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OBSERVATION PRÉSENTÉE A L'ACADÉMIE

M. Maisonneuve présente à rAcadéiuic une jeun»; (il le sur laquelle il a pratiqué la désarticulation du genou pour une tumeur ostéosarcomateusc de la tête du péroné. Cette opération, sur laquelle la science est loin encore d'avoir dit sou dernier mot, a été suivie d'une parfaite guérison. Bien qu'une hémorrhagie consécutive ail exigé la ligature de l'artère fémorale el retardé le travail de cicatrisation, le résultai de celle opération est aujourd'hui aussi parfait que possible et laisse à la malade un membre plus utile que ne l'eût été le moignon à la suite de l'amputation de la cuisse.

.NiuoL (Àugustine), âgée de \ î 1 11; L-tleux ans, domestique, portait à la partie postérieure el externe du jarret gauche, une tumeur volumineuse dont elle Taisait remonter Je début à quatre mois seulement. Les progrès rapides de cette tumeur, la gène et les douleurs qu'elle lui causait dans la marche, l'inutilité des moyens résolutifs jusqu'alors employés, lui firent solliciter une opération; elle se présenta le 1e'1 mars 1854 à l'hôpital Cocliin.

La tumeur, du volume d'une tète d'enfant, remplissait le creux poplilé. e.t taisait une saillie considérable à la région externe du jarret. Sa base, profondément située, ne jouissait d'aucune mobilité et semblait l'aire corps avec les parties osseuses. Le corps de la tumeur, aussi peu mobile, était recouvert tl'une couche assez épaisse de l'issus sains. Sa consistance était dîne el uniforme ; elle ne présenlail aucun battement.

Les douleurs spontanées n'étaient pas encore très-prononcées, mais la marche devenait exl i êmement pénible.

Lu présence de ces symptômes graves, des progrès rapides du mal, que plus rien ne pouvait arrêter, el des accidents locaux qui allaient entraîner rapidement la perte du membre, M. Maisonneuve jugea l'opération indispensable. En temporisant, le chirurgien se créait de graves difficultés, il proposa donc, l'opération immédiate. Elle fut pratiquée le 2 mars 1854.

Si l'opportunité île l'opération ne pouvait laisser aucun doute dans l'esprit)

il n'en était pas de même de la nature, du véritable siège de la tumeur, et par conséquent du choix du mode opératoire.

Comme l'absence d'insensibilité et d'oedème du membre malade pouvait laisser croire que les éléments vasculaires et nerveux principaux n'étaient point altérés et que l'on pourrait tenter une opération conservatrice, M. Maisonneuve, avant de procéder à L'amputation, voulut découvrir la tumeur et juger ainsi la question.

La malade étant soumise au chloroforme et couchée sur le côté. M. Maisonneuve fit à La partie postérieure du jarret une longue incision qui divisa la peau et une couche musculaire épaisse. La tumeur ainsi mise à nu, le chirurgien put l'explorer et constater que là dissection en serai! impossible et entraînerait la perle des éléments vasculaires nerveux les pins importants.

L'on ne pouvait plus songer à conserver le membre; d'un autre côté la tumeur développée aux dépens du péroné, remontai) trop baut pour qu'il lut possible de faire l'amputation de la jambe; restaient l'amputation delà cuisse ou la désarticulation. M. Maison neuve, persuadé que les dangers étaient les mêmes dans L'un ou l'autre cas, et que la désarticulation laisserai) un membre plus utile, se décida pour cel le dernière opération.

Elle lui faite à l'aide d'une incision circulaire, L'incision postérieure fut conservée pour l'écoulement du pus. L'incision lui faite de manière à respecter la rotule et le cul de sac afin d'éviter de laisser à nu les condyles, inconvénient beaucoup plus grave que la suppuration de la synoviale, si l'on conserve au pus un libre cours.

L'examen du membre, fait immédiatement après l'opération, fut laborieux el confirma l'impossibilité de sa conservation. La tumeur, embrassée par des libres musculaires distendues et décolorées, paraissait au premier abord développée aux dépens de ces muscles; les vaisseaux lihiau.x, ceux du jarre) j étaient tellement adhérents, qu'une dissection de plus d'une demi-heure put seule en donner une idée parfaite. Après avoir enlevé tous les muscles, gratté l'os, on acquit la certitude que la tumeur était distincte, isolable, el formée aux dépens de la tête du péroné énormément tuméfiée; le (issu osseux distendu, les lamelles osseuses écartées et mêlées à un détritus noirâtre étaient circonscrits de toutes paris par le périoste. A cette coque osseuse adhéraient très-intimement les fibres musculaires.

Tous les tissus environnants étaient sains. Il \ avait eu refoulement, distension, mais la dégénérescence était exactement limitée par la coque fibreuse, La plaie, réunie par occlusion, excepté à la partie inférieure, parut pendant les premiers jouis marcher assez franchement vers la guérison. Le neuvième jour, les lils qui maintenaient l'artère poplitée tombèrent sans accident, le lendemain matin une hémorrhagie grave, mais suspendue assez rapidemenl , \ int compliquer l'état de fatigue et d'épuisement dont la malade se plaignait depuis quelque jours. La suppuration avait déjà changé d'aspecl .

MO MÉTHODE DIACLASTIQUE.

le pouls était pQtit, connue vide. CeLLe licinoi iliayie parut à M. Maisonneuve un symptôme grave; elle était pour lui L'indice certain d'un déJàut de plasticité du sang et lui Taisait redouter île nouvelles bémorrhagies ; il pratiqua sur-le-champ la ligature de l'artère fémorale.

Les jours suivants l'hémorrhagie ne s'était pas reproduite, niais la malade était pâle, la plaie blafarde, remplie d'un pus fétide que l'on ne pouvait faire sortir des anfractuosités de la plaie qu'au prix de vives douleurs. Il devenait urgent de combattre cette putridité du pus et de soustraire la malade à cet atmosphère infecte, M. Maisonneuve eut l'heureuse idée de remplir toutes ces conditions à l'aide d'un manchon de caoutchouc vulcanisé avec lequel il enveloppa le moignon. A l'aide d'une petite pompe adaptée à l'extrémité du manchon on obtenait le vide et la sortie de tout le pus retenu dans les anfractuosités de la plaie. Cette opération, répétée plusieurs fois par jour, sans douleur pour la malade, sans gonflement du moignon, diminua la fétidité du pus. Deux jours après, la plaie avait déjà repris un bon aspect et s'était recouverte de bourgeons charnus.

Le 26 mars le fil de la ligature tomba sans hémorrhagie.

Pendant plusieurs semaines la malade resta dans un état île faiblesse inquiétant, et la cicatrisation ne se fit que lentement; de fréquents vomissements et de la diarrhée inspirèrent des craintes sérieuses. La malade se décourageait, M. Maisonneuve jugea utile de la changer de maison, elle fut transportée par ses soins dans une maison de santé voisine.

Ce changement de conditions, l'application des vésicatoires volants et des frictions sèches modifièrent rapidement l'état de la malade. Les vomissements cessèrent, l'appétit revint. La plaie reprit un bon aspect et la cicatrisation des deux plaies se fit très-régulièrement.

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