Le (dilatation variqueuse des veines
du testicule et du cordon spermatique) , qu’il ne faut pas confondre avec le varicocèle (varices des veines du scrotum), constitue une infirmité assez commune et souvent fort incommode. L’étiologie éclaire peu ici la thérapeutique. Le cirsocèlcy outre les causes générales des varices , trouve une cause spéciale dans la structure anatomique du cordon , par le défaut de valvules dans les veines testiculaires et par l’ascension directe du sang veineux. Sa plus grande fréquence à gauche peut être attribuée au volume plus gros du testicule gauche, à la longueur plus grande' du cordon, et à l’embouchure à angle droit de la veine spermatique dans la veine émulgente, tandis que la droite s’y verse sous un angle aigu , enfin à l’accumulation des fécès dans rS' iliaque du colon, qui contribuent encore par leur pression continue à ralentir la circulation veineuse, sans même qu’il y ait constipation habituelle.
La cure des varices s’obtient par ohlitéi’ation ;
mais alors je me demande quelle influence elle doil exercer sur la nutrition de l’organe et sur les fonctions génitales. Que deviendra le testicule? comment le sang s’en rctournera-t-il? Ces questions importantes que j’ai soulevées ( 7'raité d'anatomie topographique ^ , p. 382), et que nul n’avait
résolues, avaient évidemment besoin detre préalablement élucidées: cai' comment, sans cela, procéder à une opération? Or, je trouve que deux voies sont ouvertes : d’abord les veines du canal déférent, qui se dilatent ultérieurement, puis les anastomoses qui, du testicule et de l’épididyme, se rendent aux veines honteuses.
La méthode thérapeutique de Breschet a marqué un progrès réel. Pour remédier aux inconvénients qu’elle présente encore, j’ai imaginé une pince particulière dont les deux branches, légèrement arquées, sont articulées à charnière à l’iine de leurs extrémités : leurs mors ont deux centimètres de longueur sur six millimètres de largeur; ils sont munis de dentelures ou rainures transversales comme celles des pinces à disséquer, mais plus grosses et plus arrondies. Les rainures opposées ne sont en contact qu’à l’extrémité des mors, et ne se touchent, par toute leur surface, que quand on serre fortement les branches de l’instrument; ces dernières sont rapprochées par une vis de rappel , située environ sui’ le milieu de leur longueur : celte vis est garnie d’une clé pour la faire mouvoii-.
Voici comment on applique celte pince : l’opérateur, relevant le pénis contre le ventre, prend avec les deux mains le cordon spermatique , isole et rejette du côté opposé le canal déférent, puis l’arlére spermatique et les nerfs qu’il peut sentir à travers les téguments. Alors, abandonnant toutes ces parties à un aide, il conserve entre les trois premiers doigts de la main gauche les deux veines variqueuses qu’il se propose d’oblitérer. Il adapte les deux mors de la pince un peu au-dessus de ses l'oigls, qui n’abandonnent les vaisseaux que lorsqu’on s’est convaincu qu’ils sont sûrement comprimés; on tourne la vis de rappel, sauf à resserrer encore la pince les jours suivants; on l’enlève dès que la mortification est produite.
Or, les mors de ma pince étant plus larges que dans l’instrument de Breschet, détruisent moins vite les téguments, oblitèrent les veines dans une plus grande étendue, et donnent ainsi moins de de chances de récidive; les mors moins longs ne mortifient que les veines variqueuses et leurs téguments, sans détruire, comme le faisait Breschet, une plus grande quantité de ceux-ci qu’il n’est nécessaire pour la cure. Au-dessus des mors est ménagé un espace libre assez étendu pour que les téguments étrangers à la lésion soient à l’abri de toute compression et même de toute gêne: c’était un inconvénient majeur dans les pinces précédentes. Enfin, la direction parallèle de leurs mors permettait au vaisseau de s’échapper au moment
même où la slriclion devenait plus forte, tandis que rextrémilé des mors de notre pince , se rencontrant sous un angle très aigu, empêche les varices, une fois saisies, de s’échapper, ce qui est une garantie de plus pour le succès de l’opération. J’ajouterai que l’application en est beaucoiq) moins douloureuse, et qu’elle m’a déjà réussi dans nombre de cas. (Voyez mon .Mémoire inséré dans le Giornale dette scienze mediche deTuiin, 18^tà; et Gazette medicale de Mitari^ 18à5 , n® 17 ; et l’article du docteur Olivet, publié avec gravure dans la Gazette médicale de Strasbourg ^ décembre 18àà .)
23. Quant à V hydrocèle (13) je me bornerai à dire que les làO opérations que j’ai eu à pratiquer, ont de plus en plus confirmé l’importance des corrections que j’avais indiquées {^Anatomie topographiciue 372) toucliant la solution aqueuse d’iode pour l’injection ordinaire. J’avais prouvé
(13) Un inconvénient dont tous les chirurgiens ont à se plaindre dans l’opération de l’hydrocèle, c’est le reflux du liquide après 1 injection. S agitil du vin chaud? il vous brîlle les doigts; s agit-il de la solution iodée? elle vous teint la peau de taches jaunâtres, d’un aspect sale et désagréable, et toujours plus ou moins longues â faire disparaître. Ajoutez à cela que, les conditions d’une bonne injection étant ainsi altérées, le résultat de l’opération elle-même peut rester incomplet. C est là une imperfection notoire de tous les trocarts usités. Frappé de cet inconvénient, j ai depuis longtemps cherché à y remédier, et j’y ai réussi en ajoutant un robinet a la canule: aussitôt que l’injection est faite, on tourne la clé du robinet, et, soit vin chaud, soit solution iodée, il ne s’écoule pas une goutte du liquide. Depuis plusieurs années je me suis servi avec avantage de mon h-ocai t à robinet ; j’en ai fourni un modèle à M. Charrière, à Paris, et je sais que depuis lors on l’emploie rréqueinment dans les hôpitaux.
que, riocle n’étant piesque pas soluble dans l’eau (l’iode exige 7,000 d’eau ) , la teinture iodée se trouve décomposée par l’eau de l’injection, et l’iode se précipite. Il fallait un menstrue puissant; je l’ai trouvé dans l’iodure depotassium, qui n’altère point les propriétés du mélange; je me suis arrêté à la formule : /?. teinture d’iode, 20 grammes; iodure depotassium, 1 gramme; eau-de-vie camphrée , 10 grammes. '
Les maladies et les plaies des vaisseaux , les ligatures d’artères avec leurs anomalies, les anévrismes traumatiques ou spontanés se sont présentés en si grand nombre, qu’il est douteux que mes devanciers en aient rencontré davantage. J’ai été ainsi favorisé pour accomplir les recherches que j’ai entreprises dès \8h5 sur une méthode nouvelle pour la guérison des anévrismes sans opération sanglante , à l'aide de la ^alvano-punctuj'e.
Les anévrismes se rangent à juste litre parmi les maladies les plus graves du cadre nosologique. Si, en effet, on les abandonne à eux-mêmes, la mort, a quelques rares exceptions près, en est la terminaison habituelle; si la chirurgie en entreprend la cure, des accidents redoutables peuvent accompagner ses tentatives. La ligature artérielle, qui est à coup sûr le meilleur moyen de l’art, ne laisse pas que de compter de nombreux revers: ainsi, bien que tous soient loin d’être connus, on voit que, sur 50 ligatures de l’artère crurale, on ne trouve pas moins de 8 morts, sans parler de 12 cas
de gangrène, 13 d’hémorrliagie, et nombre d’abcès ; il y a 1 mort sur 6 opérés pour la carotide (7 morts sur Ub ligatures pour anévrismes) ; il y en a i/U pour l’iliaque externe (18 morts sur 71 ligatures; voyez Velpeau, Médecine opératoire^ 1839, t. II, p. 1^4,153 et 232); sur 32 ligatures de la sousclavière et de Taxillaire, on avoue 15 morts, c’està-dire plus de la moitié des opérés (Lisfranc, 183^); enfiil, sur 17 cas d’application de la méthode de Brasdor aux anévrismes du tronc brachio-céphalique et de l’origine de ses branches, on compte jusqu’à 12 morts, c’est-à-dire plus des deux tiers ^ (Diday, Gazette médicale, 18à5, n° 8). De ces statistiques que je prends toutes laites, il résulte que ce serait à coup sûr une conquête précieuse que la curabilité des anévrismes sans opération sanglante. Je songeai à recourir au galvanisme. L’idée première, due à l’un de nos -honorables confrères de Lyon, était restée à l’état de simple conception spéculative; méthode et procédé, tout était à créer; il y a plus, l’idée elle-même avait été condamnée avant d’avoir été convenablement appliquée. II m’a fallu d’abord la relever de la proscription qui pesait sur elle avant mes propres expériences (là). Je cherchai donc à analyser avec
(14) En 185Ô tout se résumait clans les lignes suivantes de MM. Marjolin et P. Béi’ard ' « On a imaginé de provoejuer la coagulation du sang M dans le sac à l’aide de l’électricité, qui y serait transmise par des ai- '« giiilles plongées dans la tumeur. Cette idée, qui est due à M. Pravaz, “ n'a point encore, à notre connaissance, été mise a exécution. » (Dict-
soin les éléments du problème , et je m’occupai de démontrer l’efficacité de ce nouvel agent parla physiologie expérimentale, et la réalité de sa puissance thérapeutique par l’observation clinique.
Or, avec la ligatuie et la compression, que se propose l’opérateur? c’est d’empécher l’abord d’une nouvelle quantité de fluide , et de déterminer ainsi la coagulation du sang dans la tumeur, et successivement l’oblitération de l’artère jusqu’aux premières collatérales : c’est cette coagulation qui fait la base du traitement chirurgical; la ligature artérielle est le moyen de l’art. Il s’agissait d’éliminer cette opération sanglante et ses accidents possibles, tout en conservant le résultat. J’en demandai le seciet à la galvano-punclure. Mais comment s y prendre pour réussir? comment faire passera
en 30 vol., arl. Jneorisme, t. 1!1, p. 50). Alors je m’adressai à M. Pravaz lui-meme, qui m assura que l’expérience n’nvail jamais élé faite ni sur les animaux ni sur l’homme. Ce moyen était abandonné , et en 1835 il n’en est meme plus question 1) \’ ar\\c\e Electricité àn Dictionnaire précité (t.XI), non plus qu’en 1844 à l’article Sang, que M. Guérard, son auteur, a mis au niveau de la science ( t. XVIII). J’ajouterai qu’en 1838 ce moyen avait élé formellement condamné par le docteur Gérard, de Lyon, comme dangereux et incapable d’oblitérer une vaste cavité anévrismale ( Essai sur la ■phijsxologxe de la coagulation du sang ; thèses de Paris, 1838, n° 306). D’ailleurs on n’y donna pas suite. En 1859 M. Vidal de Cassis écrivait, dans un livre devenu classique, que l’expérience n’en avait pas élé faite ( Pathologie externe, t. I, p. 320); en 1844, le docteur Guettet , dans un travail fort bien fait sur le traitement des anévrismes, disait très catégoriquement : « Les insuccès de la galvano-puncture me dispensent d'en « parler. » (Thèses de Paris, 1844, 31 décembre). Tel était l’étal de la question avant mes premières recherches. On conviendra que la méthode était loin d’exister.
l’élal de réalité une conception que tous avaient à l’envi oubliée ou condamnée? Le problème, com- ‘ me toutes les choses nouvelles, était hérissé de difficultés: il fallait donc les isoler par l’analyse pour saisir chacune d’elles corps à corps, afin de mieux les vaincre.
Il ne suffit pas, pour coaguler le sang dans un anévrisme, que l’électricité arrive à la surface de la tumeur, ni même qu’elle y pénètre dans un seul endroit ; il faut qu’elle soit directement transmise jusqu’au fluide sanguin, par deux points opposés.
Mais cette électricité même, qui est un corps simple pour le physicien, n’a point une action simple sur le corps vivant; ses effets, au contraire, sont très complexes. L’observation rigoureuse des phénomènes m’a conduit à une distinction très importante en pathologie : on peut reconnaître, avec nous, que la pile a : une action électrique ,
qui ébranle le système nerveux cérébro-rachidien , énerve le patient et lui fait subir de douloureuses secousses électro-dynamiques ;
2° Une action calorifique, qui produit Tustion des tissus vivants, cautérise tout ce qu’elle touche, et amènerait des escharres et même la gangrène , si elle portait avec force sur une certaine étendue de surface ;
3*^ Enfin, une action décomposante qui réduit les corps hétérogènes, désagrège leurs molécules, et sépare leurs éléments qu’elle précipite sous des formes diverses.
il s’agissait donc de niidliplier cette dernière force, en même temps qu’on affaiblirait les deux premières. Or, nous trouvons que \ action électrique de la pile augmente sous l’empire des multiplicateurs et par les chocs qu’entraîne la production des étincelles; qu’elle diminue, au contraire, quand on fait agir l’instrument sans multiplicateur, avec un courant continu sans étincelle, et que le fluide est transmis par des conducteurs isolants. L’action calorifique se multiplie par l’étendue et la superficie des éléments, comme cela a lieu dans les piles en hélices, et se réduit à son minimum quand les éléments voltaïques sont de petite dimension, et qu’on les fait fonctionner avec des conducteurs isolés, sans interrompre le cours du fluide. La force décomposante ^ enfin, n’augmente pas proportionnellement aux surfaces, elle est en raison directe du nombre des éléments.
Voilà donc cette partie de la question résolue; elle se résumait ainsi : multiplier les éléments, leur donner peu de superficie, faire agir le fluide par un courant continu, le transmettre par des conducteurs isolés, telles étaient les conditions fondamentales.
Ces règles, une fois découvertes et bien établies, ne permettaient plus de confondre Vélectro-puncture avec la galuano-puncture , comme on l’avait fait jusque-là. L’électricité , ne possédant que l’action électro-dynamique sans valeur dans l’espèce , était insuffisante pour satisfaire aux exigences du pro-
l)lèine, et par consé(juent la machine électrique et tons les appareils à multiplicateur employés en médecine se trouvaient exclus de nos expériences. Le galvanisme seul devait être invoqué.
Sans blâmer ni proscrire les autres piles (car toutes peuvent réussir), j’ai été conduit par des observations comparées à accorder une préférence à la pile à colonne, comme moins exposée à se déranger, plus commode à nettoyer, plus facile à entretenir, et surtout comme douée d’une puissance qu’on peut augmenter ou diminuer à volonté, en changeant seulement le nombre des éléments»
Restait à étudier le meilleur mode de préparation. Je suis également arrivé, par des expériences multipliées, à préférer, pour charger la pile, une solution concentrée de sel ammoniac (hydrochlorate d’ammoniaque), comme plus active que la solution de sel marin (chlorhydrate de soude) et d’une force plus soutenue que l’eau aiguisée d’acide nitrique ou hydrochlorique, comme on a l’habitude de le faire.
La pile ainsi organisée va donc coaguler le sang dans l’anévrisme; mais, si l’on ne modifie le cours de ce liquide, on risque de voir le caillot entiaîné à mesure qu’il se forme: de là, la nécessité d’une compression, au moins temporaire, pour agir sur le système des vaisseaux, soit afférents, soit efférents, suivant les régions anatomiques.
ï.es conducteurs isolés, dont nous connaissons
déjà ropporUinité, sont représenlés par de longues épingles en acier que nous ferons recouvrir d’une couclie isolante avant de les enfoncer dans la poche anévrismalique , pour empêcher le fluide soit d’éprouver des déperditions fâcheuses, soit de produire l’ustion ou la gangrène des parties molles cpi’il traverse.
Il serait superflu de redire par quelle série d’épreuves je suis parvenu à établir qu’il convenait d’implanter les épingles ou aiguilles sur des points opposés pour mieux se correspondre , de les placer dans une direction oblique ou perpendiculaire à celle du sang, pour opposer une barrière à son cours (15); de les rendre convergentes (sans qu’elles se touchent pourtant, de crainte de cautérisation), pour aider à l’influence galvanique, et de les multiplier dans les anévrismes volumineux, pour obtenir d’emblée un bon nombre de caillots qui offrissent une charpente suffisante pour le coagulum général; et enfin de changer plusieurs fois la direction des courants (sans changer toutefois
(15) Dans le sac le liquiLle sanguin doil ôlre slagnanl el immobile aulanl que possible, surtoul si le tuyau artériel est d’un certain calibre; le malade sera couché ou assis lixémeiU dans un fauteuil, ,1e continue à em- [)loyer des épingles eu acier, qu’une expérience comparative a montrées depuis être préférables A celles en ploline {Gazette de Milan, 25 juillet 1846). .le leur ai ajoiilé des têtes en spirale, modilicaiion tiès commode pour accrocher les fds conducteurs, et favoriser par leur immobilité la continuité du courant galvanique, ce qui est une condition importante pour la réussite complète. (Voyez nos dernières observations dans le BuUetiic de thérapi‘uli>iiic , n° du 30 octobre 184!).)
leur nature), afin de faire agir le fluide voltaïque dans divers sens, de manière à produire une multitude de filaments étendus, comme la trame d’un filet, au milieu de la masse sanguine. Ce n’est pas le lieu de relever ici l’étrange erreur de quelques critiques qui, sur ce point de la manœuvre opératoire, ont commis un véritable contre-sens cliiraique (16).
Une fois sûr de ces conquêtes, je procédai à l’application delagalvano-puncture. Jenedirai pas avec quelle émotion et quelles inquiétudes je passai de la spéculation à l’épreuve clinique. La découverte
(16) Je dois montrer combien ces critiques se sont trompés en croyant que je faisais agir les deux pôles successivement sur toutes les épingles. Je ne saurais trop protester contre une pareille application de 1a galtanopuncture ; car la chimie nous enseigne que l’un des pôles viendrait alor.s dissoudre ce que l’autre a coagulé. Je sais que certains opérateurs ont procédé de la sorte, mais c’est un véritable con<re-se/»s chimique. Il faut changer la direction des courants, sans changer leur nature. Ainsi, par exemple, soient quatre épingles implantées dans la tumeur, comme aux quatre coins d’un carré, à savoir: deux en dedans, et deux en dehors; les fils conducteurs seront d’abord appliqués sur les deux aiguilles supérieures, de façon à produire un premier courant horizontal supérieur. Notons que le pôle zinc est placé en dehors , et le pôle cuivre en dedans. Si l’on abaisse ensuite le pôle xlnc sur l’aiguille inférieure, mais toujours en dehors, on aura un deuxième courant oblique. Alors , mettant à son tour le pôle cuivre en contact avec l'aiguille inférieure, mais toujours en dedans , on aura un troisième courant horizontal inférieur. Enfin , si l’on remonte le pôle zinc sur l’aiguille supérieure et externe, il se fera un quatrième courant oblique qui croisera le deuxième, et l’on aura décrit un ^ fermé à ses deux exlréniilés comme le démontre la figure ci-jointe ; mais les
courants galvaniques n’auront point changé de nature. Il serait superflu d’insister davantage sur l’importance de ces préceptes ; j’espère au moins (|u’pn ne se méprendra plus sur les détails de cette manœuvre.
se trouvait aux prises avec les dillicullés à vaincre ; la science était mise en présence de la pratique qui allait la juger: aussi ne saurais-je peindre toute ma joie lorsque je vis les prévisions de la théorie se réaliser une à une, et trouver dans le contrôle des faits une sanction éclatante; la démonstration était d’autant plus péremptoire qu’elle parlait aux sens, et qu’elle pouvait se suivre de l’œil et se toucher du doigt.
Je ne rappellerai point l’iiistoire détaillée de ce ' jeune maçon, atteint d’un anévrisme temporal, qui fut guéri en quelques jours; ni de cet étudiant en pharmacie, qui me fut adressé de Salins par le docteur Matuzewicz , pour un anévrisme traumatique de l’artère brachiale, d’autant plus grave qu’il y avait complication d’une maladie du cœur, et qui néanmoins put repartir, après moins d’un mois de traitement, avec conservation de tous les mouvements du membre ; ni de ce sexagénaire de Barcelonnette, que le docteur Jaubert m’envoya des Haules-Âlpes , pour un volumineux anévrisme spontané de l’artère poplitée, et qui put retourner dans son pays après trois semaines , sans avoir éprouvé le moindre accident; ni de ce prêtre de Saint-Etienne, que le professeur Imbert, de Lyon, me recommanda pour un anévrisme traumatique du pli du coude, et que j’opérai avec succès en présence du docteur Leroy d’Etiolles, de Paris; ni, enfin , de ce charron de Rives, que le docteur David, de Voiron, me pria de traiter par ma méthode pour
une lésion de même nature, au commencement de cette année, et que depuis un des internes de cet hôpital a vu rendu à ses foyers et à ses travaux, comme s’il n avait jamais été malade; etc. , etc. (17).
Tous ces faits sont de notoriété publique; parmi les hommes de l’art qui me font l’honneur de m’entendre, un grand nombre ont vu et examiné les malades avant , pendant ou après l’opération. Il y a plus : j’en ai présenté deux à la Société de Médecine de Lyon, qui a vérifié elle-même les résultats que j’indique. (Séances du 28 juin 18fi6, et du 16 avril 1849.)
25. Je possède aujourd’hui un grand nombre défaits: ce n’est pas cependant que j’aie été exclusif à propos de ma méthode , loin de là; je me suis efforcé d’en distraire tous les cas qui ne la comportaient pas, et je doute qu’aucun de mes devanciers ait pratiqué plus de ligatures artérielles. C’est ainsi que j’ai successivement eu plusieurs fois à lier la cubitale , la radiale, la brachiale.
(17) Leur guérison ne s’esl point démentie. Quelques critiques nraienl élevé des doutes sur la persistance de la cui’e. Je répondrai ici (oucliani le malade de Barcelonnette , opéré en juin 1846 , que son fils m’écrivit plusieurs mois après, que la guérison était complète et ne laissait rien à désirer. Le prêtre de Saint-Etienne, que J'opérai en août 1846, eu présence de M. Leroy d’Etiolles , a parfaitement guéri ; il en a été do même des autres que je cite. Quant au charron de Rives, opéré en mars 1849, il était également guéri avant son départ; il a, de plus, été suivi pendant plus de deux mois par M. Gérin, qui l’a laissé, le 7 juillet 1849, bien portant et ayant repris son métier de charron -forgeron , comme s’il n’eni jamais été malade.
l’axillaire (18), la carolide, la tibiale, la fémorale, etc., en un mot toutes les artères princi(3ales.
Ce n’est pas , comme quelques critiques ont affecté de le dire, par suite de l’inflammation ou de la suppuration que la cure s’opère dans la galvano-puncture ; non , la coagulation du sang est immédiate; la tumeur anévrismale se condense et durcit sous les doigts de l’opérateur pendant l’expérience même. C’est un phénomène constant , qu’ont vérifié comme moi tous ceux qui ont assisté à nos recherches : il a lieu dans les anévrismes de toutes dimensions, petits, moyens et gros; il n’y a qu’une différence de temps.
Aujourd’hui le but paraît atteint. J’avais travaillé à créer la méthode et à l'élever au rang des opérations réglées. Je puis croire que j’y ai réussi , puisque les principes que j’ai posés ont permis à d’autres d’obtenir les mêmes succès en suivant mes traces ; et, à cette heure, les guérisons se sont multipliées partout. C’est donc désormais une conquête accomplie pour l’art de guérir.
Toutefois, je suis le premier à le reconnaître, elle est susceptible encore de modifications heureuses ; rien de ce qui sort de la main des hommes n’est parfait; aussi appelle-t-elle quelques perfectionnements de détail : et, par exemple, nous avons
(18) Voyez les procédés opératoires que j’ai fait connaître pour la ligature des artères axillaire , ischiatique et honteuse interne. ( Revue médicale, octobre 1845; Gazelle médicale de Milan , 1845, p. 421 ; et mes Mélanges de chirurgie, 1846, p. 257.)
beaucoup diminué les douleurs, il reste à les enlever toutes; il reste à préserver complètement les parties molles de toute espèce de brûlure et d’escharre; il reste à trouver la dose juste de fluide nécessaire pour la coagulation du sang, sans exposer'cependant à la suppuration du sac, etc. Mais ce sont là des questions accessoires; la méthode est créée, il ne m’appartient pas de la juger; je me borne à exposer ses heureux résultats, et l’extension qu’on en fait à la cure des varices, des anévrismes artérioso-veineux , des materni ^ etc. Au reste, les commissions scientifiques nommées par les Académies lui ont été favorables en France et à l’étranger. Parmi les encouragements des Sociétés savantes, je placerai en première ligne ceux qu’a bien voulu nous accorder l’honorable doyen (19) de
(19) « Ce travail offre un intérêt dignç( de fixer l’attention de tous les
« philanthropes, et surtout de ceux qui s’occupent de l’art de guérir
•< Etant bien instruits de la nature de la maladie que M. Pétrequin est « parvenu à guérir par la galvano-puncture, vous admirerez, comme moi, •« cette découverte importante de thérapeutique chirurgicale. Le succès - de ce mode de traitement est dit à la persévérance du génie de l’auteur. ■« En effet. Messieurs, l’inventeur de ce procédé curatif a commencé par <« anal)'ser avec soin l’effet du fluide galvanique sur le sang ; il a calculé « avec précision tout ce qui tient à l’action dynamique de cet agent pour « rendre le sang plus plastique ou plus concrescible ; il a démontré les H conditions du courant galvanique, etc., etc.
« Je m’abstiendrai dans ce Rapport de vous entretenir en détail de .< toutes les guérisons obtenues par notre auteur, et à l’aide desquelles •. il a établi les données curatives de celte grave affection, parce qu’elles « n’ajouteraient rien de plus à l’importance de la découverte , que vous ~ pouvez apprécier aussi bien que moi...
« Tout progrès mérite des éloges ; celui que nous signalons les mérite
la cliirurgie lyonnaise (M. Viricel) au sein de 1 Académie de celle ville. Ajoutons que la galvanopuncture a élé expérimentée avec bonheur à Paris, en Angleterre et en Allemagne; mais c’est surtout en Italie qu’elle a élé accueillie, pour ainsi dire, avec acclamation ; c’est sans doute que la patrie de Galvani et de Voila a vu , pour ces illustres phvsiciens, une gloire de plus dans celte nouvelle application du galvanisme (20).
« particulièrement : je ne saurais mieux terminer ce Rapport qu’en disant .. que M. Pétrequin doit être placé au nombre des bienfaiteurs de l’iiu-
inanité , en agrandissant par la science les ressources de la tbérapeu- « tique. » (Extrait du Rapport fait le 20 avril 1847 à l’Académie des sciences de Lyon par M. Viricel, ancien chirurgien en chef de l’Hôtel-Dieu de Lyon. )
(20) L’auteur de V Annuaire de médecine et de chirurgie pratique pour 1847, M. le docteur A. Wahu , s’exprime ainsi (^Préface , p. 5) :
« Une des nouveautés chirurgicales les plus remarquables , est sans « contredit l’heureuse application faite par le docteur Pétrequin de la gal- » vano-puncture à la guérison radicale des anévrismes. Nous avons cher- ■t ché àrendre le plus intéressant possible l’article relatif à cette découverte « si importante pour l’espèce humaine. Comme nous le disons en termi- •' naiit cet article, MM. Pétrequin et Leverrier ont tous deux fait à priori X une application des lois de la physique. Nous laissons à l’avenir le soin < de décider laquelle de ces deux découvertes aur a, dans un temps donné , « été le plus profitable à l’humanité ; mais , en attendant le jugement de la >« postérité, il nous semble que le génie qui perfectionne les moyens •* d’arracher à la mort ses victimes, peut être mis sur la même ligne au « moins que le génie qui va dans l’espace chercher des mondes avec les- “ quels nous n’aurons jamais d’autres points de contact que nos rayons » visuels. »
-■Vprès avoir donné l’analyse des faits , M. Wahu ajoute : « Il y a là un « service notoire rendu à la science et surtout à l’humanité , et l’année <« i84ü aura été richement dotée sous ce rapport. La découverte de M . Pé- X trcquin lera moins de bruit, sans doute, que celle de M. Leverrier ; mais
26. Mes recherches expériinenlales sur la galvano-puncture m’ont conduit à une autre innovation chirurgicale , qui ne laisse pas d’avoir une certaine importance, à cause des cas nombreux qui peuvent en réclamer l’usage : je veux parler d’une nouvelle espèce de traitement pour certaines tumeurs sanguines. Sui‘ leur pathologie , jusqu’ici peu avancée, j’ai pu jeter aussi quelque lumière.
On doit les diviser en deux classes : 1“ celle où le sang est encore soumis aux lois de la circulation; 2° celle où le fluide, amassé dans une poche, est plus ou moins soustrait à cette influence.
La véritable tumeur sanguine s’entend de celle où il stagne en conservant plus ou moins ses qualités de sang veineux ou capillaire : tantôt c’est une cavité close où il arrive comme par exhalation ou par exosmose, ce qui constitue des espèces de diverticulum du système capillaire, où le sang, sans cheminer comme dans les canaux de l’arbre circulatoire, se meut toutefois lentement par la vis à assez du moins pour maintenir sa vitalité; tan-
'< il csl facile , (lès aujourd’hui , de décider laquelle des deux sera la plus « prolilable au monde ; et si , comme cela doit évidemment avoir lieu a >• une époque plus ou moins éloignée , il y avait en France , dans ce •< pays qui marche en télé du progrès, un ministère do la santé publique, « certes , en même temps qu’on prodiguait à la brillante découverte de « Leverrier des récompenses de toute nature , on aurait trouvé un en- « coiirayemeni national à offrir à rutile invention de M. Pélrequin. Tous « deux ont ap|)lic]ué à priori les lois de la pliysiquc ; nous laissons à nos •< lecteurs à juger lequel des deux aura , dans un temps donné , rendu le « plus de services à l’humanité. <• — ( .4 nnuaire , p. 180, )
tôl c’est une cavité à cellules multiples, creusees dans l’épaisseur des tissus , aux dépens du système cellulaire , avec des cloisons incomplètes qui laissent communiquer entre elles les differentes parties du liquide sanguin. Ce dernier, d apparence veineuse , donne à la masse une couleur brune qui se dessine à travers le tégument , quand le mal est devenu assez superficiel pour en soulever la surface : souvent alors il revêt 1 apparence des dégénérescences vasculaires, comme les tumeurs érectiles, nœvi maierni , etc.
Dans les deux cas, ce sont des tumeurs molles, indolentes , sans chaleur , dépressibles sous le doigt , mais non complètement réductibles, enfin plus ou moins tendues etrénitentes suivant qu’on favorise l’arrivée ou le départ du sang qu’elles renferment.
Leur cause est souvent traumatique, et leur siège de prédilection m’a paru spécialement dans les organes cellulaires où les vaisseaux capillaires abondent, surtout si la présence d’un os sousjacent, ou la nature même de la région toujours à découvert, exposent à faction des puissances vulnérantes: tel est le front, par exemple, où siégeaient la plupai t de celles que j’ai rencontrées.
L’art a peu fait pour leur guérison : la ponction sous-cutanée, et même l’incision, sont impuissantes. Procède-t-on à des opérations sanglantes, comme l’extirpation ? si leur efficacité est l éelle , leur danger l’est encore plus. L’ablation est imprati-
cable pour les coulisses tendineuses, et si grave pour les gaines voisines des articulations qu’il n’est pas prudent d’y recourir. Le séton , l'incision et l’excision ont aussi leur péril (fusées purulentes, infection putride), au point de faire regrettera l’opérateur l’emploi de méthodes aussi périlleuses.
En présence de cet abandon, j’ai pensé qu’on pourrait résoudre ce problème difficile de thérapeutique, en faisant servir à la guérison à la fois le sang contenu dans la tumeur et la membrane qui l’enveloppe. Je partis de ce principe, que partout le sang se coagule quand les parois qui le con- ‘ tiennent, vaisseaux ou tumeurs, viennent à s’enflammer; je présumai (et la galvano-puncture me l’a prouvé) que le contraire n’était pas moins vrai: j’avais ainsi deux chances de succès. Il est d’expérience que les inflammations, artificiellement provoquées dans un but curatif, ne sont dangereuses, dans toutes les méthodes jusqu’ici usitées, que parce qu’elles dépassent le plus souvent les limites qu’on voudrait leur imposer, ou qu’elles revêtent des caractères et des degrés autres que ceux qu’on voulait leur faire prendre. Or, ici l’inflammation physiologique, déterminée par la coagulation du sang, devait, selon toute probabilité, rester dans des bornes convenables ; il fallait fermer ou les bouches exhalantes qui versaient du sang dans la tumeur, ou les vaisseaux qui l’y charriaient, et fournir les matériaux d’une réunion par oblitération des paiois de la poche sur le caillot sanguin. Il ne res-
lait aucun recoin qui piit échapper, aucune cloison qui pût servir de barrière, aucune cellule qui pût, comme dans les autres procédés en usage, conserver intact un germe de repullulalion : c’était, dès-lors, substituer à une injection irritante dont on ne peut pas toujours prévoir les effets, et à une inflammation dont ne saurait calculer à l’avance ni l’essence ni la portée, c’était, dis- je, substituer un acte de physiologie pathologique, partant conforme aux moyens de la nature et conséquemment sans périls graves.
Tel était le principe de la méthode, mais il restait à trouver le procédé, c’est-à-dire le moyen de coaguler le sang sans danger. Cette partie essentielle du problème présentait des difficultés sans nombre; il importait de bien s’en rendre compte pour les surmonter. Je commençai par établir les conditions et les qualités principales du moyen thérapeutique; il s’agissait de trouver un agent liquide pour pouvoir être injecté aisément dans la tumeur, d’un petit volume pour n’étre pas embarrassant , et capable surtout de coaguler le sang sans le carboniser ni le réduire à l’état de corps étranger, capable aussi de ne produire sur les parois de la poche qu’une excitation modérée, et de nature enfin à pouvoir être résorbé sans danger pour l’économie.
Ces indications étaient nettes : on devait empêcher que l’excitation ne s’élevât jusqu’à la suppuration, danger grave qu’il fallait éviter à tout prix:
ce (|iii faisait rejeter les acides de l’ordre minéral, même élendus. Parmi ceux de l’ordre végétal, je dus choisir les acides citrique et acétique : leur action coagulante sur le sang, leur énergie modérée, les doses qu’en peut supporter sans inconvénient notre organisme, la facilité de se les procurer, les recommandaient avant tous les autres: tous les deux pouvaient être injectés à un haut degré de concentration, ce qui en diminuait le volume; tous les deux coagulaient le sang sans le carboniser, et pouvaient être résorbés lentement sans danger; comme enfin ils n’étaient capables que d’amener une irritation médiocre sur les parois de la poche, ils remplissaient les indications posées par la théorie. Toutefois l’acide acétique, coagulant surtout la fibrine du sang sans agir de même sur l’albumine, je conclus que l’acide citrique, qui précipite à la fois l’albumine et la fibrine, était préférable; et l’expérience a prononcé dans ce sens. H faut l’employer pur (je dois prévenir que celui du commerce est souvent sophistiqué avec l’acide tartarique).
Il est des innovations que la théorie assied d’avance sur une base si ferme, que la pratique ne fait ensuite que les confirmer; et rien ne montre mieux ce que peut la science pour les progrès de l’art, en s’aidant des conquêtes physico-chimiques, sous le contiôle d’une méthode analytique et d’un raisonnement sévère. Ici l’opération a réussi complètement; les suites en ont été simples et heu-
reuses dans les cas divers où j’en ai fait usage : une inflammalion adliésive s’est produite convenablement; l’excellence de la méthode et la justesse des déductions physiologiques ont été péremptoirement démontrées. Et qu’on veuille bien y réfléchir; ce sont des tumeurs que leur siège non moins que leur nature rendaient incommodes, dangereuses, et réfractaires à tout traitement, si bien qu’on les abandonnait le plus souvent à elles mêmes, et qu’un chirurgien prudent ne les attaquait qu’avec une réserve excessive; car, dans l’état actuel de nos connaissances, on ne pouvait entreprendre de les guérijL qu’au prix de périls énormes ou de mutilations pires que le mal, bienheureux encore quand les malades ne payaient pas de leur vie ces tentatives téméraires ou hasardeuses ! Aujourd’hui elles deviennent des affections simples; on évite les mutilations, les fusées purulentes, et tout le cortège d’accidents qui venaient si souvent compliquer les autres méthodes en usage. (On trouve un exposé complet des principes de cette méthode, avec des observations cliniques à l’appui, dans un Mémoire du docteur Michel Rambaud , publié par le BuUeliri thérapeutique, n° de Juillet 18Ù8.)
Pressé par l’espace et le temps, je ne puis qu’indiquer, sans développement, mes recherches ;
Sur de nouveaux procédés opératoires pour la restauration soit du nez, soit delà bouche, soit des paupières;
Sur un nouveau mode d’amputation de l’omo-
piale, en respeclani 1 épaulé et en conservant les inouveincnis du bras ;
Sur rem[)loi de rinstrument de Falmestock modifié pour simplifier l’extirpation des amygdales ;
Sur l’usage du séton et des injections iodées dans le traitement du goitre kystique;
Sur la régularisation des opérations de nécrose, d’après les données de l’anatomie topographique;
Sur les avantages de rurétlirotomie dans les rétrécissements organiques de l’urèthre (voyez mes premières communications, Gazette médicale de Paris, 18^4, p. 816; Gazette médicale de Milan, 18^5, p. 321 ; et l’article du docteur Olivet, extrait de mes cliniques, Rei>ue médicale, ï%hl , n“ de
Sur la création artificielle , soit d’urèthres , soit de vagins imperforés ou oblitérés ; etc. , etc.
Messieurs ,
27. J’arrête ici l’esquisse rapide, d’ailleurs fort incomplète, de ma pratique chirurgicale.
Je vais laisser le service à des hommes qu’il suffit de nommer pour faire apprécier leur mérite : MM. Barrier, Valette et Desgranges représenteront dignement la chirurgie lyonnaise. Jaloux de 1 honneur du majorât , je n’ai besoin de rappeler ni leur concours, ni leurs publications ou leur enseigne-
nient, ni les excellents rapports de conliaternite que je n’ai cessé d’avoir avec eux , pour faire pressentir que personne ne saurait mieux répondre , sous le double point de vue de la science et de riiumanité, à toutes les exigences de leur position élevée dans nos hôpitaux. Mon successeur, en particulier, s’est signalé par un ouvrage recommandable sur les maladies de l'enfance , qui suffirait à lui seul pour la réputation d’un écrivain.
28. Quant à moi , j’aurais désiré faire mieux ; j’ai du moins la conscience de n’avoir rien négligé de tout ce qui était en mon pouvoir. J‘ai cherché , dans l’étude du passé , les moyens de m’éclairer des faits et gestes de mes prédécesseurs; et, fouillant dans les archives et manuscrits de cet hôpital, je suis parvenu à composer une Histoire médicochirurgicale de l' Hôtel-Dieu de Lyon ^ que la presse médicale a accueillie avec quelque faveur. Pour compléter mes études du temps présent ( car les livres ne sauraient tout dire ) , j’ai continué à faire des voyages scientifiques pour comparer les écoles et les principaux hôpitaux de la France, de l’Italie et de la Belgique (21). Il restait à soumettre toutes
(21) En 1847, pour me préparer à mon aide-majoral, j’avais étudié sur les lieux les diverses universités d’Italie. (Voyez mon Voyage inèdical en Italie , Gazette médicale de Paris, 1847-1848) — Pendant mon majorât, j’ai fait de nouveaux voyages scientifiques en France , en Piémont et en Helgique , ainsi j’ai pris soin de visiter les hôpitaux et les écoles de Bruxelles, de Gand , d’Anvers, de Sirashourg (congrès scientifique de 1842 ) , de Milan ( congrès scientifique de 1844 ) , de Turin , de Cliamhéry , de Lausanne , de Genève , etc. Plusieurs de mes voyages ont été
ces connaissances an contrôle de rexpcrience clinique : on a vu combien rHôtel-Dieu nous a favorisé sous ce rapport; et, mêlant sans cesse l’examen de la nature vivante et de la nature morte afin de mieux les connaître, je suis resté fidèle à mes habitudes d amphithéâtre pour leur demander des inspirations opératoires, comme elles m’avaient insj)iré mon Traité d anatomie des régions, qui aujourd’hui a successivement obtenu ( qu’il me soit permis de le dire) les honneurs de la traduction en Allemagne et en Italie (22).
29. Al défaut de mieux , le désir de bien faire a toujours été mon mobile '(23), et je n’ai sacrifié
consacrés à l’élude des eaux minérales, notamment à Plombières, F.uxeuil, Daden , Âix-les-Bains , Allevard , La Motte, Uriage , etc. Je me propose de compléter |)lus tard mes investigations minéro-lhermales de la France.
(22) Il a été traduit en allemand par le docteur Gorup-Besanez , et publié in-8° par Enke , à Erlangen , en 1845. — Une première traduction italienne, parM. Cagnoli , avait été annoncée à Gênes; le prospectus parut chez Faziola. Les événements politiques , qui depuis ont bouleversé l’Italie , m’ont empêché de connaître le sort de cette entreprise littéraire. — Une autre traduction italienne , due à la plume de MM. Lorenzo Seal • vanti et Ranieri Bertoni, se publie à Pise, par l’éditeur Pieraccini, chez le libraire Giannelli.
(23) J’avais été frappé d'un inconvénient grave qu’entraînait le voisinage de la salle des Opérations et des salles des Opérés : plus d’une fois les cris du patient ont littéralement rendu malades ceux de ses compagnons qui devaient plus tard subir aussi l’épreuve de la salle des douleurs ; c'était donc une question d’humanité de changer ces dispositions. Lors de mou entrée , j’ai demandé et obtenu qu’on fil construire un tambour avec une double porte, j)Our assourdir tous les bruits et soustraire les malades qui attendent à des émotions aussi pénibles. J’ai eu beaucoup à me louer de ces |)récaulions : on comprend combien elles étaient avantageuses avant la découverte de l’éllier ; ajoutons qu’elles n’ont pas cessé de
qua la religion du devoir, bien convaincu que l’exemple des chefs est le premier et le meilleur des enseignements. La loi doit être inflexible et invariable, pour mieux protéger les intérêts de tous et de chacun. 11 ne faut fléchir que devant la règle, fiit-ce aux dépens de sa santé.
Si mes efforts n’ont pas toujours été heureux, ils n’ont pas non plus été sans résultat; et si je n’avais à cœur de prouvera lajeunesse de nos écoles que les encouragements ne font jamais défaut au travailleur persévérant , je ne rappellerais pas ici la médaille d'argent que la Société médicale de Toulouse m’a décernée en 1846 pour mes travaux sur les maladies des organes des sens, ni la médaille d'or dont
l’èlre depuis car touti's les opci'ations ne comportent pas l’éthérisation.
On sait combien les opérés ont besoin d’air; les odeurs plus ou moins fétides qui s’exhalent des plaies, viciant l’atmosphère, exigent impérieusement qu’elle soit fréquemment renouvelée. La salle Sainte-Marthe, destinée aux femmes opérées , ne pouvait réaliser cette règle hygiénique, à cause de la seule vitre qui s’ouvrait dans le triple adl-dc-hœuf dont elle est éclairée du côté du quai ; aussi était-elle exposée à sentir souvent très mauvais : j’ai donc fait ouvrir trois carreaux, au lieu d’un, dans chaque œil-de bœuf. Aujourd’hui la salle, possédant neuf moyens d’aération au lieu de trois (et ce serait encore mieux si on les ouvrait toutes) , est devenue beaucoup plus salubre , si j’en juge par les résultats heureux que j’y ai obtenus pour mes opérations.
Les points fues dans l’application des forces pour réduire les luxations contribuent beaucoup à la réussite des manœuvres ; leur immense ulllilé est appréciée par tous les chirurgiens qui ont pu les comparer avec les moyens ordinaires: il était donc regrettable que l’Ilôtel-Dieu n’en fût pas pourvu, ,1’en ai fait établir dans une des salles d’opérations ; je ne saurais trop redire les services qu’ils m’ont rendus : parmi les réductions difficiles que j’ai eu le bonheur d’opérer dans les luxations anciennes, je leur dois ccrtainemenl le plus grand nombre.
celle de Bordeaux m’a honoré pour mes recherclies sur les maladies des os (18^^).
30. Messieurs, mon majorai s’est accompli au milieu des plus grandes révolutions de notre siècle; mais la science médicale a fait voir qu’elle sait marcher dans la voie du progrès, sans que les secousses du monde politique lui fassent perdre son mouvement ni son équilibre. J’ai eu surtout la satisfaction d’assister à l’une des plus belles découvertes dont puisse se glorifier notre art , celle d’ôter la douleur dans les opérations. Aux yeux du philanthrope, quelle autre pourrait avoir plus d’importance et de prix que celle qui vient anéantir la souffrance, en plongeant le malade dans l’insensibilité d’un sommeil précieux, au moment même où le fer de la chirurgie doit enlever de ses organes le mal qui les rongeait ? Mais, pour soustraire à la douleur, il importe avant tout de ne point exposer l’existence même du patient. Aussi, du jour où j’ai vu le chloroforme, entre les mains des praticiens les plus habiles , faire successivement plusieurs regrettables victimes , j’ai cru devoir rejelei’ loin de moi un poison si subtil, qui souvent, au lieu d’endormir , frappait de mort avec la rapidité de la foudre, et dont la science ne connaissait point l’antidote. La prudence et la philanthropie me semblaient commander cette conduite ; et à celle heure , où ma position m’a mis à même d’expérimenter l’élher plus peut-être qu’aucun autre chirurgien en Kurope , et où je trouve en lui un
agent sûr ([ni salislail à la (ois la conscience et riuimanilé , ma conviclion est pins profonde ([ne jamais, et je ne crains pas de renouveler, avec toute raulorité qui m’est permise, la condamnation morale qui doit peser sur le chloroforme.
31. Si la carrière dn médecin d’hôpital a de lourdes charges, elle a aussi son charme et ses compensations: il trouve, pour ainsi diie, une famille nouvelle dans ses élèves, ses collègues, ses malades, et les sœurs du service. Il peut sans cesse puiser des exemples de dévouement dans cette communauté de sœurs hospitalières qui consacrent leur vie à servir l’humanité souffrante. Ces humbles existences qui se consument, dans le silence d’une abnégation chrétienne, entre la maladie et la mort; ces soins incessants que le cœur plus encore que rexj)éiience leur enseigne, et qui pourraient réclamer une si large part dans ces guérisons que la médecine s’attribue seule; cette sollicitude de tous les instants, qui, près du pauvre qui souffre, s’efforce de remplacer la famille absente, qui donc pourrait mieux les apprécier et les comprendre que celui qui, comme nous, voit si souvent leur charité veiller au chevet de l’agonie?
Il y a aussi un lien secret entre le malade qui implore les secours de l’art et le médecin qui les donne; il faut avoir passé par là pour bien le sentir: il existe entre eux une attraction indéfinissable, une sympathie mystérieuse; c’est pourquoi la médecine morale est si puissante et si féconde.
I/liomme,a dil l’iLvangile , ne vil pas seulement de pain. Le malade, dit Hippocrate, ne guérit pas seulement par des médicaments ; la parole de consolation, qui sait saisir son esprit et son cœur, est aussi un grand remède. La mission du chirurgien d’hôpital est une mission sainte et difficile : que de veilles passées à méditer sur des cas graves ou des innovations opératoires! que de sommeils interrompus , que de songes traversés par le souci des opérations du lendemain ! que de préoccupations incessantes! Combien de fois les corridors silencieux des cours claustrales de cet hospice ne l’onlils pas vu rentrer, le soir, avec les mêmes pensées de ses malades qu’il avait emportées le malin, et qui l’avaient suivi tout le jour! Combien de fois ne lui est-il pas arrivé, après une nuit d’insomnie , de quitter son lit avec la fièvre pour venir religieusement faire son service du malin ! Toutes ses peines seront largement payées , si la vie d’un malheureux peut être sauvée par ses soins.
Des liens d’un autre ordre l’unissent à ses élèves : entre le maître et l’éléve il se développe une sorte de paternité , et celte parenté scientifique est pleine de charmes indicibles. Je sens que c’est une joie pour lui de les voir s’avancer dans le monde et dans l’art de guérir, se distinguer par leurs travaux ou leur dévouement , et, soit ((ue les miM's de notre cité les l'eticnnent, soit qu’ils aillent se dissémitier sui' le sol de notre belle france, reslei’ tous et toujours attachés, par la sainte fra-
lernilé de la science , au souvenir de nos hôpitaux f|ui sont la grande pépinière médicale de nos provinces.
32. Ce n’est donc pas sans regret qu’on s’éloigne de celte famille d’élèves , de collègues , de sœurs et de malades. Ce n’est pas sans une émotion profonde que je quitte un service où j’ai passé les seize plus belles années de ma vie, consacrant mon art au soulagement des malheureux dans le même lieu où je l’avais appris de mes maîtres.
Toutefois, ce n’est point un adieu définitif : je n’abandonne pas à jamais un hôpital où me rattachent tant de souvenirs, ce n’est qu’une séparation momentanée (2ù); j’y reviendrai chaque année pour me dévouera l’enseignement de cette jeunesse qui fait l’honneur de notre Ecole : heureux de l’initier aux progrès que les efforts réunis des grands maîtres font faire incessamment à notre belle science; heureux de lui réserver tout ce que nos propres recherches auront pu nous apprendr e !
J’emporte avec moi l’esjjérance que de grandes conquêtes sont encore réservées à l’art de guérir, comme, par exemple, la curabilité du cancer et de la phthisie, qui chaque année font tant de victimes!.,. Mais n’anticipons pas sur Tavenir.