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DÉFINITION

Le périoste, comme son nom l'indique (rrsptoaTeov), est la membrane d'enveloppe du système osseux. Les anciens le considéraient comme un tout continu, se déployant sans interruption sur l'ensemble du squelette, auquel il formait une véritable gaîne. Ils en faisaient la partie centrale du système fibreux, d'où partaient comme autant d'appendices les tendons, les ligaments, tes aponévroses. Bien qu'un peu spéculative, cette manière de voir n'est pas cependant dénuée de tout intérêt, même sous le point de vue pratique; et sous le rapport purement anatomique, elle n'est pas non plus entièrement inexacte. Si nous jetons, en effet, un coup d'œil sur l'ensemble du squelette, nous verrons

M1"' les i lifications principales du périoste sont généralement

en rapport avec les os et les articulations qu'il recouvre, et nous pourrons suivre, pour ainsi dire pas à pas, ses transformations diverses, depuis la texture membraneuse et vasculaire jusqu'à

1 Thèse pour le concours de l'Agrégation, janvier 18r»9.

la forme ligamenteuse la plus prononcée. Une des os plats groupés ensemble, de manière à circonscrire une cavité protectrice, comme cela se remarque ;m crâne, se développent au milieu d'une lame cartilagineuse ou membrano-cartilagineuse imi(|u<'. on voit alors le. périosir, sous l'aspecl d'une membrane souple et parcourue par de nombreux vaisseaux, se déployer sur tous les points osseux, sans présenter à peine quelques légères particularités au niveau des articulations, dont il constitue à lui seul tout l'appareil ligamenteux. Cette disposition, commune à toutes les synarthroses, se. retrouve encore dans les articulations des épiphyses des os longs avec leur diaphyse, avant Je développement complet de l'ossification. L'absence de mouvement rendait inutile, en effet, l'existence de moyens d'union plus compliqués.

Dans les ampniarthroses, où les surfaces articulaires sonl séparées non plus seulement par un reste du cartilage primitif d'ossification, mais par un tissu jaune élastique de structure libro-cartilagineuse, et sont déjà le siège d'un mouvement appréciable, le périoste, encore reconnaissante cependant, >Yo dépouillé d'une partie de sa vascularilé; l'aspect feutré de son (issu s'est modifié; ses fibres, devenues en grande partie parallèles, ont une tendance évidente à la forme ligamenteuse : elles se fasciculeht, et constituent des groupes entre lesquels existent des intervalles assez prononcés. Nulle part celte disposition n'csl plus remarquable qu'à la colonne vertébrale, où les os courts qui forment celle tige sont revêtus, dans leur corps, par deux larges bandes fibreuses évidemment dépendantes du périoste, puisqu'elles en tiennent lieu dans le point qu'elles occupent. On les appelle appareils ou surtouls ligamenteux antérieur ei postérieur. Enfin, si nous faisons un dernier pas pour arriver ;mx diarfchroses, nous apercevons, il faut en convenir, de grandes différences entre les liens fibreux qui, sous le nom de ligaments, maintiennent unies les surlaces articulaires el le périoste des synarthroses. Mais si nous considérons les modifications profondes que cette faculté nouvelle (la mobilité) a dù nécessaire! uenl entraîner dans la structure des surfaces et des parties interposées, nous verrons que les modifications correspon-

dantes du périoste n'ont pas éÉé plus prônrincées. Pendant que, pour s'accommoder aux frottements violents des extrémités osseuses j le cartilage s'esl réduit, pour ainsi dire, à un corps inorganique, tandis que le I issu cellulaire s'est étendu en membrane séreuse ou synoviale, on comprend que le périoste, chargé presque seul alors du soin de maintenir les surfaces réunies, ait dû revêtir la forme et la structure la plus convenable à cette nouvelle fonction en se réduisant, en quelque sorLe, à son élément tenace et résistant, la fibre albuginéc.

Mais cette manière philosopbique de considérer le périoste, qui peut avoir quelque intérêt en anatomie générale, n'étant pas d'une rigueur absolue, nous n'y insisterons pas davantage. Seulement nous nous réservons d'y faire de temps à autre quelque allusion, pour mieux faire comprendre certains détails relatifs à la structure, aux usages et aux maladies de cette membrane.

STRUCTURE DU PÉRIOSTE

Comme toutes les membranes fibreuses, le périoste a pour base la libre albuginée. Toutefois, cette communauté do structure primitive avec les aponévroses, les tendons, etc., n'exclut pas des différences essentielles que nous devons signaler. D'abord, la fibre périostiqiue n'a pas la couleur blanche nacrée cl resplendissante des autres organes fibreux; elle est d'un aspect grisâtre, mélangée avec une proportion de tissu cellulaire, qui varie selon les divers points où on l'examine.

Direction. — La direction qu'affectent les libres du périoste n'a pas été décrite de la même manière par tous les auatomisles.

Bichal admet (pie ces libres ont une direction analogue à celle des os sous-jar.enls ; qu'elles sont longitudinales sur le corps des os longs, confuses sur les os courts, sans avoir cependant, sur les os plats, la forme rayonnée delà substance osseuse.

i IK PÉRIOSTE HT SES .MALADIES.

M. Blandin admet une disposition feutrée qui serait la même pour tous les os, sans distinction de forme.

L'opinion de Boyer so trouve en opposition directe avec celle de Bichat. D'après lui, le périoste est composé de tissu cellulaire, dont les fibres affectent en général des directions très-variées à la partie moyenne des os longs et sur les os larges. Mais aux extrémités des os longs et sur les os courts, ces fibres suivent la longueur de l'os. Cette dernière opinion, qui est aussi celle de Haller, de Boerhaave, me paraît la plus exacte. Cependant il serait, je crois, utile de faire quelques recberebes à ce sujet. Du reste, quel que soit le point du système osseux où l'on examine les fibres périosliques, on peut se convaincre qu'elles forment plusieurs couches superposées, susceptibles d'être séparées avec le scalpel. Bichat a pu étudier ces couches avec soin, sur un individu affecté d'éléphantiasis, et chez lequel le périoste hypertrophié avait acquis plusieurs lignes d'épaisseur. 11 a vu, comme il était facile de le concevoir a priori, crue les fibres profondes sont très-courtes, et que les superficielles ont au contraire une longueur parfois assez considérable.

Artères. — De nombreux vaisseaux artériels rampent au milieu des fibres du périoste; mais, comme le fait remarquer avec juste raison M. Velpeau, le nombre de ceux qui lui appartiennent est moins considérable qu'on ne pourrait le croire d'abord et que ne l'onl pensé la plupart des anatomistes; plusieurs de ces vaisseaux ne font que traverser le périoste sans se ramifier dans son épaisseur. Tels sont, par exemple, ceux (pu pénètrent par les trous du premier et du second ordre du tissu osseux.

Les premiers, en effet, connus sous le nom d'artère nourricière des os, et que l'on rencontre quelquefois sur les os plais, toujours sur les os. longs, appartiennent à la cavité intérieure des os, à la membrane méditlaire. Les seconds, lrès-noinlurn\ sur les os courts ainsi que sur les épiphyses des os longs et plats, sont spécialement destinés au tissu spongieux. Mais les vaisseaux qui pénètrent par les pores nombreux du tissu coin-

pact, forcés de se tamiser, pour ainsi dire, dans le périoste avani de se rendipë à leur destination, deviennent réellement partie intégrante de cette membrane. Ils naissent tous dus àrtèFes voisines, s1 anastomosent mille fois entre eux, avant de pénétrer dans l'os, et plus lard dans son épaisseur, vont s'anastomoser avec les vaisseaux de la membrane médullaire. Ils ne suivent pas une direction perpendiculaire aux os, ils rampent obliquement à leur surface, dans de petits sillons qu'avec de {'attention il est facile d'apercevoir sur la substance compacte. Dans ce trajet ils sont soutenus par une couche mince de tissu cellulaire. 11 résulte de cette disposition que le périoste, comme du reste la plupart des membranes adhérentes, offre un aspecl bien différent, selon qu'on l'examine par l'une ou l'an Ire de ses faces. Fibreux et résistant à sa face externe ou libre, i! esl au contraire vasculaire et tomenleux à sa surface adhérente. Aussi verrons-nous que celle dernière est le siège presque exclusif des phénomènes vitaux que présente le périoste.

Veines. — On ne trouve les veines du périoste bien décrites nulle part. Les anatomistes semblent les avoir admises par analogie plutôt que par inspection directe.

« Les veines des os, dit Boyer, ne sont pas aussi bien connues que les artères, parce qu'il est impossible de les injecter : on peut les distinguer en trois classes comme les artères. Les veines de la première classe accompagnent les artères de la partie moyenne des os longs et se distribuent comme elles. Celles de la seconde passent par les conduits des extrémités des os longs et par ceux de la surface des os larges et des os courts, sans qu'on puisse dire positivement si elles passent dans 1rs mêmes conduits que, les artères, ou si elles en ont de particuliers. Les veines de la troisième classe sortent par les pores de la surface des os, 61 se terminent clans les veines du périoste. »

M Breschel a depuis longtemps émis une opinion différente. Après avoir décrit les trois ordres d'artères des os, il dit : Les detixpremièfes divisions ne soni accompagnées d'aucunes veines.

Il y a quelques années, un jeune anatomistc, M. Chassaignac, après de laborieuses recherches sur les veines du périoste, produisit une opinion analogue à celle de M. Buescàet, en disant, que la circulation des os, déjà si différente de celle de ma ••mires organes, s'en distinguait, peut-être encore, en coque les veines ne suivaient, pas le trajet des artères ^ que le saaag apporté dans le périoste s'en retournait parles sinus veineux qui sortent par les trous de second ordre et qui ont un volume si considérable. 11 basait son opinion sur l'impossibilité où il s'était trouvé d'injecter des veines propres au périoste.

Mais des recherches plus récentes de M. Cruveilhier et M. Bourgery sont venues terminer le débal en prouvant que le périoste contient un nombre considérable de veines qui suivent exactement le trajet des artères. « Si l'on injecte, me disait ces jours derniers M. Cruveilhier, les veines d'un membre de haul en bas, en poussant d'abord du mercure pour rompre leurs valvules, puis du vernis, on transforme le périoste en un véritable velours veineux. Il semble qu'il n'y ait que des veines. Le périoste prend un aspect analogue à celui de la choroïde, à la direction près des vaisseaux, qui, ici, ne sont pas tortueux el concentriques, mais bien entre-croisés et anastomosés dans tous les sens. »

Je dois à la complaisance de M. Bernard, jeune anatomiste des plus distingués, et qui seconde avec tant de succès M. Bourgery dans les travaux de son magnifique ouvrage, d'avoir pu me convaincre par mes yeux du fait que je signale. Chaque artériole, quelque minime qu'elle soit, est accompagnée de deux vénules qui la suivent partout. Le microscope démontre le fait pour les plus petites ramifications. C'est donc maintenant un fait acquis à la science.

Vaisseaux lymphatiques. — Quant aux vaisseaux lymphatiques admis par quelques analomistes, supposés par la plupart, je ne les ai jamais vus, non plus que les anatomistes distingués ([lie j'ai cités à l'occasion des veines. M. Bonamy, si habile dans les injections des vaisseaux lymphatiques, et qui les a

l.E PfininSTK ET SES MAI» AD IBS. 7 poursuivies dans presque tous les organes, m'a dil n'avoir jamais pu réussir à les rencontrer dans le périoste.

Ce poinl de la science exige «le nouvelles recherches.

Neufs. — L'existenoe des nerfs du périoste a été admise par quelques observateurs, niée par la plupart. MM. Gruveilhier el Bonamv on! levé tous les doutes à cel égard. On sait qu'ils oui démontré depuis longtemps l'existence des nerfs de la duremère; leurs travaux récents ont donné le même résultat poulie périoste. M. Bonamy m'a fait voir su/ la face interne du libia, des fdets nerveux venant du saphène interne et qui se perdaient évidemment dans le périoste, Il m'a dit même en avoir suivi jusque sur la membrane médullaire.

Tissu cellulaire. — Les divers éléments du périoste son1 unis entre eux par un f issu cellulaire, dont la quantité et la Bouplesse varient suivanl les différentes régions que revêt celte membrane. En général, il est plus abondant sur le corps des os longs, là où les vaisseaux du périoste sont plus nombreux et forment une couche plus épaisse; tandis que sur les os spongieux, au rachis, par exemple, les fibres alhuginécs sont presque isolées, et, sous ce point de vue, se rapprochent de l'aspect des ligaments. Les deux faces du périoste, par cela même aussi qu'elles ont une vascularité différente, n'ont pas une même quantité de tissu cellulaire. (Je notarié ici que du tissu cellulaire qui fait partie intégrante de celle membrane.)

Tels sont, les éléments dont la réunion constitue le périoste : mais, comme nous l'avons déjà fait entrevoir, ils ne sont pas toujours associés de la même manière. Il en résulte des différences d'épaisseur el de densité sur lesquelles il importe de dire quelques mots.

Epaisseur. — L'épaisseur du périoste varie depuis un millimètre jusquîà plus d'une ligne. M. Velpeau, contrairement a l opinion de presque ions les anatomistest, pense qu'elle es) toujours en rapport direct avec la densité des organes que le

périoste enveloppe Par conséquenl l'épaisseur doil être j)lus grande sur le corps des os longs qu'à leurs extrémités, sur les os du vieillard ou de l'adulte que sur ceux de l'enfant. A priori, cette proposition paraît rationnelle. Sur les os plats el sur la diaphyse des os longs, le périoste est parcouru par de nombreux vaisseaux qui, avant de pénétrer dans la substance compacte, se ramifient dans son épaisseur et lui forment une véritable couche interne. Ce réseau, destiné à la substance compacte:, doit être d'autant plus abondant que celle-ci est plus épaisse et plus dure, ainsi la. densité de l'os serait une condition d'épaisseur de la membrane périostique. Malheureusement les plus beaux raisonnements ne sont rien devant les faits. L'inspection démontre que le périoste est plus épais à l'extrémité des os longs que sur leur corps, plus épais chez l'enfant que chez l'adulte, ce qui rendrait la proposition inverse plus exacte.

Densité. — Quant à la densité, il en est autrement. Pins feutré, plus souple et plus vasculaire sur la substance compacte que partout ailleurs, le périoste est plus fibreux, plus sec et plus ferme sur le tissu spongieux et sur les os courts. La membrane forme sur ces derniers organes un tout moins continu, mais les fascicules qu'elle présente se rapprochent, et pour la forme et pour les propriétés, du tissu ligamenteux. On peut dire d'une manière générale que cette propriété est en raison inverse de la vascularité. Chez les enfants elle est, comme pour tous les tissus, beaucoup moindre que chez l'adulle. Il est quelques circonstances accidentelles qui peuvent modifier encore la densité du périoste, tels sont les frottements exercés par les tendons, les ligaments. Alors le périoste perd son aspect fibreux, pour revêtir presque celui du cartilage. Ce périoste épaissi se remarque sous les gaines tendineuses des doigts, sur le grand trochanter, dans les coulisses des tendons principaux. Si nous l'approchons ces faits des considérations générales que nous avons présentées au premier paragraphe, nous verrons qu'elles s'y rapportent d'une manière remarquable. Ils montrent, en effet, que le périoste n'est pas le même dans toutes

LE PÉRIOSTE ET SES MALADIES. 9 les régions, ni à tontes les époques de la vie; qu'il tend à s,' modifier suivant les organes qu'il recouvre et les fonctions qu'il y remplit; que ses modifications principales portent surtoul sur sa vascularilé, sa densité et la direction de ses fibres ; que, véritable membrane nourricière dans quelques cas, il est, dans d'autres, un organe d'union, de résistance passive.

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