KYSTE BDTYREDX DU SINUS MAXILLAIRE
M. Maisoimeuvc présente à la Société de chirurgie un cas de kyste maxillaire. Une jeune fille qui, il y a peu de jours encore, avait le visage déformé par une tumeur considérée, par d'éminents praticiens et un micrographe des plus justement renommés, comme un cancer encéphaloïde incurable est en ce moment opérée et guérie.
Nivet (Victorinc-Éléonorc), âgée de vingt et un ans, bergère, née à Montmirail, s'aperçut, il y a un an, d'un léger gonflement fie la joue du côté droit ; cette tuméfaction lit des progrès rapides et s'accompagna bientôt de violentes douleurs de tète. L'ouverture spontanée d'un petit abcès qui s'était tonné vers l'angle interne de l'œil la soulagea momentanément; mais Ja tumeur principale n'en continua pas moins ses progrès jusqu'au 5 novembre 1854, où elle entra à l'Hôtel-Dieu, dans le service de M. Laugier.
A cette époque, le côté droit de la l'ace était le siège d'une tuméfaction énorme, qui envahissait le nez, tonte la région maxillaire supérieure, et la paroi interne de l'orbite. La narine droite était distendue cl complètement obstruée par une tumeur élastique et saignante. Les os du nez étaient refoulés et en partie détruits, l'œil était repoussé en dehors. La peau qui recouvrait la tumeur était amincie et luisante, elle était Je siège de deux ulcérations profondes situées l'une près de l'angle externe de l'œil, l'autre sur la partie la plus saillante de la tuméfaction. De violentes douleurs s'irradiaient dans tout le côté droit de la face et ne laissaient à la malade aucun repos.
En présence de ces symptômes, on ne pouvait guère douter qu'on n'eût affaire à un cancer encéphaloïde des plus graves. Tel fut, en effet, le diagnostic de M. le professeur Laugier; tel fut aussi celui d'un savant micrographe auquel on crut devoir soumettre une portion île la tumeur qu'on excisa dans ce but.
Pendant six semaines que la malade resta dans les salles de la clinique de l'Hôtel-Dieu, où elle fut soumise à des examens multipliés, rien ne \inl infirmer le diagnostic, et le mal, dont les progrès étaient incessants, parut tellement au-dessus des ressources de l'art, que l'on ne crut pas même dévoir tenter l'opération. C'est dans ces comblions désespérées que la malade vint à l'hôpital de la Pitié se confier à mes soins.
1 Moniteur de» Hôpitaux, 1855, p. 2i.
En présence de cette affection si grave, au moins en apparence, j'éprouvai, je l'avoue, un moment d'hésitation ; mais, en voyant celte jeune fille pleine de vie et de courage, je ne pus me résoudre à l'abandonner à une mort horrible sans tenter quelque chose pour la guérir.
Déjà, tout en explorant la tumeur, je commençais à combiner dans ma pensée le plan d'une opération terrible, quand, après vingt minutes environ de l'examen le plus minutieux et le plus approfondi, dans le but autant peutêtre de déterminer les limites exactes du mal que d'en apprécier la nature, je déclarai que ce prétendu cancer encéphaloïde pourrait bien n'être qu'un kyste butyreux du sinus maxillaire, auquel cas la malade serait guérie en peu de jours.
Ce diagnostic m'avait été suggéré pendant mon exploration par cette circonstance que la pression du doigt faisait sourdre de la narine une matière butyreuse analogue à celle que l'on voit dans certains kystes sébacés du cuir chevelu.
Heureux de cette découverte si inattendue, je lis immédiatement, par la narine, une ponction qui pénétrait jusqu'au centre de la tumeur; et, combinant à la fois la pression et les injections, je parvins à extraire, de cet énorme kyste, mos comme lis deux poings environ d'une malien» suifeuse blanche.
Aucun accident ne suivit cette opération. Pendant cinq ou six jours, je nie contentai de faire, dans l'intérieur du kyste, des injections détersives, sous l'influence desquelles la tumeur revint sur elle-même, et les traits du visage ne lardèrent pas à reprendre leur forme naturelle.
Quinze jours à peine se sont écoulés depuis cette heureuse opération, et la malade, qui, naguère hideuse et difforme, semblait vouée à une mort prochaine, a recouvré aujourd'hui toute la régularité de ses traits, et semble toute disposée à parcourir une longue existence.