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beaucoup augmentée, s’il avait fait développer une douleur assez forte , si enfin il avait dépassé, en excitant trop , le but qu’on se proposait d’atteindre, il faudrait attendre vingt-quatre heures environ , et dans le cas où ces phénomènes morbides n’auraient pas sensiblement diminué, on les attaquerait aussitôt avec les antiphlogistiques et ion appliquerait surtout quinze, vingt, trente ou quarante sangsues , suivant les indications.

Le vésicatoire qui suppure détermine un peu d’augmentation de chaleur dans la tumeur; une douleur trèslégère s’y fait sentir, et bientôt l’engorgement diminue : tant que la maladie s’amende , entretenez l’exutoire ; il 11e doit être supprimé qu’à la fin de la quinzaine qui suit la cessation de l’amélioration qu’il détermine ; car il faut savoir respecter les moments d’arrêt qu’on observe fréquemment pendant l’emploi des médicaments les plus avantageux , et qui ne réussissent pas moins , au bout d’un certain temps, contre les maladies chroniques.

Quelle que soit l’espèce de vésicatoire à laquelle 011 a recours, il survient souvent un peu d’augmentation dans le volume de l’engorgement; si l’excitation est légère , il ne faut concevoir aucune inquiétude , et bientôt la tumeur blanche revient à son volume primitif, pour diminuer ensuite d’une manière très -notable.

Quand la tumeur est ramollie, et quelle reste d' a si—

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leurs à l’état stationnaire , la compression établie pendant quelques jours avec l’agaric et des circulaires de bande produit presque constamment les plus heureux effets.

Le vésicatoire qui suppure peut déterminer une trop forte excitation , caractérisée par une douleur assez vive , par une augmentation très-notable de la caloricité et du volume de l’engorgement; on a sur-lechamp recours à tout l’appareil des moyens antiphlogistiques, et bientôt ordinairement l’excitation arrive au type propre à la résolution de la tumeur, qu’on voit diminuer d’une manière très-remarquable; mais dans quelques circonstances , heureusement fort rares , la phlegmasie résiste : alors , en même temps que l’on continue de la combattre par les médications appropriées, on met en usage les médicaments destinés à dessécher la surface dénudée.

Le moxa est encore un moyen excitant ; il ne convient, en général, que contre les tumeurs blanches non enflammées. Doit -on l’appliquer sur l’engorgement , ou à côté de lui ? On suivra ici les principes établis à l’occasion des vésicatoires.

On rencontre quelquefois des tumeurs blanches qui ont été fort longtemps réfractaires à tous les moyens rationnels ; elles font des progrès , et menacent d’exiger bientôt l’amputation du membre ; bien que la douleur et les autres symptômes d’une phlegmasie assez aiguë existent , il faut , puisque tout espoir de guérison va

s’évanouir, faire de l’empirisme et appliquer, redisons-le, des moxas. M. Margot a cité, dans son excellente thèse, une observation de succès obtenu par ce moyen , dans les circonstances que je viens d’indiquer.

Afin de pouvoir répéter l’application du moxa aussi souvent que les indications l’exigeront, il faut le mettre petit ( de la largeur d’une pièce d’un franc environ).

Lorsque le moxa irrite trop la tumeur, l’augmentation de chaleur qu’il occasionne persiste-t-elle plus de vingt-quatre heures ? on met les sangsues pour diminuer l’inflammation.

Quand l’amendement fourni par le moxa ne marche plus , on fait comme pour tous les autres médicaments , on l’emploie de nouveau.

Le cautère agit beaucoup moins énergiquement que le moxa; je l’emploie rarement; il est préférable à la moxibustion sur les enfants chez lesquels on craint que l’application du feu ne produise des convulsions ; pour l’établir et pour maîtriser son action , on suivra les règles indiquées à l’occasion du moxa.

Le séton est le plus excitant de tous les exutoires ; il ne convient point contre les tumeurs blanches avec subinflammation. Suivant nous, on ne le mettra pas dans l’épaisseur de l’engorgement ; il peut en effet y produire l’inflammation, difficile à enlever et dangereuse, dont nous avons plusieurs fois parlé; on doit le poser à côté de la tumeur ; on en met quelquefois deux : il est douloureux, il répugne ordinairement

beaucoup aux malades ; on ne l’emploie , en général , qu’en désespoir de cause , lorsque tous les autres moyens excitants ont échoué ; produit-il trop d’irritation, on se comporte comme nous l’avons dit plus haut , et , au besoin , on en débarrasse les malades.

La cautérisation actuelle et transcurrente a été trèsanciennement mise en usage. Roust de Berlin a publié un travail sur l’emploi de ce moyen ; malheureusement il ne pose pas les indications. Le fer rouge est trèseffrayant; il est fort douloureux; j’ai vu les malades s’y soumettre une première fois , mais ils y ont consenti rarement la seconde ; l’état inflammatoire la rejette. Doit-on cautériser sur la tumeur? Je m’en suis expliqué en traitant du vésicatoire et du moxa. L’adustion peut produire des ulcérations très - diffi — ciles à guérir ; elle occasionne souvent des inflammations aiguës fort dangereuses, et qu’on se hâte de traiter par les moyens antiphlogistiques. D’après ces considérations, on ne doit y recourir que si les autres médications ont échoué, et que s’il s’agit d’un engorgement tellement chronique quelles n’ont pas pu suffisamment l’exciter.

Il est des tumeurs blanches qui , après avoir marché même assez rapidement vers la guérison, demeurent ensuite complètement stationnaires, quels que soient les moyens qu’on emploie; il faut alors suspendre toute espèce de médications , et se retrancher dans le domaine de l’hygiène; quelquefois, au bout d’un mois

ou six semaines, la tumeur s’est dissipée, ou bien elle s’est beaucoup amendée; on l’observe d’ailleurs avec attention , car si elle augmentait on l’attaquerait aussitôt. Mais quand elle persiste, et que l’économie a perdu l’habitude des moyens thérapeutiques, on en reprend l’usage, ordinairement avec beaucoup de succès.

Il ne faut pas oublier que la guérison de beaucoup de tumeurs blanches est suivie de l’atrophie de l’articulation ; que tantôt cette atrophie persiste, que d’autres fois elle finit par disparaître, à mesure que la santé générale devient meilleure et que l’embonpoint se rétablit ; il n’est pas rare de voir les os rester à tout jamais plus volumineux.

Il est enfin des cas dans lesquels l’article sur lequel le traitement a été dirigé, offre moins de volume que celui du côté opposé , et cependant la tumeur blanche n’est pas encore guérie; on s’assure, par la vue et par le toucher, que les parties ne sont pas entièrement revenues à leur état normal.

Il y a déjà longtemps que le muriate de baryte a été conseillé contre les scrofules, mais on l’employait à une très-faible dose : l’on doit à M. Pirondi de Marseille des idées plus exactes sur Faction de ce médicament et sur son efficacité.

Ce praticien distingué, dont les recherches ont été consignées dans la thèse de son fils et dans la Gazette médicale de Paris (i 834 ) ? a porté graduellement la dose du muriate de baryte à huit grammes (deux

gros) dans cent vingt grammes (quatre onces) d’eau distillée : il en a obtenu de très-brillants succès. Nous

nous sommes beaucoup applaudi de T usage de ce moyen, à l’hôpital de la Pitié.

Dans un discours prononcé en 1807, à l’ouverture du cours de clinique chirurgicale de la Charité (vôyez Gazette médicale de Paris , p. 721 , novembre 1807), M. "V elpeau s’exprime en ces termes : « Le carbonate et le )) muriate de baryte, essayés en Angleterre, il y a » soixante ans, expérimentés et jugés sur une grande » échelle à l’Hôtel-Dieu de Paris au commencement » de ce siècle , avaient donné partout depuis , en Al- » lemagne, en Italie, comme en Angleterre et en » France, la preuve de leur inutilité, lorsque rentrés )) à Paris en 1 834 ? en 0Ilt imposé de nouveau, au » point de se faire vanter à outrance par quelques per- » sonnes. » (Page 723 , loco citato.)

Ainsi il est positif, d’après ce qu’on vient de lire, que M. Yelpeau n’établit aucune différence entre la dose à laquelle on employait autrefois le muriate de baryte, quelques centigrammes (quelques grains), et celle à laquelle l’administre M. Pirondi , qui le prescrit d’abord à la dose de trois décigrammes (six grains) et qui le porte ensuite graduellement à huit grammes (deux gros).

Est-il possible de porphyriser ainsi le sens commun ! Le chirurgien de la Charité est peut-être le seul médecin au monde ignorant qu’une méthode nouvelle ne

consiste pas toujours dans l’administration d’un médicament nouveau, mais qu’elle est souvent constituée parla manière dont on apprend à le manier. M. Velpeau ignore-t-il que les effets de l’émétique sont différents suivant qu’on le met en usage à la dose ordinaire ou bien à haute dose I Ne sait-on pas que le même couteau peut servir a exécuter parfaitement dix procédés opératoires qui ne se ressemblent nullement ! Qa il nous soit donc permis de nous écrier avec le poète : risum teneatis , amici.

Mais citons encore dans l’intérêt de la science et de l’humanité d’autres passages du discours de M. Velpeau.

« Fatigués de l’insuffisance des topiques ( dans le » traitement des tumeurs blanches) , les chirurgiens se » sont adressés de bonne heure à la médecine indi- » recte. Aussi les voyez- vous employer avec une sorte » de fureur , aujourd’hui , ce que la matière médicale » possède de plus énergique : l’iode, la baryte, le col- » chique , le mercure. Si le règne de l’iode , dans ces » affections , est à peu près fini , les trois autres sub- » stances que je viens de rappeler, ont plus de vogue » maintenant que jamais. » Un peu plus bas M. Velpeau ajoute : « La teinture et le vin de colchique

» produiraient aussi des merveilles si on en croyait » des praticiens , d’ailleurs très-distingués , de la Suisse » et de Londres ; mais je les ai assez expérimentés pour » avoir le droit de dire qu i! en sera probablement des

» préparations de colchique , comme de la baryte et » de l’iode dans les tumeurs blanches : on les aban- » donnera. » (Page 720 , loco citato .)

Ainsi des médicaments sanctionnés par l’expérience journalière sont rejetes ; liode n exerce plus sui 1 eco nomie une influence salutaire , son règne est passé ; le muriate de baryte , est voué à une décadence prochaine; les médications internes les plus héroïques, ayant pour but d’amender ou de guérir les tumeurs blanches , sont frappées de discrédit ; les tentatives que font les chirurgiens consciencieux afin d’éviter aux malades les chances toujours incertaines d’une amputation sont condamnées : mais ne poursuivons pas et abstenons-nous de qualifier de pareilles

erreurs.

On fait dissoudre trois décigrammes (six grains) de muriate de baryte dans cent vingt grammes (quatre onces ) d’eau distillée : le malade prend toutes les heures une cuillerée à bouche de cette solution; il 11’en fait pas usage une heure avant et deux heures après le repas : pour supporter le médicament , il faut qu il s’abstienne de boire du vin et de manger de la viande ; il est soumis à l’usage de l’eau pure et à une alimentation essentiellement végétale.

Il semble que ce régime doit singulièrement affaiblir les malades et les maigrir beaucoup : l’expérience a démontré le contraire; en général, leur constitution sa-

méiiore, et Ton voit fréquemment des sujets, même scrofuleux , reprendre de l’embonpoint.

A moins qu’il ne survienne des accidents notables, tous les huit jours on augmente de trois déeigrammes (six grains) la dose de mu ri a te de baryte, toujours mise dans la même quantité d’eau distillée.

Quelquefois ce médicament produit des douleurs d’estomac, quand on commence à l’administrer; on en continue néanmoins l’usage, et , dans la plupart des cas , ce léger accident disparait ; mais lorsqu’il survient des envies de vomir, des vomissements et surtout quelques symptômes toxiques, on suspend l’emploi du muriate de baryte , pour y revenir au bout de quelques jours ; alors on en prescrit une moindre dose , quinze centigrammes ( trois grains ) ; on le gradue aussi plus lentement.

Suivant les localités, le muriate de baryte est toléré plus ou moins facilement; nous le répétons, M. Pi» rondi en a porté la dose à huit grammes (deux gros) par jour, en Italie et à Marseille, tandis qu’à Paris nous n’avons pas pu dépasser celle de vingt-quatre déci grammes (quarante-huit grains), et souvent même nous ne sommes pas parvenu à l’atteindre.

On conseille de combattre les symptômes d’empoisonnement par le vin sucré ou par le blanc d’œuf : ce dernier moyen est préférable; jusqu’aujourd’hui nous l’avons toujours vu réussir, comme par enchantement, pour ainsi dire. On a avancé que l’ hydrochlorate de

baryte avait Je grave inconvénient de déterminer des gastrites ou des gastro-entérites souvent fort difficiles à guérir ; c’est une erreur, car nous n’avons pas encore observé ce fait ; il a été démontré, au contraire, à l’hôpital de la Pitié, que le canal intestinal exerçait parfaitement bien ses fonctions, au bout de quelques jours.

Répétons-le : il n’y a qu’un homme, dont la tête est vierge de toute idée saine de thérapeutique , qui puisse nier l’efîicacité du muriate de baryte, employé contre les tumeurs blanches; il faut avoir perdu toute espèce de pudeur scientifique et compter singulièrement sur la crédulité publique , pour oser professer une pareille hérésie, car le caractère de M. Pirondi est bien connu , et ses observations sont incontestables; d’ailleurs, personne n’ignore les succès que nous obtenons publiquement à l’hôpital de la Pitié : toutefois, faisons remarquer qu’il en est du muriate de baryte comme des autres médicaments ; dans un très-grand nombre de circonstances , il ne suffit pas seul pour obtenir la guérison ; il faut souvent, par cela même qu’il cesse de réussir ou qu’il agit trop lentement, le remplacer par d’autres médications , ou bien le leur associer.

Les élèves qui suivent ma clinique, ont vu un jeune homme auquel plusieurs chirurgiens distingués voulaient pratiquer l’amputation de l’avant-bras : il portait une tumeur blanche volumineuse de l’articulation radio-carpienne ; trois fistules existaient ; il y avait carie

du radius ; le muriate de baryte dissipa cette fâcheuse I. 40

complication , et diminua beaucoup l’engorgement ; nous aidâmes ensuite son action par la pommade d’iodure de plomb et par la compression faite avec de Fagaric et des circulaires de bande; les trajets fistuleux se cicatrisèrent ; la guérison eut lieu , mais l’article resta affecté d’une ankylosé vraie.

Un malade auquel on avait voulu pratiquer l’amputation du poignet, était affecté d’une tumeur blanche siégeant sur les articulations carpiennes et carpo-métacarpiennes ; il existait encore ici deux fistules qui permettaient de reconnaître l’existence de la carie ; nous eûmes recours au muriate de baryte qui produisit des effets très - avantageux ; quelques parcelles osseuses sortirent parles trajets fistuieux qui se cicatrisèrent ; la pommade d’hydriodate de potasse et la compression concoururent ensuite à obtenir la guérison ; elle fut complète. Les deux malades dont nous venons de nous occuper n’étaient pas scrofuleux.

Nous empruntons les faits suivants à la Gazette des Hôpitaux (2 avril i836 ); il nous serait facile d’en citer un beaucoup plus grand nombre.

Salle Saint-Louis , n° 3. Tumeur blanche de l’articulation cubito-humérale : quoique la dose du muriate de baryte ne soit encore portée qu’à six décigrammes (douze grains), le volume de l’engorgement articulaire est diminué d’un centimètre cinq millimètres ( un demi-pouce) à sa partie supérieure.

Même salle, n° 18. Les deux articulations du coude

sont affectées de tumeur blanche; le malade prend aujourd’hui douze décigrammes (vingt-quatre grains) de muriate de baryte; le volume de l’engorgement du côté droit a diminué de cinq millimètres ( deux lignes ) à sa partie moyenne , et à son extrémité inférieure. Celui du côté gauche offre en haut et au milieu un centimètre cinq millimètres ( un demi-pouce) de diminution, tandis qu’on n’en observe qu’un centimètre (un tiers de pouce ) en bas. Ces deux malades sont scrofuleux.

Salle Saint-Augustin , n° 1 4* Tumeur blanche du genou : la malade prend en ce moment dix-huit décigrammes (trente-six grains) de muriate de baryte. Depuis la dernière fois qu’on a mesuré la tumeur, elle a diminué de trois centimètres sept millimètres ( un pouce et quart ) en haut , de quatre centimètres cinq millimcLres ( un pouce et demi ) au milieu , et de trois centimètres ( un pouce) à sa partie inférieure.

« Chez les malades nombreux que nous avons soumis )> à cette méthode (le muriate de baryte), dans le cours » de l’été dernier, nous avons obtenu des effets ana- » logues (avantageux) , et voici en définitive les con- )> clusions auxquelles nous sommes arrivé aujour- » d’hui. » ( Gazette des Hôpitaux , 2 avril 1 836. )

i° En général la tumeur blanche a été beaucoup amendée; nous en avons quelquefois obtenu la guérison complète.

2° Le médicament a mieux réussi chez les sujets

scrofuleux; M. Pirondi avait déjà observé ce fait.

3° Après avoir été amendée par le muriate de baryte, la maladie est devenue stationnaire , malgré la continuation de ce moyen ; nous l’avons alors remplacé par une autre médication; plus tard il a été mis de nouveau en usage; il a produit de très-heureux effets.

4° Le muriate de baryte peut combattre avantageusement les tumeurs blanches à l’état aigu et à F état chronique.

5° Répétons que nous n’avons pas encore vu ce médicament produire des accidents graves , et que les phénomènes morbides qu’il a déterminés ont cédé trèsfacilement et très-promptement aux moyens simples déjà indiqués.

6° Dans quelques cas rares, le muriate de baryte a singulièrement ralenti la circulation ; avant son emploi le pouls offrait chez plusieurs malades soixante ou quatre-vingts pulsations par minute ; il n’en a présenté que quarante à cinquante et même vingt-cinq , sous l’influence de ce médicament.

7° Quelquefois le muriate de baryte , continué pendant un mois à la dose de six clécigrammes ( douze grains ) , détermine autant d’amendement que si la dose de ce médicament avait été graduellement augmentée.

8° Les accidents légers éprouvés par nos malades sont survenus, le plus ordinairement, lorsque le muriate de baryte, employé déjà à une dose assez élevée, dé-

terminait les effets les plus avantageux et avait presque fait obtenir la guérison delà maladie.

9° Nous avons souvent aidé faction du muriate de baryte parla compression ou par les pommades iodées, ou bien encore, suivant l’indication, par les évacuations sanguines locales; dans la plupart des cas, la combinaison de ces moyens a produit des effets extraordinairement avantageux.

«Le muriate de baryte, suivant la méthode de » M. Pirondi, est une vraie conquête chirurgicale; » vous vous en êtes convaincus en observant avec nous » nos malades; vous venez d’ailleurs d’entendre fana- » lyse impartiale des faits ; mais prenez-y garde , ne )) soyez point exclusifs; justes appréciate urs de ces faits , » ne leur attribuez que la valeur qu’ils méritent; car » sans cette condition vous vous exposeriez à les faire » entièrement rejeter au détriment des intérêts sacrés » de l’humanité, surtout par ces hommes de coterie )> qui, depuis vingt-cinq ans au moins, veulent que » les réputations dépendent exclusivement de leur bon » plaisir, et qui, très-pauvres d’inventions, publient » et font publier partout, à son de trompe, que ce n’est » pas avec des idées nouvelles que l’on fait de la bonne » médecine: ainsi, suivant eux, nos sciences seraient » arrivées aux colonnes d’Hercule. De nombreux succès » ont heureusement fait justice d’aussi coupables as- » sertions. » ( Gazette des Hôpitaux , 2 avril i836. )

Citons encore quelques observations à l’appui des

idées que nous venons d’émettre, ils sont consignés dans la Gazette des Hôpitaux .

Tumeur blanche rhumatismale aiguë de h articulation du genou droit . Le malade entra à l’hôpital de la Pitié, le 27 août 1 835 ; j’employai pendant six semaines le muriate de baryte et je le portai graduellement à la dose de dix -Luit décigrammes (trente -six grains ); j’obtins en un mois trois centimètres (un pouce) de diminution aux parties supérieure et moyenne de l’engorgement , et un centimètre cinq millimètres (un demi-pouce) sur son extrémité inférieure : l’amendement de la maladie resta stationnaire pendant quinze jours. Je renonçai alors au traitement que je viens d’indiquer, et je le remplaçai par les pilules de calomel et d’opium qui irritèrent l’estomac et ne produisirent pas la salivation ; je fis pratiquer des frictions, sur les membres tliorachiques, avec huit grammes (deux gros) d’onguent mercuriel ; je produisis une salivation abondante et un amendement notable des douleurs : la tumeur diminua de quatre centimètres cinq millimètres (un pouce et demi) à sa partie supérieure, d’un centimètre cinq millimètres (un demi-pouce) à sa partie moyenne, et de trois centimètres (un pouce) à sa partie inférieure.

Tumeur blanche scrofuleuse du genou gauche . Camus (Mathieu), âgé de vingt-trois ans, cultivateur, entra à la Pitié , le 5 novembre 1 834 ? sa maladie datait de quatre ans : genou tuméfié , chaud, douloureux ; mouvements delà jambe difficiles. Du 26 mai à la fin du

mois d’août, lemuriate de baryte fut administré; on le porta graduellement à la dose de dix-neuf décigrammes (trente-huit grains) : douleurs moindres ; la tumeur diminue d’un centimètre cinq millimètres (un demipouce) sur ses parties supérieure et moyenne , de cinq millimètres (deux lignes) à la partie inférieure : ensuite l’état stationnaire persiste jusqu’au i5 novembre i835; on pratique alors des frictions mercurielles sur les deux avant-bras et sur la jambe gauche; elles furent continuées pendant trois semaines et produisirent enfin un ptyalisme abondant; la douleur devint moins intense, et la tumeur diminua de deux millimètres environ (une ligne) sur ses parties supérieure , moyenne et inférieure.

Le malade avait déjà été soumis à l’usage des pilules de calomel et d’opium, deux jours après son entrée à l’hôpital; diminution de la tumeur, un centimètre (quatre lignes) aux parties supérieure et inférieure, cinq millimètres (deux lignes) à la partie moyenne.

Tumeur blanche scrofuleuse siégeant au genou gauche . Jaluzot , âgé de trente et un ans, d’un tempérament lymphatique, entra à la Pitié, le 1 4 juin 1 835 ; son articulation était engorgée depuis quatre ans environ.

Pilules de calomel et d’opium ; salivation abondante; la tumeur diminue de six centimètres (deux pouces) à ses parties supérieure et inférieure, et de trois centimètres (un pouce) à sa partie moyenne.

On administre le muriate de baryte, le 26 mai; il

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est continué pendant deux mois; la dose en est portée graduellement à dix-neuf décigrammes (trente-huit grains); la tumeur diminue de trois centimètres (un pouce) à ses parties supérieure et moyenne , d’un centimètre cinq millimètres (un demi-pouce) à sa partie inférieure.

Le i5 novembre , je fais pratiquer des frictions mercurielles : salivation abondante : tumeur diminuée de cinq millimètres (deux lignes) à ses parties supérieure et inférieure, de quatre millimètres (une ligne et demie) environ à sa partie moyenne. Enfin la compression et les frictions avec la pommade d’hydriodate dépotasse furent employées, et le malade dont nous nous occupons,

sage de ces deux derniers moyens, est sur le point d’obtenir incessamment son entière guérison.

Tumeur blanche scrofuleuse aiguë clu genou, Hubert (Florence), âgée de vingt-quatre ans , d’un tempérament lymphatique, entra à fhôpital de la Pitié, le 26 mai i835;son engorgement articulaire datait de quatre ans ; le volume de l’articulation avait augmenté d’un tiers; il y avait douleur et excès de caloricité; les mouvement^ de flexion et d’extension étaient presque impossibles.

On administre trois décigrammes (six grains) de muriate de baryte; on porte graduellement la dose de ce médicament à vingt-quatre décigrammes (quarantehuit grains) ; l’engorgement a diminué de trois centi-

mètres (un pouce) à ses parties supérieure et moyenne, d’un centimètre cinq millimètres (un demi-pouce) à sa partie inférieure; on a associé au muriate de baryte la compression et les frictions avec la pommade d’hydriodate de potasse : depuis l’usage de ces nouveaux moyens, la tumeur a diminué d’une manière remarquable; elle a enfin disparu. Les mouvements de l’articulation sont encore un peu gênés.

Tumeur blanche siégeant sur F articulation du genou gauche . Moguet, âgée" de vingt-deux ans, couturière, d’un tempérament sanguin, entra à la Pitié, le 17 juin i835. La maladie datait de dix ans; elle était le résultat d’nne contusion; la malade ne pouvait pas marcher depuis quatorze mois ; la jambe était à demi fléchie; l’articulation fortement tuméfiée, surtout à sa partie supérieure , faisait éprouver de violentes douleurs.

On administre, le 19 juin, trois décigrammes (six grains ) de muriate de baryte ; la dose de ce médicament est graduellement portée à treize décigrammes (vingt-six grains) ; l’estomac n’en peut pas tolérer davantage; pendant le premier mois de ce traitement, les douleurs et la tuméfaction ont beaucoup diminué.

On cesse au Ier septembre le muriate de baryte, qui depuis quelques jours ne produit aucun effet; à cette époque, la tumeur a diminué de deux centimètres (deux tiers de pouce) à sa partie supérieure, un centimètre cinq millimètres (un demi-pouce ) à sa partie

moyenne, et d’un centimètre (un tiers de pouce) à sa partie inférieure ; la douleur avait alors complètement disparu.

On a recours à la compression et aux frictions fondantes qui ont encore produit beaucoup d’amendement.

Il n’est pas besoin de rappeler que si la tumeur blanche est déterminée par un vice ou par un virus , il faut la combattre d’ailleurs à l’aide des moyens appropriés , à moins qu’ils n’exposent à augmenter la phlegmasie si elle est aiguë.

Mais quand la maladie est rhumatismale, et quelle a passé à l’état chronique , on conseille d’appliquer les vésicatoires , les moxas , les sétons sur la tumeur ellemême ; je crois que ce précepte est dangereux : j’ai presque toujours vu alors le principe morbide se fixer davantage sur l’articulation engorgée, et les accidents s’accroître : lorsque les médecins veulent déplacer la goutte , ou le rhumatisme qui siège sur les parois de la poitrine ou sur le canal intestinal , ils appliquent des révulsifs sur les membres abdominaux : pourquoi ne les imiterions-nous pas dans les cas où l’affection morbide s’est montrée au genou ? Je fais poser alors un vésicatoire à la partie supérieure et externe de la cuisse , et j’obtiens souvent un très-grand succès.

Chez quelques sujets, affectés de tumeur blanche rhumatismale , nous avons vu la douleur très-violente disparaître comme par enchantement, pour ainsi dire,

sous l’influence de la salivation. Le rhumatisme aigu , qui résiste aux médications usitées, ne pourrait-il pas être , dans certains cas, combattu à l’aide de ce puissant moyen ? J’en ai obtenu un su ccès complet sur un assez grand nombre de malades.

Pendant l’usage des moyens fondants excitants, employés contre les tumeurs blanches, il faut surveiller, avec beaucoup d’attention, l’action de ces médicaments, car ils développent souvent un*e subinflammation que les empiriques méconnaissent , et dont la persistance, et surtout l’augmentation, toute légère qu elle peut être , bâte singulièrement la dégénérescence des tissus, et amène même bientôt des événements fort graves. Cette subinflammation, je ne saurais trop le répéter, est caractérisée par un douleur légère et par un peu d’augmentation de chaleur; elle exige impérieusement qu’on suspende sur-le-champ les médicaments sous l’influence desquels elle est née : si au bout de vingt-quatre heures elle persiste encore , on l’attaque par les antiphlogistiques ; il est extraordinairement rare qu’elle ne cède pas presque immédiatement ; on laisse alors s’écouler trois ou cinq jours, et l’on recommence F usage des excitants. J’ai montré souvent, à l’hôpital de la Pitié , que la phlegmasie légère dont nous nous occupons se manifestait trois , quatre et même cinq ou six ibis pendant le cours du traitement. J’insiste sur ce fait, parce que je sais qu’on le néglige trop, et qu’il s’agit d’ailleurs ici d’une loi générale de thérapeutique , qui

s’applique à tous les engorgements, en quelque lieu qu’ils siègent.

Lorsqu’une tumeur blanche existe sans inflammation aiguë, et que le sujet est fort, on lui fait suivre le régime que nous avons déjà indiqué; quand sa constitution est très-faible , et lorsque surtout la maladie est scrofuleuse , on met en usage une alimentation tonique.

Une articulation qui vient d’être le siège d’une tumeur blanche ne recouvre pas immédiatement l’usage libre et facile de ses fonctions; il existe une convalescence pour les organes externes comme pour les internes. Le malade a gardé longtemps le repos , les mouvements de l’article seront douloureux : établissons ici une distinction très-importante; la douleur produite par la marche cesse-t-elle lorsque le sujet s’est reposé un quart d’heure , une demi-heure ou une heure environ? cette douleur tient évidemment à la perte qu’a faite le membre de l’habitude de se mouvoir, et alors l’exercice plus ou moins léger, suivant l’indication, doit être continué, et bientôt l’état normal renaît. Si, au contraire , 3e sujet continue de souffrir, il faut qu’il garde encore le repos, et dans le cas où cet état de souffrance persiste , on a recours aux antiphlogistiques ; j’insiste sur les préceptes que je viens d’établir, parce qu’ils n’ont pas même encore été indiqués.

Presque tous nos malades, guéris de tumeurs blan-

ches , étaient affectés de récidives : nous leur avons fait porter une genouillère matelassée , et la reproduction de la maladie est devenue extrêmement rare. Ce moyen a l’avantage de borner l’étendue des mouvements de la jointure , de soutenir l’articulation et de s’opposer à la stagnation des liquides ; il faciliterait encore la résorption d’un reste de l’engorgement.

Lorsque la jambe a conservé longtemps la position à demi fléchie , il existe ordinairement une fausse ankylosé : il faut attendre , pour la combattre , que la guérison de la tumeur blanche soit complète ou presque achevée; il est important surtout qu’il n’existe plus de douleur ; sans cette précaution, on s’exposerait à des accidents qui pourraient devenir graves. Je conseille d’employer d’abord les moyens orthopédiques ; leur insuffisance seule peut justifier la ténotomie, qui n’est pas toujours une opération innocente.

Nous avons montré, à l’hôpital de la Pitié, deux malades , chez lesquels la section du tendon d’Achille a

* JL

produit des accidents : sur l’un il survint un érysipèle intense, sur l’autre un phlegmon érysipélateux; il se termina par suppuration , et mit la vie du sujet en danger. Nous avons encore, dans la salle Saint-Antoine, un enfant d’une très-bonne constitution , qui a été soumis à la ténotomie; un engorgement inflammatoire volumineux s’est montré le long du tendon ; il a suppuré ; les plus légères pressions exercées sur le membre, pour l’amener et le maintenir dans une po-

sition convenable , ont déterminé des escarres que nous avons encore observées cette année dans la salle Saint-Augustin , chez une jeune fille d’une brillante santé sur laquelle nous avions pratiqué la meme opération.

Les moyens orthopédiques réussissent souvent, quoi qu’on en dise , et leur succès ne se fait pas, en généra], aussi longtemps attendre qu’on pourrait le penser; on a vu, l’an dernier, à l’hôpital delà Pitié, deux malades dont la jambe, maintenue plus qu’à demi fléchie par une ankylosé fausse de l’articulation du genou , a été parfaitement bien étendue sur la cuisse, dans l’espace de six à huit semaines; ces malades n’ont presque pas souffert; il n’est survenu aucun accident. Je pourrais citer un grand nombre d’autres faits de ce genre. On n’oubliera pas que pour éviter de produire une irritation dangereuse , on devra faire marcher l’appareil avec beaucoup de lenteur; on ne devra pas même en confier la clef au malade , qui , souvent trop pressé de guérir , en ferait probablement un mauvais usage.

Mais existe-t-il un signe certain de l’ankylose vraie ? On a donné, comme tel, l’impossibilité absolue de toute espèce de mouvement. Ce signe est équivoque, et je le prouve par des faits.

M. Cazenave , négociant du midi , avait îa jambe presque entièrement fléchie sur îa cuisse; il existait une immobilité complète de ce membre ankylosé. Ce malade, doué d’un grand courage et désolé de sa lâcheuse position, demandait qu’on fit des essais pour la

combattre; il était persuadé, disait-il, contre l’opinion de plusieurs chirurgiens très-distingués , qu’on obtiendrait des résultats avantageux; je cédai à ses instances; il n’existait ni tuméfaction ni douleur sur le genou ; la constitution du sujet était excellente ; je chargeai un mécanicien très-habile ,M. Àbsii,cle nous confectionner un appareil à l’aide duquel nous avons presque complètement redressé la jambe ; il n’est survenu aucun accident ; la douleur a été presque nulle.

Un homme couché dans la salle Saint-Louis de l’hôpital de la Pitié, semblait encore être affecté d’une ankylosé vraie ; l’article avait perdu entièrement sa mobilité; déjà le membre était en partie redressé, et tout portait à croire que ce malade , aussi pressé par ses affaires que M. Cazenave, guérirait parfaitement; il sortit de l’hôpital : nous avons obtenu plus tard un redressement complet. Ces deux faits, auxquels nous pourrions en ajouter d’autres, prouvent donc qu’il n’existe pas de signe pathognomonique de l’ankylose vraie , et que , dans tous les cas , il faut tenter, avec précaution, de redresser lentement le membre : nous voilà encore en contradiction avec le commun des martyrs; c’est contre nous un nouveau motif de persécu tion.

La rupture d’une ankylosé réputée vraie est-elle trèsdangereuse? Une femme portait depuis longtemps cette maladie, elle fit une chute : à l’instant l’articulation devint mobile ; il survint un engorgement vio-

lent et de très-vives douleurs; j’employai énergiquement les antiphlogistiques et les narcotiques : les accidents inflammatoires et la tuméfaction se dissipèrent ; la jambe fut maintenue étendue , et la guérison eut lieu avec une nouvelle ankylosé. La malade se servit de son membre , ce quelle ne pouvait faire auparavant, à cause de la demi-flexion dans laquelle il était maintenu. J’ai observé deux autres faits semblables. ( Gazette des Hôpitaux , 9 avril i838, clinique de M. Lisfranc.)

Mais les résultats sont loin d’être toujours aussi heureux : j’ai vu plusieurs sujets, chez lesquels il a été impossible de dissiper la phlegmasie; des foyers purulents très-étenclus se sont formés ; l’articulation s’est ouverte , et tantôt la mort s’en est suivie , tantôt l’amputation de la cuisse est devenue indispensable : aussi, me suis-je élevé, avec toute fénergie d’une entière conviction, contre un procédé barbare ( le redressement brusque et forcé des membres ankylosés) qui venait tout récemment d’obtenir quelques succès , et qui était singulièrement préconisé par un grand nombre de chirurgiens de Paris : je disais à ma clinique, qu abstraction faite des faits que je viens de citer, on devait rejeter cette monstrueuse méthode , car on savait que l’entorse , quoique sagement traitée , peut amener des accidents très-graves et même funestes , et que ces mêmes accidents devraient nécessairement arriver dans beaucoup de cas , à la suite de la pernicieuse invention de M. Lou-

vrier, que le chirurgien le plus distingué et le plus complet des temps passés, présents et à venir, accompagnait souvent, dit-on, dans ses expéditions. Les événements n’ont malheureusement pas tardé à justifier mes sinistres prévisions; personne n’ignore maintenant que des malades sont morts et que d’autres ont été soumis à l’amputation du membre.

On a dit et on a fait répéter par les séides de la co-

terie, que ma méthode de traitement, contre les tumeurs blanches , consistait exclusivement dans l’application multipliée des sangsues; il suffit de jeter un coup cl’œil sur la thèse remarquable de M. Margot , publiée en 1827, dans la Revue médicale , pour acquérir la conviction que je n’étais pas plus exclusif alors qu’aujourd’hui. C’est ainsi que je réponds aux calomnies et aux mensonges de ces hommes qui m’ont persécuté dès mon début dans la carrière médicale ; de ces hommes dont la profonde inimitié et l’incessante colère m’honorent. Ami de la vérité, je continuerai hautement à la proclamer, dans l’intérêt sacré de l’humanité et de notre belle profession.

Citons encore des faits à l’appui des idées thérapeutiques que nous avons émises.

Un malade, âgé de trente-deux ans, entra à l’hôpital de la Pitié, le 3 janvier 1839, il fut couché au n° 40 de la salle Saint-Louis ; il n’offrait aucun signe de scrofule, les deux articulations tibio-fémorales étaient un

peu déviées en dedans. Cet homme portait une tumeur I 41

blanche au genou droit; elle offrait le volume d’une tête de fœtus à terme : symptômes de subinfîammation. Vingt-cinq sangsues , cataplasmes émollients , demie d’aliment ; diminution de 3a douleur et de l’engorgement qui devient moins dur. Le huitième jour j’administre le muriate de baryte , et je continue d’ailleurs les moyens que je viens d’indiquer, abstraction faite des évacuations sanguines locales; le i5 janvier, la tumeur a diminué de quatre centimètres (seize lignes) à sa partie supérieure, de trois centimètres (un pouce) à sa partie moyenne, et d’un centimètre cinq millimètres (six lignes) à sa partie inférieure. Le 2/f, compression avec l’agaric et des circulaires de bande , frictions avec la pommade d’iodure de plomb ; le muriate de baryte est continué. La maladie fait des progrès rapides vers la guérison , qui est obtenue le 5 mars de la même année.

Tumeur blanche de V articulation fémoro-tibiale. Jean-Louis Dufresne, âgé de vingt-huit ans, d’une constitution lymphatique, entra à l’hôpital de la Pitié, le n5 mai i8a5 ; la maladie , causée par une violence extérieure, existait depuis plusieurs années; elle avait été combattue sans succès par les résolutifs et par les vésicants; l’engorgement ayant marché avec beaucoup de lenteur, cet homme avait pu, jusqu’à un certain point, se livrer à ses travaux; il avait néanmoins gardé le lit deux mois avant son entrée à la Pitié.

Le volume du genou malade avait augmenté de six

centimètres cinq millimètres (deux pouces et demi); les mouvements, meme peu étendus, occasionnaient de la douleur, et faisaient entendre le bruit que fournissent deux morceaux de porcelaine frottés F un contre l’autre : la mobilité latérale de la jambe était tellement prononcée qu’on aurait pu croire à la destruction des ligaments ; la douleur intermittente se faisait sentir plus vive dans le centre de l’articulation.

Le 26 mai , trente sangsues, cataplasmes émollients, quart d’aliment, boissons gommeuses. Le 27, douleur moins forte : même régime ; on continue les topiques émollients. Quelques légers mouvements sont imprimés h. l’articulation afin d’essayer d’éviter i’ankylose, qui très - probablement se produira ; mais ils furent très-douloureux , on y renonça. On plaça le membre dans l’ extension; on le fixa dans cette attitude. Le 28 application de vingt-cinq sangsues : même régime. Le 29 , la douleur a cessé : on augmente l’alimentation, on administre des boissons légèrement toniques : la tumeur demeure à peu près au même état, elle est seulement un peu moins dure. Le 5 juin, six sangsues : la sensibilité de l’engorgement devient un peu plus marquée. Le 10, la tumeur ramollie avait diminué d’un centimètre (quatre lignes). Le 1 1, cinq annélides. Le i3, encore un peu d’amendement. On fit pendant le reste du mois quatre applications de cinq sangsues : tumeur diminuée de plusieurs lignes.

Le iGl juillet, on posa un petit moxa ; il produisit d a-

bord beaucoup d’excitation ; on la diminua par les topiques émollients; le décroissement de la tumeur fut assez rapide jusqu’au i5 août : on avait mis trois moxas. On recourut aussi, à cinq reprises, aux sangsues en petit nombre; alors le volume normal de l’article n’était augmenté que d’un centimètre ( un tiers de pouce); il paraissait exister une ankylosé vraie. Le malade marcha malgré la défense qu’on lui en avait faite ; l’articulation redevint immédiatement mobile ; des symptômes inflammatoires très - intenses se manifestèrent; le sujet avait repris de l’embonpoint, on le soumit à la diète absolue : saignée générale , trente sangsues, cataplasmes émollients , eau de gomme. Le 17 septembre trente annélides. Le lendemain, état chronique , quelques aliments. On mit en usage les sangsues en petit nombre, les vésicatoires et les moxas; il ne resta qu’un léger engorgement siégeant sous le ligament rotulien inférieur. (Extrait de laj Revue médicale.)

Tumeur blanche de P articulation huméro-cubitale. Gabriel Boyer, maçon, âgé de seize ans, d’un tempérament lymphatique , entra à l’hôpital de la Pitié , le Ie' juin 1825. Cause de la maladie inconnue ; l’engorgement existait depuis plusieurs mois ; l’article malade avait augmenté de quatre centimètres cinq millimètres (un pouce et demi); avant-bras à demi fléchi, douleur vive, chaleur augmentée; les mouvements de la jointure faisaient entendre le bruit particulier que nous avons indiqué dans la précédente observation. Vingt-

cinq sangsues , cataplasmes émollients, deux soupes : la maladie semble augmenter. Le 3, ving-cinq annélides, aucun amendement : le malade est faible; on suspend l’application des sangsues jusqu’au i5; l’on donne le quart d’aliments et l’on continue les cataplasmes émollients : point d’amélioration ; quinze sangsues qui sont encore sans effet. La santé du sujet s’affaiblit; on met alors un moxa; il augmente d’abord légèrement les symptômes inflammatoires qui s’amendent au bout de quarante-huit heures; les douleurs se dissipent peu à peu; le canal intestinal est sain. J’administre la tisane de houblon et le vin antiscorbutique; j’augmente la quantité des aliments. Le 24, nouveau moxa; la tumeur se ramollit, elle diminue sous l’influence des amers; la langue rougit; l’épigastre devient douloureux • diète , boissons gommeuses. Le3o, on revient aux antiscrofuleux; le malade prend des aliments; on fait quelques applications de sangsues en petit nombre ; on met trois moxas dans le cours du mois de juillet : la santé générale du sujet devient bonne, il prend de l’embonpoint. Pendant les mois d’août et de septembre, on met six moxas; on emploie la compression. Le malade sort de l’hôpital le i5 octobre, il y a séjourné quatre mois et demi.

Les fonctions de l’articulation sont normales; la jointure est moins volumineuse que celle du côté opposé ;

pendant les mouvements d’extension et de flexion , on entend encore les craquements dont nous avons parlé :

cependant les os n’ont pas paru participer à la maladie. (Extrait de la Revue médicale .)

Tumeur blanche de F articulation du genou droit. Jamin , âgé de vingt-deux ans , vint à l’hôpital de la Pitié , le 5 août 1825 : la maladie s’était développée k la suite d’une marche forcée; le sujet avait alors quinze ans. Les progrès de la tumeur étaient lents ; ils augmentaient sous l’influence d’un exercice un peu violent. Le malade était horloger et ne marchait ordinairement pas beaucoup; il vint à Paris, il fit d’assez longues courses à pied; il se manifesta de la douleur et de la tuméfaction sur l’article malade. Ce jeune homme fut forcé de garder le lit, il vint alors nous demander des soins.

Le volume normal de l’articulation avait augmenté ; la jambe était à demi fléchie ; ses mouvements trèsbornés faisaient éprouver beaucoup de douleur. Vingtcinq sangsues , cataplasmes émollients. Le sujet est assez faible; on donne le quart d’aliments. Le 7, moins de douleur; nouvelle application de sangsues. Le 9, encore vingt-cinq annélides; le genou diminue de plusieurs millimètres (quelques lignes); la tumeur n’est plus douloureuse : demie d’aliments, boisson légèrement tonique. Le 1 5 , six sangsues, cataplasmes émollients : on observa peu de changement sur le genou. Le 18, cinq sangsues qui excitèrent légèrement. Le 2 1 , diminution considérable de l’engorgement. Le 24 , cinq sangsues ; la tumeur se ramollit ; dans l’espace de quinze

jours, on fait trois fois l’application de quatre sangsues : peu de progrès vers la guérison. Un vésicatoire volant est mis le io septembre; il ne produit rien; on en met un second le i3; le genou est légèrement excité; on en pose un troisième le 20, il produit un léger amendement : trois quarts d’aliments. On laisse reposer le sujet quelques jours : deux moxas, des frictions avec l’onguent mercuriel ont suffi poûr amener la guérison. Le malade est sorti de l’hôpital le 3o octobre, il y a séjourné trois mois. (Extrait delà Revue médicale .)

Tumeur blanche de T articulation tibio-tar sienne . J. Langlois se donna une entorse au pied droit, dans le cours du mois de février 1 824 : on mit en usage le repos , les cataplasmes émollients et six sangsues ; les douleurs se dissipèrent; mais elles reparaissaient aussitôt que le malade se livrait même à un exercice léger; d’ailleurs l’articulation se tuméfiait davantage. Ces douleurs devinrent continues; la marche fut impossible; le malade entra à l’hôpital de la Pitié, le 27 août 1824. Le volume normal de l’articulation s’était accru de six centimètres (deux pouces) : tumeur dure, chaleur un peu augmen tée , douleur assez vive.

Vingt-cinq sangsues , cataplasmes émollients , le quart d’aliments, eau de gomme. Le 29, cessation de la douleur; la tumeur a diminué de cinq millimètres (deux lignes) environ ; les cataplasmes et le régime sont continués jusqu’au Ier septembre. Le 2, la tumeur étant toujours indolente, on applique six sangsues; on admi-

CM CLINIQUE CHIRURGICALE

nistre des boissons légèrement toniques; cataplasmes émollients. Le 3, la tumeur est ramollie, mais elle n’est pas diminuée : cataplasmes émollients jusqu’au 7; même état; six sangsues. Le 8, la tumeur a perdu sept millimètres (trois lignes) de son volume. Le 1 1 , huit sangsues; l’engorgement semble se ramollir un peu : cataplasmes émollients et boissons toniques jusqu’au 19. Le 20, vésicatoire sur l’articulation malade. Le 21 , légère douleur; la tuméfaction augmente de plusieurs millimètres (quelques lignes). Le 2.5 , elle a diminué d’un centimètre trois millimètres (cinq lignes) environ ; on fait suppurer le vésicatoire jusqu’au 26. Le 27 , six sangsues : le mieux se soutient, le ramollissement est un peu plus marqué. Le 00, six sangsues : léger amendement. Le 3 octobre , un second vésicatoire. Le 4 , la tumeur est diminuée des deux tiers. Le 7 , dix sangsues : le mieux continue; frictions avec soixante centigrammes (un sixième de gros) d’onguent mercuriel. Le 20, le malade est parfaitement guéri ; la peau, qui était d’ailleurs mobile , comme celle du côté opposé, paraissait seulement conserver un peu d’épaisseur. (Extrait de la Revue médicale .)

Tumeur blanche de l articulation radio-carpienne droite. Mme Serres, âgée de vingt-huit ans, d’un tempérament lymphatique, couturière, ressentit au mois de février 1823 une douleur assez forte dans le poignet droit ; elle put néanmoins se livrer pendant quelque temps encore à son travail ordinaire ; mais deux mois

après, la maladie faisant des progrès, elle consulta un médecin qui prescrivit dix sangsues et des cataplasmes émollients : la tuméfaction augmenta ; la douleur, qui d’abord n’existait que pendant l’exercice du membre , devint continue et plus intense. La malade entra à l’hôpital de la Pitié le i5 août 1823.

L’articulation du poignet, la face dorsale de la main , la région inférieure de l’avant-bras étaient fortement tuméfiées ; la peau qui recouvre ces parties était luisante , rosée et tendue ; tumeur dure , mouvements difficiles et très-douloureux. Le volume de l’articulation était augmenté de plus de quatre centimètres cinq millimètres (un pouce et demi).

Le 16, saignée de deux palettes et demie au bras; vingt-cinq sangsues , cataplasmes émollients , eau de gomme, diète absolue.

Le 17, symptômes inflammatoires un peu moindres; vingt- cinq sangsues, cataplasmes émollients, diète, boissons émollientes. Le 18, la tuméfaction a diminué d’un centimètre cinq millimètres (un demi-pouce) environ ; il n’existe presque plus d’inflammation ; la malade ne souffre pas ; la rougeur de la peau a disparu ; l’engorgement offre un peu moins de dureté. Les cataplasmes émollients et l’eau de gomme sont continués jusqu’au 25 ; la tumeur a diminué alors de plusieurs millimètres (quelques lignes), Le quart d’aliments.

Le 26, la maladie ne faisant pas de progrès vers la guérison , je prescrivis six sangsues ; elles produisirent

une douleur légère et un peu d augmentation de la tumeur ; les cataplasmes émollients dissipèrent Firritatation trop forte qui avait été produite. Le 28 , la tumeur se ramollit sans perdre de son volume; demie d’aliments» Le canal intestinal est en bon état ; on fait prendre des boissons légèrement toniques. Le 3i, six sangsues. Le ier septembre, Fengorgement diminue de plusieurs millimètres (quelques lignes); la menstruation étant imminente, on continue les cataplasmes émollients jusqu’au 12. Les règles furent abondantes; la tumeur devint moins dure; les mouvements imprimés à l’article malade s’exécutèrent avec moins de difficulté. Le i3, cinq sangsues; elles occasionnèrent une plilegmasie assez forte pour exiger une évacuation sanguine locale abondante. Le 1 5 , l’inflammation avait été enlevée ; la tumeur était revenue au volume qu’elle offrait avant cet accident , mais elle était très-ramollie. Le 16, compression parfaitement bien supportée.

Le 22 , l’articulation est presque revenue à son volume normal; ses mouvements sont faciles. Le s3, cinq sangsues; elles ne produisent aucun effet. Le 25, application d’un vésicatoire; il détermine une excitation légère; on le fait suppurer jusqu’au ier octobre. Les tissus sont ramollis; les règles surviennent. La guérison a lieu le 1 4 ; on applique la compression , et le 25 la malade quitte l’hôpital. (Extrait delà Revue médicale .)

Tumeur blanche du doigt médius , compliquée de

carie. Observation publiée par M. Margot, dans la Revue médicale. « M*** (César), âgé de seize ans, )> d’une constitution lymphatique, portait au doigt » médius une tumeur blanche , existant depuis plusieurs » mois. Le malade avait été , dans son enfance, affecté » des scrofules, et portait encore des marques de cette » affection; la tumeur blanche avait été traitée, en » province, par les moyens' ordinaires et sans nul » succès. Lorsque nous vîmes le malade pour la première )> fois (avril 1820), nous trouvâmes le doigt médius » considérablement tuméfié dans presque toute son )) étendue , mais surtout vis-à-vis l’articulation de la » deuxième avec la troisième phalange. Les mouve- )> ments étaient douloureux et très-bornés, les tissus » d’un rouge violet, très-durs; deux orifices fistuleux , )) à bords calleux et renversés, existaient au côté ra- » dial du doigt, l’un au-dessous, l’autre un peu au- » dessus de l’articulation de la phaiangine avec la pha- » langette ; un pus fétide, noirâtre, assez abondant, p sortait par ces deux solutions de continuité; l’intro- )> duction d’un stylet fournissait facilement la sensation » propre à la carie ; la chaleur de la partie était un » peu augmentée : je prescrivis le repos du membre, )> quinze sangsues, des cataplasmes émollients , la po- )> sition horizontale dans une écharpe; je réduisis les » aliments de moitié. Le canal intestinal me paraissait » en bon état : le malade fut mis à l’usage des boissons » toniques prises dans le cours de la journée, après le

» repas du matin , et jamais k jeun. L’évacuation san- » guine fut abondante ; elle diminua les symptômes in- » flammatoires , mais ne les calma pas complètement ; » elle fut récidivée trois jours après , et cette fois la » maladie devint tout à fait indolente. Les autres mé- » dicaments dont faisait usage le malade, furent con- « tinués seuls pendant dix jours. Le iei mai, par cela » même qu’il n’y avait plus de douleur , je prescrivis » trois sangsues , qui furent répétées en même nombre , » quatre fois, et à des intervalles égaux dans le courant » du même mois. Les cataplasmes et autres moyens )> furent continués. Sous l’influence de ce régime, la » tuméfaction du doigt diminua , les mouvements de- » vinrent plus libres , et les tissus moins durs ; la sé- » crétion purulente fut moins abondante ; l’orifice fis— » tuleux , situé au-dessous de l’articulation , paraissait » sur le point de se fermer; j’y avais fait pratiquer » quelques injections avec le vin miellé, il ne tarda » pas à se cicatriser complètement; cependant la cica- )> trice était violacée, et ne me parut pas d’une très- » bonne nature. Jusqu’au 18 juin, je prescrivis trois » applications de deux sangsues , qui me parurent ne » produire aucun résultat avantageux. A cette époque , » le malade éprouva des palpitations violentes , la » langue devint rouge, l’épigastre douloureux ; je sup- » primai les boissons toniques; je mis le malade à la » diète et à l’usage des boissons émollientes; quinze » sangsues furent placées au pourtour de l’anus; le

» lendemain , douze sangsues sont encore appliquées » dans le même lieu ; 1 écoulement cie sang fut abon- » dant et soulagea beaucoup le malade. La diète fut -» continuée, et le douzième jour je revins aux aliments, )> qui furent graduellement augmentés. Pendant que » je combattais ces complications , la tumeur fut recou- » verte par des cataplasmes émollients ; la cicatrice qui » s’était formée sur le trajet fistuleux inférieur s’ouvrit » de nouveau. Du reste, le mieux se soutenait. Le » malade ne voulut plus, malgré toutes mes sollici- » tâtions, qu’on revînt à l’usage des sangsues; j’essayai )> l’application d’un petit vésicatoire au côté cubital du » doigt; il fut répété huit jours après : sous leur in~ » fluence, le doigt se détuméfia complètement, les » mouvements devinrent libres; il ne subsistait plus que » de légères callosités autour des orifices fistuleux; la » suppuration, du reste, était presque nulle. Je revins » aux injections avec du vin miellé, puis avec du vin )> aromatique ; plus tard, dans quatre onces de ce véhi- » cule , je fis dissoudre quinze grains de sulfate de zinc ; » j’obtins de pouvoir revenir aux sangsues en petit » nombre : en deux mois j’y recourus sept fois , le » malade ne tarda pas à être entièrement guéri. Je » n’ai pas eu l’occasion de revoir le jeune homme de- » puis sa guérison.» (M. E. Margot a soigné ce malade.)

Tumeur blanche de l'articulation cubito -humérale droite . M*** (Joseph), ancien militaire , d’un tempérament bilioso-sanguin, me consulta à l’hôpital

654 CLIJNIQUE CHIRURGICALE

de la Pitié à la fin du mois d’août 1822, époque à laquelle je remplaçais Béclard; l’articulation malade avait triplé de volume ; les mouvements de l’avantbras à demi fléchi étaient extrêmement bornés et fort douloureux ; il n’existait pas d’augmentation de chaleur; la peau conservait sa couleur normale, l’engorgement était dur , la maladie datait d’un an ; elle s’était développée à la suite d’une luxation du coude. Deux fistules pénétrant dans les tissus lardacés s’étendaient , la première jusque sur la partie inférieure et postérieure de l’humérus, la seconde jusque sur le cubitus. A l’aide de la sonde cannelée on sentait ces os à nu ; mais il était impossible d’y reconnaître ni la carie , ni la nécrose : ces solutions de continuité fournissaient une grande quantité de pus dont la nature n’indiquait pas les maladies osseuses dont nous venons de

Trente sangsues, cataplasmes émollients, eau de gomme , repos absolu du membre , le quart d’aliments. Le lendemain suppuration diminuée de moitié ; douleurs milles , même sous l’influence de la pression ; mouvements plus faciles ; le malade est très— affaibli pendant dix jours; cataplasmes émollients , tisane gommeuse , on augmente l’alimentation ; tumeur beaucoup diminuée, liberté des mouvements plus marquée. Le onzième jour les douleurs leparaissent : vingt- cinq sangsues : les morsures en saignent peu; diminution des aliments ; douleurs aggravées : érysipèle assez in-

tensc , je prescris alors quarante sangsues et la diète absolue. Le quatorzième jour érysipèle presque entièrement dissipé : diète , cataplasmes émollients , eau de gomme. Quinzième jour , l’inflammation a cessé : les trajets iistuleux ne donnent pas de pus : deux potages féculents. Dix -huitième jour, quart d’aliments; compression continuée pendant sept jours ; il coule de nouveau un peu de pus par les fistules : six sangsues, cataplasmes émollients , demie* d’aliments. Le vingthuitième jour, cinq sangsues, diminution très-considérable de la tumeur : mouvements du membre plus étendus, ils s’exécutent sans douleur ; il est impossible de faire pénétrer le stylet dans les trajets fistuleux dont les orifices sont néanmoins encore béants et fournissent un suintement purulent; ils sont entièrement cicatrisés le trentième jour : trois quarts d’aliments : le trente-sixième , les cataplasmes sont remplacés par la compression. Le quarantième, l’article présente son volume normal ; continuation du même moyen pendant cinq jours : la jointure jouit de la liberté entière de tous ses mouvements , elle est moins volumineuse que celle du côté opposé. Guérison complète le cinquantième jour. (Extrait de la Revue médicale .)

Tumeur blanche de l’ articulation fémoro-tibiale droite , et coxo fémorale du même coté . Marie Mathieu, âgée de vingt-cinq ans, d’une constitution lymphatique, était affectée, depuis plusieurs mois, d’une tumeur blanche siégeant au genou droit : plus tard

était survenue une luxation spontanée du fémur avec tuméfaction de îa jointure. La maladie de Farticulation tibio-fémorale était due à une violence extérieure, la cause de celle de la hanche n’était pas connue.

Le volume normal du genou était presque augmenté d’un centimètre ( un tiers de pouce) : engorgement dur, jambe à demi fléchie sur la cuisse, mouvements très-peu étendus, augmentation de la caloricité; douleurs vives occupant toute l’étendue de la cuisse ; des pressions légères , pratiquées sur l’article , arrachaient des cris à la malade.

Augmentation du volume delà hanche; la longueur du membre abdominal offre un allongement de deux centimètres environ (sept à huit lignes) : le grand trochanter est plus éloigné de la crête iliaque que celui du côté opposé. On observe à l’aine un engorgement assez développé ; quand on comprime le grand trochanter, et lorsqu’on lui imprime des mouvements, on fait naître de la douleur.

Le i or septembre , vingt sangsues autour de chacune des articulations: cataplasmes émollients , eau de gomme, repos absolu, deux soupes. Le lendemain l’inflammation est diminuée : trente sangsues , le quart d’aliments , point de douleur au genou , celle de la cuisse devient moindre; même régime jusqu’au iq; alors la maladie est indolente; demie d’aliments, tisane de houblon ; continuation du repos et des cataplasmes émollients : diminution très-notable du genou et de l’engor-

gement inguinal. Le n , six sangsues autour de l’articulation tibio-fémorale ; douleur, tumeur légèrement augmentée; au bout de quarante-huit heures , l’excitation trop forte qu’on venait de produire disparaît. Le 14, l’engorgement du genou a diminué de plusieurs lignes.

Le 1 5 , huit sangsues sur l’article coxo-fémoral : diminution de l’engorgement inguinal , cataplasmes * *

émollients, un bain entier. Le 20 , cinq sangsues sur le même point; excitation un peu forte suivie d’un amendement très-marqué. Le genou a diminué de plusieurs millimètres (quelques lignes); il s’est beaucoup ramolli. Le ier octobre, le membre abdominal a perdu un peu de sa longueur; le 2, six sangsues sur le genou. Le 5 , idem; l’amendement continue ses progrès. Pendant les quinze jours qui suivent on applique deux fois cinq sangsues sur chacune des jointures malades : cataplasmes émollients. Le 21 , la longueur du membre est normale , le genou présente encore un très-léger engorgement au-dessous de la rotule ; il existe un peu d’épanchement dans l’articulation ; on applique deux moxas sur la hanche; on met un vésicatoire sur l’article fémoro-tibiale; on a ensuite recours à la compression pendant quatre ou cinq jours. La malade est parfaitement guérie au commencement du mois de novembre. J’ai eu occasion de la revoir, la guérison s’est soutenue. (Extrait de la Revue médicale.)

Tumeur blanche des articulations du tarse chez 1. M

une femme ayant une déviation du pied; abcès. Pauline Bouteillier, journalière, âgée de vingt et un ans, d’une bonne constitution, était affectée depuis son enfance d’une déviation du pied dont la face externe reposait sur le sol ; il n’est pas besoin de dire que la marche était gênée et pénible; ce membre offrait plus de volume que celui du côté opposé ; la moindre fatigue y occasionnait de la douleur. La malade se livra à un exercice prolongé dans le mois d’octobre , elle fut alors obligée de garder le repos : elle entra à l’hôpital de la Pitié le 3 novembre 1825,

Pied très-volumineux , douleur vive, chaleur beaucoup augmentée , tissus durs , pression légère insupportable : le toucher faisait reconnaître sur la face dorsale du tarse un point très-limité de fluctuation. Repos absolu, diète, eau de gomme, vingt-cinq sangsues, cataplasmes émollients. Le 6, la collection purulente s’est accrue; on donne Issue au pus : il était séreux, il exhalait une odeur fétide ; le stylet introduit dans la plaie fournit la preuve que les os n étaient pas même dénudés; la douleur diminua : elle avait cessé le 7. La sécrétion purulente était peu abondant e : le quart d’aliments; même régime jusqu’au 9. On introduit alors le stylet dans le foyer purulent ; il donne de nouveau l’assurance que les os ne sont pas malades : dix sangsues, diminution de l’ engorgement. Le 12, huit sangsues, cataplasmes émollients, demie d’aliments, ramollissement de la tumeur ; l’ouverture pratiquée pour

évacuer le pus faisait voir le tissu cellulaire à Fétat jaune-serin. Le i5, six sangsues; diminution trèsmarquée de la tumeur, d’ailleurs beaucoup ramollie. Le 20, compression légère continuée jusqu’au 28; alors l’engorgement a entièrement disparu : on comprime encore quelques jours. La malade sort parfaitement guérie au commencement de décembre. (Extrait de la Revue médicale . )

Tumeur blanche de F articulation tibio-tar sienne gauche ; ulcères sur la partie inférieure de la jambe. Annette Preau, couturière, âgée de trente-neuf ans , est d’une faible constitution : la maladie articulaire datait de plusieurs mois; sa cause était inconnue; le volume normal de l’article avait augmenté de plus de quatre centimètres cinq millimètres (un pouce et demi) ; mouvements trèsbornés; point de douleur; tissus durs, ils sont lardacés sur les endroits ulcérés ; l’induration s’étend jusque vers le tiers moyen de la jambe.

La malade entra à l’hôpital de la Pitié le 28 juin 1 824 ; dix sangsues; cataplasmes émollients; repos absolu; demie d’aliments; les ulcères rougissent un peu. Trois jours après, six sangsues; meme régime; tumeur légèrement excitée; douleur légère ; cataplasmes émollients; elle disparait au bout de quelques jours. L’imminence des règles fit suspendre les évacuations sanguines : même régime; boissons toniques; menstruation abondante. Le ïo juillet, un peu de ramollissement des tissus, tumeur diminuée de plusieurs

millimètres (quelques lignes) ; on panse les ulcères avec ie chlorure de chaux , ils marchent franchement vers la guérison : sept sangsues; trois applications de quatre à six de ces annélides sont faites dans les quinze jours qui suivent; les tissus deviennent moins durs : d’ailleurs même état de la tumeur. Les règles étant sur le point de venir, on cesse l’usage des sangsues; on continue les autres moyens; trois quarts d’aliments ; mouvements de l’articulation plus faciles. Fendant le mois d’août, on applique quatre fois quatre à cinq sangsues. L’article est entièrement détuméfié , ses mouvements sont très-libres.

La malade devait sortir de l’hôpital, lorsqu’elle fut tout à coup affectée d une violente angine compliquée de tuméfaction œdémateuse très-développée , siégeant au cou : saignée de deux palettes au bras; trente sangsues, eau de gomme, diète. Le rapprochement des mâchoires ne permet pas d’examiner le pharynx. Le lendemain, quarante sangsues; la force du pouls diminue; les douleurs s’amendent beaucoup; on peut voir l’arrière-gorge : on y aperçoit une efflorescence blanchâtre et tous les signes d une angine gangréneuse : Gargarismes d’abord émollients, puis détersifs. Au moment où cette maladie se terminait, un dévoiement violent survint; il persistait malgré l’emploi des moyens ordinaires : quoique la malade fût faible, je fis appliquer douze sangsues à la marge de l’anus; elles réussirent Annette Preau sortit de l’hôpital parfaitement guérie dans les premiers jours de

décembre 1826. (Extrait Je la Revue médicale.)

Tumeur blanche du genou gauche. L. Gallet, âgé de vingt-trois ans, d’une forte constitution, éprouva dans les premiers jours de juin 1824 une contusion sur l’articulation tibio-fémorale gauche; il en résulta beaucoup de tuméfaction et de violentes douleurs ; le premier de ces accidents s’amenda sous l’influence de vingt-cinq sangsues , des cataplasmes émollients et du repos; le second se dissipa entièrement. On mit en usage, pendant plusieurs jours, des bains de vapeurs aromatiques, ils échouèrent : le malade reprit ses occupations et fut bientôt forcé degarder le lit ; il emplo} a des remèdes empiriques excitants qui lui furent nuisibles.

Il entra à l’hôpital de la Pitié le 20 septembre ; l’articulation était beaucoup augmentée de volume, elle était dure, élastique; peau rouge; chaleur très-développée ; jambe à demi fléchie sur la cuisse ; mouvements très-peu étendus et douloureux. La sensibilité de l’article était telle , que le poids des couvertures incommodait singulièrement le malade : saignée générale; cinquante sangsues en deux lois; cataplasmes émollients; diète; eau de gomme : l’inflammation disparaît ; la tumeur se ramollit et diminue. On donne des aliments; ou applique quatre fois six sangsues; on met deux vésicatoires volants; on a de nouveau recours à trois applications de cinq à huit sangsues; on fait des frictions mercurielles. Le malade, parfaitement guéri, sort de l’hôpital dans les premiers jours de novembre. Tous

les matins, on imprimait de légers mouvements au membre ; l’on parvint ainsi peu à peu à étendre la jambe sur la cuisse. (Extrait de la Revue médicale.)

Tumeur blanche du genou droit ( Revue médicale ). « Sajot (Auguste), fondeur en caractères, âgé de dix- » sept ans, d’un tempérament lymphatique, éprouva » en septembre 1825 , à la suite d’une grande fatigue , » une douleur très-vive dans le genou droit ; bientôt il » se manifesta de la tuméfaction. Sayot fut obligé de » se mettre au lit; il garda le repos pendant quinze )> jours; les douleurs devinrent moins fortes, mais la » tuméfaction persista .

» Le malade entra à l’hôpital le 28 novembre iBaô, » nous vîmes le genou augmenté de quatre centimètres » cinq millimètres (un pouce et demi); la jambe était » un peu à demi fléchie sur la cuisse; les mouvements » étaient douloureux, ainsi que la pression; la peau n’a- » vait pas changé de couleur. M. Lisfranc prescrivit le » repos absolu, la position horizontale du membre, » vingt-cinq sangsues, des cataplasmes émollients , le » quart cfaliments , des boissons émollientes.

)> Le 26, la douleur a diminué, la tuméfaction est moins » dure ; on continue le meme régime , les sangsues excep- » tées , j usqu’au 29. La tuméfaction, à cette époque , avait » diminué de près d’un centimètre (un tiers de pouce).

» Le 00 , la maladie étant tout à fait chronique , » M. Lisfranc ordonna huit sangsues, quatre de chaque » côté de la rotule ; les cataplasmes furent continués ;

» le malade fit usage des trois quarts d’aliments et de » la tisane de houblon ; ce régime fut continué jusqu’au » 4 décembre ; à cette époque , nous observâmes une » diminution d’un centimètre (quatre lignes) à la partie » supérieure de la tumeur; elle était encore plus consi- » dérable au milieu; la partie inférieure n’avait subi » aucun changement. Le sujet éprouva quelques dou- » leurs dans l’aine du côté malade; on remarquait un » petit épanchement dans l’articulation.

» Le 8, quatre sangsues sur le genou, même régime; )> ramollissement très- marqué. Le 9, on ordonne la )> compression; elle fut supprimée au bout de trois » jours, et produisit peu d’effet. Un vésicatoire volant » fut appliqué le 12 : il excita assez fortement; il fit aug- » menter la tumeur ; M. Lisfranc prescrivit de le faire » suppurer quelques jours. L’excitation disparut; la » tumeur diminua, et le malade , à la fin de décembre,

» touchait à sa guérison complète. Une imprudence,

» faite le ier janvier, fit revenir le gonflement et les » douleurs; Sayot marcha pendant plusieurs heures; » une application de vingt-cinq sangsues, des cata- » plasmes , des boissons émollientes , le quart d’ali- » ments et le repos absolu calmèrent ces accidents. Un )> nouveau vésicatoire volant, appliqué vers le milieu » du mois de janvier , la compression établie pendant )> cinq jours, ont ramené l’articulation à son état nor- » mal , et Sayot est sorti parfaitement guéri le 1 1 fé- » vrier 1826. »

Tumeur blanche du genou, gauche. Lambert , âgé de trente -cinq ans, d'une bonne constitution, portait depuis quinze années une tumeur blanche du genou gauche : il entra à Fhôpital de la Pitié le 2 1 novembre 1 835 ; le volume normal de l’article avait augmenté de six centimètres (deux pouces) ; le sujet éprouvait une douleur violente ; l’engorgement était dur et chaud : il paraissait exister une ankylosé vraie : la jambe était d’ailleurs étendue sur la cuisse. Dans l’espace de vingt jours , je fis appliquer trois fois vingt - cinq sangsues ; j’eus recours aux cataplasmes émollients, au repos absolu, à la demie d’aliments; la tumeur resta stationnaire; l’inflammation fut seulement un peu amendée. J’employai alors huit décigrammes (seize grains) de calomel unis à quinze centigrammes (trois grains) d’opium muqueux ; le malade prit ces médicaments en trois doses, à des intervalles égaux, dans le cours de la journée.

Aussitôt que la salivation fut produite et bien développée , l’élément inflammatoire se dissipa complètement, et dans l’espace de dix jours que dura le ptyalisme , l’engorgement articulaire perdit un centimètre cinq millimètres (un demi-pouce) de son volume; mais il demeura ensuite stationnaire. Je le combattis par les frictions de pommade d’iodure de plomb, parla compression , établie d’abord avec de l’agaric et des circulaires de bande; plu^ tard j’employai L*s compresses graduées ; je dissipai ainsi peu à peu la tumeur, et le

DE LA PTTIE.

malade fut guéri avec une ankylosé qui paraissait être vraies on sait que je me suis expliqué ailleurs sur le diagnostic de cette maladie.

Tumeur blanche rhumatismale du genou gauche. Fuiste (Alexandre) , âgé de trente-cinq ans , d’un tempérament biiioso - sanguin , entra à l’hôpital de la Pitié, le ii juillet 1 83 1 . Cet homme avait, à plusieurs reprises, éprouvé des douleur^ rhumatismales bien caractérisées ; un rhumatisme aigu se fixa sur son genou gauche ; il passa à l’état chronique : le volume normal de l’article avait augmenté de sept centimètres cinq millimètres (deux pouces et demi); il existait de la douleur, qu’exaspéraient beaucoup les moindres mouvements.

J’administrai les boissons émollientes , je fis appliquer trente sangsues autour de la maladie; au bout de huit jours je répétai cette évacuation sanguine; je continuai d’ailleurs l’usage des cataplasmes émollients , je n’obtins aucun amendement; je fis poser un large vésicatoire au côté externe de la cuisse , à l’union du tiers supérieur de ce membre avec son tiers moyen : on entretint ce vésicatoiie ; le lendemain même de son application , la douleur était moindre; six jours après elle avait complètement disparu , et déjà le volume de la tumeur blanche avait diminué d’un centimètre (un tiers de pouce ) , mais cet amendement si rapide suspendit bientôt sa marche ; j’eus recours aux frictions de pommade d’iodure de plomb et à la compression , qui

firent justice du reste de l’engorgement : le vésicatoire fut alors supprimé. Le sujet cessa aussi la tisane sudorifique dont il faisait usage depuis que sa maladie était devenue indolente \ il s’accoutuma peu à peu à faire de l’exercice, et son genou recouvra la liberté entière P libre et facile de tous ses mouvements.

N’omettons pas de faire observer que ce malade était venu, il j a quelques années , nous demander des soins pour une tumeur blanche due à la meme cause , et que nous l’avions guéri à l’aide des mêmes moyens : cette lois , la guérison avait été beaucoup plus prompte ; la tumeur blanche offrait beaucoup moins de développement.

QUELQUES CONSIDÉRATIONS

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