’hôpital de la Pitié, des malades chez lesquels on ne pouvait pas même soupçonner l’existence d’un vice ou d’un virus, et cependant ils présentaient des exostoses survenues à la suite de contusions plus ou moins violentes. J’insiste sur ces faits ; ils sont très-importan.ts, car il est au moins inutile de combattre des causes qui n’existent pas : nous citerons bientôt un assez grand nombre d’observations qui viennent à l’appui du principe que nous soutenons.
Une tumeur sarcomateuse, polypiforme , qui n’a pas encore dégénéré en cancer, repose sur un os tuméfié : doit-on, dans tous les cas, sacrifier cet os? Il faut ici établir des distinctions, et faire la chirurgie des indications, trop négligée aujourd’hui. Si le système osseux sur lequel repose la production accidentelle que vous venez d’enlever, n’est superficiellement affecté ni de carie ni de nécrose; s’il n’est pas trop ramolli; si la pyramide du trépan, que vous introduisez dans deux ou trois points de son épaisseur, ne vous fait pas reconnaître l’une des maladies que nous ve-
lions d’indiquer, l’os doit être ménagé. L’expérience a , en effet, démontré que son augmentation de volume tient alors, dans la plupart des cas, à un surcroît de nutrition occasionné par la présence de la tumeur : j’ai presque toujours vu qu’après l’opération, 1 exostose restait stationnaire ou disparaissait plus ou moins complètement, lors même qu’on n’employait aucun médication propre à obtenir l’un de ces heureux résultats ; mais je les ai bien plus souvent observés depuis que , grâce à l’heureuse alliance de la médecine et de la chirurgie, les médications que je vais bientôt exposer ont été mises en usage. Dans les cas où , malgré ces moyens, la maladie de l’os ferait des progrès, il serait temps encore d’enlever l’exostose , et l’on aurait couru les chances presque certaines d’éviter une seconde opération.
Un malade portait une tumeur fibreuse du volume de la moitié du poing, siégeant sur le bord antérieur de la branche de la mâchoire inférieure du côté droit ; cette partie de l’os avait quadruplé d’épaisseur. Dupuytren pratiqua une incision qui, partant de la commissure des lèvres et divisant toute 1 épaisseur de la joue, alla se rendre à cinq millimètres (deux lignes) audessous du niveau du lobe de l’oreille ; il disséqua les adhérences que la production accidentelle avait contractées avec les parties environnantes ; il la saisit avec deux érignes, il exerça sur elle des tractions et de fortes torsions; elle fut ainsi arrachée; le tissu osseux hyper-
trophié fournissait une assez grande quantité de sang noir, mais il n’offrait aucune trace de carie ni de nécrose. Le chirurgien en chef de l’HôteLDieu hésita un instant sur le parti qu’il devait prendre; il se décida à faire avec la pyramide du trépan l’exploration dont nous avons parlé : elle fut heureuse ; on ne sacrifia point l’os; la plaie se cicatrisa rapidement. Un mois après 1 opération, la tuméfaction osseuse avait au moins diminue de moitié, quoique aucun moyen n’eût été mis eu usage pour faciliter ou produire ce beau résultat. Le reste de la tumeur est demeuré stationnaire ; j’ai revu le malade au bout de trois ans, et je m’en suis convaincu.
Un homme était affecté d’une tumeur fibreuse de la grosseur d’un œuf de poule ; elle siégeait sur la partie moyenne du bord interne et de la face postérieure du cubitus, qui paraissait doublé de volume en cet endroit : je pratiquai une incision en T, et, après avoir disséqué les lambeaux , je saisis la production accidentelle avec une érigne de Muzeux : j’exerçai sur elle des tractions et des torsions ; j’eus recours en même temps à l’énucléation; elle fut ainsi assez facilement enlevée : l’os paraissait d’ailleurs sain; je l’explorai comme il a été dit plus haut; je ne trouvai ni carie ni nécrose. Je réunis la plaie par première intention, avec la précaution de placer une petite mèche entre ses bords, sur le point le plus déclive. Les lambeaux se cicatrisèrent entre eux, mais leur face interne et 1 os supputèrent :
le malade fut pansé deux fois par jour; on avait soin de bien évacuer la matière purulente. On fit, pendant une huitaine, des injections émollientes presque froides dans l’intérieur du foyer; on mit en usage les cataplasmes émollients et le régime des grandes opérations; peu à peu la suppuration devint moindre; un mois suffit pour obtenir la guérison de la solution de continuité. Déjàfexostose avait légèrement diminué; mais les antiphlogistiques elles fondants forent mis en usage d’après les préceptes que nous indiquerons bientôt, et au bout de six semaines le cubitus était presque revenu à son état normal.
Un fongus qui n’était pas encore cancéreux, siégeait sur le centre du bord supérieur de la mâchoire inférieure; il offrait le volume d’une très-grosse amande; il adhérait au fond des alvéoles dépourvues de dents ; il s’étendait de l’un des orifices externes du canal dentaire inférieur à l’autre; l’os avait doublé d’épaisseur sur ce point. J’enlevai l’épulis avec i instrument tranchant; je coupai le bord alvéolaire avec des tenailles incisives. Après m’être assuré que le tissu osseux n’était pas carié ni nécrosé, j’appliquai fortement le cautère actuel , comme le conseille Â. Paré.
Le lendemain , une inflammation assez forte s’était développée, je fis appliquer vingt sangsues au-dessous du menton; je mis en usage les cataplasmes et les gargarismes émollients; la phlegmasie se dissipa presque complètement. Plus tard, je cautérisai à plusieurs re-
prises, à Faicle du nitrate d’argent fondu, les bourgeons charnus luxurieux . Trois semaines après l’opération, la plaie était guérie. L’exostose, soignée d’après les principes dont je vais m’occuper, avait presque entièrement disparu après deux mois de traitement.
Un malade portait sur la face dorsale du pied un lipome en partie lardacé : il occupait la moitié du diamètre transversal de ce membre; il s’étendait depuis l’articulation tarso-métatarsienne jusqu’à cinq millimètres (deux lignes) des orteils; je l’enlevai; le premier métatarsien fut mis à découvert dans les deux tiers de sa circonférence; son volume normal avait augmenté de moitié ; cet os était rugueux; il paraissait dépourvu de périoste en plusieurs endroits ; néanmoins je ne le sacrifiai pas; je réunis par première intention , je plaçai une mèche de linge effilé sur ses bords, dans le point le plus déclive de la plaie; elle suppura ; j’employai les cataplasmes émollients; on fit les pansements deux fois par jour : la guérison de la solution de continuité fut obtenue en cinq semaines. Je traitai l’exostose d’abord par les antiphlogistiques et ensuite par les fondants, suivant les indications. Trois mois après l’opération, la tuméfaction osseuse semblait avoir complètement disparu ; le malade marchait parfaitement bien.
J’ai opéré plusieurs malades, chez lesquels des tumeurs fibreuses ou charnues situées sur Los maxillaire
supérieur, avaient aussi déterminé des exostoses; j’ai.
enlevé ces tumeurs en suivant les préceptes que je viens d’exposer, et presque toujours mes opérations ont été heureuses; mais, dans quelques cas, le fongus s’est reproduit; d’autres fois l’exostose a fait des progrès : il a fallu alors se décider à enlever l’os dans une étendue exigée par les circonstances morbides. ÜN’omettons pas de faire remarquer que si la production accidentelle récidive , que si la tuméfaction osseuse s’accroît, la maladie peut marcher avec une incroyable rapidité; il faut donc se hâter de pratiquer une seconde opération , car bientôt l’état pathologique pourrait être au-dessus de toutes les ressources de Fart : nous avons montré un cas de ce genre , Fan dernier, à l’hôpital de la Pitié.
Personne n’ignore que la carie se développe souvent sur les exostoses; on sait que J.-L. Petit a traité de ces maladies dans le même chapitre , tant leur liaison lui paraissait intime; il arrive assez souvent alors que la tuméfaction osseuse est entièrement détruite , et qu’elle est remplacée par de la matière purulente. S’il est impossible de constater la présence du détritus osseux , si la peau a conservé son épaisseur et sa couleur normales , si des inégalités osseuses ne sont pas perçues, il est facile de commettre des erreurs de diagnostic.
Un malade portait sur le Iront deux tumeurs du volume environ d’une noix ordinaire; elles étaient arrondies , bien circonscrites , sans changement de
couleur à la peau et sans augmentation de chaleur , elles dataient de deux ans; elles présentaient de la fluctuation ; on ne sentait ni inégalités, ni détritus osseux; un chirurgien distingué oublia de demander au malade si ces tumeurs n’avaient pas d’abord été trèsdures et immobiles; il les prit pour des loupes; mais en pratiquant l’opération destinée à enlever la première , il s’aperçut bientôt qu’il avait pénétré dans un foyer purulent où il trouva des parcelles osseuses et la carie qui avait déjà altéré profondément le coronal. Le sujet avait d’ailleurs été plusieurs lois affecté de maladie vé¬
nérienne.
L’exostose existe-t-elle avec ou sans inflammation du tissu osseux? Cette question doit être examinée avec une scrupuleuse attention ; j’y répondrai par oui et par non ; j’éviterai ainsi les idées exagérées qui ont été émises en sens divers et qui, ici, comme dans mille autres circonstances , ont été si nuisibles et même funestes aux intérêts de la science et de l’humanité. L’opinion que je viens d’émettre sera le pivot sur lequel roulera presque toujours notre thérapeutique ; prouvons quelle est basée i° sur la pathologie, 2° sur l’anatomie pathologique , 3° sur la thérapeutique.
i 0 Les exostoses sont très-souvent accompagnées de douleurs quelquefois même très-vives ; souvent aussi la caloricité de la peau qui recouvre ces tumeurs est augmentée. Dans d’autres circonstances, la tuméfaction os¬
seuse est indolente, ou bien Ton n y observe aucun accrois-
sement de chaleur : voilà deux états essentiellement différents : or, il est démontré pour nous par la pathologie que, dans le premier , il existe une phlegmasie , et que, dans le second, il n’y a pas d’inflammation, à moins quelle ne soit latente, comme l’observation Fa rarement démontré.
2° Chez un très-grand nombre de sujets, on trouve, surtout quand Fos est scié , son tissu fortement injecté; il est beaucoup plus rouge qu’à l’état normal , il a subi un ramollissement très-marqué; ces états morbides se font quelquefois même observer dans les exostoses éburnées : j’en ai présenté, il y a quelques années, un exemple remarquable à l’Académie royale de Médecine. J’avais pratiqué l’amputation de la cuisse sur une dame delà rue Montmartre : l’extrémité inférieure du fémur offrait, en général, la consistance de l’espèce de tuméfaction osseuse dont je viens de parler : l’os fut scié parallèlement à son axe, il était très-rouge sur toute l’étendue des surfaces divisées , et il existait cà et là un très-grand nombre de points singulièrement ramollis. Je fis quelque temps après la même opération à l’hôpital delà Pitié, et je montrai à ma clinique les mêmes résultats. Il est d’autres cas au contraire dans lesquels le tissu osseux n’est ni injecté, ni ramolli, ni plus rouge qu’à l’état normal. L’anatomie pathologique démontre donc incontestablement que l’exostose peut exister avec ou sans inflammation.
3° Lorsque la tumeur est douloureuse , même sans
augmentation de la caloricité, les antiphlogistiques , parmi lesquels les saignées locales tiennent le premier rang, dissipent presque toujours les douleurs et diminuent la tuméfaction osseuse; tandis que ces moyens ne produisent ordinairement aucun effet, quand le développement de l’os est indolent. Met-on dans ce dernier cas en usage les fondants, les excitants , il est assez rare qu’ils ne réussissent pas pbus ou moins; ces derniers médicaments sont au contraire nuisibles lorsque Fexostose présente des signes d’inflammation. L’expérience a sanctionné ces faits un très-grand nombre de fois à l’hôpital de la Pitié; les élèves et les médecins qui suivent ma clinique les ont observés comme moi. La thérapeutique fournit donc la preuve que l’exostose peut exister avec ou sans inflammation. Je professe depuis longtemps les idées qu’on vient de lire; elles sont consignées dans la Gazette des Hôpitaux (24 avril i83o et 1 835) ; l’on sait les heureux résultats que j’en ai obtenus dans notre hôpital ; nous citerons d’ailleurs bientôt des observations qui viennent à leur appui.
Les moyens antiphlogistiques , fondants et excitants destinés à combattre les exostoses, seront employés d’après les principes établis au chapitre Tumeurs blanches de cet ouvrage. On n’oubliera pas de recourir aux médicaments propres à attaquer les vices rhumatismal, gôutteux , scorbutique et scrofuleux, quand l’état phlegmasique ne s’y opposera pas.
N’omettons pas défaire remarquer que de tous les en-
gorgements chroniques , appelés vulgairement blancs , celui dans lequel les subinflammations renaissent le plus souvent quand on les a enlevées à Faide des moyens thérapeutiques est, sans contredit, à mon avis, l’exostose.
Les idées que nous venons d’émettre sur cette maladie, nous semblent devoir être appliquées à lapériostose. M. Rogneta a publié sur ces deux affections morbides, dans la Gazette des Hôpitaux , un travail très-important que nous conseillons de consulter.
Beaucoup d’individus soumis à des contusions n’en souffrent malheureusement pas assez , ne les soignent pas ou ne veulent pas consentir à un traitement complet ; ils se livrent même à leurs travaux ordinaires : il reste quelquefois une douleur sourde et profonde , dont l’existence peut être spontanée, et qui d’autres fois est produite ou bien augmentée par la pression ou bien encore par les mouvements auxquels les malades se livrent ; cette douleur persiste plus ou moins développée, pendant plusieurs mois et même plusieurs années, sans quil en résulte d’ailleurs d’autres inconvénients , au moins d’une manière apparente ; puis enfin les souffrances augmentent, et trop souvent on reconnaît une exostose d’autant plus volumineuse que le sujet a négligé plus longtemps d’examiner le point douloureux ou de le soumettre aux investigations d’un chirurgien.
Un homme avait reçu un violent coup de pied à la partie supérieure, antérieure et interne de la cuisse
DE LA PTTIE.
droite : pendant quelques jours, il appliqua seulement des cataplasmes émollients et reprit ses travaux; sa santé était d’ailleurs excellente, il ne portait dans sa constitution ni vice, ni virus. La douleur résultant de son accident persista à un léger degré pendant un an environ ; il se manifesta une exostose près de l’extrémité coxale du fémur ; traitée empiriquement 9 elle prit un accroissement rapide, elle, devint énorme, elle s’étendait au loin sur les os du bassin et même jusqu’à la partie antérieure et inférieure de l’abdomen. Les tissus qui recouvraient la tumeur étaient en mauvais état ; il ne fut pas même possible de pratiquer l’amputation dans l’articulation coxofémorale. Le malade , couché au n° 36 de la salle Saint-Louis, sortit de l’hôpital; j’ignore ce qu’il est devenu.
Un jeune homme d’une constitution lymphatique , fit un chute sur les genoux ; la peau fut légèrement déchirée au-dessous du condyle interne du tibia; une douleur, d’abord très -vive, se manifesta; on la traita parles cataplasmes émollients et par le repos; elle se dissipa presque complètement en quelques jours; alors le malade , souffrant peu, se livra à l’exercice; mais il conservait toujours sur le point correspondant du tibia , que nous avons indiqué , une sensation douloureuse , qui se faisait surtout sentir sous l’influence de la pression , et lorsque le sujet avait beaucoup marché. Huit mois s’écoulèrent ainsi sans qu’on pût apprécier aucune augmentation de volume dans le tissu osseux; à cette
époque une tumeur commença à se développer; c’était une exostose : elle acquit, clans l’espace d’un an , le volume du tiers du poing environ. Traitée suivant les indications que nous avons posées , elle diminua de moitié, et le reste de la maladie demeura à l’état stationnaire essentiellement indolent.
Une jeune personne, d’une assez bonne constitution, heurta la partie supérieure de sa poitrine , contre l espagnolette d’une croisée ; on employa des cataplasmes émollients lauàanisés ; la douleur ne se dissipa pas complètement, elle existait plus spécialement lors des fortes inspirations auxquelles la malade se livrait; elle n’était d’ailleurs pas constante , mais toujours des pressions même faibles la produisaient ou l’augmentaient; la santé générale se soutenait très-bonne, et l’on ne donna, pendant trois mois , aucune attention à cette incommodité très-légère qui ne faisait, pour ainsi dire, pas souffrir. On aperçut alors à l’union du tiers supérieur du sternum, avec son tiers moyen , une exostose qui , dans l’espace de cinq à six semaines, offrit le volume d’une noisette. Nous l’avons traitée par les antiphlogistiques d’abord , et ensuite par les fondants, suivant les indications; elle a disparu entièrement en soixante et dix jours : l’iodure de potassium , administré à l’intérieur, a aussi été employé.
Ces faits, auxquels je pourraisen ajouter une infinité d’autres , suffisent pour faire tenir les chirurgiens en garde contre les résultats, souvent trop dangereux, des
contusions appliquées surtout sur les os, et dont on n’a pas soin d’enlever jusqu’aux dernières traces.
Pour éviter les accidents graves et même quelquefois funestes auxquels les malades sont exposés, quand ils s’endorment sur la foi des traités, dans les cas qui nous occupent , on doit beaucoup plus insister sur les évacuations sanguines locales , sur les cataplasmes émollients et sur les narcotiques , qu’on ne le fait ordinairement. Si la douleur ne disparaît pas, si néanmoins la phlegmasie est en grande partie dissipée , on met en usage les résolutifs; ils réussissent d’autant mieux que les antiphlogistiques ont diminué les moyens de réaction que la nature aurait opposés aux effets salutares de ces médicaments. Lorsque la maladie résiste, on a recours , à moins que les localités ne s’y opposent, à l’application d’un ou plusieurs vésicatoires ordinairement volants. Dans les cas où la constitution du sujet fléchirait, la phlegmasie n’étant pas aiguë, on administrerait les amers et les toniques à l’intérieur. Il est extraordinairement rare qu’à l’aide des précautions que nous venons d’indiquer , les contusions sur le système osseux ne deviennent pas innocentes.
Terminons ce chapitre, en exposant ici quelques-uns des faits nombreux que nous possédons , en faveur de nos idées sur les exostoses.
« Un malade qui est dans les salles, et qui porte sur » les côtes une exostose assez volumineuse , a été sou-
68 0 jCLINIQUE CHIRURGIGA LE
» lagé par ies saignées : la tumeur a diminué évidem- » ment depuis son séjour à l’hôpital.
» M. Lisfranc cite encore l’exemple d’une exostose » volumineuse siégeant dans l’aisselle, et sur le point de » départ de laquelle il y a doute ; des chirurgiens la » croient développée sur le scapulum , d’autres sur les » côtés. Le malade y éprouvait des douleurs peu vives, « la caloricité était augmentée; les saignées locales, les » cataplasmes, traitement que M. Lisfranc a eu de la » peine à faire adopter , ont apporté du soulagement, » et la tumeur a perdu un tiers environ de son vo- » lume. )> ( Gazette des Hôpitaux , 28 avril i835.)
E xostose du radius , diminution considérable de la tumeur par l'usage des antiphlogistiques et des fondants . « Au n° 2 de la salle Saint -Louis est » couché un jeune homme , âgé de quatorze ans , dont )> la constitution offre quelques traces de scrofule; il » porte sur l’extrémité inférieure du radius droit , une » exostose qui avait triplé le volume de cet os; il y avait » douleur et augmentation de chaleur sur la partie » de la peau qui recouvre la tumeur. M. Lisfranc, at- » tribuant ces phénomènes à f inflammation , fit ap- » pliquer des cataplasmes émollients et vingt sangsues ; )> la douleur et l’augmentation de chaleur disparurent ; » l’exostose diminua de cinq millimètres (deux lignes), » mais deux foisla douleur reparut et deux fois les mêmes » moyens en firent justice ; puis au bout d’une huitaine a de jours, on pratiqua sur la tumeur des frictions avec
» la pommade d’hydriodate de potasse ; on établit la )> compression avec des disques d’agaric et des circu- » culaires de bande ; on administra le muriate de ba- » ryte à l’intérieur. Le volume de la tumeur a diminué » des deux tiers, et depuis au moins deux mois, le jeune » homme ne souffre plus et se sert du membre affecté » comme s’il n’était pas malade. « ( Gazette des Hôpitaux , 2 mars 1887.)
Exostose tibiale très-étendue , crainte de nécrose . N°. 5, salle Saint-Louis. « Sujet éminemment scrofu- » leux , ayant une exostose très-étendue du tibia droit, » qui six fois a été affecté de nécrose.
» Un mouvement inflammatoire s’était établi ces » jours derniers vers les condyles; ce mouvement nous )> a fait craindre des accidents graves , vu la constitu- )> tion du sujet, et parce que les sangsues qui quel- » quefois enlèvent ces inflammations pour ainsi dire » d’emblée , d’autres fois demandent à être réappli- » quées deux , trois et même quatre fois , ce qui ne » serait pas praticable sans inconvénient chez tous les » sujet et chez le nôtre en particulier.
» Néanmoins, nous avons essayé, et dès lors nous » avons vu l’engorgement du tibia diminuer. En même » temps une amélioration générale est survenue chez » le malade.
» Loin de nous la pensée d’attribuer exclusivement )> à l’action des sangsues le changement tant local que » constitutionnel qui s’est effectué chez notre sujet,
» ainsi que le feraient certains médecins physiologistes ; » car , ainsi que nous venons de le dire , ce moyen » pouvait rester sans résultat avantageux.
)> Entièrement dégagé de toute sorte de prévention , » et nullement soumis à l’influence des doctrines, » nous avons attentivement observé la marche du mal; » consécutivement à l’emploi des sangsues , nous avons » vu l’amélioration survenir , et alors nous avons con- » tinué. Si au contraire, au lieu d’en tirer un avantage » évident, elles eussent fait mal, nous nous serions » arrêté. Telle en effet eût été notre conduite, si nous » eussions vu le malade pâlir , maigrir , et nous pré- » senter cette infiltration du tissu cellulaire qu’il n’est » pas rare d’observer en pareille circonstance ; mais )> rien de tout cela n’étant arrivé , nous avons persisté » dans l’emploi du moyen , et le malade va beaucoup » mieux aujourd’hui. » ( Gazette des Hôpitaux , 1 6 juillet 1839 , p. 338.)
Exostose de P extrémité inférieure de F avant-bras . Observation recueillie en 1889, par M. Malespine , alors attaché à notre service en qualité d’élève interne.
Au mois de novembre de l’année 1889,1e nommé Gabriel tomba à la renverse, et, dans sa chute, l’extrémité inférieure de l avant-bras gauche heurta fortement contre la roue d’une voiture. Cette contusion ayant déterminé un gonflement considérable avec tension , rougeur, chaleur et douleur très-vive, ce malade entra à Beaujon, où Ton fit F ouverture d’un abcès survenu dans
la région contuse , abcès que n’avaient pu prévenir une saignée copieuse et une application de trente sangsues.
Renvoyé après dix jours de séjour à l’hôpital , cet homme reprit ses occupations habituelles.
Cependantl’extrémité inférieure de l’avant-bras restait tuméfiée, douloureuse; l’ouverture de la plaie s’était cicatrisée dans sa partie moyenne , tandis que ses deux extrémités donnaient toujours issue à une certaine quantité de pus , et se convertissaient en trajets fistuleux : la douleur devenant continuelle , la tuméfaction considérable , les mouvements de la main sur l’avantbras impossibles , le malade vint à la Pitié , le 5 janvier, cinquante jours environ après l’accident, trente-cinq
jours après sa sortie de Beaujon.
Etat cl rentrée. A la partie inférieure et dorsale de l’avant-bras, dans l’étendue d’une pièce de trois francs, siège une tumeur très-dure , non circonscrite, à surface légèrement inégale, dont le point le plus élevé se trouve au-dessus de l’articulation radio-cubitale inférieure , dont la circonférence se confond avec les extrémités osseuses plus volumineuses qu’à l’état normal; je dis plus volumineuses qu’à l’état normal, car la tumeur est incompressible ; adhérente au radius et au cubitus, elle est constituée par un relief de leur surface , et non par un engorgement des parties environnantes.
La peau qui recouvre cette tumeur est rouge, et présente, dans le point le plus culminant, les orifices des deux
trajets fistuleux déjà mentionnés. Après avoir pénétré à la profondeur de sept millimètres ou un centimètre environ ( trois ou quatre lignes ) , le stylet est arreté par une surface résistante et impénétrable, La tumeur est le siège de douleurs continues, exaspérées par une pression modérée , n’augmentant point pendant la la nuit.
Cet homme, âgé de quarante -quatre ans, d’un tempérament robuste, n’ayant jamais contracté de maladie syphilitique , n’olïrant aucun signe du vice scrofuleux , est affecté d’une exostose locale à marche aiguë , exostose qui reconnaît évidemment pour cause une contusion.
Le 6 janvier, nous appliquons vingt -cinq sangsues au-dessus de la tumeur. Le 7 et les jours suivants, nous ordonnons le repos absolu et f usage des cataplasmes émollients.
Sousl’influence de ces moyens, le i/j du même mois, la tumeur a sensiblement diminué de volume; les trajets fistuleux sont presque cicatrisés; mais la peau étant encore un peu rouge et la tumeur sensible à la pression, nous prescrivons une nouvelle application de vingt-cinq sangsues.
Le 16 , la tumeur ne présente plus aucun signe d’inflammation; les trajets fistuleux sont complètement cicatrisés ; alors on met en usage la compression , qui a été continuée jusqu’au 24 janvier : elle a produit la gué-
rison si heureusement préparée par les antiphlogistiques.
Le 24 janvier , le malade sort de Fliopital parfaitement guéri; il reste seulement une petite tumeur dure, mais mobile , située dans l’épaisseur de la peau et formée par les cicatrices des trajets fistuleux indiqués.
Exostose cle l’ extrémité inférieure du radius . Henri Lévêque, âgé de onze afis, imprimeur, entra à l’hôpital de la Pitié, le 1 1 juin i836; il était d’un tempérament lymphatique; il offrait même quelques symptômes de scrolule : la maladie datait de sept mois environ ; elle paraissait n’avoir été produite par aucune violence extérieure; la tumeur de l’extrémité inférieure du radius, d’abord indolente , avait suivi une marche lente et progressive.
Trois mois avant son entrée dans notre service , le malade fut soumis, dans un autre hôpital, à l’usage des applications d’onguent mercuriel et d’emplâtres de poix de Bourgogne ; sous l’influence de ce traitement, Fengor gement devint douloureux et augmenta de volume; la peau rougit un peu ; les parties molles environnantes furent le siège d’une inflammation sub-aiguë. On proposa alors à Lévêque l’amputation de l’avant-bras; il n’y consentit pas et rentra dans sa famille où il resta un mois environ.
Lorsque nous vîmes le malade pour la première fois, son exostose avait presque doublé le volume de l’extrémité inférieure du radius ; peau rouge, tissus voisins
enflammés , exaspération de la douleur par la pression , mouvements de l’articulation radio-carpienne difficiles , santé générale assez satisfaisante ; huit sangsues autour de la tumeur; cataplasmes émollients. Huit jours après, quinze sangsues; diminution de la douleur et de la tuméfaction ; mais bientôt l’engorgement redevient douloureux ; on a recours à une nouvelle émission sanguine locale ; les cataplasmes émollients sont arrosés avec le laudanum de Sydenham. Un léger érysipèle survient; l’axonge en fait justice en quarante-huit heures; peu à peu la plilegmasie s’amende , elle cède enfin à l’application de quinze sangsues. On continue les cataplasmes émollients; on commence à l’intérieur l’usage de la dissolution suivante :
Eau distillée . Cent vingt grammes (quatre onces).
Muriate de baryte. . Deux décigrammes (quatre grains).
A prendre par cuillerée à bouche d’heure en heure ; ne pas administrer la potion une heure avant le repas ; ne la reprendre que deux heures après avoir mangé; abstinence complète de viande et de vin. Le muriate de baryte fatigue les organes digestifs; on le supprime, au bout de huit jours; on en reprend l’usage après deux septénaires; il est alors toléré; on en porte graduellement la dose à un gramme (vingt grains), j’établis en même temps la compression avec de l’agaric et des circulaires de bande.
L’exostose diminue beaucoup. Vers la fin de novembre, la maladie devenant stationnaire, le sujet ne pouvant pas supporter plus d’un gramme (vingt grains) de muriate de baryte, nous suspendîmes toute espèce de traitement, afin de laisser reposer l’économie qui semblait s’habituer aux remèdes employés depuis quelque temps.
Lorsqu’on reprend le traitement , on met d’abord en usage le muriate de baryte seulement; on y joint ensuite la compression faite avec l’agaric et les circulaires de bande ; on pratique matin et soir des frictions avec la pommade d’iodure de plomb.
Dans le courant de février, la résolution de la tumeur recommence à faire des progrès.
Mars. Le muriate de baryte à la dose d’un gramme (vingt grains) n’est pas toléré , on suspend l’usage de ce médicament , sans discontinuer les moyens locaux ; la maladie marche franchement vers la guérison.
Avril. L’extrémité inférieure de l’avant-bras droit, présente un volume qui n’excède que de deux ou trois lignes celui de la même partie du coté opposé.
Au commencement de mai , le radius est presque revenu à son état normal; on continue l’emploi des moyens locaux. Vers la fin de ce mois, guérison, ce dont il est facile de se convaincre, par la mensuration du membre faite avec des liens appliqués sur des marques préalablement tracées sur le lieu où existait la tu¬
meur.
Juin. Dans une querelle avec un de ses camarades, Lévêque reçoit un coup de pied sur la partie inférieure de l’avant-bras; la tuméfaction osseuse reparaît avec douleur et augmentation de chaleur; trois applications successives de sangsues à la face postérieure de l’avantbras, au-dessus du mal, suffisent pour maîtriser et faire disparaître les accidents inflammatoires.
Juillet. On reprend l’usage du muriate de baryte; on revient à la compression et aux frictions faites avec la pommade d’iodure de plomb.
Août. La guérison est pour ainsi dire complète , l’extrémité inférieure de l’avant-bras est à peine un peu plus volumineuse que celle du côté opposé; continuation des mêmes moyens. Le malade sort de T hôpital, parfaitement guéri, le i4 septembre 1807; la main jouit de la liberté entière de tous ses mouvements.
Exostose du cinquième métacarpien . Prieur, homme de peine, âgé de trentetrois ans, d’une bonne constitution , entra à l’hôpital de la Pitié le 1 3 novembre i838. Un morceau de bois volumineux était tombé sur la face dorsale de sa main droite ; le cinquième métacarpien se tuméfia ainsi que les tissus environnants : cataplasmes émollients laudanisés; cent quarante sangsues dans l’espace de quinze jours ; Fengorgement des parties molles disparut , on s’assura de nouveau qu’il n’existait pas de fracture ; la douleur cessa ; j’établis la compression avec de l’agaric et des
circulaires de bande, j’eus recours à la pommade d’iodure de plomb. Sous l’influence de ces moyens, la résolution de la tumeur est presque complète; le malade est guéri le 10 décembre.
Exostose du fémur. Lallemand (Jean) , journalier, âgé de vingt-cinq ans, d une bonne constitution, entra à l’hôpital de la Pitié, le y septembre i83i; il portait, à l’union du tiers moyen de la cuisse avec son tiers inférieur, une tumeur volumineuse qui semblait d’abord être formée par les parties molles : elle était le résultat d’une violence extérieure qui datait d’un mois. Il y avait augmentation de chaleur et douleur vive : cinquante sangsues autour de la tumeur, cataplasmes émollients ; diminution de l’engorgement ; on peut alors très-facilement constater l’existence d’une exostose. Le malade ne soutire plus au bout de quinze jours : compression établie avec de l’agaric et des circulaires de bande : on met en môme temps en usage la pommade d’iodure de plomb : huit jours après l’emploi de ces moyens, la douleur reparut, on en fit abstraction; cinquante nouvelles sangsues, cataplasmes émollients laudanisés. La phlegmasie ayant de nouveau cessé, je revins à l’usage des frictions fondantes et de la compression faite d’abord avec de l’agaric et des circulaires de bande; plus tard je l’établis à l’aide d’attelles enveloppées de linge, et sur lesquelles j’appliquai un bandage roulé fortement serré. Le 17 octobre, le
volume de l’exostose avait diminué des deux tiers;
Lallemand marchait très -facilement sans éprouver la moindre incommodité; il crut qu’il était guéri, et malgré nos conseils il sortit de l’ hôpital.
Exostose du fémur. Lecourt, âgé de vingt-deux ans, d’un tempérament sanguin, d’une forte constitution, n’ayant jamais eu d’affection syphilitique, reçut, Je 27 octobre i838, un coup de pied de cheval sur la -cuisse droite; il garda le lit vingt-quatre heures et reprit le lendemain ses travaux , quoiqu’il éprouvât encore beaucoup de douleur : le malade boite ; il souffre beaucoup en marchant, la tuméfaction osseuse se développe et s’accroît.
Il entra à l’hôpital de la Pitié , le 27 avril 1889 : il porte sur le tiers moyen de la face antérieure du fémur droit une exostose ; le diamètre longitudinal de cette tumeur est de treize centimètres cinq millimètres (quatre pouces et demi), le transversal est de sept centimètres cinq millimètres ( deux pouces et demi). La saillie formée par la tuméfaction osseuse est de six centimètres (deux pouces); elle est inégale, sa base correspond à la peau , son pédicule est large; il existe peu de douleur : cataplasmes émollients, trente sangsues ; cette évacuation sanguine est répétée à la fin du premier septénaire; eau de gomme , trois quarts d’aliments, repos. Quinze jours après, compression établie avec de l’agaric et des circulaires de bande; on met en usage la pommade d’iodure de plomb. Sept semaines du traitement que nous venons d’indiquer ont suffi pour
diminuer la maladie de moitié : alors la marche est facile et n’occasionne aucune douleur ; mais le malade croit qu’il est guéri, il résiste à tous les conseils qu’on lui donne et sort de l’hôpital.
Exostose du tibia . Girardot (Jean), âgé de trentesix ans, serrurier, d’une bonne constitution, portait, depuis vingt ans, une exostose à la partie interne et inférieure de la jambe droite : la maladie s’était développée sous l’influence du vice rhumatismal; le sujet pouvait d’ailleurs se livrer à son travail.
Vers le commencement de novembre 1 83 1 , cet homme ayant éprouvé du froid , fut soumis à un rhumatisme qui siégea sur le genou gauche : les douleurs disparurent trois mois après , mais l’articulation du pied droit avec la jambe devint immédiatement douloureuse et se tuméfia ; le volume de l’exostose augmenta aussi alors beaucoup. Le malade se soigna chez lui infructueusement pendant trois semaines ; il entra à l’hôpital de la Pitié le 24 février i832. La partie interne et inférieure de la jambe, offre une tuméfaction osseuse dont le diamètre longitudinal est de douze centimètres (quatre pouces), et le transversal de sept centimètres cinq millimètres (deux pouces et demi); elle est douloureuse; ie sujet souffre aussi dans l’articulation du pied : cataplasmes émollients , cinquante sangsues, eau de gomme, demie d’aliments. Le lendemain , les douleurs sont moindres , les mouvements de la jointure plus faciles. Le 9 mars, vingt-cinq sang-
sues. Le 17, ia tumeur a diminué de huit millimètres environ (trois lignes et demie) à sa partie supérieure , d’un centimètre cinq millimètres ( un demi-pouce) au milieu, et d’un centimètre cinq millimètres environ (cinq lignes et demie) à sa partie inférieure.
La subinflammation ayant disparu , j’établis la compression et je fais des frictions avec la pommade d’hydriodate de potasse. J’obtiens en six jours un centimètre deux millimètres ( cinq lignes ) de diminution à la partie supérieure de l’exostose, un centimètre huit millimètres environ (sept lignes) à sa partie moyenne , un centimètre environ (quatre lignes et demie) inférieurement. Le malade se porte assez bien pour demander instamment sa sortie de riiôpital , qu’il quitte malgré nous, le 20 mars i832. On vient de voir, qu’en somme totale , nous avons diminué sa tumeur, en vingthuit jours, de deux centimètres environ (huit lignes et demie) supérieurement, de trois centimètres cinq millimètres (quatorze lignes) au milieu, et de deux centimètres cinq millimètres (dix lignes) inférieurement.
Exostose du tibia. Fontaine (Alexandre), âgé de dix-huit ans, d’une bonne constitution , entra à l’hôpital de la Pitié le 1 ï janvier i83i. Il portait sur l’extrémité inférieure du tibia gauche une exostose volumineuse, qui depuis deux ou trois mois gênait beaucoup la marche. Ce jeune homme avait été traité, cinq ans auparavant, pour une tuméfaction considérable de la jambe. On lui avait retiré du tibia plusieurs portions d’os nécrosées ;
1)E LA FlTiE.
les ouvertures qui leur donnèrent passage furent longtemps à se fermer. Lorsque nous vîmes le malade pour la première fois, l’articulation du pied avec la jambe était engorgée h son côté antérieur et interne. Il existait douleur et augmentation de chaleur sur fexostose et sur les parties molles tuméfiées; les mouvements étaient impossibles : repos , cinquante sangsues , cataplasmes émollients ; diminution notable de la tumeur. Dix jours après, quarante sangsues : nouvelle diminution; cessation complète de la douleur: frictions avec la pommade d’hydriodate de potasse; compression à l’aide de compresses graduées et de circulaires de bande. Cette médication était employée depuis une quinzaine, lorsque la subinflammation reparut : quarante sangsues, cataplasmes émollients; l’élément inflammatoire disparaît immédiatement ; quelques jours après , diminution totale d’un centimètre cinq millimètres (six lignes) à la partie supérieure de la tumeur osseuse, de trois centimètres (un pouce) au milieu , et de trois centimètres deux millimètres (treize lignes) inférieurement.
La compression et la pommade d’hydriodate de potasse sont continuées pendant trois mois; diminution remarquable de la tumeur. Le malade marche alors très-facilement, sans douleur. Il porte un bas lacé destiné à remédier à la déviation du pied en dehors. Dans le cours du mois de juillet, un peu de douleur, que trente sangsues font disparaître. On reprend l’usage de la compression.
Le malade sort de F hôpital dans le courant du mois d’août ; il y rentre en septembre pour se reposer ; il en sort de nouveau le 2 décembre 1 83 1 : la jambe est revenue à son volume normal; elle est peut-être un peu moins grosse que celle du côté opposé : la guérison est complète; l’articulation du pied jouit de la liberté entière et facile de tous ses mouvements.