EXTRACTION D'UNE BALLE ENCHATONNÉE DANS LE MAXILLAIRE SUPÉRIEUR
Caillot (Julien),. âgé de vingt-sept ans, rue Folie-Méricourt, 58, vint, le Kl juin 1855, réclamer, à l'hôpital Cochiu, les soins de M. Maisonneuvc pour une fistule très-difforme qu'il portait depuis cinq ans à la jonc gauche.
Il raconte qu'au mois de février 1848 il fut blessé au côté gauche de la face, au niveau de la fosse canine, par un coup de baïonnette (nous verrons tout à l'heure (pic le renseignement était erroné). Malgré les soins de plu-
' Moniteur dm Hôpitaux, 185", p. 055.
SUa RÉSECTIONS DE LA MACHOIRE SUPÉRIEURE,
sieurs chirurgiens habiles, la cicatrisai ion ne pat être obtenue, et la plaie s< transforma en une fistule difforme, dont le fond exeavé était adhérent à l'os maxillaire. Fatigué tic cette infirmité pénible, le malade alla consulter di ux des chirurgiens les plus en renom; l'un et l'antre s'accordèrent à lui conseiller rie se l'aire extraire les dents voisines, ce qu'il fit sans éprouver le moindre soulagement. Enfin, désespéré de la persistance de cette affection et décidé à tout entreprendre pour en être débarrassé, il vint à l'hôpital Cochin réclamer les soins de M. Maisonneuve.
La joue gauche était le siège d'une excavation profonde, d'où suintait incessamment une suppuration abondante. Le bord alvéolaire supérieur, de ce côté, était dégarni de toutes ses dents, par suite des conseils qu'on avait antérieurement donnés au malade: l'écartement des mâchoires était difficile et douloureux. En présence de ces désordres, M. Maisonneuve jugea tout d'abord qu'ils devaient être la conséquence de quelque corps étranger; partant de ceLte idée, et considérant d'autre part que, dans tous les cas, il était nécessaire, pour remédier à la dépression profonde de la joue, de détruire les adhérences que les parties molles avaient contractées avec l'os maxillaire, il conçut immédiatement l'idée d'une opération ingénieuse qui lui permît à la fois de résoudre la question du diagnostic et de débarrasser le malade de son infirmité.
Le malade étant soumis au chloroforme, M. Maisonneuve introduit dans la bouche un bistouri convexe, et, d'un seul trait, dissèque les adhérences existant entre la joue et l'os maxillaire. Portant ensuite le doigt index dans celte incision, pour explorer l'os malade et relever les parties molles, il reconnut aussitôt la présence d'un corps étranger profondément incrusté dans le sinus, et, par un mouvement rapide, pratiqua l'extraction de ce corps, qui n'était autre qu'une balle de calibre.
Il ne s'agissait plus que de détruire la cicatrice profonde et difforme des parties molles; cernant alors cette cicatrice par une double incision, il l'enlève et réunit les lèvres de la solution de continuité au moyen de quatre points de suture entortillée. A ce moment, une scène des plus comiques vint égayer les nombreux élèves qui assistaient à l'opération.
Le malade, encore sous l'influence de l'ivresse eblorol'ormique, et tenant en main la balle qu'on venait d'extraire, interpella, dans un langage grotesque, les deux chirurgiens célèbres qui lui avaient successivement lait arracher les dents de sa mâchoire supérieure.
Le résultat de cette opération fut aussi rapide que complet. Dès le quatrième jour la plaie extérieure était cicatrisée; la joue avait repris sa forme naturelle, et ne présentait plus qu'une cicatrice linéaire, à la place de la fistule hideuse qui la défigurait antérieurement.
Enfin, le 20 juin, le malade sortit parfaitement guéri.