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RAPPORTS KT CONNEXIONS

Le périoste offre deux surfaces : l'une adhérente, l'autre libre; ou plutôt l'une profonde, l'autre superficielle.

Surface adhérente ou profonde. — Les nombreux vaisseaux qui, ramifiés d'abord dans le périoste, pénètrent ensuite la substance osseuse, établissent une adhérence intime entre celle membrane et les os sous-jacents.

D'après Bichat, chacun des ramuscules artériels ou veineux esl accompagné par un prolongement cellulo-fibreux du périoste, qui leur forme une véritable gaîne. Ces prolongements sont plus apparents et plus forts, quoique moins nombreux sur les extrémités des os longs et sur les os courts que sur le milieu des os longs et larges. On le conçoit facilement, d'après le volume plus considérable des vaisseaux qu'ils accompagnent.

Ils tapissent les conduits qui percent les os de part en pari, el se perdent dans ceux qui se terminent dans sa subslance. Ils pénètrent dans la cavité médullaire par le trou de F artère nourricière, et établissent ainsi des rapports entre le périoste externe et la membrane intérieure.

Adhérences. — Dans l'enfance et la jeunesse, où les lissus cellulaires, fibreux et vasculaires ont une ténacité peu considérable, l'adhérence du périoste à l'os qu'ils établissent principalement doit être évidemment moins prononcée que dans la vieillesse, La prédominance de la vasonlarité chez l'enfant pourrait peut-être, a priori, foire croire à une disposition inverse,

mais si l'on réfléchit que, chez le vieillard, les vaisseaux qui s oblitèrent ne s'anéantissent pas, et se transforment en cordons oellulo-fibreux, on comprendra que cette disposition est, au contraire, une circonstance qui sert à rendre plus solide l'adhérence du périoste aux os. Cette adhérence est plus forte sur le tissu spongieux, où les vaisseaux, plus volumineux et pénétrant jusque de l'autre côté de la lame compacte, établissent de plus nombreuses et de plus fortes communications entre le périoste et la membrane interne.

Une autre condition organique qui peut encore influer sur l'intimité de cette adhérence, est l'existence d'une lame cartilagineuse, que l'on trouve interposée au périoste et à l'os pendant toute la durée du développement de l'individu. Alors les ligaments, les tendons et les aponévroses, qui d'abord se fixaient à cette lame cartilagineuse ou se confondaient avec son tissu, semblent s'identifier avec l'os lui-même, et rendent extrêmement intime l'adhérence du périoste qu'ils ont traversé. J.lh Petit rapporte que, chez des scorbutiques, il trouva le périoste détaché de presque tous les os du corps, « excepté, dit-il, au niveau des extrémités articulaires des os, là où s'inséraient les tendons. » Indépendamment de ces adhérences générales, le périoste présente encore au niveau des articulations synarlhi'odiales, au niveau des cartilages d'encroûtement des diarthroses et des trous du canal céphalo-rachidien, des connexions sur lesquelles il est utile de nous arrêter un instant.

1° Disposition du périoste au niveau des articulations synarthrodiales. — Il est un point facile à vérifier, c'est l'adhérence intime du périoste au niveau de ces articulations. Tout le monde sait combien le périoste adhère au niveau des sutures du crâne; mais la raison de cette adhérence n'est pas aussi facile à donner.

Bordenave déclare positivement qu'elle tient au prolongement du périoste lui-même, dans l'intervalle des surfaces osseuses. «Je ne nie point, dit-il, ces prolongements et les adhérences plus sensibles en ces endroits; j'ajouterai même que ce qui forme la symphyse du menton dans les enfants

LE PÉRIOSTE ET SES M \ I , \ D I H S . Il nouvedu-nés est une ( ..nlinualion sensible du périoste qui recouvre, la mâchoire inférieure.» Il va jusqu'à professer la même opinion pour l'union des épiphyses des os longs avec leurs diaphyses.

Cette manière de voir n'a pas été adoptée par les anatomigtes modernes, qui, du reste, n'ont pas beaucoup cherché à se cendre compte du faits, et se sont contentés de dire que dans ce point il existait des vaisseaux et des prolongements fibreux er) nombre considérable, que ces organes établissaient ainsi, non-seulement une adhérence, mais encore des relations intimes avec la dure-mère.

2* Disposition du périoste au niveau des cartilages d'ennvûtement. — L'union des cartilages d'encroûtement avec les surfaces osseuses qu'ils recouvrent est encore imparfaitement connue. Bordenave croyait que le périoste aminci se continuait ;m-dessous d'eux et leur servait de moyen d'union; il fondait son opinion sur ce que, dans certaines maladies 4es articulalions diarthrodiales, il est possible d'enlever le cartilage avec le périoste, et sur ce que, dans les cas où ces cartilages se détachent d'eux-mêmes, par suite d'une affection des surfaces osseuses, ces dernières sont recouvertes par une membrane fomenteuse qui présente quelque analogie avec le périoste.

Les faits sont exacts, mais l'explication n'est pas rigoureuse. Tous les anatomisles modernes admettent que le périoste se continue avec le pourtour des cartilages ou y adhère, mais qu'il ne les tapisse pas. On le voit s'amincir brusquement à leur niveau. Par la macération, ou bien à la suite de quelque maladie des os, on peut, en enlevant cette membrane, enlever loute la calotte cartilagineuse, sous laquelle il est impossible de reconnaître le périoste prolongé. J'ai fait plusieurs fois cette expérience, toujours elle m'a donné le résultat que je signale.

5° disposition du périoste au niveau des trous du canal céphalo-rachidien*.— La dure-mère, considérée à juste titre par nu grand nombre d'anatomistes comme le périoste interne du crâne, ne peut soutenir cette comparaison, quand un I étudie dans le canal vertébral. Dans le. premier cas, elle adll&rg d'une

12 LE l'KIllosTK ET SES MALADIES',

manière intime ;m\ os, sans aucun intermédiaire 5 dans le second, elle .n'adhère qu'accidentellement et toujours par l'intermédiaire d'un tissu cellulaire ou fibreux, (jui seul constitue alors le véritable périoste.

Mais, quelle que soit la manière dont on envisage cette membrane, quel que soit le lieu où on la considère, on la voit toujours contracter avec le périoste une union intime au niveau des trous qui font communiquer le canal céphalo-rachidien avec l'extérieur. Au crâne, les trous optiques, la fente sphénoïdale, les trous grands ronds, petits ronds, ovales, déchirésanlérieurs, carotidiens, déchirés - postérieurs , condyloïdiensantérieurs et souvent postérieurs, etc. , laissent passer des prolongements de cette membrane, qui se continuent, d'une part, avec la gaîne fibreuse des nerfs ou des vaisseaux; d'autre part, avec le périoste.

Dans le canal rachidien, la môme disposition s'observe, les fourreaux fibreux qui accompagnent à leur sortie tous les nerfs vertébraux se comportent comme nous l'avons dit plus haut.

Surface externe. — Ainsi que nous l'avons indiqué précédemment, le périoste est le point central du système fibreux. C'est à lui que viennent aboutir en dernier résultat presque toutes les aponévroses, les tendons et les ligaments. Leurs fibres s'entremêlent et se confondent. Cependant les fibres longitudinales de ces organes semblent traverser le périoste pour aller s'implanter directement surles os qui offrent, pour les recevoir, des cavités ou des saillies. Ces rapports d'insertion ne sont pas les seuls; un certain nombre de muscles viennent y implanter directement leurs fibres. Dans beaucoup d'autres lieux, un tissu cellulaire et lamelleux double le périoste dans l'intervalle de faisceaux charnus et partout où ces organes exécutent des glissements. '

Contiguë sur une foule de points, autour du genou, audevant du tibia, sur le coude, à la couche sous-cutanée, la lare externe du périoste adhère alors d'une manière assez intime au derme et à ses prolongements. Enfin, dans d'autres citron-

slances, elle est, comme au crâne, séparée dans presque toute son étendue par un tissu cellulaire lâche qui permet le glissemenl des parties superficielles. Au niveau des coulisses tendineuses du pied et de la main, sous certains muscles qui exécutenl des glissements, le périoste est immédiatement tapisse pailles membranes synoviales. A la face interne des côtes, c'est la plèvre qui le double. Je ne parle pas du crâne où la dure-mère esl immédiatement tapissée par l'arachnoïde; car la dure-mère ne faisant pas partie du périoste proprement dit, ce n'est pas ici le lieu de la décrire.

Il est encore une disposition importante que je ne dois pas négliger de noter: c'est la fusion, qui, dans certains points de l'économie, semble s'être opérée entre le périoste et les membranes muqueuses. Nous en trouvons des exemples dans les lusses nasales, le conduit auditif externe, le palais et les gencives. Les membranes pituitaires, palatines, gengivales, auriculaires qui tapissent ces organes, et qu'on appelle membranes fibro-muqueuses, sont réellement formées de deux éléments distincts, auxquels correspondent des maladies propres; mais, par leur rapprochement, ces membranes acquièrent une vitalité mixte, si je puis m'exprirner ainsi, qui donne à certaines de leur lésions un caractère spécial.

De ce que nous venons de dire de la disposition anatomique du périoste il résulte, je crois, que cette membrane n'est pas une membrane isolée, qu'elle se lie d'une manière intime à quelques organes voisins, surtout aux os; à certaines muqueuses et à la dure-mère; et que, dans l'étud(>, de ces maladies, il sera difficile de ne pas faire quelquefois des excursions sur le domaine de ces organes. J'avoue que c'est, dans le sujet ardu qui m'occupe, une des plus grandes difficultés à vaincre.

PHYSIOLOGIE DU PÉRIOSTE

Propriétés. — La structure du périoste indiqué suffisamment ses propriétés organiques. L'élément fibreux alîbuginé qxd en forme l'a trame doit lui donner une force de résistance, une ténacité remarquables; c'est, en effet, ce que l'on observe. Il faut un effort violent pour le déchirer, et des expériences curieuses deTroja ont démontré que la force de résistance d'un os revêtu de son périoste était de beaucoup supérieure à celle d'un os dénudé. Dans son livre de Ossium novorum regeneratione, il l'estime, pour le cubitus, à un vingt-deuxième de la résistance de l'os lui-même (erit propterea periostei totius coherentia ad coherentiam ossi ut 1 ad 22, et amplius neglecta videlicet fractione).

Cette ténacité doit varier, comme on peut le conclure des détails de structure que nous avons exposés plus haut, selon le point où on l'observe. Sur les os courts, le périoste est plus rigide, d'un aspect plus ligamenteux, et par conséquent plus tenace que sur le corps des os longs et des os plats, en tenant compte cependant de la différence d'épaisseur.

L'extensibilité de nos tissus est souvent en raison inverse de leur ténacité, et le périoste ne fait pas exception à cette règle. Plus extensible que les tendons, les aponévroses, les ligaments, qui sont de la même famille, il ne jouit cependant pas de cetle propriété à un très-haut degré. On le voit s'allonger quand des tumeurs se développent sur les os, quand du pus, du sang- se trouvent épanchés sous lui; mais cet allongement ne s'étend pas très-loin. Dans les fractures, le périoste est presque toujours rompu.

Une troisième propriété bien plus importante que les deux premières, et dont le développement relatif distingue d'une manière remarquable le périoste de la plupart des autres organes fibreux, c'est la vitalité. Ce que nous avons dit plus haut du nombre et de la disposition de ses vaisseaux nous dis-

l i; l'KKioSTi: ET SES Al A LA M US. IS pensera d'insister longuemeul sur ce point . Nous dirons seulement (Tue cette pffopriëté snil ici; comme dans les autres tissus, les mêmes variations que la disposition organique qui lui donne naissance. Peu développée sur les os courts et les extrémités spongieuses des os longs, elle est à son plus haut degré sur la diapbyse de ces organes et sur les os plats. Elle semble rire ainsi, comme l'a fait remarquer M. Velpeau dans son Ânalomie chirurgicale, en raison inverse de la vitalité des os sous-jaeeiils. Ceci, du reste, est assez facile à comprendre, quand on réfléchi! que dans le tissu le plus vivant des ôs, le (issu spôngieûx, les vaisseaux pénètrent presque tous directement dans la substance osseuse, tandis que, pour la substance compacte, ils se tamisent préalablement dans la membrane d'enveloppe. Mais, dans ce dernier cas même, il ne faut pas - exagérer la vitalité du périoste. M. Velpeau a fait observer depuis longtemps qu'une grande partie des vaisseaux de cette membrane la traversent sans s'y ramifier, et n'ajoutent eonséquemmenl rien à sa vitalité. Les phénomènes \ ilaux sont beaucoup plus considérables dans le périoste que dans les os et les cartilages : cela est prouvé par la plus grande promptitude avec laquelle s'opère sa cicatrisation. Quand on a mis à découvert des fractures qu'on avait produites dans ce but sur des animaux, on a constamment observé que les bourgeons charnus qui se développent sur le périoste étaient tout formés, lorsque ceux fournis par la surface de l'os commençaient à peine à paraître. Il y a néanmoins encore une lenteur remarquable dans la vitalité de ce système, si on le compare à certains autres organes. Nous pouvons nous en convaincre en examinant les membres sphacélés, où la gangrène, aussi bien que l'inflammation qui la précède, fait des progrès rapides dans le tissu cellulaire, les muscles, tandis que le périoste reste encore sans altération. Le périoste, de môme que les autres parties du système fibreux, est remarquable en ce qu'il ne contribue que rarement à h formation du pus. La matièreiqu'il fournil, quand d est enflammé, est le plus souvent une matière gonimeuse (gomnrj exudation) ou osseuse. Bichai, cependant, me semble

16 LE PÉRIOSTE ET SES MAUMLs

avoir exagéré oette idée en niant complètement la suppuration du périoste. Celle assertion d'abord est contraire aux (ails, puisque l'on a vu souvent des abcès de celte membrane, et de plus, elle esteii contradiction avec nos connaissances sur la struci turc du périoste, qui, comme nous l'avons dit, indépendamment des nombreux vaisseaux qu'il renferme, contient aussi beaucoup de (issu cellulaire.

La sensibilité du périoste a été l'objet de vives discussions entre les physiologistes, et l'on n'est pas encore bien lïxé sur ce point. Les anciens, qui confondaient toutes les parties blanches sous le nom commun de parties nerveuses, attribuaient au périoste, ainsi qu'aux tendons, aux aponévroses, une sensibilité des plus vives. Mais ces idées erronées ont disparu complètement par suite des progrès de l'anatomie et de la physiologie expérimentale.

Bichal, dans son ingénieuse théorie sur la sensibilité spéciale de chaque tissu, tout en reconnaissant que le périoste est insensible à l'action des agents chimiques et physiques, pense que la distension, la torsion, peuvent développer chez lui, comme dans les ligaments et les tendons, une vive douleur. « Mettez à découvert, dit-il, une articulation sur un animal, celle de la jambe, par exemple, disséquez avec soin les organes qui l'entourent, enlevez surtout exactement les nerfs de manière à ne laisser que les ligaments, irritez ceux-ci avec un agent chimique ou mécanique, l'animal reste immobile, et ne donne aucun signe de douleur. Distendez après cela ces mêmes ligaments en imprimant un mouvement de torsion à l'articulation, l'animal à l'instant se débat, s'agite, crie. Coupez enfin ces ligaments de manière à laisser toute la membrane synoviale qui existe ici sans capsule fibreuse, et tordez ces deux os en sens contraire, la torsion cesse d'être douloureuse. Les aponévroses, les tendons même, mis ainsi à découvert et tirés en sens opposé, produisent le même phénomène. » (Bichal ne parle pas du périoste, mais comme il applique celle idée à tous les tissus fibreux parmi lesquels il décrit le périoste, la pari de celui-ci s'y trouve implicitement.)

LE PÉRIOSTE ET SES MALADIES. y

Siins admettre entièrement le résultai .le ers expériences, touten reconnaissant même qu'elles ne suffisent pas pour entraîner la conviction, j'avouerai cependant une les raisonsqu on |eur a jusqu'à présent opposées ne sont pas non plus à l'abri île loute critique.

I skerPearsons dil que le périoste, étant séparé par sa situation profonde dés agents extérieurs d'excitation qui pourraient agir sur lui, soit mécaniquement, soi! chimiquement, il n'était pas nécessaire qu'il jouît, comme la peau, d'une sensibilité propre à transmettre l'impression de ces agents.

N.uis avons vu plus haut que la plupart des anatomistes n'y reconnaissaient pas de nerfs. C'est une erreur, mais il n'en est pas moins vrai que leur ténuité et leur rareté supposenl toujours an faible développement de la propriété sensitive.

Le périoste, dil Bordenâve, esta peine sensible, excepté dans quelques endroits où il y a des filets nerveux qui rampent à sa surface. Vérité que Haller a établi dans un mémoire sur la sensibilité et l'irritabilité et qui m'a été confirmée par des expériences particulières.

Si la sensibilité du périoste peut être révoquée en doute dans l'état physiologique, il n'en est pas de même dans l'état pathologique. 11 y a peu de douleurs plus vives, [dus intolérables que celles de certaines périostites aiguës, de certaines périostoses. Tout le monde connaît la douleur atroce du paronycliia. Dans cet état, le périoste peut irradier de nombreuses sympathies. ((. Dans ecrtaines périostoses qui n'occupent qu'une petite surface, dit Bichat (A.. G. 222)-, la totalité du périoste resté sain devient douloureuse. A la suite d'une piqûre, d'une meurtrissure du périoste, souvent la totalité du membre se gonfle cl devient douloureuse. Dans les affections de la dure-mère souvent l'œil s'affecte e! ne peut supporter le contact de la luimère, phénomène qui peut dépendre aussi de la communication du tissu cellulaire, mais qui certainement est quelquefois sympathique. »

Bichat cite encore des exemples de sympathies organiques « Si, dit-il, la dure-mère esl onftammée, l'inflammation se ma-

nifeste souvent au péricrâne el réciproquement. » L'irritation d'une étendue peu considérable du périoste enflamme el fait suppurer l'organe médullaire.

Régénération ou périoste. — Le périoste jouit encore d'une propriété qui lui est commune avec tous les organes celluleux, fibreux el osseux, c'est celle de se reproduire quand il a été détruit. Des os dénudés de leur périoste dans une étendue plus ou moins considérable, et qui ne sont point exfoliés ou nécrosés, se recouvrent d'une matière organique amorphe, sorte de lymphe plastique qui suil dans le développement de son organisation les phases décrites par tous les analomo-pathologislrs dans le tissu inodulaire. A mesure que cette matière organisable a revêtu la forme d'une membrane, ses vaisseaux se mettent en rapport avec ceux de l'os el des parties voisines, et elle remplit à leur égard les mêmes usages que le périoste lui-même, dont il est du reste impossible de la distinguer au bout d'un certain temps.

Haller, qui a fait sur les fractures, de nombreuses expériences, dit avoir vu le périoste détruit se régénérer sur le cal, mais seulement après la formation de ce produit morbide. Macdonald, au contraire, conclut, d'une série d'expériences faites dans le but d'éclairer la question, que le périoste se régénère d'abord, et que c'est après sa régénération qu'il travaille à celle de l'os.

Usages du périoste. — Organe fibreux el vasculaire, le périoste doit avoir des usages en rapport avec ces dispositions anatomiques. Sa texture fibreuse, en effet, le rend apte à des fonctions de résistance passive, tandis (pie d'autre pari sa vascularité lui permet de jouer un rôle actif dans une foule de phénomènes vitaux.

Fonctions de résistance ou passives. — Nous pouvons 1rs ranger sous deux chefs : usages d'insertion, usages de protection.

1° Usayes d'insertion, - Par sa lace e\ tenir, comme nous

l'avons vu plus haut, le périoste reçoit l'insertion «les ligaments, des aponévroses, des tendons, des fibres musculaires. Ces divers organes s'arrêtent quelquefois sur lui; d'autre fois traversenl son tissu pour aller s'implanter plus profondément sur l'os. Mais dans ce dernier cas même, avant de s'insérer définitivement, ils s'épanouissent en pénétrant à travers son tissu, s'entremêlent avec ses fibres, de manière à rendre leur insertion plus large et plus solide.

2° Usages de protection. — C'est à l'égard des os que le périoste remplit cet usage. 11 les recouvre de son tissu élastique et moelleux, les protège contre l'action vulnéranlc des corps extérieurs, permet le glissement des organes voisins, etc. Mais cette fonction n'est pas exclusivement mécanique, la vitalité de celte membrane y joue un rôle important. Quand des frottements durs ont lieu sur un os, par le fait d'un tendon, d'un ligament, le périoste sécrète à son intérieur une lymphe plastique, quelquefois du cartilage qui le rend plus épais, plus ferme, et, par conséquent, plus apte à protéger l'os sous-jacent. D'autres fois, quand une tumeur inflammatoire ou autre menace par ses progrès de détruire l'os voisin, le périoste devenant le siège d'un travail actif, sécrète entre l'os et lui une matière organique qui s'ossifie et s'oppose efficacement aux progrès de la maladie. Les tumeurs cancéreuses du voisinage des os développent fréquemment ce phénomène.

Fonctions vitales. — Les fonctions vitales du périoste sont les plus nombreuses et les plus dignes d'intérêt. Nous les considérerons dans leurs rapports avec : 1° le développement des os; T leur nutrition; 5° leui consolidation; 4° leur régénération.

1° Usages du périoste relatifs au développement des os. — Cel usigea beaucoup occupé l'attention des physiologistes, sur- 1,11,1 depuis que, comparant la formation des os cà celle des arbres, où tous les ans une couche ligneuse vient se surajouter a 1 ancienne, Duhamel émit l'opinion que le développement des os était dû à l'ossification des lames internes du périoste. Une

îles principales expériences sur lesquelles il basail son opinion consistait à nourrir un animal d'aliments mêlés de garance. Au boni d'un temps variable, et généralement très-court, on voyait les couebes superficielles tle l'os devenir rouges. Si l'on suspendait pendant quelque temps l'usage de cette substance, il se formait une autre couche blanche; si on la reprenait, une nouvelle couche rouge apparaissait, et ainsi de suite. Ce l'ait prouve l'accroissement des os par couches successives, mais non pas l'ossification des lames internes du périoste.

Cette opinion, combattue par Bordenave, ne soutien I pas la discussion à l'égard des os longs. Pour démontrer que ce ne sont pas les lames les plus internes du périoste qui se transforment en os, il suffît de jeter un coup d'œil sur le développement de l'ossification dans les cartilages épiphysaires de ces os. Des points osseux occupent le centre du cartilage, et s'allongent peu à peu dans tous les sens. Dans certains os plats, ceux de la tête surtout, où l'œil a peine à reconnaître du carlilage dans l'intervalle des deux membranes, il est plus difficile de donner une démonstration aussi rigoureuse. Haller, Bichat, tombant dans un excès opposé, disent que cette membrane est tout à fait étrangère au développement des os. C'est enlre ces deux opinions extrêmes que se trouve la vérité.

Déjà, depuis longtemps, Spigélius avait remarqué que les os de la tête étaient membraneux avant de prendre la nature osseuse, et que les os longs étaient au contraire cartilagineux. 11 dit : Processus inferui femoris tibia', etc., privs loti gignunlitr carlilaginxi anlequum ossei evadeant: alia vero ossa perfeclionem suarum extremitalam acquirent per apposilionem (Bordenave, 207). On voit par cet exposé que Spigélius a pensé que la membrane ne passe point à l'état d'os ou à l'état de cartilage directement, mais que l'ossification dépend de l'apposition du suc osseux qui, dans les os plats, s'arrange par linéaments et par rayons différemment disposés, comme les aiguilles de la glace naissante, et qui, dans les extrémités des os longs, commence l'ouvrage de la nature par la formation d'un germe osseux. Ainsi, l'apposition du suc osseux, comme dit Bordenave,

esl la trame de l'ossification, el celle-ci ne dépend pas du changement des membranes en os'.

Cette opinion es1 celle qui parait maintenant la plus généralement adoptée, à quelques modifications près.

Ko disant que l'accroissement des os se fait par l'ossification successive des lames les plus intérieures du périoste el. peut-être aussi en filtrant un suc capable de les endurcir et de les réparer quand ils sont endommagés, Sabatier se rapprochait davantage de l'opinion ancienne. Mais Béclard et M. Cruveilhier, oui reproduil presque textuellement les paroles de Spigélius. Voici comment s'exprime Béclard : « L'accroissement des os a lieu d'une manière évidente par l'addition successive de nouvelle substance osseuse autour de celle qui a été fournie la première. L'accroissement en épaisseur a lieu dans tous les os par un même procédé. Le périoste, très-vasculaire jusqu'à cette époque, sécrète et dépose entre ses fibres et la surface de l'os de la substance osseuse, muqueuse d'abord, puis dure, qui, s'ajouta ni ainsi successivement à la surface, augmente l'épaisseur de l'os. »

L'allongement rapide qui a lieu avant, la soudure des épiphyses dépend évidemment d'une addition de substance osseuse au bout du corps de l'os, comme le prouvent les expériences de Hunier

M. Cruveilhier dit que les os présentent deux modes d'accroissement : 1° le mode interstitiel et par intususception qui leur esl commun avec tous les autres tissus; 2° le mode par juxtaposition.

Or, si les os s'accroissent par juxtaposition, en envahissant successivement les laines des cartilages qui leur sont appliquées, il faut que ce cartilage se renouvelle, et c'est là précisément le rôle du périoste. Pendant toute la durée de l'ostéose, il sécrète par s;, pace interne un suc muqueux ou cartilagineux qui sera plus tard destiné à faire les Irais de l'ossification. Telle est au moins la manière dont on conçoit maintenant le rôle du périoste. Il . si une objection cependant qui me paraît sérieuse; c'es' que, entre la diaphyse et l'épiphyse des os longs, le cartilage se renouvelle aussi bien qu a l'extérieur, el là nous

lJ2 LE PÉKrOSTB ET SES MALADIES.

n'avons pas de périoste, à moins que nous n'admettions avec Bordenavc que ic périoste se continue entre ces deux parties.

Une autre question encore a été soulevée : c'est celle de savoir si le périoste sert, comme le pensent la plupart de* anciens auleurs, et Duhamel entre autres, à limiter les os, ou à leur donner leur configuration.

Bordenave combat encore cette opinion sans donner cependant de très-bonnes raisons; je crois du reste cette question un peu oiseuse. Tous les organes, en effet, ont en eux une force formatrice qui n'a pas besoin pour se limiter de moules extérieurs, leur figure est déterminée à l'avance; ce n'est pas de l'enveloppe qu'elle dépend, ce serait bien plutôt la forme de l'organe qui déterminerait celle-ci.

2° Usages du périoste relatifs à la nutrition des os. — Les anatomistes anciens, qui faisaient jouer au périoste un rôle si important dans le développement des os, devaient aussi lui en assigner un également important dans le phénomène de leur nutrition. C'est ainsi même que l'on explique l'opinion qui si longtemps a régné dans la science, sous le point de vue de la dénudation des os. Puisque le périoste était l'organe essentiel de la nutrition de ces parties, sa destruction devait nécessairement entraîner la nécrose. De nombreux faits, que nous examinerons plus bas à l'article décollement du périoste, démontraient cependant tous les jours la fausseté de cette opinion. Des explications évasives furent proposées, et il en est une qui trouve encore quelques défenseurs, je veux parler de l'exfoliation insensible. Cependant, même avec cette explication, on ('Mail obligé d'admettre que l'os continuait à vivre, puisqu'en tout cas l'exfoliation n'avait lieu que dans les lames les plus superficielles. D'un autre côté, Haller me semble être allé beaucoup trop loin quand il a dit que le périoste n'a pas ce qu'il faut pour nourrir les os, qu'il est blanc, et que ses vaisseaux sont invisibles, pendant que ceux du corps de l'os sont des plus apparents. Troja, en disant que la moelle était l'organe nourricier des os longs, était aussi trop exclusif. 11 se basait sur des expériences consistant à enlever la moelle.

Les travaux modernes sur la structure des os, sur les canaux et les fluides qui les parcourent, nous permettent non-seulement de rétablir les Pàifô, niais encore de nous rendre compte du mode il»' Dutrîtion des os et de l'importance du périoste dans cette fonction.

Les os, avons-nous dit, reçoivent des vaisseaux, dont les uns pénètrent directement dans ces organes; ce sont les vaisseaux du premier ordre ou médullaires des os longs, et les vaisseaux du second ordre ou des os spongieux. Les autres ne s'introduisent dans l'os qu'après s'être tamisés dans le périoste, ce sont les vaisseaux de la substance compacte. Tous ces vaisseaux s'anastomosent entre eux et peuvent, par conséquent, à la rigueur, se suppléer mutuellement. Mais il n'en est pas moins vrai que chacun d'eux a sous sa dépendance une certaine zone qui lui est plus spécialement affectée. Or, si nous détruisons une portion du périoste, qu'arrivera-t-il? sur un os court ou sur l'extrémité d'un os long, rien, ou peu de chose. Les vaisseaux intérieurs et les larges anastomoses vasculaires suffiront pour suppléer à la destruction du petit nombre de vaisseaux brisés. Dans les os plats, dans les os longs où la substance compacte, très-épaisse, a besoin de ses deux appareils vasculaires pour se nourrir, où les anastomoses sont moins nombreuses et moins larges, la destruction du périoste pourra facilement entraîner ta mortification de la lame superficielle. Nous verrons plus bas qu'il ne faut pas cependant exagérer cette conséquence. Relativement aux os courts, il ne faudrait pas non plus affirmer qu'il ne surviendrait rien de la destruction de cette membrane. Les expériences à ce sujet ne peuvent être probantes, parce que, en détruisant le périoste, on enlève presque nécessairement les vaisseaux qui pénètrent dans les trous du second ordre. C'est donc par les vaisseaux qu'il envoie dans les os, et non par la sécrétion d'un suc particulier, que le périoste est important dans l'acte de nutrition des os. Et, dans les os, connue probablement dans tous les organes, la nutrition se fait à l'intérieur par l'intermédiaire de la circulation artérielle.

•>" / sages du périoste dans la consolidation des os. — La

divergence d'opinions que nous avons signalée relalivemenl nu rôle du périostedans le développement el la nutrition des os se retrouve absohimenl In même à l'occasion de la consolidation uu lissu osseux, ou de la formation du cal. Les observateurs, qui, connue Hallercl Bichat, niaient toute partici] ation du périoste au développement et à la nutrition «les os, ne pouvaient, sans tomber dans une contradiction flagrante, admettre sa participation dans la consolidation des fractures. Ceux au contraire qui, comme Duhamel faisaient jouer à cette membrane un rôle si actif dans ces diverses fonctions, devaient lui attribuer une importance presque exclusive. D'autre part, il est facile de prévoir que les modernes, qui déjà s'étaient prononcés pour une opinion mixte entre ces deux extrêmes, conserveraienl la même position dans celle circonstance. C'est en effet ce qui a eu lieu.

Jetons un coup d'oeil rapide sur ces diverses opinions.

Tîaller, d'accord à peu près avec l'opinion professée parHippocrate, Calien et la plupart de leurs successeurs, attribuait le cal à un suc provenant des surfaces fracturées, et de la moelle, suc qui s'épanche autour des fragmcnls, s'épaissit par degré el devient cartilagineux, puis osseux, sans que le périoste concoure en rien au rétablissement de la continuité de l'os rompu, ïl dit, en décrivant le mode de formation du cal, que celte opération ressemble à l'ossification elle-même. Il appuie son opinion sur un grand nombre d'expériences faites par Dethlèef sous sa direction. Quant au périoste, il dit qu'il n'apparaît que quand le cal est formé, qu'il ne précède pas la formation du cal, mais qu'il la suit et qu'il ne renaît que quand le cal est bien avancé.

Bichat ne voyait dans le cal qu'une cicatrisation ordinaire par développement de bourgeons charnus, et le périoste pour lui ne jouait pas même un rôle accessoire dans ce phénomène.

Duhamel, au contraire, professe que. le cal se forme sur les fractures, précisément comme les feuillets osseux qui contribuent à l'augmentation d'épaisseur des os sains, c'est-à-dire, qu'il esl dû à l'ossification des lames internes du périoste : « Ces aines, dil-il, doivent-elles être distinguées des lames extérieu

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