OBSERVATION XXXVI
/' i bro-Li porne énorme du cou. — Ablation , pas de ligatures. Pleurésie
intercurrente. — Guérison.
Gauthier J. B., âgé de cinquante ans, n° 59, salle Saint-Augustin, entre à l’hôpital Saint-Louis le 1k octobre 187A. — Il porte, depuis une quinzaine d’années, à la partie latérale gauche du cou, une tumeur qui s est développée lentement d’abord, puis beaucoup plus rapidement depuis deux ou trois ans. Cette tumeur a toujours été et est encore indolore, mais son poids est devenu insupportable; le malade est oblige de la soutenir au moyen d’une écharpe et du bras correspondant ; il se décide à venir à Paris, espérant pouvoir en être débarrassé. Cette grosseur, de
DE LA FORCIPRESSURE.
l’orme ovoïde, a environ deux fois le volume de la tête du malade. Elle est attachée au cou par un pédicule aplati de haut en bas, large de 15 à 1 6 centimètres. Sa surface est couverte de veines dilatées et flexueuses, surtout développées à la partie antérieure, où elles présentent des dilatations variqueuses de la grosseur du petit doigt. La peau, saine d’ailleurs, présente, dans toute la partie inférieure, un œdème qui lui donne une épaisseur très-considérable, et produit par place, au toucher, une sensation assez nette de fluctuation. On voit, à l’extrémité inférieure de la tumeur, les vestiges d’un trajet fisluleux, actuellement presque fermé, qui donne parfois issue, au dire du malade, à un écoulement séreux abondant. La consistance de celte masse est partout mollasse ; on ne trouve sur aucun point d’induration ni d’adhérences à la peau. La tumeur paraît se prolonger à travers le pédicule sous les muscles superficiels du cou. Le diagnostic posé fut lipome, et l’ablation décidée pour le 31 octobre.
L’opération fut pratiquée avec l’assistance du docteur Cintrât.
Pour éviter autant que possible la perte de sang, et surtout pour se mettre en garde contre les dangers de l’ouverture des veines du cou, M. Péan se décide à pratiquer l’opération par sa méthode de morcellement . La tumeur est traversée de haut en bas, à quelques centimètres du point où elle se pédiculise, par un trocart courbe qui sert à faire passer un double fil métallique, dont les extrémités, engagées dans deux serrenœuds du docteur Cintrât, étranglent la totalité de la tumeur, et empêchent l’arrivée du sang. Les anses métalliques sont maintenues par deux broches d’acier placées en croix qui traversent la masse de part en part. Sectionnant alors d’un coup de couteau la tumeur à peu près jusqu’au niveau de la ligature, M. Péan enlève rapidement les deux fragments ainsi formés, puis applique sur les points les plus vasculaires des téguments divisés une couronne de huit à dix pinces en T.
Les fils de fer étant alors coupés et retirés, on saisit encore, avec de nouvelles pinces, tous les vaisseaux qui donnent du sang, puis M. Péan commence la dissection de la tumeur en l’enlevant morceau par morceau. Cette dernière partie de l’opération fut longue et difficile; le lipome envoyait, comme on l’avait prévu, des prolongements profonds et nombreux, dont un antérieur atteignait la veine jugulaire, qui fut mise à nu. Il n’existait pas, comme dans les lipomes proprement dits, d’enveloppe fibreuse, et chacun des prolongements dut être minutieusement disséqué, l’opérateur employant alternativement le bistouri, la spatule ou les doigts, et plaçant une pince hémostatique sur les vaisseaux au fur et à mesure qu’ils étaient divisés. Lorsque le dernier fragment eut été enlevé, il y avait dans la plaie une trentaine de pinces ordinaires, indépendamment des pinces en T placées sur les bords. — M. Péan réséqua alors les portions de peau inutiles, et laissant à la partie postérieure une ouverture